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lundi 5 septembre 2022

Et si l'on se passait de l'Etat ?

J'ai non seulement toujours tort, mais je suis aussi hautement influençable. 

Je travaille sur le financement de l'innovation. L'Etat fait beaucoup de chose pour l'aider, malheureusement on me dit, et je constate, que l'aide ne va "qu'au plus visible". On me parle aussi de ce qui se fait en Allemagne, en Suisse et ailleurs : les banques locales y ont un rôle critique. Elles sont au coeur des tissus économiques des territoires. Non seulement, elles investissent vite et bien, mais, surtout, elles ont une compétence technique, qui leur donne les moyens d'assister le dirigeant, de le pousser à donner son meilleur. 

Comment adapter ces modèles à notre pays, me dis-je ? Jusqu'à ce que je m'intéresse à la Vendée, et que l'on me parle d'entrepreneurs de zones d'activité, qui détectent, par le bouche à oreille, des projets prometteurs et les font profiter de "financement participatif". Or, c'est bien plus malin que le système étatique ou l'allemand. Non seulement l'entrepreneur lève de l'argent, mais il trouve beaucoup plus important : l'expérience de "pairs". Et ceux-ci peuvent faire fructifier leurs ressources. En outre, c'est la réinvention des "noyaux durs" de M.Balladur : ce type d'entreprise est très difficile à saisir par le court-termisme du marché. 

(Quant à l'Etat, il conserve un rôle important, même en Vendée : il construit des routes.)

jeudi 1 septembre 2022

La fin des start up ?

La start up est une innovation de Goldman Sachs. 

Goldman Sachs a été le grand Satan de la spéculation de 29. On dit que toute la législation qui en a résulté a été écrite pour lui. 

Goldman Sachs était, depuis, devenu une banque triste. Elle s'occupait de faire entrer en bourse des entreprises qui avaient fait leurs preuves. Mais la bulle internet a réveillé son démon. Elle a eu une idée géniale : et si, au lieu de donner une valeur à une entreprise en fonction de son histoire, on le faisait en fonction de ses perspectives ? La banque ne prend aucun risque, puisqu'elle prélève une commission lors de l'entrée en bourse ! La start up était née. 

Elle a tué l'innovation organique, et peut-être même la recherche publique. En effet, à quoi sert-il de subir les coûts de la recherche, alors que le marché est prêt à les payer très cher ? D'ailleurs, que ces entrepreneurs sont séduisants quand on les compare aux entrepreneurs et aux scientifiques traditionnels ! 

Les sphères de la pensée ont nommé ce phénomène "open innovation", sans plus réfléchir à ses conséquences. 

Comme le disait un précédent billet, la fin du "quantitative easing" des banques centrales devrait retirer à la spéculation, et donc à la start up, son énergie. Il va falloir en revenir aux moyens d'innover anciens. 

L'ère du rêve est fini, travaillez, prenez de la peine, c'est le fond qui manque le moins ?

(L'édifiante histoire de Goldman Sachs.)

lundi 30 mai 2022

Innovation

My word is my bond, dit la bourse de Londres. Ce n'est plus le cas de beaucoup de monde. 

Ne pas tenir parole est un avantage quand les autres la tiennent. Innovation ? 

Petit à petit les lois sociales deviennent une seconde nature. Cela nous rend faciles à manipuler. C'est un moyen de faire fortune. Ce blog cite, par exemple, l'histoire des retraites américaines. Des entreprises s'étaient engagées à verser des retraites à leurs salariés. Des entrepreneurs ont compris que ces retraites étaient de simples dettes. Il suffisait de mettre les entreprises en faillite, pour ne plus avoir à les payer. 

Notre société s'en prendrait-elle, ainsi, à elle-même ? En tous cas, c'est peut-être un sain exercice. Aucun avantage n'est définitivement acquis. Et, il n'y a rien de plus dangereux que notre inertie intellectuelle. 

samedi 7 mai 2022

L'étrange M.Johnson

Boris Johnson : ses collègues conservateurs se demandent s'ils doivent s'en débarrasser. Les actuelles élections locales devraient décider de son sort : est-il bon ou non pour leur carrière ? 

Qui est-il ? Quelqu'un de négligeant ? Ou plus que cela ? En particulier, pourquoi ne respecte-t-il pas l'accord du Brexit, ou, pire, les lois qu'il promulgue ?

Et s'il considérait que les contrats sont le contraire de ce que nous croyons ? C'est-à-dire un moyen de piéger celui qui le signe, en lui faisant croire que "my word is my bond" ? Arme de manipulation massive ? 

dimanche 6 mars 2022

Méfie-toi de l'Etat quand il fait des cadeaux ?

Le CRTE (contrat de relance et de transition écologique), c'est  la relance par en bas. Les intercommunalités décident de projets locaux et en négocient les moyens avec l'Etat. Le changement planifié ? La fin du jacobinisme ?

"Le CRTE, un paquet sans cadeau" répond : attrape nigaud. En réalité, ce serait un moyen déguisé de faire faire à la collectivité locale ce qu'a décidé l’Etat, mais avec moins de moyens qu’auparavant. Mais, avec, en plus, le handicap nouveau d'un cadre dysfonctionnel hérité des dernières réformes : c'est l'intercommunalité qui décide, alors que c'est la commune qui connaît et subit la réalité, et doit appliquer les décisions d'en haut. 

Curieusement, on retrouve quasi exactement le mécanisme décrit pour les EHPAD dans un précédent billet. L'Etat jacobin impécunieux décide en fonction de la dernière mode (environnement, relance...), sans faire aucun choix, c'est génétique ? Mais ne veut pas assumer le coût de ses décisions ? Pour cela, il invente un dispositif supposé abuser le bon peuple, et lui faire réaliser des exploits, contre sa volonté. 

Peut être serait-il temps qu'il comprenne que ce qui est bon pour l'Ukraine est bon pour la France ? La défiance mine une nation. Le jour où notre gouvernement sera convaincu que l'entourloupe est interdite, il fera enfin travailler le cerveau qui lui vaut le titre "d'élite" et le pays entamera son redressement ? 

lundi 28 février 2022

Innovation au 21eme siècle

De mon temps on innovait à l'intérieur de l'entreprise. Maintenant, c'est l'affaire des start up. Qu'est-ce que cela change ? 

Innover est avant tout une affaire d'équipe. Il faut combiner des talents. Cela est naturel et facile à l'intérieur d'une entreprise, mais pas à l'extérieur. D'autant que la start up n'a pas d'argent, or, elle doit tout acheter...

Mais la start up a des avantages, qui ont fait son succès. C'est que la bourse ne comprend rien à l'innovation interne. Elle la confond avec un coût. Donc, la grande entreprise et ses dirigeants, salariés à stock options, ont tout intérêt à ne pas innover. Et ce, d'autant que les start up sont devenues des objets de spéculation. Les virtuoses du beau discours vivent, sans gagner d'argent, pendant très longtemps. 

Seulement, ce sont des objets extraordinairement inefficaces. L'argent de la spéculation donne bien peu de résultats tangibles.

On essaie de compenser cette inefficacité par des moyens essentiellement publics : en les faisant profiter de la recherche universitaire, où en les installant dans des accélérateurs. Seulement, ces accélérateurs sont faits d'entreprises qui se ressemblent. 

Une solution intermédiaire est le "business cluster". C'est un écosystème, qui a la richesse de compétences de l'intérieur d'une grande entreprise, mais qui est constitué d'entreprises. Cela marche ou ne marche pas selon la nature des liens qui se tissent entre entreprises. Paradoxalement, elles ne doivent pas avoir de secret les unes pour les autres. Et leurs dirigeants doivent avoir suffisamment d'énergie pour monter sans arrêt de nouvelles coalitions. 

La morale de cette histoire est que ce n'est pas la raison ou l'efficacité qui dirige l'économie, ou la société, mais l'air du temps. Il est probable que l'individualisme moderne est incompatible avec l'innovation à l'ancienne mode. Et qu'il a fallu compenser l'inefficacité du modèle économique qui en résulte. 

dimanche 30 janvier 2022

Un plan pour la PMI

La BPI a écrit un plan de transformation pour la PMI. (Ici.) Bonne idée :

  • La réindustrialisation a plus de chances de venir de l'intérieur que du "champion national". Les cartes étant rebattues, la PMI voit s'ouvrir un nouveau marché. C'est une start up en puissance. Pourquoi ne pourrait-elle pas doubler son chiffre d'affaires ? Ce qui lui rendrait l'importance qu'elle avait il y a quelques décennies, et qu'elle a en Allemagne. 
  • Le patron est en face d'un changement qui donne le tournis. Il y a une panne RH et des jeunes générations "à impact". Il y a la transition climatique : tout est à réinventer. Il y a la compétitivité, qui demande une productivité maximale, donc la recherche d'innovation. Et j'en passe ! La PME, qui ne peut plus être un "preneur d'ordres" replié sur soi.

Il n'est pas possible d'attaquer ce changement en amateur. Il faut une "feuille de route". 

Seulement, les PMI ou PME qui sont réceptives à ce discours ont déjà réussi la transformation. Les autres, une grande majorité, vivent au milieu des crises, et s'y sont habituées. Le changement demande une prise de conscience. L'entrepreneur est ramené à ses débuts. Il a retrouvé la recette de son succès.

Mais le changement ne fait que commencer. Car il a besoin de ce qu'il n'a pas acquis : les techniques de gestion. Sans elles, il est quasi certain de s'égarer. Or, il ne peut les saisir, s'il n'en comprend pas l'utilité. Pour lui, même une question comme "cet investissement est il rentable ?" est du chinois. 

vendredi 31 décembre 2021

La start up : l'invention qui a changé le monde

La start up est un phénomène dont on n'a pas compris la signification. C'est peut-être la plus grande innovation des 50 dernières années ! 

J'ai lu l'histoire de l'industrie en France. On y disait que les premières générations d'entrepreneurs s'étaient ruinées. Il est extrêmement coûteux de mettre au point une innovation et, peut être encore plus, de convaincre le marché de changer ses habitudes. Or, l'entrepreneur, par définition, n'a pas d'argent. Il doit vivre d'expédients. Ce qui lui est, bien souvent, fatal. 

Mais tout a changé avec la bulle Internet. D'un seul coup, le marché s'est mis à financer le rêve. L'entrepreneur est devenu un formidable bateleur. Certes, c'est fatigant d'être un bateleur, mais, avec un peu de technique et de conviction, cela permet de trouver rapidement de l'argent, et de vivre ensuite confortablement, comme un Elon Musk aux USA. 

La bulle Internet nous a aussi appris que la vaste majorité (je ne serais pas surpris que ce chiffre soit supérieur à 99,9%, pour la bulle Internet) de ces entreprises n'était pas viable et n'apportait rien à la société. 

Seulement, ces entreprises qui "ne créent pas de valeur" en ont une. De même que le diamant n'a pas d'utilité, mais une valeur sociale, il y a tout un marché de la start up. Les banques centrales, à chaque bulle, impriment de l'argent, qui est capté par une partie de la société, qui a besoin ensuite de l'investir. Cet argent va, par le biais de fonds ou en direct, vers les start up. Ainsi un fonds va investir dans une start up, puis revendre ses parts à un autre fonds, qui a besoin de mettre son argent quelque part, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'une grande entreprise achète la start up. 

En effet, dans ce modèle, l'entreprise n'a pas intérêt à supporter les coûts de l'innovation, alors qu'elle pourrait les faire assumer par le marché. Elle achète l'innovation avec la start up. 

La beauté de ce mécanisme est que, au moins en théorie, l'on a trouvé un moyen de financer l'innovation, et, en même temps, d'éviter l'inflation. Il prouve que la spéculation est un phénomène rationnel. Et le métier d'entrepreneur devient quasiment aussi sûr, mais bien plus rémunérateur, que celui de fonctionnaire. Reste à savoir ce que ce type d'innovation de bateleurs peut produire... 

vendredi 12 novembre 2021

Ayons peur ?

Ce blog a été créé en 2008, comme un observatoire du changement. Il faisait suite au "club télécom" que j'avais repris à l'éclatement de la bulle Internet, et qui cherchait à comprendre comment les entrepreneurs réagissaient à la dissipation de leurs illusions. 

Il a constaté la justesse de la théorie du "dégel" de Kurt Lewin. Le changement produit, effectivement, une période d'incertitude. Pendant cette période, ce blog a été optimiste : le monde doutait. Car, le risque vient de l'utopie et de l'illuminé. Puis, le changement a commencé à prendre forme. Du Yang au Yin. De l'individu à la société. De l'interdit d'interdire à la solidarité. De la "supply chain" mondiale au "circuit court". Reconfiguration de la société et de nos aspirations. La pandémie ne fut, peut-être, pas un hasard. 

Et maintenant ? Recoongélation ? Le propre de notre pays, particulièrement de son élite ?, c'est l'innovation au sens de Robert Merton : la fausse solution, façon Ligne Maginot. Le danger est de construire la France du futur sur les fondations actuelles, en enterrant tout ce à quoi elle a cru.

mardi 2 novembre 2021

L'Ami et la 2CV

Origine de la photo.

Présentation enthousiaste de l'Ami de Citroën par la BBC, il y a quelques temps. Ce que l'on en disait m'a fait penser à la 2CV. Conçue, ai-je cru entendre, pour transporter un sac de pommes de terre. Eh bien oui. Il y a bien une parenté, dit cet article.

L'Ami semble une réinvention de l'automobile, façon "analyse de la valeur". L'ennemi de la créativité c'est la société et le lavage de cerveau auquel elle nous soumet. Le génie, c'est identifier les deux ou trois paramètres (électrique à usage urbain, sans permis, prix minimal) qui comptent, et ensuite tout se permettre. 

L'ambition de Citroën : devenir l'Apple de l'auto ? 

dimanche 31 octobre 2021

Cyber crime

On conseille aux entreprises d'investir 10% de leur budget informatique dans des outils de cyber sécurité. 

Comment se fait il que, à chaque fois qu'il y a une innovation, elle génère une dose de criminalité ? Une dose de déviance ? 

Ne serait-il pas plus agréable de ne pas avoir de police, ou que l'alcool à 90° n'ait pas une odeur infecte, pour dissuader certains de le boire ? 

Faut-il y voir un défaut de contrôle social ? L'individu laissé à lui même perçoit l'autre comme un ennemi ? Une société individualiste produit un homme loup pour l'homme ? (A chaque fois que je dis cela, on me répond que cette expression est stupide : le loup n'est pas un loup pour le loup... C'est un être social.)

Ou, au contraire, est-ce une force du système : ce qui ne tue pas renforce ? Nous générons nos propres virus, qui forcent les systèmes humains à se tenir sans cesse sur leurs gardes, à innover sans cesse ? 

L'individualisme serait-il une contre-partie de l'innovation ? Et le crime une forme d'innovation ?

mardi 19 octobre 2021

Petite distribution

J'entendais dire que la grande distribution anglaise a fait des miracles pendant la pandémie. Elle vient, d'ailleurs, d'être récompensée collectivement. Quasi instantanément, elle s'est massivement convertie au commerce électronique. Curieusement, j'ai pu constater que la nôtre est particulièrement mauvaise dans ce domaine. Et "ma" grande surface est éternellement en rupture de stock, épidémie ou non. 

Un ami se demandait, par ailleurs, pourquoi cette grande distribution n'avait pas été le fer de lance du Made in France (comme l'est Marx and Spencer, pour l'Angleterre). 

Un lien avec son apparent déclin ? Elle a été prise d'un coup d'hybris ? Elle a oublié son métier pour devenir gestionnaire ? Degré zéro de la stratégie : "moins cher" ? 

(Aux dernières nouvelles, la grande distribution pense que son problème est sa taille insuffisante, pas son manque d'innovation (Carrefour veut racheter Auchan).)

jeudi 7 octobre 2021

Bas salaires, basses qualifications

Boris Johnson veut mettre un terme aux "bas salaires, basses qualifications", dans son pays. Renversement de tendance. Et changement que nous devons tous réussir. 

"We are not going back to the same old broken model with low wages, low growth, low skills and low productivity, all of it enabled and assisted by uncontrolled immigration" (BBC)

Pour que l'entreprise française ou anglaise soit concurrentielle, internationalement, elle doit être hautement productive. Ce qui implique hauts salaires et hautes qualifications. Mais productivité veut dire innovation. Et cela n'a rien d'évident. Cela n'est pas une question de technologie, de "numérique" ou autre, mais demande avant tout connaissance de son métier et talent de le réinventer. 

Voilà le défi qui nous est lancé. 

jeudi 2 septembre 2021

L'invention du marché ?

La mort est une maladie à laquelle on ne consacre pas assez d'investissements, entendait-on il y a quelques temps. 

Le moyen du changement, c'est souvent le sophisme. Par exemple, ce blog cite une idée qu'ont eue des Américains : beaucoup d'entreprises s'étaient engagées à payer une retraite à leurs salariés ; cela était donc une dette, et les dettes se renégocient, en particulier lorsque l'entreprise est en faillite ! Il suffisait donc de mettre des entreprises en faillite pour gagner beaucoup. 

Et s'il en était de même du marché ? Le marché n'est que "défaillances" exploitées par le virtuose. Et si le dit virtuose avait convaincu la société des bénéfices d'un marché libre, et réussi le casse du siècle ?

mercredi 11 août 2021

Minitel : exception culturelle ?

Superfail de Guillaume Herner (France Culture) parle de Minitel. A chaque fois que je rencontre un dirigeant étranger un peu cultivé, il me regarde avec un air entendu : "ah, vous êtes français... les inventeurs du minitel !". Le minitel c'est le bonnet d'âne de la France. 

En fait, ce que disait l'émission de Guillaume Herner est que la France avait tout ce qu'il fallait pour inventer Internet. (Le plus curieux est que je pense avoir rencontré le héros de l'affaire.) Ce qui s'est joué est étrange : selon Guillaume Herner, c'est la société américaine dans son ensemble qui a fait réussir Internet, en absorbant (plutôt mal que bien) des idées étrangères, en les transformant en des produits, qui se sont diffusés partout. Quant à la société française, au contraire, elle a tout fait pour tuer l'idée dans l'oeuf ! 

Illustration des travaux de Michael Porter sur "l'avantage concurrentiel des nations" ! C'est la culture qui est créative !

lundi 19 juillet 2021

L'innovation est un jeu d'équipe

L'innovation, sait-on ce que c'est ? Deux exemples peut-être contre intuitifs :

  • Le groupement d'entreprises Atlanpack a amené les PME du packaging à l’export et, plus étonnant, a fait entre Cognac sur le marché, considérable, de spiritueux tels que la Vodka (80 millions de bouteilles par an - ce qui représente, au prix de la bouteille de vodka, le CA de quelques licornes). 
  • Le cluster Equin, organise le tissu économique Auvergne Rhône-Alpes pour qu'il profite d’une nouvelle préoccupation de la société : le bien être du cheval.
Enseignement ? L'innovation est, très probablement plus un mouvement de société que le fait d'un individu isolé, contrairement à ce que l'on dit. Pour en profiter il faut assembler une masse critique de compétences et provoquer une sorte de réaction en chaîne qui fait que tout ce monde de détenteurs de compétences va se mettre à travailler ensemble et à produire "quelque chose de nouveau", et même un flux sans cesse renouvelé d'innovations. 

L'occasion fait le larron ? C'est le désir de la société (le bien être du cheval) qui, d'un seul coup, peut donner un intérêt à une "masse critique" d'entreprises, d'universités ou autres qui s'ignoraient les unes les autres. Et qui, sans cela, n'auraient eu aucun sens, aucun lien entre elles.

Mais, cette masse critique était-elle réellement là par hasard ? Ce n'est pas certain. En général, il semble qu'elle ait une origine et une parenté que l'on a oubliées. (Ce qui est évident pour Atlanpack, groupement d'entreprises de packaging, qui a pour origine les besoins des producteurs de Cognac.)

lundi 28 juin 2021

Le changement en France, simple question de coopération ?

"Certains des défauts traditionnels véhiculés par la tradition des Français, la tendance à intellectualiser, à conceptualiser, la demande de clarté logique, la passion individualiste et le culte des relations humaines et du moralisme apparaissent désormais, sinon comme des qualités, du moins comme de possibles ressources. Un monde où la qualité primera la quantité, où la ressource humaine primera la ressource matérielle, est un monde où les Français seront beaucoup plus à l'aise que dans celui de la quantité et de la standardisation. (...) Ce qui manque généralement, ce ne sont pas les ressources mais la capacité à mobiliser et à orchestrer leur mise en oeuvre (...) la capacité à faire coopérer des personnes plus libres devient à la fois plus difficile et plus décisive dans le monde nouveau de l'innovation." (Michel Crozier, L'entreprise à l'écoute.)

Est-ce toujours d'actualité ?

Et si, dans un monde où l'innovation prime, l'esprit français était une ressource que nous ne percevons pas ? Et si révéler ce potentiel avait un nom : équipe ? 

lundi 31 mai 2021

Les clusters de Michael Porter

Dans les années 90, Michael Porter, éminent spécialiste de la stratégie d'entreprises, produit un livre qui semble à contre-courant. Pour lui c'est le "business cluster" qui fait la richesse des nations. (Voir article.)

Comment traduire ce terme ? Je crois qu'il n'y a pas d'équivalent en français. Peut-être faut-il employer le mot "d'écosystème" ? "Les clusters sont des concentrations géographiques d'entreprises et d'institutions interconnectées, dans un secteur particulier." C'est un mélange très curieux "de coopération et de compétition", de clients en avance sur le marché, d'entreprises stimulées par la proximité de leurs concurrents, d'une sous-traitance spécialisée, d'institutions publiques ou para publiques. Et la caractéristique de ce mélange est la "productivité". Ce que je comprends ainsi : il transforme particulièrement vite et bien tout ce que lui fournit le reste du monde, en des produits uniques et de nouvelles tendances de consommation. Car c'est avant tout un creuset d'innovation. L'innovation y est permanente. Non seulement les entreprises y ont sans cesse de nouvelles idées, mais il s'y crée sans cesse de nouvelles entreprises. 

Un cluster est avant tout un "bien public". Les clusters ressemblent beaucoup à la "cité" des Grecs. Les membres-citoyens partagent une même identité. Ils savent que leur force vient du cluster, et que leur intérêt est intimement lié à celui de chacun de ses membres, à commencer par celui de leurs concurrents. (Par exemple, l'entreprise a besoin d'une université forte, et l'université d'une entreprise forte.) En conséquence il n'y a pas de frontière entre l'investissement public et privé. 

Surtout la relation y est informelle, basée sur la confiance, et c'est comme cela que se diffusent aussi vite les idées, qui sont le matériau de son succès, et que la coordination entre entreprises est aussi efficace. (Pas "d'économie de la connaissance" digne de ce nom sans cluster ?) "Confiance et coordination" sont ses atouts maîtres face à ses adversaires : organisation hiérarchique (multinationale intégrée verticalement) et marché. 

Et tous deux sont peut-être les maux qui le menacent, s'il n'y prend pas garde... Mais s'il est prudent, le cluster est un cercle vertueux : plus il réussit, plus il attire le succès. Quels sont les facteurs qui font la performance d'un cluster ?

  • La qualité de ce qui y "entre" (par exemple celle des employés, donc du système de formation local)
  • "La sophistication des clients locaux" (marché test)
  • "La nature et l'intensité de le concurrence locale" (point critique : la stimulation de la concurrence est le moteur de la productivité du cluster)
  • "La richesse locale et la sophistication des fournisseurs et autres entreprises connexes"
  • La "proximité" géographique entre entreprises, clients et fournisseurs, qui "amplifie toutes les pressions à innover et améliorer"

vendredi 28 mai 2021

Le marché, idée erronée ?

La céramique est une des plus anciennes inventions de l'humanité. Curieusement, aujourd'hui, elle a des applications de "pointe". Outre le bijou, il y a la greffe, et tout ce qui ressortit aux très hautes températures, qu'elle supporte mieux que tout autre matériau (donc, application aux moteurs d'avion). La céramique a été un des pionniers de l'utilisation de la nouvelle technologie de l'impression 3D. 

Il en est ainsi de l'innovation. Elle est le fruit de l'empilage local de savoir-faire, de leur combinaison, au cours du temps, de la constitution "d'écosystèmes" d'entreprises et de compétences professionnelles... auxquels de nouvelles circonstances donnent de nouvelles applications. 

Et c'est ce qui explique peut-être pourquoi nous allons aussi mal, et pourquoi le Brexit a eu lieu. Il semble qu'une forme de pensée nommée "libérale" ait cru que ce qui était ancien était dépassé, et que l'innovation se faisait par l'opération du saint esprit, quelque part au sein d'un "marché" mondial. En France, en Angleterre et ailleurs, on a donc liquidé les industries traditionnelles, sans comprendre qu'elles avaient le potentiel de renaître. Rien ne les a remplacées. Sinon des déserts économiques pleins de chômeurs mécontents. 

L'erreur est humaine...

lundi 17 mai 2021

Génération amnésie

J'ai perdu la dernière démonstration mathématique dont j'étais fier dans un changement de version logicielle. J'avais bêtement oublié de l'imprimer. Paradoxalement, à l'heure du numérique, nous sommes menacés d'amnésie. Jadis on écrivait dans la pierre, puis sur le papier. La correspondance, d'ailleurs, est souvent la partie la plus importante du matériau utilisé par ceux qui étudient la pensée d'un grand homme. Le numérique est le support le moins fiable qui soit.

Comment conserver la mémoire de l'humanité ? D'autant que, comme le montre la question de la correspondance, cela a quelque-chose d'aléatoire ? Une question que l'on devrait considérer sérieusement ?