mardi 30 juin 2015

Raté grec ?

Crise grecque : pourquoi n'y a-t-il pas eu d'intermédiation ? Pourquoi a-t-on laissé les négociateurs s'affronter ? Le hasard fait que j'ai beaucoup joué les intermédiaires, entre dirigeants et employés, acquéreur et acquis..., sans le faire exprès... J'ai observé les phénomènes suivants :
  • Systématiquement, il y avait incompréhension. Et cette incompréhension conduisait à une prédiction auto réalisatrice destructrice. Curieusement, cette incompréhension était toujours extraordinairement banale et stupide. Exemple : l'entreprise était deux fois trop grosse du fait d'un terme, "plate-forme", dont personne ne savait ce qu'il signifiait. Mais que chaque unité essayait de construire, en concurrence avec les autres. Autre exemple : un dirigeant parlait de mesures d'économies, ses employés dépensaient à plein tube. D'ailleurs, quasiment nulle part, je n'ai rencontré d'entreprise connaissant la stratégie de son dirigeant. Cela m'a fourni longtemps un exercice amusant : je disais à mon client : voici ce que votre entreprise pense qu'est votre stratégie. Voilà ce qu'elle fait pour la mettre en oeuvre. Mine déconfite.
  • L'intermédiaire est un confident. On lui dit ce que l'on croit honteux. Le "déchet toxique". (Par exemple, je ne sais pas ce que je devrais savoir, où je suis incompétent, mais, vus mes énormes diplômes, je perdrais la face si j'occupais une autre place.) Là aussi, il s'agit d'une forme d'incompréhension. Souvent avec soi. Car nos erreurs sont humaines, alors que nous les croyons diaboliques. (Mais ça pourrait devenir de moins en moins vrai : la prédiction est auto réalisatrice, là aussi...)
  • L'intermédiaire est un catalyseur. J'ai appelé, dans mon livre 1, sa technique la "méthode navette". Il discute avec tous indépendamment. Il voit le dessous des cartes. Mais, surtout, il révèle à chacun que l'autre n'est pas tel qu'il le croit. Il est bien plus amical qu'on ne le pense. Ou, plus exactement, il a des intérêts qui sont complémentaires aux siens, pas antagonistes. Une fois que l'humeur n'est plus au conflit, il peut réunir les uns et les autres autour d'une table. Il leur propose une formulation rationnelle de leur problème collectif. Ils travaillent à sa résolution comme s'il ne s'agissait plus d'eux, mais d'un problème qui leur est extérieur. Le problème de la collectivité. 
Tout ceci ne semble-t-il pas bien correspondre à la crise grecque ?