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lundi 22 août 2022

L'origine de la pensée grecque

France Culture rediffusait une ancienne émission, dans laquelle Jean-Pierre Vernant expliquait sa théorie concernant l'émergence de la pensée grecque. Elle serait liée à la cité et à la démocratie, une invention sans précédent. 

Pour gérer ce que je nomme la "copropriété", il a fallu recourir au débat d'idées, et au raisonnement. Dans un second temps, le Grec aurait appliqué à la nature le mode de pensée qui lui avait servi à organiser la vie collective. 

Ingénieuse idée. Il semble effectivement que nous tirions de notre expérience une "modélisation" du monde. Nous dressons des parallèles entre ce à quoi nous sommes habitués et la nouveauté. 

Mais, ce que je vois comme l'invention grecque est, plutôt, l'individualisme. Et s'il y avait eu co évolution entre cet individualisme et la seule organisation qui lui permettait d'exister ? 

jeudi 18 janvier 2018

Antiquité, territoire des écarts

L'anthropologie étudie l'antiquité. Ce que l'on en dit depuis trois siècles au moins est totalement faux ! Par exemple, le "théâtre" est une invention récente. L'antiquité n'avait rien d'équivalent. D'où des textes d'un "théâtre" grec qui n'ont aucun sens. Surtout pas celui que nous leur donnons. Autre cas, élémentaire : le voyage d'Ulysse. Il illustre la "métis", un terme intraduisible, dont la définition est peut-être l'Odyssée ! En ces temps, on voyageait beaucoup. L'hospitalité était nécessaire. L'Odyssée est l'histoire d'une succession de mauvais hôtes, et de la façon de se sortir habilement d'affaire, la métis. Le livre multiplie les exemples tout aussi surprenants.

Pourquoi "écarts" ? Parce que l'antiquité nous fait faire un pas de côté, et nous regarder de l'extérieur. Nos débats n'ont rien d'universel. Nous utilisons des "catégories", comme le théâtre, la sexualité, l'immigration... qui nous sont propres. Elles sont incompréhensibles à une autre culture. Ou, plutôt, pour en approcher le sens, celle-ci doit employer notre mot et lui associer les expériences qui s'y rapportent. La particularité de notre culture est qu'elle est "ethnocentrique". D'une part, elle interprète le passé, comme une étape du progrès dont nous sommes le faîte, alors que chaque culture était un système qui avait sa logique propre. D'autre part, elle juge ce qui s'y passait, avec ses valeurs, alors qu'elles n'avaient pas cours alors, et que l'on ne s'en portait pas plus mal.

Nous sommes atteints par une fossilisation effrayante de la pensée. Les philosophes en sont les artisans. L'homo n'a plus rien de sapiens. Peut-être même d'homo. Si l'on parle autant d'intelligence artificielle, est-ce parce qu'il n'y a plus d'intelligence ? Car la réelle intelligence n'a rien à craindre de la machine ?

Un ouvrage qui fait perdre le nord. A lire tant que nous en avons encore la faculté.

dimanche 25 juin 2017

Macron et la Grèce

Yanis Varoufakis dissèque le Brexit. Chaque camp va faire le mal en voulant faire le bien. L'UE doit faire perdre l'Angleterre pour faire un précédent, et l'Angleterre est prêt à tout sacrifier pour mettre un  terme à la liberté de mouvement au sein de l'Europe. Alors qu'elles auraient tout à gagner à coopérer. 

Plus surprenant, l'homme qui est contre la globalisation, le fascisme et pour toutes les gauches les plus pures et aussi l'ami de M.Macron. Car M.Macron est le seul homme politique qui a cherché à comprendre les difficultés de la Grèce, et à aider ce pays... 

lundi 21 septembre 2015

Les sondages et M.Tsipras

M.Tsipras obtient beaucoup plus de voix que prévu. J'ai pensé en entendant la nouvelle qu'il y avait un biais systématique dans les sondages : à chaque fois qu'ils annoncent un bouleversement dans l'ordre des choses (le FN en France, Ed Milliband en Angleterre, etc.), ils se trompent. L'ordre établi a une sorte d'inertie. 

France Culture proposait une autre explication : les journaux grecs sont aux mains d'intérêts puissants. Ils cherchent à influencer le peuple. Du coup, je me suis demandé s'il en était de même en France. 

dimanche 26 juillet 2015

Effets imprévus de la tactique Tsipras

Depuis qu'elle est au pouvoir, ce blog s'interroge sur l'équipe Tsipras : bande d'amateurs ou fin négociateurs ? Jean Quatremer analyse la question. Il en arrive à quelque-chose qui ressemble à mes conclusions : ce sont des amateurs mais ils ont obtenu l'essentiel... Ils ont fait le contraire de leurs promesses et sérieusement aggravé la situation de leur nation, mais ils ont maintenant les mains libres pour la diriger. Aux innocents les mains pleines, aurait dit mon grand père ?

samedi 18 juillet 2015

Retour au référendum grec

Beaucoup de Grecs semblent en vouloir à M.Tsipras d'avoir appelé à voter non lors d'un référendum, puis d'avoir fait le contraire de ce qu'il avait dit. Tsipras, démission !

Une des idées que je répète souvent est que, dans une négociation, le négociateur s'intéresse moins à son adversaire qu'à son camp. J'ai observé cela chez les avocats : impressionner le client compte plus qu'influencer le juge... C'est une question de rapport de forces. Je me demande si cela n'a pas été le cas ici. Avec ce référendum, M.Tsipras a peut-être muselé son opposition. Ce qui lui a laissé les mains libres pour accepter un accord vital. 

Mon idée du moment est qu'il pourrait dire, dans un second temps, aux Européens : j'ai prouvé ma bonne volonté, mais maintenant mon pays est exsangue, il ne fonctionne plus, aidez-moi en abandonnant une partie de ma dette. 

mardi 14 juillet 2015

Conseil et action

La crise grecque me semble illustrer un enseignement que je tire de mon expérience. Le conseilleur n'est d'aucune utilité. En effet, il donne ses conseils en fonction de ce qu'il voit de la réalité (par exemple de la Grèce et de l'Europe). Mais la réalité est très différente des apparences. Et surtout, elle se révèle dans l'action, et dans la réaction. Elle est même ignorée de celui, pays ou personne, qu'elle concerne. Elle est inconsciente. 

Il n'y a que l'action qui vaille. J'ai constaté qu'il arrive que, lorsque l'on est au cœur du mouvement, on ait l'impression soudainement de comprendre ce qui se passe, et de savoir comment agir. Et ça marche. Nous avons en nous, me semble-t-il, des mécanismes qui nous permettent de saisir ce qui est inconscient, et d'en tirer des règles de comportement. 

lundi 13 juillet 2015

Crise grecque et art de la négociation

J'ai cru avoir tort, et j'ai peut-être eu raison. Je pensais que la crise grecque allait illustrer les caractéristiques, irrationnelles, de toute négociation. Eh puis, il m'a semblé que les Grecs étaient des amateurs qui allaient disparaître sans avoir même combattu. Mais j'en reviens à ma première hypothèse. 

C'est le roman de Francis Walder, Saint Germain ou la négociation, qui me paraît expliquer le mieux ce qu'est une négociation. C'est une succession de coups de théâtre irrationnels. Ils sont suscités par un sentiment d'injustice, qui provoque la révolte. A chaque fois, un camp prend l'avantage, du fait de l'effet de surprise et de l'énergie que lui donne le désespoir. Mais l'autre, revenu de son étonnement, découvre qu'il s'est fait posséder. Il s'indigne... Et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'un équilibre s'établisse. C'est l'inconscient qui est aux commandes. 

Dans le cas Grec ? On a eu le référendum ; puis les concessions grecques ; puis l'Allemagne et la Finlande qui se mettent à dire qu'on ne peut pas faire confiance à la Grèce...

PS. Il semble bien que les choses aient continué sur ce même mode : la Grèce démarre ses réformes, sans contrepartie. Elle veut prouver qu'elle n'est pas telle qu'on la dit. La réduction de sa dette fera l'objet de discussions ultérieures... (Article de Jean Quatremer.) 

vendredi 10 juillet 2015

Déchet toxique grec

Si les négociation sur la dette grecque ne vont pas c'est qu'elles sont victimes d'un "déchet toxique". Les Grecs, semblent-ils, ne pourront jamais repayer leurs dettes

Si la Grèce était une ville ou une région française, l'Etat prendrait probablement en charge ses dettes. Si c'était une ville américaine (comme Detroit), elle ferait faillite. Y a-t-il d'autres solutions pour une zone géographique ayant une même monnaie ? En tout cas peu de pays européens semblent prêts à aider les Grecs. Alors, faut-il attendre suffisamment pour qu'ils se fassent une raison, et qu'ils comprennent que le cas de la Grèce n'est pas aberrent, qu'une union économique va devoir faire face à beaucoup d'autres aléas et que le cas grec est un exercice d'apprentissage ?

(En fait, il est possible qu'il y ait un second déchet toxique. Beaucoup craignent peut-être que, dette ou pas dette, la Grèce, mais aussi la France et l'Italie, soit incapable de vivre autrement qu'en parasite de la zone...)

PS. En appui de ma parenthèse : histoire de l'irresponsabilité grecque

jeudi 9 juillet 2015

Fallait-il élargir l'Europe ?

Crise grecque. Un invité de France Culture disait l'autre jour qu'il n'aurait pas fallu étendre l'Europe à des pays aussi pauvres que la Grèce, les pays de l'Est. Et dire que l'on a même envisagé la Turquie ! 

Je soupçonne qu'il y avait d'autres motivations qu'économiques dans cette affaire. L'élargissement a été mené par les Anglo-saxons. Il avait probablement pour objet de s'assurer que le plus possible de pays seraient dans le camp du bien (en particulier la Turquie, rempart contre l'islamisme, et les pays de l'Est, barrage à la Russie), et que l'Europe continentale deviendrait un marché, divisé et impuissant, et pas une nation, unie et fermée. 

Cependant, que l'élargissement produise une bulle spéculative n'allait pas de soi. Il y a eu d'autres injections de capitaux, plan Marshall, Chine actuelle..., qui n'ont pas eu cet effet, me semble-t-il. Au contraire, même : que les pays pauvres deviennent riches aurait pu faire notre fortune. Pourquoi cela n'a-t-il pas réussi ? Deux facteurs sont peut-être importants dans la réussite d'une telle opération :
  • Un besoin de l'économie, et, peut-être plus encore, de la population. 
  • Une forme de planification. L'argent est canalisé vers des emplois utiles. 
En tout cas, il est curieux que l'économie n'étudie pas ces phénomènes, et demeure victime du fantasme de l'équation mathématique.

(Sur les freins à l'élargissement. Sur l'intégration de l'Ukraine.)

mercredi 8 juillet 2015

Grèce : changement contrôlé ?

Nouveauté dans la crise grecque. On envisage maintenant une "séparation à l'amiable". L'UE aiderait la Grèce à sortir de l'euro, en limitant les dommages. 

C'est une bonne nouvelle. Ce que disent mes livres est que la conduite du changement doit être un processus contrôlé. Mais je me suis heurté à un mur d'incompréhension : nous pensons que le changement est une décision. Une fois prise, le changement ne peut que réussir. J'étais découragé.

Que faut-il pour contrôler le changement ? Avant tout, un mécanisme qui permette de corriger le tir lorsqu'il s'écarte de ce qui était prévu. Il faut donc un système de mesure, et un autre de réaction rapide. Tout ceci doit être "correctement dimensionné" pour être efficace. Pour pouvoir mesurer, il faut un objectif. Par exemple, du côté de la zone euro, il est possible que ce soit les taux d'emprunt des Etats. Si c'est le cas, le système de contrôle doit réagir efficacement dès que ces taux menacent de s'élever. 

Y a-t-il un mécanisme de ce type dans le projet européen ? Je n'en sais rien. Ce qui veut peut-être dire que cette idée est plus une manœuvre de négociation (nous n'avons pas peur de votre départ) qu'une stratégie bien ferme. 

lundi 6 juillet 2015

La politique, les politiques et la Grèce

Les Grecs ont inventé la politique. Et ils donnent un exemple de son usage. Quelle va être la conséquence de leur référendum ? Sortie de la Grèce de la zone euro ? Ce qui ne tue pas renforce (l'UE) ? Ou crise mondiale ? Mais ce référendum compte-t-il pour quelque-chose ? Dans un référendum, la France a refusé la constitution européenne. Et pourtant cette constitution est revenue par une voie détournée. La voix du peuple compte pour du beurre ? 

Je lis la vie de Talleyrand. Il me semble être l'exemple même de ce qui fait la différence entre le politique et le peuple. Le peuple veut des solutions tranchées. Or, personne n'est capable de connaître les conséquences de ces solutions. Le politique fait tout pour les éviter. Et ce, probablement, pour au moins deux raisons. Il sait que le changement est incertain. Il préfère l'équilibre. Il a aussi tout à perdre du changement. Ce qui a une contrepartie. Parce qu'il croit que la crise est évitable, il accumule les petites combinaisons douteuses qui finissent par rendre la situation intenable

(D'ailleurs, on ne sait même pas ce que signifie le dit référendum. Que le Grec veut garder l'euro, mais qu'il appuie ses négociateurs ? Rien de plus ? - Je note par ailleurs qu'une fois de plus les sondages étaient grossièrement faux.)

mardi 30 juin 2015

Raté grec ?

Crise grecque : pourquoi n'y a-t-il pas eu d'intermédiation ? Pourquoi a-t-on laissé les négociateurs s'affronter ? Le hasard fait que j'ai beaucoup joué les intermédiaires, entre dirigeants et employés, acquéreur et acquis..., sans le faire exprès... J'ai observé les phénomènes suivants :
  • Systématiquement, il y avait incompréhension. Et cette incompréhension conduisait à une prédiction auto réalisatrice destructrice. Curieusement, cette incompréhension était toujours extraordinairement banale et stupide. Exemple : l'entreprise était deux fois trop grosse du fait d'un terme, "plate-forme", dont personne ne savait ce qu'il signifiait. Mais que chaque unité essayait de construire, en concurrence avec les autres. Autre exemple : un dirigeant parlait de mesures d'économies, ses employés dépensaient à plein tube. D'ailleurs, quasiment nulle part, je n'ai rencontré d'entreprise connaissant la stratégie de son dirigeant. Cela m'a fourni longtemps un exercice amusant : je disais à mon client : voici ce que votre entreprise pense qu'est votre stratégie. Voilà ce qu'elle fait pour la mettre en oeuvre. Mine déconfite.
  • L'intermédiaire est un confident. On lui dit ce que l'on croit honteux. Le "déchet toxique". (Par exemple, je ne sais pas ce que je devrais savoir, où je suis incompétent, mais, vus mes énormes diplômes, je perdrais la face si j'occupais une autre place.) Là aussi, il s'agit d'une forme d'incompréhension. Souvent avec soi. Car nos erreurs sont humaines, alors que nous les croyons diaboliques. (Mais ça pourrait devenir de moins en moins vrai : la prédiction est auto réalisatrice, là aussi...)
  • L'intermédiaire est un catalyseur. J'ai appelé, dans mon livre 1, sa technique la "méthode navette". Il discute avec tous indépendamment. Il voit le dessous des cartes. Mais, surtout, il révèle à chacun que l'autre n'est pas tel qu'il le croit. Il est bien plus amical qu'on ne le pense. Ou, plus exactement, il a des intérêts qui sont complémentaires aux siens, pas antagonistes. Une fois que l'humeur n'est plus au conflit, il peut réunir les uns et les autres autour d'une table. Il leur propose une formulation rationnelle de leur problème collectif. Ils travaillent à sa résolution comme s'il ne s'agissait plus d'eux, mais d'un problème qui leur est extérieur. Le problème de la collectivité. 
Tout ceci ne semble-t-il pas bien correspondre à la crise grecque ? 

lundi 29 juin 2015

Grèce : rien ne va plus ?

Cette fois-ci, c'est la bonne ? Crise grecque ? Lors de l'élection du gouvernement grec, j'avais prévu que les prochains mois seraient un drame, avec des coups de théâtre, comme dans toute négociation. Puis, j'ai cru, avec quelques autres, que le gouvernement grec était fait "d'amateurs". Je n'ai pas la prétention de savoir ce qui s'est passé. Mais mon intuition me fait dire que j'ai eu à la fois raison et tort. 

J'aurais tendance à croire que les négociateurs grecs ont commis des erreurs. Ils se sont crus supérieurement intelligents. Je soupçonne qu'ils avaient une tactique. Ils ont voulu jouer la crise. Et, aussi, au bon (Tsipras) et au mauvais (Varoufakis). Mais le problème des tactiques, c'est qu'elles rendent sourd. Le bon négociateur doit avoir un sixième sens. Il doit savoir comprendre quand il ne doit pas aller trop loin. Or, en face d'eux il y avait peut-être des gens qui auraient pu les appuyer pour peu qu'ils aient fait une proposition un tant soit peu crédible. En outre ils semblent s'être comportés de manière insupportable, autrement dit grecque. Or, la logique de la vie en groupe est de respecter les règles communes. Même la France commence à le comprendre. 

mercredi 24 juin 2015

La Grèce facteur d'unité européenne ?

"La Grèce est le seul exemple connu d'un pays vivant en pleine banqueroute depuis le jour de sa naissance". (La Grèce contemporaine, Edmond About, 1858.)

Présentation du contenu d'un chapitre :
Observations générales sur la situation financière de la Grèce. - La Grèce vit en pleine banqueroute depuis sa naissance. - Les impôts sont payés en nature. - Les contribuables ne payent point l'Etat, qui ne paye point ses créancier. - Budget d'exercice et budget de gestion. - Les ressources du pays ne se sont pas accrues en vingt ans. 
L'incurie grecque serait-elle culturelle ? La Grèce, ayant été incapable de se suffire à elle même, vit aux crochets de la puissance qui la domine, depuis l'empire romain ? Si oui, faut-il protéger cette culture si particulière et si ancienne, et créer une zone protégée, un parc naturel, une réserve ?

En tout cas, France Culture semble avoir trouvé un intérêt à conserver la Grèce dans l'euro. Payer ses dettes force la zone à toujours plus de solidarité. La Grèce nous contraint à l'altruisme.

(Texte transmis par un ami : édition plus récente sur Gallica.)

PS. Article de Jean Quatremer allant dans la même direction : la Grèce était déjà en faillite à son entrée dans l'UE ; aujourd'hui, c'est un handicap facteur de cohésion. 

lundi 1 juin 2015

Faut-il avoir peur des Grecs ?

Paul Krugman craint que les Grecs soient éjectés de l'euro. Quel est le risque me direz-vous ? Il est que l'on ne sait pas ce que cela entraînerait. Voilà ce que je tire de mon expérience. Et que, dans le doute, il vaut mieux s'abstenir.

Est-ce le cas pour l'Angleterre ? N'est-elle pas déjà en dehors du système ?

(Bien entendu, tout ceci n'est qu'un jeu de bluff. Plus les Grecs, par exemple, nous croirons attachés à eux, plus ils seront irresponsables. Une condition nécessaire pour qu'une négociation réussisse est qu'elle puisse se terminer en catastrophe...)

samedi 9 mai 2015

Grexit : quelles conséquences pour le monde ?

Grexit est le nom que les Anglo-saxons ont donné à la sortie de la Grèce de la zone euro. On pense de plus en plus que ses conséquences seraient négligeables pour le monde. La Grèce prendrait l'essentiel du choc. Au pire, ai-je entendu dire, cela jetterait les Grecs dans les bras de M.Poutine, et forcerait la France et l'Italie à appliquer des politiques de rigueur. 

N'y a-t-il pas là l'erreur d'un raisonnement non systémique ? En effet, nous raisonnons avec les hypothèses de notre système, alors que plonger la Grèce dans la misère correspond à un changement de règles du jeu. Deux rappels :
  • Les Grecs, comme les Portugais, sont entrés dans l'UE pour échapper à une dictature. Pas pour des raisons économiques. Le principe fondateur de l'UE, c'est la paix. 
  • Après guerre on parlait de la Grèce comme d'un "domino". Si la Grèce tombait entre les mains des Soviétiques, l'Europe allait suivre. Le Plan Marshall, d'aide économique à l'Europe, en a résulté. 
Autrement dit, éjecter la Grèce pourrait être traiter le symptôme et pas le mal. Le mal, c'est l'abandon du principe de solidarité qui justifie le dispositif européen. Principe dont la raison est probablement la paix. (L'économie étant un moyen de l'assurer.) Une fois que la solidarité est officiellement enterrée, il est possible que le chaos gagne rapidement le reste du continent (Russie incluse). 

Question : après le système paix, le système guerre ? 

(PS. Il n'y a probablement pas la bonne Grèce et la mauvaise Europe, mais un sentiment commun d'égoïsme qui provoque l'hostilité entre les deux.)

dimanche 26 avril 2015

Immigration en Europe : mort par chaos ?

Enquête sur les boat people de l’Europe. Ils viennent des zones de conflit (Syrie), et de pauvreté (Mali). (Mais peut être pas d’extrême pauvreté, car il faut pas mal d’argent pour faire le voyage.) Leur nombre n’est pas en augmentation significative. S’ils meurent plus, c’est peut-être parce qu’en attaquant les bateaux des passeurs, l’Europe les force à prendre des embarcations de fortune. C’est aussi parce que l’Italie a mis un terme à son programme Mare Nostrum, qui repêchait les embarcations en difficulté. On lui reprochait d’encourager l’immigration. On pense maintenant que ce n’était pas le cas. Il permettait simplement d’éviter des morts. Alors pourquoi ne pas adopter le dispositif qui a permis la prise en charge mondiale des boat people vietnamiens ? Parce que l’Europe donne un tel spectacle de désorganisation lamentable que personne n’a envie de l’aider. (Quant aux Australiens, ils empêchent les boat people d'approcher de leurs côtes. Ils les auraient découragés.)

L’Europe, justement. Portrait en regard de MM.Schäuble et Varoufakis. Chacun ressemble à l’image que donne son pays. M.Schäuble est un invalide digne et droit. M.Varoufakis, un dilettante hypocrite, qui s’occupe fort peu de son ministère des finances, trop occupé à gagner de l’argent sur le circuit des célébrités et à mener la vie de la jet set. La Grèce est proche de la sortie. Les fonds spéculatifs ne croient plus à ses chances. L’impact de son départ, pour l’Europe, serait limité. Ce serait même une bonne opération pour les marchés financiers. Mais elle peut gagner du temps en payant ses salaires avec des reconnaissances de dette.  Quant à la France, son problème est la flexibilité de l’emploi, dit The Economist. Avec un euro inflexible, l’emploi doit s’adapter. Or, la France, contrairement à l’Allemagne, protège l’emploi en place. D’où chômage et précarité. MM.Hollande, Valls et Macron savent ce qu’il faut faire mais ils sont bloqués par la résistance du système (politique ?). Ils font donc du Schröder en sous marin. Ils facilitent les licenciements, notamment en réformant la justice. Et ils réduisent les charges patronales. De manière à ce qu’elle ne puisse pas être détectée, la manœuvre a été divisée en petits morceaux. Mais peut-elle être efficace dans ces conditions ? Et l’Angleterre, ne devrait-elle pas être notre modèle ? Voilà un pays qui a fait de la flexibilité de l’emploi sa loi fondatrice. Eh bien tout va mal, et M.Cameron, qu’interviewe The Economist, s’en fiche. L’Europe tape sur Gazprom. Message : M.Poutine est un tigre de papier. Les USA, depuis la guerre du Vietnam, ont maintenu la paix en Asie. La Chine en a profité pour se développer. Ce qui lui donne les moyens d’éliminer l’influence américaine… Quant au Japon, la protection américaine l’a infantilisé. Aux USA aussi M.Obama essaie de faire passer ses traités de libre échange en douce. Comme en France, son parti n’en veut pas, mais il a l’appui tacite de son opposition. Et il y a des tas de candidats à l’investiture républicaine. Pas que l’on compte être élu, mais parce qu’un coup de pub est toujours bon pour une carrière.

La Chine, Eldorado de la bagnole occidentale, c’est fini. Le marché se contracte. Maintenant surcapacité et guerre des prix. Cela va être fatal aux producteurs locaux. Mais ce n’est pas grave. Ce n’est pas le véhicule, mais le composant qui compte aujourd’hui. Les compagnies aériennes occidentales, c’est fini. Après le low cost, qui va attaquer le long courrier, les « connecteurs » mettent le dernier clou à leur cercueil. Emirates, Etihad, Qatar et Turkish Airlines emploient, comme l’Ouest, la technique de la subvention massive. Mais eux sont riches. Et leurs aéroports, contrairement à ceux de l’Ouest, sont à des emplacements stratégiques.

Il y a une grosse spéculation sur la dette d’entreprise. Cela devrait claquer l’année prochaine en Europe, et un peu plus tard en Amérique. (Attention, M.Drahi ?)

Les sciences du management n’ont plus que de vieux gourous. 

dimanche 22 mars 2015

Traités internationaux : combat entre modèles de sociétés ?

Et si une guerre des civilisations était en train de se livrer ? Les traités commerciaux mondiaux sont remplacés par des traités régionaux. L’enjeu réel de ces traités est d’y fixer des normes (culturelles ?), et de les imposer à ceux qui n’y ont pas participé. Combat entre modèles de société. A ce jeu, l’Amérique n’aurait pas le dessus. Elle veut marginaliser les Chinois. Elle a refusé d’entrer dans leur banque de financement des travaux d’infrastructure en Asie. Pas de chance, tout le monde s’y rue. L’Amérique est isolée. Idem ?, les USA s’en prennent au président du Venezuela. Effet inverse de celui attendu : son peuple se regroupe derrière lui.


Le modèle qui a dominé le monde se fissure ? La « valeur actionnaire » est remise en cause. On constate que, contrairement à ce que dit ce modèle, l’actionnaire n’a que des droits limités sur l’entreprise, puisqu’il a des responsabilités limitées… L’Amérique augmente ses taux d’intérêts. Augmentation du dollar. Quelles conséquences ? Elles seraient surtout pour les nombreux pays qui ont emprunté en dollars pour profiter de faibles taux. Surtout « l’inconnue est la confiance. Comment la perspective de taux élevés va-t-elle affecter les esprits animaux des investisseurs et des acheteurs immobiliers ? » C’est un « saut dans l’inconnu ». En tout cas, le jeu des banques centrales est dangereux. En faisant des emprunts d’Etat des investissements qui ne comportent plus que des risques, elles pourraient « modifier fondamentalement la nature du marché des obligations – pour toujours ». (Les banques centrales menacent-elles de mettre en faillite les prêteurs ?)

Les principes qui font la pérennité de l’Etat Islamique ont été touchés. Ses revenus pétroliers, détruits par les bombardements, et son réel moteur : un expansionnisme sans freins. Mais les causes qui l’ont fait émerger, elles, n’ont pas été atteintes. Au contraire ? « Les territoires détruits sur lesquels il espérait se construire (…) pourraient bien terminer en plus mauvais état qu’ils n’étaient au départ. »


Vie quotidienne du monde. Les Grecs réclament aux Allemands un dédommagement pour un emprunt forcé fait durant la guerre de 40. L’équivalent de 11md€. Il en a été question, un jour. Mais les temps ont changé. Car les Allemands se voient désormais comme des victimes (de la crise de l’euro). Les pays des Balkans sont asphyxiés par « un mélange de népotisme, de montagnes de taxes, et de freins à l’entreprise ». Leurs citoyens cherchent le salut dans l’immigration. L’Europe veut répondre à la désinformation russe. Faire de la propagande serait contre-productif. Systémique Netanyahou ? Parce qu’il a fait des promesses de campagnes de droite, il va gouverner à gauche. En effet, pour gagner les élections, il s’est mis à peu près tout le monde à dos. Pour réparer la casse, il pourrait demander à M.Herzog de devenir ministre des affaires étrangères. Ce que ce dernier, à qui sa défaite va coûter son poste actuel, accepterait. L’Egypte veut relancer son économie en construisant des gigantesques villes nouvelles, à la Dubaï. Ce n’est pas la première fois que ça a été tenté. Les autres ont raté. Certaines parties des USA sont dans une misère abjecte. Les démocrates ont tenté d’y remédier par des subventions. Ça n’a pas marché. La population va donc voter pour les Républicains, qui vont lui ôter toute aide. L’Italie et la France s’en prennent à leurs notaires. Ils gagnent un peu trop bien leur vie et concourent à renchérir le prix de l’immobilier (1%).

Pourquoi y a-t-il autant d’espèces de coléoptères ? Parce qu’un « sous ordre » semble produire des espèces qui défient la sélection naturelle. Ferez-vous des études universitaires ? Cela dépend avant tout de votre environnement familial à la naissance. La réussite scolaire est une question de liens sociaux, bien plus que de capacités intellectuelles. « Les parents éduqués s’engagent dans un dialogue socratique permanent avec leurs enfants (…) Les parents de la classe ouvrière (…) exigent simplement que leurs enfants leur obéissent. » Les Palestiniens essaient d’utiliser contre Israël les techniques terroristes qu’Israël a employées contre le colonisateur anglais. Mais si l’Angleterre avait fait ce que fait actuellement Israël, Israël n’existerait pas. Bonne nouvelle, pour finir ! Il y a stabilisation des émissions de gaz à effet de serre. Ce qui prouve que lorsque l’on veut, on peut.

lundi 16 mars 2015

Grèce : négociation ou apprentissage ?


Les Grecs ont bien vite découragé ceux qui leur étaient favorables. (Mais ce n'était pas bien difficile à réussir...) Si bien que la négociation s'est transformée en une leçon. Les dirigeants grecs ont découvert qu'ils n'ont aucune marge de manœuvre. Et que le reste de l'Europe fait bloc. Mais qu'il est prêt à leur apprendre les bonnes manières. En faisant un effort pour les aider à sauver la face vis-à-vis d'un électorat auquel ils ont promis l'impossible. Aide qui passe essentiellement par un changement de noms concernant ce qui irrite le peuple. Au fond, c'est l'Europe qui dirige la Grèce... 

(The Economist parvient aux mêmes conclusions.)