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jeudi 27 mai 2021

Candide essuie-glace

 "On pouvait penser, depuis Voltaire, que chaque génération avait besoin de son Candide. Chacune ayant ses propres façons d'enfumer ou de salir les vitres qui la séparent des saines réalités, cet entrain à les asperger d'eaux claires est un art de salubrité publique. Or, dans l'ère de progrès où nous voici engagés, dans la bousculade et la frénésie qui "accélèrent" (on nous le dit) l'Histoire où nous sommes emportés, c'est tous les ans qu'il faudrait un Candide, et, d'aventure, tous les mois ; ou, mieux encore, périodiquement, plusieurs Candide." (Maurice Genevoix)

Comment se fait-il que notre société ait, effectivement, une telle capacité au délire ? Qu'il lui faille des crises comme celles que nous vivons actuellement pour que celui-ci soit un rien ébranlé ? Nous faut-il des Candide ou, plutôt, abattre les remparts que nous avons édifiés pour nous protéger de la nature, qui nous empêchent de voir, et de nous adapter ? Sommes-nous, nous et notre éducation, devenus, trop "artificiels" ? 

Le bestiaire de Maurice Genevoix


Bestiaire ? Il y a beaucoup d'animaux, certes, mais on ne fait souvent que les entrapercevoir. "Lorsque l'idée m'est venue d'embarquer sur mon arche le peuple de mes amis à plume, à poil (...) je pensais que j'allais le faire au gré de mes seules préférences (mais) c'est vers moi (qu'il) me ramenait comme à l'envi."

Un très beau livre, des dizaines de petites histoires, très agréable, très simplement écrit, mais un peu triste. 

Grande sensibilité à l'injustice ? Injustice de la guerre de 14, enfer absurde qui a fait d'un jeune homme plein de vie et de promesses un invalide. Sensibilité à la souffrance qui lui donne une empathie pour l'animal ? Et qui le rend capable, étonnamment, de le comprendre ? 

Livre aussi qui montre à quel point nos parents vivaient au milieu même de la nature, et à quel point elle faisait leur bonheur, et ils l'aimaient. Ces esprits frustes n'avaient-ils pas une bien plus grande sensibilité face au spectacle de la nature, n'étaient-ils pas de plus grands poètes, sans le savoir, que nos intellectuels de l'écologie qui nous rebattent les oreilles de leurs leçons, alors que, s'ils mettent un pied hors du Quartier latin, c'est pour entrer dans un avion ? Incompréhension d'une société toute gonflée du contentement de soi, mais qui n'a plus d'âme ?

mardi 24 novembre 2020

Le langage des animaux

Maurice Genevoix raconte comment il s'est fait un ami d'un écureuil. Simplement en jouant avec la curiosité de l'animal, il l'a attiré à lui. Et puis l'écureuil l'a suivi chez lui. N'ayant pas eu le droit de l'héberger, il l'a mis sur son épaule, et l'a ramené en forêt. Pendant le voyage, l'animal s'est glissé dans une de ses poches et s'y est endormi. 

L'homme et l'animal peuvent-ils communiquer ? Je me le demande quand un chat, qui est entré dans ma maison, me regarde d'un oeil que je crois interrogatif. Je me le suis demandé quand un hérisson est venu se coucher, pour mourir, à côté de la porte de ma cuisine. Maurice Genevoix me fait me demander si j'ai toujours tort. 

mardi 17 novembre 2020

Dépasser les querelles

France Culture lisait ce qu'écrivait Maurice Genevoix pendant la guerre de 40. Le comportement du gouvernement Pétain fut abjecte. 

Un phénomène semble se répéter dans l'histoire et dans le monde. L'intellectuel s'en prend à une partie de la population, ce qui produit une "réaction" violente, au sens populisme du terme. 

Aurions-nous effectué une division des tâches entre ceux qui savent frapper et ceux qui savent causer ? Nous aurons la paix le jour où notre éducation produira des êtres mixtes ?

mercredi 11 novembre 2020

Maurice Genevoix

Pour mes amis, ce blog décerne les prix Nobel. Maintenant, il conduit au Panthéon !

Maurice Genevoix va y entrer. "Ceux de 14" a été un choc. C'est l'absurde. C'est suffocant. D'autant que l'un des mes grands pères a vécu cette guerre et y a perdu un bras. Qu'aurais-je fait à sa place ? me suis-je demandé.

Mon père aimait Maurice Genevoix, pour ses romans. Ils parlaient de braconniers et de pêcheurs et d'animaux sauvages. La nature, qui manquait à mon père. Le paradis après l'enfer ?

Que signifie Maurice Genevoix au Panthéon ? L'horreur de la guerre ? Un précurseur de l'écologie ? Ou la reconnaissance de ces humbles, les personnages de ses livres, dont il a tant admiré le talent ? Un retour aux racines du pays ?

samedi 7 décembre 2013

Ceux de 14

Livre de Maurice Genevoix.

Des héros de notre temps ai-je pensé en lisant ce livre. Ce n’est pas un récit de guerre. C’est l’histoire d’hommes confrontés à l’absurde. Des hommes face à la mort quasi certaine ou à des mutilations effroyables. Comment peut-on rester digne, droit, et ne pas être détruit par la peur, dans ces conditions ?

Livre surprenant. D’abord par son style. Phrase courte, simple, lumineuse. Il n’est non seulement pas daté, mais il est, en quelque sorte, plus moderne que l’écriture moderne. Ensuite par ce qu’il décrit. La vie du fantassin de 14, jour après jour, parfois minute par minute. Guerre effroyable où l’on ne voit jamais l’ennemi, où l’homme est enseveli sous la boue, dans laquelle il se noie parfois, dans un déluge d’acier. Le rôle du fantassin n’est rien sinon garder un espace conquis, ou le reprendre, dans une guerre qui avance et recule par centimètres, pour faire du surplace. (Tout le livre se déroule exactement au même endroit.)

Qu’est-ce qui a fait tenir ces hommes ? Ce n’est pas l’endoctrinement ou la haine de l’ennemi. On l’appelle « le Boche », on le craint. Mais on l’aide quand il est blessé, et on plaisante avec lui quand il est prisonnier, et on admire sa dignité dans la souffrance. Il me semble que c’est avant tout la capacité à se concentrer sur l’instant, à tirer parti des plus infimes bonheurs de la vie (de la paille sèche dans un abri de boue, quelques jours de repos). Il me semble surtout que c’est l’amitié entre des hommes qui affrontent ensemble un monde incompréhensible. 

Une leçon. 

vendredi 31 octobre 2008

La vie est belle (suite)

Qu’est-ce qui fait que l’on est optimiste ?
  • Martin Seligman, le spécialiste du sujet, explique que ceux qui ont survécu à la crise des années 30 sont devenus optimistes. Ils avaient probablement pris confiance en leur capacité à se tirer d’affaire. Peut-être aussi que rien ne leur semblait bien menaçant après ce qu’ils avaient vécu ?
  • Surtout, il semble que l’inquiétude vienne de ce qu’Emile Durkheim appelait l’Anomie (un facteur favorable au suicide) : l’absence de règles. Nous sommes dans un monde incertain. Pour devenir optimiste, il faut trouver quelque chose d’intéressant à l’avenir, quelque chose qui ait une certitude de réalisation pour peu que l’on se montre à la hauteur de ce que l’on croit être. C’est exactement la définition d’un « stretch goal ».
  • À l’appui de ma thèse. Les déclarations de guerre déclenchent la liesse populaire (fin de l’incertitude). Je me souviens d’avoir entendu Maurice Genevoix dire qu’il avait vécu l’annonce de la guerre de 14 comme la promesse, enivrante ?, d’une expérience nouvelle, unique. Dont il faudrait ne rien perdre (rédaction de notes).
SELIGMAN, Martin, Learned Optimism: How to Change Your Mind and Your Life, Free Press, 1998.