Affichage des articles dont le libellé est Seligman. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Seligman. Afficher tous les articles

vendredi 10 mars 2017

Martin Seligman

Martin Seligman est un des plus grands psychologues contemporains. Il a inventé un test qui mesure l'optimisme. Son résultat est corrélé au succès. Les travaux qui l'ont fait connaître portent sur la vente d'assurances. Mais il a aussi étudié le sport et l'école. Ce que sélectionne la compétition, ce n'est pas le talent, mais la capacité à aimer l'adversité. On pourrait en dire de même de la politique.

L'optimisme ? C'est être stimulé par la difficulté. Le pessimisme, c'est l'inverse.  

Initialement, j'ai retrouvé chez Martin Seligman une observation que j'avais faite. Une entreprise qui réussit un changement devient optimiste. C'est spectaculaire. Je donne, maintenant, l'optimisme comme objectif au changement. Mais ce n'est que lorsque j'ai appliqué ses idées à mon cas, que j'en ai compris la portée.

La pratique du pessimisme
Je veux me laver la tête. La bouteille de shampoing que j'ai à portée de main est vide. J'ai jeté la bonne ! C'est Alzheimer. Je m'ébroue, je regarde autour de moi : rien. Plan B : la savonnette ? C'est alors que je me rappelle que, la semaine dernière, j'ai utilisé mon autre salle de bain. La bouteille y est.
Histoire que me racontent des ingénieurs de Dassault. Bug dans la programmation du système de pilotage d'un prototype. Lors d'un essai en vol, l'avion entre en résonance. Mais le pilote ne perd pas son calme. Tout son esprit est concentré sur la recherche d'une solution. Il la trouve.
Le pessimiste invente des explications invraisemblables. Résultat : il se donne des limites qui n'existent pas. Il croit qu'être président de la République, champion olympique, ou, simplement, heureux ce n'est pas pour lui. Mais, surtout, cela touche les  petits riens de la vie : une machine que l'on ne répare pas, ou sa santé qu'on laisse s'étioler. Le pessimiste se racornit. "Cela marchera, ou ça dira pourquoi", répétait ma mère.  L'optimiste, lui, sait qu'il suffit de vouloir pour pouvoir. Et, si l'on en croit Martin Seligman, notre pilote d'essais ne se sent jamais aussi heureux qu'en danger !

Subir le test
Je suis hors des limites du test de Martin Seligman. De très loin. Juste : lorsque je rencontre la moindre difficulté, je perds mes moyens. Avant de lire Martin Seligman, le phénomène était inconscient. Pourquoi ai-je survécu ? Parce que certaines choses semblent évidentes. Mais aussi parce que, lorsque j'oublie que j'ai peur, mon cerveau repart. (Cf. anecdote du shampoing.) Par exemple, il suffisait que je sorte d'une salle d'examen pour qu'il fasse des miracles. Il travaille, d'ailleurs, très bien la nuit. Le matin je déborde d'idées. Et, à chaque fois que j'ai vu de prêt la mort, j'ai retrouvé une parfaite lucidité. Je me souviens même avoir pensé que mes soucis étaient finis. Ouf. Autre curiosité ? Parfois, croire que quelque chose est facile, à tort, me permet de le résoudre aisément. Mais, parfois, si ça résiste un rien, je décide que, vraiment, je suis nul. Bloqué. Encore plus étrange : je suis incapable de lire ce qui m'inquiète. Jadis c'était les énoncés de math, maintenant ce sont les feuilles d'impôts.

Le pessimisme a donc des effets contre-intuitifs et quelques-fois bénéfiques.  Mais il y a plus important : il y a l'espoir. Encore une contradiction. Je doute de moi, absolument, et pourtant je suis confiant en l'avenir. L'espoir est ce qui vous maintient en vie. C'est cela aussi le test de Martin Seligman. 

Soigner la dépression
Bien que timide, j'étais à l'aise à l'oral. Jusqu'à ce que je me mette, pourquoi ?, à douter. Mes peurs m'ont envahi. Le pessimisme est un mal qui ronge l'espoir. S'il réussit : "learned helplessness". Quand vous soumettez un être à des chocs aléatoires, il se convainc que le monde n'a aucun sens. Il se couche, et se laisse périr. Mais, le mal a son traitement. Martin Seligman a montré que l'on pouvait "apprendre" à être optimiste.  Lorsqu'un événement survient, nous l'interprétons inconsciemment, un acte en résulte. S'il est incorrect, échec et dépression. Donc, retraçons la cause de l'action qui a mal tourné, et demandons-nous si nous n'aurions pas pu penser autre-chose, et ce qui en aurait résulté. La réussite provoque une satisfaction. Persévérer permet de se recoder. 

Me suis-je recodé ? Cet exercice est compliqué. Ou je suis trop nul pour le réussir. Mais, ce qui compte n'est pas la méthode, ce sont les leçons qu'elle sous-entend. La première est que les limites du possible sont fixées par notre inconscient. Le possible est à inventer ! La seconde est que, pour le créer, il faut se considérer de l'extérieur. Les psychologues parlent de position "meta". On devient son objet d'observation. Voilà qui change le sens de la vie ! Merci Martin.

Testez votre optimisme : ici.

jeudi 30 janvier 2014

Entreprise : les secrets du succès ?

Une étude statistique, dont je viens de retrouver la trace dans mes notes, semble montrer que le succès de l’entreprise est fortement corrélé à deux caractéristiques :
  • Une vision optimiste de l’avenir.
  • Une vision pessimiste du présent, comme étant incontrôlable. 
Cette analyse, qui ressemble aux conclusions que tire Martin Seligman de ses travaux sur l'homme, revient, selon moi, à celle d’Edgar Schein qui montre que les forces qui entrent en jeu dans le changement sont :
  • L’anxiété d’apprentissage : la peur de l’obstacle (vision pessimiste de l’avenir), qui doit être abaissée. 
  • L’anxiété de survie : l’énergie nécessaire au changement (vision pessimiste du présent), qui doit être maintenue élevée. 
(SUTCLIFFE, Kathleen M., WEBER, Klaus, The High Cost of Accurate Knowledge, Harvard Business Review, mai 2003.)

vendredi 3 janvier 2014

Le changement comme recherche de bonheur

Mes livres traitent du type de changement que l’on rencontre dans l’entreprise. Ce changement a un objectif connu. Ne doit-on pas être capable de calculer un « retour sur investissement » ? Plus exactement, car beaucoup d’entreprises changent sans savoir pourquoi, définir cet objectif n’est généralement pas très compliqué. Ensuite, et c’est l’objet d’étude de mes livres, il s’agit de définir un « dispositif de contrôle » qui permettra d’atteindre cet objectif. (Dispositif de « mise en œuvre du changement ».) Travail d’ingénieur. Ou presque.

Il existe une seconde famille de changements. Ici, pas question de définir un objectif. Finie la science de l’ingénieur. Impossible de savoir où l’on va, ou ce que l’on veut. On entre dans le monde de l’intuition. Appartiennent à cette catégorie la théorie de Kurt Lewin, du changement comme dégel, le deuil, ou encore les efforts que doit faire l’entrepreneur pour lancer une entreprise. (Pour l’entrepreneur, j’ai parlé de « jeu de go ».)

Ces deux types de changement ont quelque-chose en commun : la recherche du bonheur. La théorie du psychologue Martin Seligman explique ce qui se passe. Lorsque l’on est incapable d’obtenir ce que l’on veut, on est malheureux. C’est la dépression. Le contraire est l’optimisme. Je crois que le moteur du changement est le désir de construire un univers où l’on est heureux. Parce que l’on sait en obtenir ce que l’on veut. C’est un univers « organisé » par des règles que l’on connaît, plus ou moins consciemment.  

vendredi 25 octobre 2013

Université et grande école

La première fois que j'ai rencontré des élèves d'HEC, c'était après une compétition sportive. J'ai été surpris par leur mise, recherchée. Et surtout par leurs propos : ils s'entretenaient de la santé de l'économie française et traitaient de haut ses dirigeants.

Je me demande si la différence entre les élèves des grandes écoles et des universités n'est pas essentiellement une question d'attitude. Les uns croient au sujet qu'ils apprennent, il correspond à quelque-chose d'important pour eux. Pour les autres c'est un mal nécessaire, qui a quelque-chose d'aléatoire, d'incompréhensible. Les premiers cherchent la gloire, avec le risque que cela signifie ; les autres n'ont pas confiance en eux et privilégient la sécurité.

Cela ressemble un peu à la classification de Martin Seligman. Grande école = optimisme. Université = "learned helplessness" (forme de dépression).

Je suppose que cette attitude est acquise, et renforcée par l'enseignement.

lundi 5 novembre 2012

L'étudiant se modèlise

Mes étudiants émettent une double conjecture scientifique, qui n'est peut-être pas dénuée de profondeur. A savoir : 1) le contrôleur de gestion masculin a un faible niveau de testostérone ; 2) le stress est bon pour la performance scolaire.

La première conjecture résulte d'une observation. Les hommes préfèrent la finance (qui mène au trading, métier viril) au contrôle de gestion.
J'ai effectivement constaté quelque chose qui va dans ce sens. il y a des années la crise bancaire a rejeté des aspirants traders dans ma classe. Excellents dossiers scolaires, mais ambiance effroyable. Excès d'individualisme, probablement. Le bon contrôleur de gestion, par contre, est un joueur d'équipe. Il plie mais ne rompt pas. Il a des caractéristiques généralement associées aux femmes. Ce qui en fait un animateur du changement né.

Quant à la seconde conjecture, elle est curieusement corroborée par l'exercice que je viens de demander aux dits étudiants. Leurs réponses me sont parvenues par mail. Je les ai lues en ordre inverse de leur arrivée. Les dernières tendaient à être nettement meilleures que les premières. Ce qui m'a frappé.
Y a-t-il des théories derrière tout cela ? Anxiété d'apprentissage d'Edgar Schein ? Optimisme de Martin Seligman : le bon élève est stimulé par l'adversité ? Contrainte, stimulant de la créativité, dit l'art ?

lundi 15 août 2011

Résistance innée

« Ces découvertes sont consistantes avec des études précédentes qui montrent que les conservateurs sont plus sensibles (que les libéraux) aux menaces, plus résistants au changement, et plus susceptibles de voir le monde comme un endroit dangereux – tout cela sous-entendant une certaine forme d’attitude négative, qu’elle soit par rapport au passé, au présent et au futur. »

Le plus curieux est que ces différences correspondent à une attitude inconsciente par rapport à l’existence en général, et non à une opinion rationnellement élaborée concernant la politique, en particulier. (The Ideology of No)

Peut-être ce résultat s’applique-t-il aussi au changement : des gens sont par nature contre et d’autres pour ?

Compléments :
  • Cela ressemble aussi beaucoup aux travaux de Martin Seligman sur l’optimisme et le pessimisme. Une forme d’attitude câblée dans l’inconscient teinte l’interprétation de nos expériences. (SELIGMAN, Martin, Learned Optimism: How to Change Your Mind and Your Life, Free Press, 1998.)
  • Et si on avait là un moyen de faire des sondages fiables? Il suffit de mesure l'attitude d'une personne à la vie pour savoir comment elle va voter ?

mardi 19 avril 2011

Pourquoi j’aime le changement

Livre sur le changement écrit par un psychologue. Beaucoup de choses intéressantes. Mais pas très gai et pas beaucoup d'effet de levier. On classe la population en fonction de ses nuances d’appétence pour le changement, et on planifie, scrupuleusement, en fonction… Très programmatique ?

Mes 25 ans d’expérience du changement n’ont jamais été comme cela. Ce fut, et c’est, rapide, animé, enthousiasmant, imprévisible. Le souffle de l’aventure et des grands espaces. Je n’ai vu que quelques personnes de l’organisation, et pourtant elle s’est transformée en bloc. Pourquoi cette différence me suis-je demandé ? J’ai fini par trouver la réponse suivante :

Employé plus ou moins junior ou consultant, j’ai toujours été un « leader » des changements auxquels j’ai participé. En fait j’ai une vision américaine du changement. 

John Kotter a écrit « leading change ». Pour lui, et pour l’Américain en général, le changement c’est la promesse de lendemains qui chantent. Le « leader » a la vision de cet avenir si désirable, peut-être même le crée-t-il ?, il le montre et on y court. (Feeling of urgency disent les Anglo-saxons.)

Par contraste, notre perception du changement est passive, subie : difficulté, souffrance, martyr, purgatoire.

Compléments :
  • J'apprends que pour réussir le changement il faut être résilient. Quel effroyable mot. Chez moi la vertu cardinale est l'optimisme. 

mardi 22 mars 2011

Comment manager son manager

Je lisais sur un blog spécialisé que « manager son manager » était le titre de son billet le plus lu par les assistant(e)s. En fait, c’est aussi le problème n°1 de tout dirigeant. Car nous avons tous quelqu’un au dessus de nous. Je crois qu’il y a deux techniques pour ce faire:
  1. Jouer sur les leviers que la société donne au managé pour diriger son manager. L’étape initiale de l’exercice, malheureusement généralement infranchissable, est de prendre conscience que le supérieur n’est pas qu’un imbécile. Cela tient non à ses aptitudes naturelles, mais à ses fonctions. Son rôle lui permet de faire ce que personne d’autre ne peut faire. Alors, le guider devient facile. Il suffit de présenter ce que l’on pense bon, sous la forme d’une question qui stimule son « anxiété de survie ». On doit alors abaisser son « anxiété d’apprentissage » en lui laissant entendre qu’il existe une méthodologie qui permet de résoudre le problème, et que nous ne pouvons qu’en être l’animateur. Il sera alors très heureux de nous laisser suivre la route que nous comptions prendre.
  2. Lorsque le manager prend une initiative, il s'agit que ses échecs ne lui pardonnent pas. Il apprendra vite ainsi ce qu’il peut on non faire. Ou même qu’il ne peut absolument rien faire sans son inférieur (« learned helplessness » en anglais). Cette technique, d’usage beaucoup plus naturel que la première, s’inspire des méthodes de dressage conçues par Pavlov et Skinner.
Compléments :
  • Anxiétés et changement.
  • Sur Pavlov et Skinner : MALIM, Tony, BIRCH, Ann, Introductory Psychology, Macmillan, 1998. Learned helplessness vient d’un autre psychologue (SELIGMAN, Martin, Learned Optimism: How to Change Your Mind and Your Life, Free Press, 1998).

samedi 12 mars 2011

L’ordinateur soigne les anxiétés

Nos actes sont dirigés par des modèles inconscients. Quand ceux-ci ont un défaut, ils nous font voir la vie en noir. L’ordinateur peut recoder nos impressions en nous faisant envisager ce qui nous déprime sous un jour nouveau. (Paradises on earth)

Application des théories de Martin Seligman sur l’optimisme ? Testez votre optimisme.

dimanche 15 août 2010

Nietzsche pour les nuls


Tanner, Michael, Nietzsche, A Very Short Introduction, Oxford University Press, 2000.

Nietzsche n’a pas construit de « système » : son œuvre n’est pas cohérente. Chaque ouvrage débouche sur une impossibilité que le suivant essaie de résoudre – d’ailleurs ses textes ne prétendent même pas à la cohérence interne ; les concepts pour lesquels il est fameux (le surhomme par exemple) n’ont pas de descendance dans son œuvre… Parmi les idées que j’ai cru comprendre :
  • Le problème à résoudre serait : comment vivre dans un monde inhumain (absurde ?) ?
  • Première solution (mauvaise) : se lamenter sur son sort (romantisme).
  • Seconde solution (meilleure) : renoncer à son individualité et à la raison, se dissoudre dans un groupe en quelque sorte façonné par une sorte de tragédie totale, qu’a essayé d’écrire Wagner.
  • Troisième solution : le surhomme. Le surhomme est celui qui transcende l’abjection du monde. 
Le mal de la société serait sa culture, les règles qui guident nos comportements. Elles nous (Allemands ?) font souffrir. Il faudrait les détruire et en réinventer de nouvelles. Travail de surhomme. Qu’est-ce qui ne va pas ? Elles auraient été conçues par les esclaves, à l’insu de leurs maîtres, pour réduire en esclavage ces derniers.

Commentaires :

D’ordinaire, je dis que les philosophes mettent en équation l’expérience de leur âge, et que leur enseignement est utile à condition de se trouver (au moins partiellement) dans les conditions dans lesquelles ils ont vécu. Pas facile de tester cette théorie avec un livre aussi court et qui donne aussi peu d’éléments de contexte. D’ailleurs, la philosophie de Nietzsche semble plus indiquer des pistes que des solutions (systèmes).

Mais il est tentant de reconnaître l’idée, courante en Allemagne à l’époque, selon laquelle la race germanique, supérieure, est aux prises, depuis un millénaire, avec une sorte de fatalité. De même on retrouve la négation de la raison, l’homme fusionnant avec le groupe, et le surhomme, qui ailleurs est le guide du groupe.

Quant aux enseignements utiles, j’ai du mal à les distinguer, sinon en négatif. Les solutions aux problèmes du monde ne passent ni par une destruction de notre culture – effectivement manipulable - ni par un abandon de la raison, mais, à mon avis, par l’usage de la raison pour faire évoluer notre culture, autrement dit par la conduite du changement.

Compléments :

mardi 16 mars 2010

1705

Je complète le billet précédent par un type de réflexion que j’ai abandonné trop vite : qu’ai-je appris de mon blog ?

Ce qui le fait avancer, ce sont mes réactions aux nouvelles, généralement désagréables. J’ai fini par croire que le changement auquel équivalait son écriture c’était cela : survivre aux désagréments de l’actualité. En quelque sorte, la déminer sans se recroqueviller. Au fond, ce blog me force peut-être simplement à penser, c'est-à-dire à utiliser un semblant de raison plutôt que d'évacuer ce qui choque par quelques expédients faciles.

Le changement est-il réussi ? Non. Je ne suis pas curieux et je tends à ne pas lire les articles qui s’annoncent sinistres. Autrement dit, je ne suis pas « optimiste » au sens de Seligman : l’imprévu n’est pas promesse d’aventures délicieuses. Et l'optimisme est le seul indicateur du changement réussi, si l'on en croit mes livres...

En fait, tout dans ce blog est marqué par l'égoïsme. Il ne dit plus grand chose sur les techniques de changement. L'important, pour moi, c'est d'enregistrer des événements, marques-pages d'un raisonnement en construction. De même, mes chroniques de livre séparent de plus en plus ce que j'en ai retenu de mes commentaires - qui m'ennuient à la relecture.

Compléments :

mardi 26 janvier 2010

Obama en Clinton

Les commentateurs encouragent M.Obama, depuis qu’il a perdu la majorité absolue au Sénat, à suivre l’exemple de M.Clinton.

Pourtant, quand il le fait, en s’en prenant aux banques et en gelant les dépenses de l’État, demande de la vox populi ?, on parle de populisme grossier. Non seulement il contredit ses propos de campagne, mais il fait l’inverse de ce que réclame le traitement de la crise.

Explication possible ? M.Obama n’est pas un politicien ordinaire, il est froid et rationnel. L’atout du grand politique est d’être un grand séducteur et un survivant : il n’est jamais aussi bon que lorsqu’il est en difficulté et il a un sixième sens qui lui dit ce que le peuple est prêt à croire.

Compléments :

  • The Second Clinton?, President Obama concedes defeat.
  • La stratégie de M.Obama, réponse à mon billet précédent : pas possible de négocier avec son opposition ?
  • Illustration des théories sur l'optimisme de M.Seligman : le champion est celui qui voit la déconvenue comme une chance (définition d'optimisme). B.Obama a subi un revers : va-t-il se replier sur soi, ou se transcender ?

jeudi 24 décembre 2009

Petit monde

Mon billet précédent m’a fait découvrir que Bill Belt et Martin Seligman étaient étudiants à Princeton au même moment, et qu’ils paraissaient bien se connaître (j’ai appris aussi que Martin Seligman était quelqu’un d’universellement apprécié).

Est-ce un hasard ? Le plus curieux est que Martin Seligman est un des rares universitaires américains vivants, dont parle ce blog, que je n’ai pas contactés (d’ailleurs son livre m’a été conseillé par un autre universitaire : David Myers).

Illustration de la théorie des degrees of proximity ? J’appartiens à une communauté d’idées, et, de ce fait, les gens qui la constituent sont reliés par une sorte de lien invisible, tendent à se retrouver ?

Mais, je suis aussi très proche de gens que ce blog semble critiquer. Critiquer, c’est aussi partager des préoccupations communes ?

Compléments :

  • WATTS, Duncan J., Six Degrees: The Science of a Connected Age, W. W. Norton & Company, 2004.

mercredi 23 décembre 2009

Testez votre optimisme

J’ai parlé dans mon cours, comme je le fais souvent dans ce blog, des travaux du psychologue Martin Seligman.

Des élèves m’ont demandé de mesurer leur optimisme. J’ai trouvé ce test : http://www.stanford.edu/class/msande271/onlinetools/LearnedOpt.html.

15 minutes pour savoir si vous êtes optimiste ou si vous avez tendance à la déprime. C’est en anglais.

Note pratique : une personne qui vient de remplir ce test me fait remarquer qu'il est facilement manipulable. Ce qui est certain. Afin qu'il donne des résultats utiles, il me semble qu'il faut accrocher les situations qu'il propose à des événements vécus récemment et chercher la réponse qui correspond le mieux à ce que vous avez pensé alors.

mercredi 11 novembre 2009

Schizophrénie

Il y a eu un temps où l’explication de la schizophrénie était sociale, puis elle est devenue exclusivement chimique. Question d’idéologie ? Aujourd’hui, la société revient :

On observe que la schizophrénie est plus fréquente en ville qu’à la campagne, plus généralement les environnements défavorisés lui sont favorables :

Les résidents des quartiers les plus délabrés et surpeuplés pourraient être plus exposés aux produits chimiques toxiques et aux infections (…) et pourraient avoir un accès moins facile au capital social capable d’enrayer les effets d’une prédisposition à la maladie mentale acquise tôt dans la vie.

Compléments

  • Pour ma part, j’ai tendance à croire, avec Martin Seligman (Learned optimism), à l’équivalence entre les effets de l’environnement et de la chimie (médicaments). Je soupçonne que si cela ne plaît pas aux scientifiques c’est parce qu’ils ne peuvent supporter l’idée que notre environnement proche puisse causer notre folie (Bateson mettait en cause la relation mère-enfant - Steps to an Ecology of Mind), c’est du moins l’impression que j’ai tirée des déclarations d’un chercheur de l’université de Cambridge.

lundi 24 août 2009

SDF indicateur de la santé d’une société ?

J’ai entendu une émission traitant du SDF et de sa faible longévité. Un SDF interviewé expliquait comment il était devenu ce qu’il était :

Il n’avait pu supporter les contraintes de l’existence et avait choisi de couper les amarres. La décision lui avait semblé bonne les premiers temps, mais vraisemblablement ce n’était plus le cas.

Ce témoignage rejoint celui d’un SDF américain du film J’irai dormir à Hollywood. Lui avait quitté un bon job. Progressivement il avait perdu pied et n’avait plus d’espoir de se réinsérer (il gagnait sa vie en cherchant les pièces de monnaie égarées sur une plage).

Le SDF est-il quelqu’un qui n’a plus le courage de se battre ? Cela ressemble aux observations de Martin Seligman concernant la dépression : il a soumis des animaux à un mauvais traitement dont ils ne pouvaient s’échapper ; ensuite il les a placés dans un environnement hostile, mais dont ils pouvaient s’extraire ; mais ils ne faisaient rien, ils restaient prostrés.

Le nombre de SDF serait-il un indicateur de la complexité à vivre dans une société ? Plus la complexité est grande, plus l’homme est susceptible de se retrouver dans une situation où il perdra le nord et toute volonté de se battre ?

Compléments :

  • Si cette théorie est juste, la réinsertion du SDF doit être extrêmement difficile : il faut qu’il réacquière le sentiment d’avoir du pouvoir sur les événements, de maîtriser son sort. Pour cela, il faut probablement une longue et patiente aide de la société.
  • La théorie de Merton va dans la même direction : le SDF est celui qui juge que les objectifs et les moyens pour les atteindre que donne la société à l’homme sont hors de sa portée (voir un aperçu de la théorie dans Braquage à l'anglaise).
  • Peut-être aussi que ceci rejoint mes réflexions sur les vacances (Pourquoi des vacances ?) : quand la société nous inflige un rythme, des contraintes insupportables nous optons pour des vacances illimitées, nous refusons toute activité ?
  • SELIGMAN, Martin, Learned Optimism: How to Change Your Mind and Your Life, Free Press, 1998.

vendredi 7 août 2009

Pourquoi les dirigeants sont-ils idiots ?

Être idiot c’est faire toujours la même erreur, désespérante pour ceux qui nous entourent. Les gouvernants sont familiers du phénomène : plus ils réforment, plus la situation se dégrade. Et plus ils sont fiers d’eux-mêmes, ce qui nous interloque.

Exemple que je cite dans un livre : la CGT entre dans une entreprise d’ingénieurs high tech. Le mot CGT suscite un réflexe pavlovien chez ses dirigeants. Ils entendent conflits salariaux, revendication de réduction du temps de travail, grèves et séquestrations, et préparent des contre-mesures coercitives (et ils cherchent à susciter le volontariat de jaunes). En fait, les ingénieurs se plaignent depuis des années de l’inintérêt de leur travail (ils veulent avoir plus de responsabilités), et de l’autisme de leur direction. En désespoir de cause, ils ont cherché un moyen radical de se faire entendre (celle qui est à l’origine du mouvement est un cadre américain…).

Cet exemple montre comment fonctionne le processus de décision humain. Un événement (CGT) suscite une interprétation automatique (barricade et pavés), qui elle-même déclenche mécaniquement le comportement associé à l’interprétation (appeler les CRS). Quand le mécanisme de décodage ne marche pas, le comportement est incorrect. Ce mécanisme est d’autant plus difficile à remettre en cause qu’il est inconscient et qu’il produit des conséquences qui le confortent (plus on fait donner le CRS, plus on reçoit de pavés).

Difficile ne veut pas dire impossible. L’idiotie est passagère.

Compléments :

  • Le phénomène que je décris ici est aussi celui de la dépression. L’hypothèse erronée conduit à une succession d’échecs, l’homme, s’il n’est pas totalement obtus, finit par se rendre compte que le monde n’obéit plus à ses désirs, il « déprime ». SELIGMAN, Martin, Learned Optimism: How to Change Your Mind and Your Life, Free Press, 1998.
  • Si le dirigeant est relativement plus idiot que nous tous (ou si son idiotie est moins passagère), c’est qu’il est aussi fondamentalement beaucoup plus optimiste. Les chercheurs ont montré que les postes à risque (pilote d’essais, pompier, PDG) tendaient à produire des personnels qui ont une vision excessive de leur invulnérabilité. Cela tient en partie au processus de sélection qu’ils ont subi (le PDG est un homme qui n’a jamais connu l’échec). Mais ce peut aussi être lié au besoin de la fonction : quand votre avion est en vrille, il est préférable de ne pas perdre de temps à envisager le pire. MARCH, James G., A Primer on Decision Making: How Decisions Happen, Free Press 1994.
  • Révolution française donne d'autres exemples d'hypothèses implicites de décodage des événements qui conduisent à des comportements aberrants chez nos dirigeants.

mardi 30 décembre 2008

Vote et perception du monde

Scientific American de janvier (Politics of Blank Looks, de Charles Q. Choi) cite une étude qui montre qu’opinion politique et perception du monde semblent liées.

On présente à des étudiants des photos de visages dont les expressions sont brouillées. Les étudiants favorables au parti républicain interprètent ces expressions comme « plus menaçantes » et « moins soumises » que leurs camarades démocrates.

Les psychologues expliquent que nous décodons inconsciemment les situations auxquelles nous sommes confrontés, en leur donnant une interprétation qui est à la fois unique (pas de place au doute) et particulière à notre expérience. Notre interprétation est biaisée : celui qui a vécu plusieurs restructurations interprète toute déclaration de la direction de son entreprise comme une annonce de restructuration. De là nous déduisons nos actions.

Cette expérience semble dire que les partis politiques regrouperaient des personnes qui font une même lecture (inconsciente) des événements, et que les républicains tendent à être des inquiets.

Compléments : 

  • Sur la crainte inhérente à la nation américaine : J’irai dormir à Hollywood.
  • SELIGMAN, Martin, Learned Optimism: How to Change Your Mind and Your Life, Free Press, 1998.

vendredi 28 novembre 2008

406

Nouvelle réflexion sur l’art du blog.
  • Le billet que je préfère: la synthèse de livre. Mais je n’ai pas beaucoup de temps pour lire.
  • Le billet ordinaire : une sorte d’aide mémoire, des références qui serviront peut-être un jour.
  • La rédaction d’un billet. 2 temps. 1) masse critique de nouvelles, 2) des idées apparaissent spontanément, si j’ai l’esprit libre. En fait, les unes suscitent les autres. Pose un problème d’organisation du temps, pas encore bien résolu.
  • Le commentaire utile : celui qui me donne de nouvelles idées.
  • Le problème que pose le suivi de l’actualité : quelle masse de mauvaises nouvelles ! Les médias nous soumettent au traitement que Martin Seligman a fait subir à ses chiens de laboratoire. Quand un animal reçoit des décharges électriques auxquelles il ne sait comment échapper : « learned helplessness ». Si on le met à nouveau au milieu de décharges, mais qu'il peut faire cesser, en s’agitant, il ne fera rien. Il restera prostré. Je me demande si l’effet délétère des médias n’est pas là : non seulement susciter une prédiction auto-réalisatrice mais surtout nous convaincre qu’il n’y a pas d’issues.

SELIGMAN, Martin, Learned Optimism: How to Change Your Mind and Your Life, Free Press, 1998.

vendredi 31 octobre 2008

La vie est belle (suite)

Qu’est-ce qui fait que l’on est optimiste ?
  • Martin Seligman, le spécialiste du sujet, explique que ceux qui ont survécu à la crise des années 30 sont devenus optimistes. Ils avaient probablement pris confiance en leur capacité à se tirer d’affaire. Peut-être aussi que rien ne leur semblait bien menaçant après ce qu’ils avaient vécu ?
  • Surtout, il semble que l’inquiétude vienne de ce qu’Emile Durkheim appelait l’Anomie (un facteur favorable au suicide) : l’absence de règles. Nous sommes dans un monde incertain. Pour devenir optimiste, il faut trouver quelque chose d’intéressant à l’avenir, quelque chose qui ait une certitude de réalisation pour peu que l’on se montre à la hauteur de ce que l’on croit être. C’est exactement la définition d’un « stretch goal ».
  • À l’appui de ma thèse. Les déclarations de guerre déclenchent la liesse populaire (fin de l’incertitude). Je me souviens d’avoir entendu Maurice Genevoix dire qu’il avait vécu l’annonce de la guerre de 14 comme la promesse, enivrante ?, d’une expérience nouvelle, unique. Dont il faudrait ne rien perdre (rédaction de notes).
SELIGMAN, Martin, Learned Optimism: How to Change Your Mind and Your Life, Free Press, 1998.