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mercredi 9 mars 2022

Mal français : le sens des réalités ?

Et si le mal de notre pays, c'était son gouvernement ? 

La logique qu'il suit, depuis toujours, semble la suivante. Il veut résoudre instantanément tous les problèmes du moment. Transition climatique, Education nationale, terrorisme au Mali, intégration, pauvreté, culture... Mais il n'a pas les moyens pour. Alors, petite entourloupe pour faire "comme si". Si bien que tout rate, et que les fonds investis sont perdus. On avait peu, on a encore moins. Et le problème a empiré.

Et si tout n'était qu'une question de priorités ? On ne commence une réforme que lorsque l'on a réussi la précédente ? Et on part de la réforme la plus importante ? 

C'est comme cela qu'un de mes interviewés redresse les entreprises. D'ailleurs, quand il en prend les commandes, il les trouve dans l'état de la France... Et il nomme sa démarche : "garder le sens des réalités"...

(Il n'a pas présenté sa candidature à l'élection présidentielle.)

jeudi 3 décembre 2015

Prendre la direction d’un groupe international

On me nomme à la tête d’un groupe familial ayant un marché international. Je dois le faire changer d’ère. Il doit passer de la France (familiale) d’hier, à la globalisation créativement destructrice d’aujourd’hui. Je dois appliquer un plan conçu par un cabinet de conseil pour un fonds d’investissement. Comment fais-je ? Facteurs critiques de risque ? Facteurs clés de succès ? Comment aborder la question ? Les réponses de Philippe Lang :

3 points principaux :
  1. Il faut clarifier la Gouvernance : quel est le reporting aux Actionnaires en terme de fréquence, de « liberté » d’accès et de positionnement entre les différentes instances : Actionnaires clés, Conseil d’Administration, éventuellement Président ou Holding.
  2. Il faut mettre en place un planning pour challenger « formellement » le Business Plan sur une période suffisamment longue (6 mois à 1 an selon la complexité du Business).
  3. Du point de vue du Dirigeant, je pense qu’il est important qu’il ait un ou deux « sparring partners » soit vers le haut (actionnaire de référence ou senior advisor) soit à l’extérieur pour tester ou échanger des idées qu’il ne peut pas partager avec son équipe.
(Episode précédent : ici.)

mercredi 2 décembre 2015

Faire entrer un groupe familial dans la globalisation

Il a fallu deux ans à Philippe Lang pour mener sa mission. Voici comment il s’y est pris. (Le premier épisode est ici.)


En quoi a consisté le changement que vous avez mené ?
Pour simplifier, en sept sous-sujets.
  1. Le problème principal était que la fusion de l’entreprise et de son acquisition n’était pas achevée. Résultat : les gens n’arrêtaient pas de se « tirer dans pattes ».
  2. Il fallait « mettre le client au centre ». Autrement dit, il fallait identifier les marchés et les produits sur lesquels concentrer les ressources de la société.
  3. Puis il y avait la performance opérationnelle. Là, il s’agissait d’aligner les produits et de remettre en marche le processus d’innovation.
  4. Venait ensuite la performance industrielle. Le moins que l’on puisse dire est qu’elle n’était pas homogène et que les sites étaient « décalés ».
  5. Arrivé là il fallait donner les outils dont avaient besoin les gens. Concrètement il fallait harmoniser les systèmes d’information et les procédures internes.
  6. Et il n’y avait pas de gestion des ressources humaines.
  7. Il fallait, finalement, créer des réseaux fonctionnels. Les gens ne discutaient pas ensemble. Il fallait faciliter l’accès à la connaissance au-delà de l’organigramme.
Travail de titan ?
Sur le papier, c’était facile. Le cabinet de conseil avait compris que l’entreprise avait beaucoup de synergies à réaliser. Mais pas ce que cela signifiait en termes de conduite du changement…

Comment vous y êtes-vous pris ?
Le problème central était que la fusion n’était pas faite. Il n’y avait pas la même stratégie en Allemagne et en France. J’ai découvert, d’ailleurs, que l’Allemagne avait engagé son propre consultant pour définir sa stratégie. Dans une moindre mesure, c’était partout la même chose. Par exemple, l’Asie était laissée à elle-même, et l’Amérique vivait en autarcie.
J’ai pensé que le seul moyen de réaliser la fusion était que tout le monde participe à la conception de la mise en œuvre de la stratégie. Cela a été un travail long et pénible. Mais, à la fin, tout le monde s’est retrouvé dans la même stratégie. Il y avait partage de vision, de son intérêt et de la façon de la mettre en œuvre.

Cela a demandé beaucoup de temps ?
Deux ans, environ. J’ai commencé par une réunion de coup d’envoi avec tout le monde. Puis je suis allé partout pour expliquer la stratégie. Puis on a présenté à chacune des trente entités de la société ce qu’on attendait d’elle. C'est-à-dire qu’elle écrive un plan stratégique. Cent à cent cinquante personnes ont été concernées par ce travail.
Il a été animé par le comité de direction. Il a été difficile. En effet, à la fois dans le comité de direction et dans les entités, il y avait peu de « stratèges naturels »… J’ai dû accepter certaines hétérogénéités. Ce qui était frustrant. Mais faire ce travail a forcé les gens à réfléchir. Et ça a arrêté la compétition entre la France et l’Allemagne.
En fait, il y a eu de fortes oppositions. Longtemps les gens se sont regardés en chiens de faïence. Par exemple, il a fallu énormément de temps et d’énergie pour convaincre les patrons géographiques de l’intérêt de la coopération. Même problème avec les bureaux d’études. Autre exemple : l’Allemagne refusait les prototypes venant de France… Il a fallu se battre pied à pied.
Il y a eu plusieurs phases. D’abord, la présentation, puis l’explication entité par entité. Puis il a fallu que l’équipe de management fasse ses preuves. Il s’agissait de démontrer que l’on était sérieux, que l’on « n’était plus au fil de l’eau ». On a précisé nos marchés clés, mis en place progressivement un processus de gestion grands comptes, et défini et déployé un plan produit. Ce n’est que là qu’a vraiment démarré le processus « bottom up », que les entités ont dit « voilà ce que la stratégie du groupe signifie pour nous ». Et le management intermédiaire s’est ré impliqué.

Quels en ont été les résultats ?
Jusque-là chacun y allait de son idée, il n’y avait pas de standard, pas d’efficacité, il y avait des baronnies qui créaient des dissensions… A partir du moment où les gens ont compris qu’ils appartenaient à la même entreprise, son fonctionnement est devenu rationnel.
On a mis en place une gestion grands comptes, on a défini des gammes de produit en partant de ce que l’on avait de meilleur, les gens de différentes nationalités se sont mis à travailler ensemble…
On a pu aussi homogénéiser les systèmes d’information et les processus. A titre d'exemple, voici le cas du CRM. Les Allemands avaient SAP et les Américains utilisaient un développement interne sur mesure, maintenu par deux ou trois personnes. On s’est rendu compte que la meilleure des deux solutions était le logiciel américain.
La gestion des ressources humaines posait une autre difficulté. L’ancien dirigeant avait grandi avec la société. Il pensait connaître les gens qui comptaient. Il les récompensait en fonction de ce qu’il jugeait être leur mérite. Cela ne convenait pas à la logique du fonds. Elle demande que l’on soit jugé sur les atteintes d’objectifs quantitatifs. Il fallait surtout un moyen de reconnaître l’apport de chacun au succès collectif et que les talents, quelle que soit leur origine, soient convaincus qu’ils peuvent se développer dans l’entreprise. Le départ de l’ancien dirigeant a permis d’installer une véritable gestion des ressources humaines.
La conséquence naturelle de tout ceci a été de favoriser les échanges transversaux. Par exemple, j’ai organisé des « journées réseaux ». D’un seul coup, ça semblait logique aux membres de l'entreprise de discuter entre eux.

N’est-ce pas physiquement épuisant de devoir faire le tour de la terre pour manager des entreprises qui sont sur plusieurs continents ?
C’est au contraire ce que j’aime le plus dans mon métier. J’aime aller d’unité en unité. Je réserve toujours du temps pour rencontrer tous ceux qui travaillent pour l’entreprise.
Cela demande quand même une hygiène de vie et une organisation précise quand l’entreprise est réellement internationale. 

mardi 1 décembre 2015

Philippe Lang ou les changements du métier de dirigeant

Le management a-t-il changé ? Quid de la globalisation, du multiculturalisme, de la concurrence mondiale, des fonds d’investissement, du numérique… de cette « perfect storm » qui s’est abattue sur le dirigeant ? Comment fait-on cohabiter le rythme court du marché, avec le rythme lent de l’innovation et des hommes ?...

Voilà la question que j’ai posée à Philippe Lang. Philippe Lang, après avoir travaillé pour Valeo et Faurecia, dirige des participations de fonds d’investissement. Pour prendre la dimension du changement que le dirigeant a à réussir, je lui ai demandé de me parler d’un exemple.

Il a choisi celui d’une société familiale. Un peu moins d’un milliard de chiffre d’affaires. Deux branches de la famille propriétaire décident de vendre leurs parts. La troisième branche veut conserver l’entreprise. Mais, elle n’a pas les moyens pour cela. Elle fait appel à un fonds d’investissement. Il prend un peu plus de la moitié du capital. Mais il laisse la majorité des droits de vote à la famille. Il demande à un cabinet de conseil international une stratégie. Le PDG historique reste en place, mais a besoin d’un dirigeant général pour une division (CA 250m) dont il connaît peu le métier. Elle est présente à peu près également en Europe, en Asie Pacifique et aux USA. Philippe Lang prend ce poste.

Philippe Lang doit mettre en œuvre le plan stratégique élaboré par le cabinet de conseil. Par ailleurs, il fait face à une conjonction de plusieurs changements majeurs.

Un changement de culture managériale : « le cœur historique de l’entreprise était hyper contrôlé ». Le PDG vérifiait jusqu’aux notes de frais. Ce style de management devient inopérant, car il ne peut s’étendre aux acquisitions. (Paradoxalement, elles sont totalement incontrôlées.) Culture de l’effort méritant, mais pas du résultat. Les processus traditionnels de fonctionnement de l’entreprise ne répondent pas aux exigences du fonds. Cela met en lumière des inadaptations. Par exemple celles de la recherche et développement.

La société a acheté un concurrent allemand. Chaque unité vit indépendamment du groupe. D’où, souvent, concurrence interne. Surtout, leurs cultures sont extrêmement différentes.

Finalement, quel avenir pour l’entreprise ? Elle fabrique des produits ayant une faible différenciation, et elle est relativement petite en comparaison de beaucoup de multinationales. Et, quel va être l’impact de la révolution numérique ? Et si un concurrent chinois ouvrait une plate-forme d’e commerce qui coupe l’entreprise de son marché ?

Dans les deux prochains billets, Philippe Lang décrit les changements qu’il a eu à réaliser ; puis explique quels sont les facteurs de risque et de succès d’une telle mission, comment l’aborder, quand on est, comme lui, un dirigeant qui prend ses fonctions. 

mardi 15 mars 2011

Chasse à l’homme

Film de Fritz Lang, 1941.

Curieuse fin, qui s’explique par les temps qui couraient alors. Le film semble un bizarre mélange de genres : Londres noire, pavée, et pluvieuse à la Dickens, tribunal de malfrats issu de M.Le maudit… En tout cas, les méchants sont infiniment plus réussis que les bons.

Je me suis demandé si ce n’était pas une critique, féroce, de l’Angleterre. On la voit demeurée à l’ère victorienne, avec, notamment, une invraisemblable division de classes.  La classe dirigeante est faite de sportsmen vains, poursuivant l’art pour l’art, et prisonniers d’un univers intellectuel qui les aveugle. Ils ont été incapables de comprendre la montée d’une Allemagne froide, efficace et résolue. Mais, peut-être est-ce cette irrationalité d’un autre siècle, et la brutalité du réveil, qui fera de la Grande Bretagne un ennemi redoutable ?

mercredi 9 mars 2011

Le tigre du Bengale

Film de Fritz Lang, 1959.

Des danses et des temples bien peu indiens. Et des Indiens qui parlent allemand.

Peut-être le film répondait-il au besoin d’exotisme et d’aventure des années 50 ? Mais n'aurait-il pas été un chef d’œuvre, s’il avait été muet et en noir et blanc ?

mardi 1 mars 2011

Le testament du docteur Mabuse

Film de Fritz Lang, 1932.

Au sujet de ce film, on parle du génie prémonitoire de Fritz Lang. Génie qui n’aurait pas échappé à Goebbels, qui interdit le film.

Certes, mais il a été écrit par la femme de Fritz Lang, qui a ensuite adhéré au parti nazi…

Je ne suis pas sûr que la réussite du film tienne, donc, à une personne seule. Elle est plus probablement due à la rencontre de circonstances multiples : esprit et pensée artistique du temps, événements, transition entre muet et parlant… et du talent d’un artiste. L'artiste interprète d'une culture et de circonstances ?

D'ailleurs, Lang américain n'a-t-il pas eu une inspiration d’un tout autre ordre que Lang autrichien : du drame social il en vient au drame individuel ? Et l'artiste doit aussi se conformer aux contraintes du moment, marché américain ou diktat de Goebbels ?

samedi 11 décembre 2010

The lodger

Film d’Hitchcock, 1927.

Intrigue habile, mais personnages pas très attachants. Il y a des foules comme dans le cinéma allemand de l’époque. Mais ce n’est pas Fritz Lang, ni Murnau.

Que faut-il pour être un bon cinéaste du muet ? Être capable de transmettre un sentiment par sa seule apparence ? Hitchcock cinéaste d’histoire et pas de sentiment ?

vendredi 24 septembre 2010

Règlement de comptes

Film de Fritz Lang de 1953.

Mise en scène efficace. Des personnages d’une seule pièce... Je me suis rendu compte à la fin du film que j’avais déjà dû le voir, et qu’il ne m’avait laissé presque aucun souvenir.

Le plus curieux, à la réflexion, est le héros. Il est fatal à toutes les femmes qu'il rencontre, y compris à la sienne. Et leur mort résulte quasiment directement de son action et de ses maladresses. Fritz Lang aurait-il cherché à pervertir le mythe du héros américain, de l'intérieur ? 

lundi 18 janvier 2010

Furie

Film de Fritz Lang de 1936.

Début de la période américaine, très proche de M. le maudit, mais aussi du muet : importance des visages, foules démentes, Spencer Tracy en sorte de Dr Jekyll et happy end concession aux usages américains ? En tout cas très réussie.