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dimanche 8 janvier 2012

Nouvelle vague

J’entendais l’autre jour Jean Rochefort parler avec émotion de l’impression que lui avait faite « A bout de souffle ». Renouvellement d’un cinéma qui n’avait plus rien à dire. Décidément, la nouvelle vague, qui me paraît terriblement ringarde, ridicule et datée, correspondait à quelque chose de vraiment important pour la jeune génération de l’époque.

Qu’est-ce que je lui reproche, d’ailleurs ? Je la soupçonne d’avoir appauvri le cinéma en laissant croire aux réalisateurs qu’ils pouvaient laisser libre cours à leur génie, sans contrainte et sans travail.

Curieusement, cette tendance n’a pas affecté les cinéastes de la nouvelle vague, en dehors de Godard. Des gens comme Truffaut ou Rohmer, par exemple, me semblent avoir produit une œuvre très classique. Peut-être ont-ils profité de la culture qu’ils avaient reçue, contre laquelle ils se sont révoltés, et qu’ils ont refusée à la génération suivante ?

lundi 23 août 2010

Les amours d’Astrée et de Céladon

Film de Rohmer, 2007. Seul Rohmer pouvait vouloir faire revivre un succès littéraire du XVIIème siècle, dans l’esprit de l’époque. (Mais fut-ce une bonne idée de faire jouer les acteurs dans les champs et les prés : ils ne semblent pas très à l'aise, et je ne suis pas certain que ce qu'imaginait le lecteur correspondait à cette réalité ?)

Les personnages d’Honoré d’Urfé parlent comme ceux de Rohmer. Peut-être que ce qui rend ses films si particuliers est qu’il a saisi quelque chose de typique à notre culture, une certaine forme d’esprit, d’élégance, qui n’aurait pas sombré avec l’Ancien Régime, et que l’on trouve, par exemple, chez Madame de Sévigné ou le duc de Saint-Simon ?

Aussi, étranges espaces que crée l’imaginaire des peuples. Alors que nous nous rêvons en sorciers ou en vampires, l’élite du 17ème siècle s’imaginait en bergers et en nymphes. L’homme a-t-il besoin de se projeter dans des univers où il lui est plus facile d’obéir aux règles sociales que dans le monde qu’il habite ? Moyen de supporter son sort, mais aussi d’intérioriser les valeurs de son temps ?

Compléments :

vendredi 20 août 2010

Les rendez-vous de Paris

Film de Rohmer, 1995. Toujours aussi dépaysant, et pourtant filmé dans les lieux où je passe ma vie.

Éternelle question : y a-t-il vraiment des gens qui parlent comme les acteurs du film ? D’ailleurs l’évolution des mœurs n’a-t-elle pas modifié les rapports humains depuis que Rohmer a eu l'idée de son oeuvre, il y a près de 70 ans ?

Mais il me semble que ce qui paraît son sujet, le décalage entre nos actes et nos paroles, est un fait de société durable.  

Autre éternelle question : pourquoi est-ce reposant ? Parce, comme les films japonais, il est question de vie quotidienne, des petits tracas et bonheurs qui l’emplissent, et que cela ne demande à l'homme de se transformer, invraisemblablement ? 

mercredi 5 mai 2010

Héros américain

Ce blog me fait analyser des films. Un résultat : le héros américain.
  • L’homme idéal est un homme du peuple. La différence entre le riche et le pauvre est que le premier a réussi, le second pas encore. C’est probablement la marque d’une vraie démocratie : il n’y a rien de mieux qu’être un Américain.
  • En France, j’ai l’impression que la vie du peuple fait l’objet soit de films bienpensants et misérabilistes, soit d’une valorisation des défauts du Français, de type Astérix. Être pauvre demeure une tare ?
Sous cet angle, je suis peut-être Américain. Serait-ce pour cela que j’apprécie Rohmer ou Welcome ? 

jeudi 4 février 2010

Conte de Printemps

Plus l’histoire est insignifiante, et plus les acteurs sont inconnus, et plus j’aime les films de Rohmer. Son génie a été de traduire ce qui fait les bonheurs de notre vie : des riens. Une réalité à côté de laquelle est passée le cinéma Hollywoodien, qui ne jure que par les catastrophes interplanétaires.

Une fois de plus, Rohmer dit à quel point nous sommes compliqués, obligés par les règles de la société de nous engager dans des méandres invraisemblables pour exprimer les sentiments les plus primaires.

Une fois de plus on y voit la naissance d’une amitié féminine. Qu’il doit-être agréable d’être une femme si l’on peut aussi facilement se faire des amies !

Plus curieusement, j’ai découvert une autre Arielle Dombasle. Un des personnages de ce film parle et se comporte exactement comme elle. Il y avait déjà une Arielle Dombasle dans La femme de l’aviateur. Arielle Dombasle serait-elle un type de femmes ordinaire ? Les héros de Rohmer seraient-ils des répétitions d’un petit nombre de personnages ? En tout cas, si j’en crois des commentaires entendus à la radio, ses films contiendraient toujours un brillant raisonneur à son image, qui se fait chiper la femme qu’il convoite par un (petit ?) brun.

Compléments :

  • J’ai aussi retenu des émissions que sa mort a provoquées qu’il avait eu l’idée des scénarios de ses œuvres avant 25 ans, seraient-elles plus atemporelles que le pensais ?, et qu’il réalisait des films sur fonds propres. Il adaptait ses moyens aux revenus qu’était susceptible de lui apporter un marché fidèle. Leçon de marketing.

dimanche 4 octobre 2009

On vient de découvrir le patron de PME

Annonce d’un séminaire de l’École de Paris :

Pour leur mémoire de fin de scolarité au Corps des mines, trois jeunes sont partis en enquête : qu'est-ce donc qu'un patron de PME ? En effet, si la littérature est prolixe sur les PME, le patron de PME est, lui, mal connu. Ayant pu rencontrer de nombreux patrons, ils ont pris conscience des contradictions que ceux-ci doivent surmonter, entre narcissisme et altruisme, proximité avec le personnel et poids des relations sociales, rôles d'homme-orchestre et risque d'incompétence, volonté d'autonomie et dépendances de toutes sortes. Il semble alors que les patrons s'installent à la longue dans une zone de confort, un puits de potentiel, dont il est difficile de sortir. Cela les amène à s'accommoder, contrairement aux patrons allemands, d'une petite taille et d'une faible croissance. Comme Peter Pan, se refusent-ils à grandir pour ne pas perdre les avantages de la petitesse et de la sympathie que cela permet d'attirer ?

Ces trois ingénieurs m’ont fait penser à Arielle Dombasle dans un film de Rohmer : « oh une laitue ! ».

Après les Indiens découverts par Christophe Colomb, les laitues par Arielle Dombasle, maintenant c’est au patron de PME d’avoir le droit d’exister. Car rien ne vit s’il n’a pas été découvert par l’élite de l’élite de notre nation (le Corps des Mines : les dix premiers du classement de sortie de Polytechnique).

Ceux sans qui rien n'est viennent juste de finir leurs études. Près d’un quart de siècle avec pour seule compagnie des livres. Leur horizon va désormais être l’administration. C’est probablement pour cela que si la « littérature » ne parle pas du patron de PME, celui-ci n’existe pas. Ce sont les livres qui définissent la réalité. Et c’est pour cela que cette élite intellectuelle, que la conscience du caractère miraculeux de ses dons rend humble, peut juger les petits ridicules d’hommes qui ont passé leur vie à transformer le monde.

Grand souffle d’air frais pour un blog qui ne parle que de changement : fenêtre sur un groupe social qui, mieux que la vénérable société chinoise, s’est maintenu à l’état fossile.

samedi 23 mai 2009

Rohmer (suite)

Nouvelles idées :

  • Dans les 3 derniers, il y avait une scène trop longue. Était-ce voulu ? Ça ressemble à une phase de dégel : au-delà de l’instant trop long la personne défend un point de vue alors qu’elle a changé d’avis. Comme le montre la scène d’après.
  • D’une manière générale, Rohmer semble s’intéresser à l’opposition entre actes et paroles.
  • Il fait des événements insignifiants du quotidien quelque chose qui emplit l’écran, exactement comme dans notre vie. Mais à l’opposé des histoires invraisemblables que racontent d’habitude les films.
  • Reste ce marivaudage très littéraire : parlons-nous ainsi ? Les proches de Rohmer parlent-ils ainsi ? Ou est-ce un moyen de rendre agréable une discussion qui, sans cela, semblerait insupportable, ou vide ? Un moyen d'exprimer les sentiments ?...

En tout cas, j’aimerais que ma vie quotidienne parle comme celle de Rohmer.

dimanche 19 avril 2009

Rohmer et Quartier Latin

Suite de la perspective Rohmer au Cinéma Quartier Latin.

Question du jour : faut-il écouter les dialogues de Rohmer ? J’ai l’impression que non. Rohmer observe avec affection ses personnages, leurs petites difficultés, leurs problèmes de conscience interminables, leurs incohérences. Ce qu’ils font est sans importance, ce qui compte est qu’ils soient ?

Depuis quelques temps j’observe que, contrairement à d’autres cinémas d’art et d’essai de Paris, le Quartier latin a vu brutalement augmenter le nombre de ses spectateurs. Je m’étais habitué à des salles vides, maintenant elles sont pleines. Est-ce la sélection de film qui a suffi à attirer tout ce monde ? Je soupçonne qu’il a dû aussi y avoir une action commerciale. Mais laquelle ?

Donc, bonne nouvelle, les cinémas d’art et d’essai ne sont pas condamnés. Et aussi probablement bonne nouvelle pour tous les commerces qui battent de l’aile (notamment les librairies), il n’y a pas de fatalité.

mardi 14 avril 2009

Eric Rohmer (2)

Le Signe du Lion, premier film de Rohmer (1959).

Ça ne ressemble pas du tout à du Rohmer. Ça ne cause pas, c’est trop long, lourd, triste, inhomogène, sans originalité. Bien sûr, il y a quelques signes avant-coureurs : des débuts de tirades qui auraient pu être littéraires, philosophiques et interminables, mais qui s’arrêtent court ; des moments qui pourraient faire penser que le film aurait pu être un gentil amusement s’il n’avait pas mal tourné. Rohmer ne s’est pas fait en un jour.

L'intérêt du film, peut-être, est qu'il fait comprendre la particularité du style du vrai Rohmer. Il n’aborde que les petits désagréments de la vie, pas le malheur (ici on traite de l’exclusion de la société). L’art de la parole de ses personnages est particulier, il ne peut être, probablement, que le fait d'acteurs non professionnels, sans quoi il est assourdissant, épuisant. Ici, il y a, de temps à autres, quelques acteurs et futurs acteurs professionnels qui jouent comme on devrait le faire dans un film, et ça ne passe pas. C’est trop bruyant, d’ailleurs ils dénotent : ils font acteurs et pas gens comme tout le monde.

Complément :

  • Eric Rohmer (PS. Une recherche me montre que ma découverte de Rohmer date probablement de 22 ans : L’ami de mon amie.)

dimanche 12 avril 2009

Eric Rohmer

Il y a bien longtemps, j’ai découvert un film de Rohmer. Quelque chose m’a beaucoup plu et, comme il m’arrive parfois dans ce cas, j’ai cherché à voir tout ce qu’il avait fait. N’ayant pas de télévision ou équivalent, je dois attendre la « resortie » de ses films en salle. Il y en a une actuellement au cinéma le Quartier latin.

Difficile de savoir ce qui plaît dans un film.

Les personnages de Rohmer parlent beaucoup, et sont très littéraires. D’une certaine façon leurs discussions me bercent. Je retiens peu de chose de ces films, sinon un sentiment agréable. Hier, je suis allé voir les Contes d’hiver : aucune image ne me rappelait quoi que ce soit, et pourtant, je me demande si je ne l’avais pas déjà vu.

J’aime aussi que la vie de tous les jours, filmée comme je la vis, avec métro, bus, train corail, modeste maison de banlieue, et petites intrigues apparemment sans intérêt et pourtant essence d’une existence, puissent être un sujet d’observation.

Autre chose m’intéresse chez Rohmer : ces films historiques, comme la Marquise d’O ou Triple agent. J’ai l’impression qu’il a réussi à revenir dans le temps. Quelque chose sonne juste. Y compris dans l’habillement et les décors. C’est mystérieux.