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mercredi 4 juillet 2012

Le forfait, l'avocat, l'expert et le paquet de lessive.

Un expertise se déroule depuis deux ans avec comme objet des travaux de désamiantage litigieux.
Le marché initial en 2004 était de moins de 200 000 euros et, à la fin de l'expertise, soit 8 ans plus tard, les enjeux économiques sont de l'ordre de 7 millions d'euros!
Joli effet de levier d'un marché passé avec un peu de légèreté, mais le plus alarmant est bien ailleurs.
L'expertise judiciaire est en voie d'aboutir c'est à dire que l'expert judiciaire va pouvoir déposer son rapport sous peu.
Ce dernier, très expérimenté, donne un premier avis sur la position qu'il va  coucher dans son rapport et incite les parties à l'expertise à trouver un accord sur la base de ses futures conclusions.
Sans dévoiler la confidentialité attachée à cette affaire,  l'avocat et moi-même ne comprenons pas depuis plus de 6 mois que la partie opposée ne cherche pas à transiger car c'est d'évidence, et en toute impartialité, son intérêt.
Je profite d'une pause lors de l'ultime réunion pour interroger le conseil juridique de l'assureur de cette partie silencieuse.
Il ne semble pas posséder très bien son dossier et bloque sur un sujet déjà ancien et mineur au regard des enjeux. Et fin d'argumentation, ce conseil semble disposer à proposer l'ouverture d'une transaction à l'assureur, son donneur d'ordre.
J'échange sur ce sujet avec l'avocat que j'assiste techniquement et m'étonne de l'attitude de son collègue.
La réponse est cinglante :
L'assureur rémunère ses avocats au forfait. L'avocat assiste donc aux réunions, rédige des comptes rendus pour le prix du forfait. Pour ce travail "journalistique" bien entendu on ne prend pas les meilleurs...
Pour le reste, il ne propose ni stratégie, ni même ne répond aux demandes des confrères pour travailler sur une transaction. Ce n'est pas compris dans le forfait!
Résultat le dossier n'est pas piloté.
Cet assureur peut donc se targuer d'avoir des frais d'expertise (avocat et expert) réduits avec un bon score sur son reporting à la Direction.
Mais bien évidemment, ce reporting ne peut prendre en compte la perte attachée au forfait, non mesurable.
En effet, l'expertise aurait pu être éteinte depuis plus d'un an avec certainement  un accord économique intéressant.

Les assureurs sont ils conscients de l'effet dévastateur de l'application d'un forfait à une prestation intellectuelle?
Probablement que non car certains auraient en tête la mise en place d'enchères inversées comme dans la grande distribution!
J'attends avec inquiétude le résultat que donnera l'achat d'avocat et d'expert comme des paquets de lessive!
Surtout lorsque j'entends que certains assureurs "scorent" le comportement de leur prestataire lorsqu'il les représente...
Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond!





vendredi 25 mai 2012

Internet peut-il révolutionner les professions libérales ?


Le cas. Pas facile de se faire connaître quand on a une profession libérale. Non seulement on est souvent seul, mais encore on n’a parfois pas le droit à la publicité (avocats). Les médias sociaux peuvent-ils faire quelque-chose pour les professions libérales ?

Des avocats, des chirurgiens… ont compris qu’Internet permettait de « faire savoir ce que l’on sait faire ». C’est plus facile et plus efficace que d’écrire un livre. Cela demande cependant de savoir écrire, un certain « goût du risque » et d’avoir de la ténacité : une ou deux heures par jour. Mais, comme la course à pied, avec un peu de pratique, cela devient une habitude et un plaisir…

mercredi 22 février 2012

Le Pharmacien, l'agent d'assurance et l'avocat, quels points communs?

La semaine dernière a été riche d'échanges avec des représentants de ces trois professions lors de mes différentes expertises du moment :

Une pharmacienne - ancienne génération et de Province- est en litige avec son fournisseur historique de progiciel depuis plus d'un an. La pharmacienne évoque la transformation pernicieuse du métier soumis aux diktats des "grands laboratoires et des fournisseurs".
Elle évoque la perte d'autonomie et la relation client, perdue.
Lorsque je l'interroge sur la capacité de la profession à s'organiser, elle fait état de "l'histoire de ce métier et de son statut de libéral" qui le rend très individualiste et aveugle.
Elle craint la transformation des officines en simples agences commerciales aux mains des laboratoires...

Un agent d'assurance de la même génération, et d'un province plus méridionale, s'inquiète également du devenir de son métier.
Le sinistre constitue le vrai service après vente d'un assureur, il révèle la qualité du contrat conclu et du service promis.
Aujourd'hui l'assureur a centralisé l'achat des prestataires qui contribuent à ce SAV, et déshabillé ses agents. Ces derniers peuvent bien choisir un prestataire, mais référencé, et n'ont aucune action possible sur la qualité de la prestation.
Ainsi, et tout particulièrement pour la Responsabilité Civile, l'agent a les plus grandes difficultés pour obtenir une prestation sur mesure, et donc sortant des standards qu'imposent les prix négociés, pour traiter des cas particuliers où la situation est sensible malgré des enjeux faciaux faibles.
Il en résulte des perte de bons clients sur des petits sinistres insignifiants.
L'agent est malheureux car il voit ce qu'il faut faire pour garder le client et ne peut que constater les dégâts.
Personne n'est à blâmer, l'acheteur a acheté à très bon prix, le prestataire a répondu aux standards de la mission, l'agent a râlé pour défendre son client. Le client insatisfait est parti.
A nouveau une profession libérale - c'est le statut de l'agent- qui est sous le joug de la puissance d'un grand groupe...

Enfin, l'avocat, profession libérale par essence, souffre également, en particulier celui qui est soumis aux assureurs qui lui apportent une grande partie de son business.
Aujourd'hui, les assureurs souhaitent acheter l'avocat au forfait. Comment va s'organiser l'avocat qui dans un dossier va recevoir une série de documents qui va produire un taux horaire indigne d'une femme de ménage? Tous les coups sont envisageables!

Voilà donc trois métiers libéraux qui vont subir des transformations radicales de leur profession respective.
Il semble que ces transformations sont dictées par un seul impératif : faire des économies.
Elles semblent prisonnières des grands groupes, puissants, mais aveugles.
Toutes trois, sont victimes de leur culture individuelle et sont en passe de perdre leur statut, l'amour du métier, leur savoir faire.

La RSE n'est elle pas leur planche de salut, pour :
  1. retrouver leur identité ou la redéfinir en tenant compte de l'évolution de la société,
  2. identifier leurs atouts sociétaux
  3. développer une communication efficace vis à vis de leurs parties prenantes pour se développer durablement?
La fédération des experts (FSE) le fait alors pourquoi pas d'autres?

Idée supplémentaire : Seul ce qui parait mesurable est identifiable et donc appréciable.
Comment développer une mesure du service rendu par de telles professions? C'est le même problème pour la biodiversité. Quel est l'impact de la perte d'une espèce?

Pour l'anecdote :
Un dossier contentieux est attribué à une équipe constituée d'un avocat et d'un expert.
Les enjeux du dossier sont évalués à 10 millions d'euros. Le travail, conséquent, de ladite équipe aboutit à un règlement par l'assureur de 250.000 euros.
Le coût avocat expert est de l'ordre de 80.000 euros.
Paradoxalement l'assureur ne sait pas mesurer que le gain est de 9.750.000 euros et va donc simplement mesurer la performance de l'équipe par le rapport 80 000/250 000 soit 32% ce qui est beaucoup plus insupportable que 80.000/9.750.000 soit 0,8%!