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dimanche 22 août 2021

Louise Michel

Heureux les simples d'esprit ? Louise Michel, c'est le nihilisme. Faisons sauter le gouvernant et, par miracle, le bonheur surgira. Religion du progrès et rêve de martyr. Avec une telle foi chevillée au corps, on peut traverser les pires cataclysmes sans vaciller. Force extraordinaire. La vie des saints expliquée. 

On l'a oublié, mais, en ces temps, Les misérables étaient un brûlot : une incitation à la révolution. Louise Michel se disait l'incarnation d'un de ses personnages. 

(Inspiré par France Culture. Alors, être une femme était un atout : durant la commune elles furent, dit-on, bien pires que les hommes, mais on ne les fusillait pas. Et je ne suis pas sûr que Clémenceau et Victor Hugo se seraient donné autant de mal pour sortir un homme de prison...)

vendredi 27 mars 2020

L'énigme du nihilisme

Les "possédés" de Dostoievski sont des nihilistes (on dit "les démons", aujourd'hui). Le nihiliste a mis le monde à feu et à sang. Or, le nihilisme pourrait avoir ressurgi... Les "votes populistes" ont amené les scientifiques à s'interroger sur ce qui les avait suscités. Ce serait le rejet de la politique menée par une "élite" dirigeante. Or, on constate aussi que, derrière un discours instrumentalisant l'écologie, le féminisme ou le rejet du colonialisme, se cache une résurgence du nihilisme.

Pourquoi cette résurgence ? Comment attrape-t-on cette maladie ?
  • Elle serait à l'origine du totalitarisme. Elle a été étudiée après guerre, notamment par Paul Watzalwick. (Albert Camus et Hannah Arendt l'ont aussi pourfendue.) Il semble que ce soit une maladie de la raison, de l'intellectuel). C'est la croyance en un "absolu". L'homme, pris au piège d'un "système", serait dans un "jeu sans fin", une sorte de folie, qui le rendrait aveugle à la réalité. 
  • Le nihilisme n'est pas nécessairement une conséquence imprévue de l'idéologie, mais est parfois revendiqué. Car, pour beaucoup, le néant est purificateur (notamment pour Heidegger ?). 
  • Dans L'homme révolté, Camus observe que le nihilisme, en créant le chaos, est du côté du fort contre le faible. Il pourrait, donc, faire le jeu d'une classe dominante. Plus récemment, on a observé que ces thèses extrêmes étaient un trait culturel qui permettait à l'élite de se reproduire (cf. étude faite par Joan C. Williams dans White Working Class). L'affaire se compliquerait donc : le nihiliste ne serait pas nihiliste, mais ferait comme s'il l'était.
Voilà qui donne le tournis ? Serions-nous dans un jeu sans fin ? Mauvaise approche de la question ?

jeudi 28 mars 2019

Humanisme et technocratie

On réclame un "nouvel humanisme". De quoi parle-t-on ?

L'humanisme, c'est placer l'homme au coeur des préoccupations de la société. N'y était-il donc pas ? 68 ne fut-il pas l'avénement d'un individualisme ? Alors, peut-être, société de consommation ? Matérialisme ? Non : artificiel.

Nous ne sommes pas une démocratie, mais une technocratie. La technocratie, c'est le règne du diplômé. Le diplômé ne connaît rien de la vie. Son esprit s'est constitué dans un univers abstrait. Comme il est aux commandes des Etats, des entreprises et des banques, il leur applique ses utopies. Et il en résulte une succession de crises. Le contraire de l'humanisme, c'est le nihilisme. C'est l'amour du néant. C'est l'aliénation de l'esprit humain par l'abstraction.

(Le phénomène de la bureaucratie a été étudié par Robert Merton. Il avait appelé son mal "displacement of goals". Le bureaucrate ne comprend pas la mission de la bureaucratie. Il la remplace par quelque chose qu'il a inventé.)

jeudi 26 janvier 2017

Le noble et le néant

Ce qui m'avait frappé dans la princesse de Clèves, je le retrouve chez Musset : le noble vivait au Club Med. Sa vie n'était que réjouissances et plaisirs. Et sentimentalité incompréhensible aujourd'hui. C'est peut-être ce qu'a rêvé pour nous Marx. Et ce que la gauche a essayé de réaliser. 

Mais le noble ne voyait pas ainsi les choses. Ce qui faisait sa force c'était son mépris de la mort. La guerre était un jeu, comme la chasse. Il y vivait des émotions fortes. Il lui devait sa domination sur une population qui, elle, craignait pour son existence. Quant au loisir, c'était le moyen de tremper sa force d'âme en la confrontant à la tentation. Il transformait le dilettantisme en esthétique, en "culture" dirait-on aujourd'hui. Ce qui ne tue pas renforce.

Mais, à trop tenter le diable, le néant a eu le dessus sur le noble. Comme quoi le nihilisme n'a pas que du bon.

samedi 31 décembre 2016

Increvable nihilisme

Lorsque j'ai commencé mes travaux sur le changement, il y a quinze ans, je ne savais pas dans quoi je m'engageais. J'exécrai la philosophie, et j'y suis tombé. Elle m'a montré que rien ne change. Les mêmes idées ne cessent de revenir. Le "nihilisme", en particulier. C'est la doctrine nazie. On croyait qu'elle était définitivement morte. N'avait-elle pas fait suffisamment de dégâts ? Pourtant elle a réémergé sous la forme de la "destruction créatrice" des théories du management. Qu'est-ce qui explique la séduction du chaos ? 

C'est la question que je me posais en regardant des vidéos de sous-mariniers allemands de la seconde guerre. Conditions de vie, et de mort, effroyables. Et pourtant, ils rayonnaient de bonheur. On aurait cru des traders. Le nihilisme est peut-être le triomphe de l'animal sur l'homme. La joie de l'existence dans l'instant. Sans conscience.

vendredi 9 décembre 2016

Le nihilisme existe-il ?

Nihilisme. C'est le reproche que font des Camus, Proudhon, Arendt ou Dostoïevski à ce que, faute de mieux, on pourrait nommer "gauche bourgeoise", Marx, Sartre, la pensée 68, les intellectuels qui ne sont pas venus du peuple, ou qui n'ont pas été fidèles à leurs racines. Le nihilisme est l'antinomie d'autorité. C'est penser que la fin, l'atteinte d'un utopique idéal, justifie tous les moyens. La Terreur en particulier. Cette fin peut être le néant. Détruisons la société, le mal, elle se renouvellera miraculeusement. C'est ce que dit Heidegger, qu'ont beaucoup aimé nos intellectuels.

Mais les nihilistes sont-ils vraiment nihilistes ? Les casseurs de 68 sont à l'Académie française, dans les palais de la République, ou à la tête de nos grandes entreprises. Le nihiliste ne veut pas détruire la société. Il la trouve très bien. A condition d'en profiter. Ce qu'il nie ce n'est pas l'Autorité, mais celle de ses parents. Cependant, il n'a pas compris qu'en attaquant la seconde, il faisait tomber la première. Et il se trouve bien dépourvu quand il constate qu'en créant l'anarchie, il a sapé sa propre autorité. 

L'intellectuel a été le vecteur du néant. C'est maintenant à la société de reconstruire une histoire qui ait du sens pour elle. Logiquement, l'intellectuel devrait trouver sa justification dans ce travail. Sera-t-il capable de faire sa révolution culturelle ?