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mardi 24 mai 2022

Le héros et le technocrate

68 révolution incomprise ? Si l'on lit bien le billet "De Gaulle en 68", on y voit un passage de pouvoir. De Gaulle est entouré de héros de la guerre de 40 (mais pas de résistants). Avec Pompidou commence l'ère des technocrates, des hommes d'appareil. 

Ni les uns ni les autres ne doivent leur légitimité à l'élection. Ce ne sont pas des politiques. Ils sont en contradiction avec les principes mêmes de la démocratie. D'ailleurs, ils ont probablement en commun le fait de surestimer leur capacité à diriger le pays, et à comprendre sa population. 

Du malaise actuel ?

lundi 17 janvier 2022

Le tournant technocratique ?

Qui est M.Macron ? se demande régulièrement ce blog. Une hypothèse pourrait être : un technocrate. 

M.Macron est sorti de la commission Attali. Cette commission était l'assemblage de ce qui se juge le plus intelligent en France et avait le projet, très français, de résoudre, entre gens de bonne compagnie, tous les problèmes du pays. Le technocrate, c'est cela. A chaque problème, il trouve une solution bien nette. Sa caractéristique est qu'elle demande de balayer, d'un revers de main, tout ce qui s'était fait depuis les origines. 

Réflexe qui n'est pas nouveau. Kant, déjà, pensait que c'était ce qui avait causé l'échec de la révolution française. 

Max Weber a très bien parlé de la technocratie. Sa caractéristique est d'être "rationnelle". Cela signifie qu'elle a un objectif précis, et qu'elle est, en elle-même, le moyen de l'atteindre. Toutes les solutions du technocrates sont bureaucratiques, autrement dit étatiques. D'où contradiction, déjà présente chez Lénine : le technocrate impose la liberté par un Etat totalitaire, au sens propre du terme (puisqu'il est le bien, il n'y a plus de raison de penser). 

La grande Sécu, le vaccin, les retraites, une chambre des députés qui vote comme un seul godillot... M.Macron semble bien avoir la fibre technocratique. 

Si cette hypothèse est juste, que résulterait-il d'un M.Macron ayant des coudées franches ? Un vent de révolte ? 

dimanche 29 décembre 2019

La fin de l'Etat providence

Le Français n'a jamais aimé l'Etat et le salariat, assimilé à l'esclavage. Le Français est, par essence, libertaire. C'est ce que l'on découvre en lisant ce qui se disait et s'écrivait avant guerre. La particularité de notre culture était de prendre en compte la dimension sociale de l'existence, par le biais d'associations relativement légères (mutuelles, coopératives, etc.). L'avènement de l'Etat d'après guerre s'est fait contre nature. L'Etat est devenu extrêmement pesant, il a opéré une prise en charge quasi totale des existences, au moment où l'entreprise technocratique, émanation de l'Etat, transformait les paysans, libres et indépendants, en ouvriers des Temps modernes, salariés.

Ce modèle est en train de craquer. Cet Etat technocratique est pris en tenaille entre les intérêts corporatistes de ses personnels et les réformes malencontreuses dont ses hauts fonctionnaires ont l'initiative depuis plusieurs décennies, et qui démolissent à la fois ses grandes entreprises (France Télécom, Crédit Lyonnais, Alcatel, Pechiney, Thomson, Alstom, Areva, etc. etc.) mais aussi ses services publics (hôpitaux, chambres de commerce, transports, production d'énergie, audiovisuel public, etc. etc.), ce faisant criblant le pays de dettes, et le noyant dans le dysfonctionnement : nos trains, dont nous étions si fiers, n'arrivent plus à l'heure, et, d'ailleurs, souvent, ne partent plus.

Où allons-nous ? Une possibilité serait un Etat beaucoup plus léger et une société beaucoup plus résiliente, qui dépende beaucoup plus d'elle-même. L'individu, nous, pourrions réintégrer des pans entiers des services publics. Par exemple en fournissant une partie de notre énergie. Et en renforçant nos réseaux de solidarité, en rendant des services à nos amis, et en attendant d'eux. Autrement dit, en en revenant aux idées d'avant guerre. Ou à ce qui se pratique, au moins à la campagne, en Amérique du nord, si j'en crois ce que je lis. Transition probablement difficile, mais nous avons à y gagner une plus grande liberté.

lundi 15 avril 2019

La technostructure ou la politique de la terre brûlée ?

J'ai étudié la réforme politique comme "changement" (Un aperçu.) Elle donne presque toujours le contraire de ses objectifs. Et si ces réformes n'étaient pas que ridicules, mais avaient un effet cumulé ?

Depuis la guerre, le rôle de la technostructure est de "moderniser" le pays. Et si elle continuait à croire que c'est sa mission ? Et si elle favorisait les secteurs dits "d'avenir" ? Pour cela, elle devrait trouver des ressources ailleurs, dans ce qu'elle jugerait dépassé. D'un côté on aurait la start up et le premier de cordée, de l'autre l'industrie et le gilet jaune ?

A cela s'ajoute une théorie que l'on m'enseignait en MBA. Elle veut que le chaos qu'est le marché soit créatif : cassons l'ordre, le vieux, l'allocation inefficace qu'est l'entreprise traditionnelle et il émergera "quelque chose" (que, par définition, on ne connaît pas) de mieux.

Et si la technostructure se trompait ? Et si elle détruisait la forêt sans avenir,  parce qu'elle empêche les nouvelles pousses de sortir ? Et si elle créait un désert ?

(La taxe de production : origine de cette interrogation.)

vendredi 12 avril 2019

ENA et inégalités

Les rangs de classement de MM. Macron, Giscard d'Estaing, Hollande et Chirac, à la sortie de l'ENA sont 5, 6, 8, 10. Sur nos 6 derniers présidents, il n'y a que M.Sarkozy et M.Mitterrand qui n'en soient pas diplômés. Ce qui était impossible pour M.Mitterrand, puisque l'ENA n'existait pas lorsqu'il faisait ses études. (Idem pour M.Pompidou.)

Problème ?

(Source : wikipedia.)

mardi 9 avril 2019

L'ère de la technocratie ritualiste

Nous sommes une technocratie, pas une démocratie. Non seulement la bureaucratie étatique est une machine gigantesque, mais les multinationales sont, elles aussi, des bureaucraties qui ont un poids formidable.

Le principe de la technocratie est "l'artificiel" par opposition au "naturel" (cf. Herbert Simon). La technostructure trouve la vérité dans sa tête, dans ce qu'elle a étudié. Elle ignore le monde.

Curieusement, on est arrivé au delà de ce qu'avait prévu Max Weber. Il disait, en substance, que la bureaucratie était constituée de gens compétents, les fonctionnaires, dirigés par des incompétents, les élus du peuple. Or, aujourd'hui, même les élus sont des fonctionnaires !

Après guerre, la bureaucratie a fait l'objet d'une quantité de travaux. Par exemple ceux de Robert Merton, ou de Michel Crozier, en France. Tous montraient qu'elle était aux prises avec des cercles vicieux systémiques. C'est une forme de ritualisme. Le membre d'un système oublie ce pourquoi le système a été créé, pour vénérer le système lui-même.

Faut-il s'inquiéter ?

mardi 2 avril 2019

Serge Tchuruk

Huawei fait penser à Serge Tchuruk, le dirigeant d'Alcatel. Serge Tchuruk est probablement l'exemple même de ce que provoque la technocratie française lorsqu'elle dirige une entreprise. Dans un secteur qui a produit Apple, Foxconn, et Huawei. Alcatel est allé, de manière extraordinairement déterminée, exactement à contre-courant, jusqu'au naufrage. Idéal-type du cercle vicieux systémique.

Le plus intéressant, ici, est la question de la responsabilité. Imaginons que vous ayez été un des employés d'Alcatel victimes de cette stratégie. Vous auriez peut-être vécu des moments difficiles, mais vous auriez votre conscience pour vous. Et, surtout, si vous êtes parvenu à retrouver une situation, vous avez le sentiment d'avoir vécu une aventure. Vous êtes fier de vous. Mais, qu'il doit être désagréable de vivre, à perpétuité, dans la peau du capitaine qui est allé droit sur l'iceberg !

jeudi 28 mars 2019

Humanisme et technocratie

On réclame un "nouvel humanisme". De quoi parle-t-on ?

L'humanisme, c'est placer l'homme au coeur des préoccupations de la société. N'y était-il donc pas ? 68 ne fut-il pas l'avénement d'un individualisme ? Alors, peut-être, société de consommation ? Matérialisme ? Non : artificiel.

Nous ne sommes pas une démocratie, mais une technocratie. La technocratie, c'est le règne du diplômé. Le diplômé ne connaît rien de la vie. Son esprit s'est constitué dans un univers abstrait. Comme il est aux commandes des Etats, des entreprises et des banques, il leur applique ses utopies. Et il en résulte une succession de crises. Le contraire de l'humanisme, c'est le nihilisme. C'est l'amour du néant. C'est l'aliénation de l'esprit humain par l'abstraction.

(Le phénomène de la bureaucratie a été étudié par Robert Merton. Il avait appelé son mal "displacement of goals". Le bureaucrate ne comprend pas la mission de la bureaucratie. Il la remplace par quelque chose qu'il a inventé.)

mercredi 6 mars 2019

La crise de la technocratie simplifiante ?

Dans un mouvement mondial, Vichy a donné à la technocratie la direction de la France. Cette technocratie a été utile à la reconstruction du pays et, à la diffusion du progrès issu de la guerre.

La caractéristique de la technocratie est d'avoir une pensée planificatrice adaptée à un avenir prévisible. C'est ce qu'Edgar Morin appelle une "pensée simplifiante". Cette pensée est égarée par l'incertitude :
  • Nos grandes entreprises, dirigées par des technocrates, ont connu une succession de crises, et, souvent, ont fini dans des mains étrangères. Le technocrate ne comprend pas le métier de l'entreprise qu'il dirige. Croissance par l'acquisition, généralement. Ce qui conduit au surendettement. A cela s'ajoute l'abandon de filières "non compétitives", qui sont, peut-être, tout simplement, des filières que le technocrate ne sait pas développer. (Exemples : France Telecom, Crédit Lyonnais, Crédit Foncier, Bull, Alstom, Alcatel, Areva, Pechiney, Arcelor, Vivendi, Thomson, la filière textile, à quoi il faut ajouter des entreprises para publiques telles qu'EDF, criblées de dettes.)
  • Le pays fait l'objet d'une série de réformes qui, quasiment toutes, ont donné le contraire de ce qui était attendu d'elles. La réforme obéissent à une forme de pensée magique :  "les lois de l'économie", l'effet d'échelle, la "numérisation" (une mode mondiale), le partage du temps de travail, etc. (Exemples : Les réformes avant 2005 ; réformes européennes.)
Cela coûte cher, mais, surtout, cela détruit les compétences du pays, qui ont demandé des siècles d'élaboration à la collectivité, et qui sont ses richesses.

La technocratie s'est transformée en oligarchie. Sur le modèle anglo-saxon, elle se dit entrepreneuse et créatrice de richesse. Elle doit gagner beaucoup, en récompense de ses mérites. Comme un général qui passerait à l'ennemi, et se ferait payer pour cela, les technocrates utilisent les pouvoirs donnés par l'Etat, pour leur propre compte. Comment interprètent-ils la crise ? Le Français est paresseux, et ne veut pas travailler, ou est un arriéré. (Voir : L'oligarchie des incapables.)

Et si notre crise était celle de la pensée technocratique, simplifiante ?

dimanche 28 octobre 2018

Dernière heure

On nous annonce que c'est la dernière fois que nous subissons un décalage horaire.

Je me souviens du temps où la mesure a été décidée. C'était à l'heure du pontifiant président Giscard d'Estaing. On était au début de la crise de 74, et l'on ne parlait que d'économie de pétrole. La mesure était supposée nous en faire gagner "cent mille tonnes". C'était l'époque de la technocratie glorieuse. Se riant de la complexité de la nature, elle était assurée que les règles simplistes que produisait son esprit étaient la manifestation de son génie. Un génie qu'un peuple d'enfants ne pouvait comprendre. Il fallait faire son bien contre sa volonté, en bon père de famille française.

Curieusement nous n'avons pas été les seuls à prendre cette mesure. Technocratie mondiale ? Effet de mode ?...

(En tout cas, rien n'a changé en ce qui concerne l'attitude de nos gouvernements à notre endroit.)

vendredi 28 septembre 2018

Triste et édifiante histoire de l'Ecole centrale ?

Pourquoi n'est-il pas passé par le corps des finances ? me suis-je demandé en lisant le CV du nouveau directeur de l'Ecole centrale de Paris. En effet, il est diplômé de Normale sup et membre du corps des Mines (de mon temps, ce dernier était ouvert aux dix meilleurs polytechniciens, plus à quelques esprits d'exception égarés). L'élite ultime, à l'inspection des finances près, de la technostructure publique. Toujours est-il que c'est peut être un moment important pour l'Ecole centrale. En effet, depuis qu'elle a des anciens élèves en âge de la diriger, tous ses directeurs ont été centraliens. Cela tenait à son projet, même. Triste fin d'une belle histoire ?

Centrale avait pour origine Saint Simon : elle devait former un entrepreneur scientifique. Et c'est ce qu'ont fait les premiers anciens élèves - enseignants. Ils transformaient leur expérimentation pratique en théorie, qu'ils transmettaient à leurs jeunes camarades. Inversement, ils absorbaient les théories, qu'ils adaptaient à la réalité. Ils furent parmi les premiers à enseigner le management scientifique de Taylor, par exemple. Succès énorme, dont la Tour Eiffel n'est que la partie émergée. Et qui a engendré un grand nombre d'émules dans le monde.

Ecole du 21ème siècle ! direz-vous. Curieusement, son ancien directeur a fait un autre diagnostic. Emporté par l'admirable influence chinoise, il a pensé que l'école n'avait pas une taille critique. Il s'est engagé dans une politique de fusion acquisition en marche forcée.

Dans le monde des entreprises, ce type de stratégie, fréquente, car à la démesure des égos des dirigeants, finit par une faillite, et, en France, par une reprise en main de l'Etat. La force ultime d'une entreprise, ou de toute institution, est son projet fondateur. Parce que ce projet est unique. Et que ceux qui gagnent sont les innovateurs. Les Steve Jobs ou les Eiffel. Pas les Chinois, ou les technocrates. Voici un enseignement que j'ai tiré de mon expérience.

dimanche 22 juillet 2018

Détournement de but

Le sociologue Robert Merton a invité le terme "détournement de but" (goal displacement). Il observe l'homme dans l'administration. Il constate que celui-ci est un ritualiste. Il perd de vu le sens réel de son travail. Le but qu'il se donne n'est pas celui de l'organisation.

L'entreprise moderne illustre cette théorie. L'indicateur donne au patron l'illusion de tout contrôler. Or, cet indicateur ne débouche sur rien. Un dirigeant me disait, par exemple, que l'on était incapable de savoir le nombre d'employés d'une (grande) société. Chaque pays utilisant des conventions différentes, il est impossible d'obtenir des sommes fiables. Plus généralement, on ne sait pas rattacher les indicateurs de la qualité, de la fabrication, des achats... aux résultats de l'entreprise.

Sa cause ? Le technocrate. Il est aux commandes de l'entreprise.

samedi 1 octobre 2016

X Crise

Un hasard. Je trouve un article sur X-Crise. En 1931, des polytechniciens ont créé ce groupe. Il s'agissait de mettre leurs compétences au service de la patrie en danger. Une partie d'entre-eux s'est retrouvée au gouvernement de Pétain. J'ai découvert récemment que ce que l'on assimile aux trente glorieuses, la technocratie éclairée, trouve ses origines durant la guerre. Mais comme le gouvernement Pétain n'a jamais existé, on ne le dit pas.

Par contre-coup, on s'est mis à croire que nos pères furent tous fascistes. Était-ce le cas de ces technocrates ? En fait, la crise a partout amené un grand mouvement de régulation. Et cela a démarré dans les pays qui étaient les plus touchés (Italie et Allemagne), et les plus en difficulté (URSS). L'Amérique, elle aussi, est devenue technocratique. Mais, surtout, la technocratie s'est révélée adaptée à l'après guerre. La reconstruction et la vague d'inventions qu'ont suscitées le conflit se prêtaient au changement dirigé. Il fallait des organisateurs.

dimanche 29 mars 2015

Journée de la volonté de puissance

29 mars 2015, décalage horaire. Aucun intérêt économique et cela pose des tas de problèmes physiologiques. Encore une idée d'un technocrate. En 76, pour économiser du pétrole

Et si nous faisions contre mauvaise fortune bon cœur ? Il y a la journée de la femme, celle de la procrastination, pourquoi pas celle de "la volonté de puissance" ? Nous en ferions l'occasion de nous rappeler les dégâts que cause ce désir de plier le monde à ses lubies. Et d'emprunter l'argument d'autorité technocratique ou scientifique pour ce faire. Et en plus, pour bien marquer les esprits, il y en aurait deux par an.

vendredi 28 mars 2014

Technostructure et changement

Christian Kozar me dit que la technostructure tue le changement. Bertrand Delage le rejoint. Pour lui, il y a les "processus clés" qui concourent à "créer la valeur" pour le client. Et les processus support et la "structure". Eux sont là pour permettre aux processus clés de fonctionner au mieux. Or, l'inverse se passe. Ils veulent dicter leur loi. Par exemple, ils veulent imposer aux opérationnels telle ou telle nouveauté des technologies de l'information.

D'une manière générale, la technostructure tend au ritualisme. Elle est aveuglée par les outils de sa fonction. Elle ne voit plus ce qui est la fin ultime de l'organisation. Au lieu de la servir, elle veut la contraindre.

(Ce qui provoque cet effet pervers, c'est l'isolement de la technostructure. Pour l'éviter, elle doit comprendre la raison d'être de l'entreprise.)