Détournement de but (displacement of goal). Ce billet ne parle pas de foot mais du sociologue Robert Merton. Il avait observé ce phénomène chez les bureaucrates. Ils vénéraient le moyen, en perdant de vue la fin. Le règlement, c'est le règlement.
Exemples ? Le marché, divinisé par certains Anglo-saxons : par l'offre et la demande, le marché règle la société, sans besoin d'intervention humaine ; le prix qu'il fixe est le résultat d'un vote ; le marché est la démocratie. Il y a aussi l'intellectuel. Julien Benda disait que le rôle de l'intellectuel était de défendre des principes. Eh bien, l'intellectuel rend un culte aux dits principes, et obtient l'inverse de ce qu'il cherchait. C'est aussi le fameux phénomène du "silo", qui rend le changement impossible. Chacun est dans sa tranchée. Il est insensible à l'intérêt général.
Les Lumières l'avaient bien vu. C'était même probablement leur combat. La liberté, était celle de notre esprit, prisonnier de coutumes. Mais elles n'ont pas trouvé à ce mal de solution, puisqu'il nous assaille toujours. Etrange phénomène.
mercredi 31 janvier 2018
Le nom Macron
De qui Macron est-il le nom ? se demandait-on à l'époque de l'élection présidentielle. La question me semble être restée sans réponse.
A l'époque de la Commission Attali, j'avais invité un de ses membres à un Club Economie que j'animais. C'était un économiste respecté, jeune. Il venait de publier un livre dans lequel il appliquait la logique de la gestion d'entreprise à l'économie française. Il avait identifié les réformes qui pourraient rapporter le plus à l'entreprise France, et avait mis, en regard, leur coût, dans une logique de Return On Investment, pour utiliser le mot français approprié.
Avec le recul, je pense qu'il représentait la tendance Macron. A savoir un mélange d'amour du marché et d'idées "socialement avancées". Il s'était trouvé en opposition avec une autre race d'économistes, qu'il qualifiait de "bien roses". Ils partageaient ses objectifs mais pas, pour parler comme ce blog, sa philosophie de conduite du changement. De manière inattendue, l'économiste de gauche voulait exproprier, alors que l'économiste de droite voulait payer. Le cas des taxis illustre le différend. Des deux côtés on estime que le chômeur doit conduire un taxi. Il se trouve que les taxis existants ont payé très cher le droit de faire leur métier. Pour l'économiste de gauche, il fallait liquider le gêneur. Pour l'économiste de droite, il fallait obtenir son consentement contre une partie des gains réalisés. L'économiste rose a gagné. (Ce qui a fait le lit du FN ?)
M.Macron a peut-être réussi la dernière étape d'un changement. La gauche s'était convertie à l'économie. La droite avait adopté la contre-culture de gauche. M.Macron a fait la fusion de l'économie et de "l'avancée sociale".
A l'époque de la Commission Attali, j'avais invité un de ses membres à un Club Economie que j'animais. C'était un économiste respecté, jeune. Il venait de publier un livre dans lequel il appliquait la logique de la gestion d'entreprise à l'économie française. Il avait identifié les réformes qui pourraient rapporter le plus à l'entreprise France, et avait mis, en regard, leur coût, dans une logique de Return On Investment, pour utiliser le mot français approprié.
Avec le recul, je pense qu'il représentait la tendance Macron. A savoir un mélange d'amour du marché et d'idées "socialement avancées". Il s'était trouvé en opposition avec une autre race d'économistes, qu'il qualifiait de "bien roses". Ils partageaient ses objectifs mais pas, pour parler comme ce blog, sa philosophie de conduite du changement. De manière inattendue, l'économiste de gauche voulait exproprier, alors que l'économiste de droite voulait payer. Le cas des taxis illustre le différend. Des deux côtés on estime que le chômeur doit conduire un taxi. Il se trouve que les taxis existants ont payé très cher le droit de faire leur métier. Pour l'économiste de gauche, il fallait liquider le gêneur. Pour l'économiste de droite, il fallait obtenir son consentement contre une partie des gains réalisés. L'économiste rose a gagné. (Ce qui a fait le lit du FN ?)
M.Macron a peut-être réussi la dernière étape d'un changement. La gauche s'était convertie à l'économie. La droite avait adopté la contre-culture de gauche. M.Macron a fait la fusion de l'économie et de "l'avancée sociale".
mardi 30 janvier 2018
Dangers du médicament
Nouvel exemple d'énantiodromie ? Aux USA, l'espérance de vie régresse. Une cause en serait l'usage des opiacés. 63.000 morts en 2016. Il ne s'expliquerait pas tant par des drames de la pauvreté que par l'usage qu'en fait la médecine, qui transforme ses patients en junkies... (Article de The Economist.)
Peut-être serait-il temps de créer une médecine qui n'utilise pas la chimie ? Ou, peut-être, serait-il utile de s'interroger sur une société qui brutalise ses membres ?
Peut-être serait-il temps de créer une médecine qui n'utilise pas la chimie ? Ou, peut-être, serait-il utile de s'interroger sur une société qui brutalise ses membres ?
The passenger
Publicité pour "The Passenger". Renseignement pris, "The passenger" est la traduction française de "The commuter". Car c'est l'histoire d'un banlieusard qui "se retrouve pris dans un terrible engrenage. Une conspiration qui devient une question de vie ou de mort, pour lui ainsi que pour tous les autres passagers !" dit Allociné.
Imaginons que cette oeuvre soit la seule qui surnage de notre temps, que penserait-on ? Que la vie dans un train de banlieue est un combat ? L'art, pour autant que l'on puisse parler d'art ici, ne cherche pas à dire la vérité, mais à susciter une émotion. Celle-ci a sans doute une fonction, mais qui dépasse notre entendement.
C'est peut-être parce qu'on a voulu, ces derniers temps, que l'art ait un sens, que j'ai le sentiment qu'on l'a tué ?
Imaginons que cette oeuvre soit la seule qui surnage de notre temps, que penserait-on ? Que la vie dans un train de banlieue est un combat ? L'art, pour autant que l'on puisse parler d'art ici, ne cherche pas à dire la vérité, mais à susciter une émotion. Celle-ci a sans doute une fonction, mais qui dépasse notre entendement.
C'est peut-être parce qu'on a voulu, ces derniers temps, que l'art ait un sens, que j'ai le sentiment qu'on l'a tué ?
Routes sans lois
Le Mexique en 1938. Graham Greene y enquête sur les persécutions qu'y subit l'Eglise. Il en résulte un surprenant reportage. Les gens sont laids, la nourriture est mauvaise, les routes sont impraticables, les logements des taudis, il est malade... Il ne voit rien du paysage. Il va d'un point de son périple à un autre, en maudissant les attentes forcées que lui font subir des transports locaux peu fiables. Heureusement qu'il y a quelques êtres civilisés au Mexique, allemands ou norvégiens. Et quelques romans anglais, qui lui font regretter délicieusement sa patrie. Le livre est le récit de ses tourments.
Je me suis demandé si Graham Greene n'avait pas écrit une étude de l'âme anglaise. L'Anglais a une passion pour les voyages, au sens premier du terme "passion" : il se complaît dans la souffrance que lui apporte l'inadaptation de ses moeurs contre nature à la réalité du monde.
(Ce genre culturel, l'Anglais en difficulté à l'étranger, a un nom : "Brits in the shit". Il fait vendre les journaux.)
Je me suis demandé si Graham Greene n'avait pas écrit une étude de l'âme anglaise. L'Anglais a une passion pour les voyages, au sens premier du terme "passion" : il se complaît dans la souffrance que lui apporte l'inadaptation de ses moeurs contre nature à la réalité du monde.
(Ce genre culturel, l'Anglais en difficulté à l'étranger, a un nom : "Brits in the shit". Il fait vendre les journaux.)
lundi 29 janvier 2018
Complot
France Culture s'interrogeait (samedi) sur le désarroi du PS. Il serait dû à une erreur stratégique. Le Think Tank Terra Nova lui a suggéré une tactique électorales s'appuyant sur les immigrés, les femmes et les jeunes. Le président de Terra Nova reconnaissait que cela avait été bête. Si cette information n'était pas venue de France Culture, j'aurais cru à des fake news du FN, financées par Poutine ! Sans parler de la stupidité mathématique de ce raisonnement, et de son invraisemblable ignorance des réalités, je me suis demandé ce que le PS comptait faire des Français de souche. Et, comment peut-on s'appeler "socialiste" quand on hait une partie de la société ? Et le dirigeant de Terra Nova, vieux Français de souche, comme les prétendants à la direction du PS, était-il suicidaire ?...
Y a-t-il une théorie psychologique pour expliquer ce fatras d'irrationalité ? J'y perds mon latin. Le mieux que j'ai trouvé, c'est Paul Watzlawick, et son "jeu sans fin". L'homme construit des systèmes intellectuels, faux par définition puisque représentations de la réalité (pas réalité elle-même). Des contradictions apparaissent fatalement. Au lieu de voir que le système nie la réalité, l'homme renie la vérité pour le système. Pris dans son délire, il devient fou.
(PS. Depuis, j'ai retrouvé l'étude dont il est question ici. Et j'ai compris pourquoi elle ne m'avait pas frappé. Elle date de 2011. On y disait que les immigrés tendaient à voter massivement pour la gauche, et que les jeunes et les femmes avaient des sensibilités qui lui étaient favorables. L'étude semblait ressortir au cynisme politique ordinaire, qui consiste à se faire élire en jouant une partie des citoyens contre l'autre. C'est la tactique qui a réussi à M.Obama. Seulement, peut-être que, pour M.Obama, il s'agissait effectivement d'une tactique, alors que pour Mme Clinton et le PS, c'était leur intime conviction ? Le peuple ne s'y est pas trompé ?)
Y a-t-il une théorie psychologique pour expliquer ce fatras d'irrationalité ? J'y perds mon latin. Le mieux que j'ai trouvé, c'est Paul Watzlawick, et son "jeu sans fin". L'homme construit des systèmes intellectuels, faux par définition puisque représentations de la réalité (pas réalité elle-même). Des contradictions apparaissent fatalement. Au lieu de voir que le système nie la réalité, l'homme renie la vérité pour le système. Pris dans son délire, il devient fou.
(PS. Depuis, j'ai retrouvé l'étude dont il est question ici. Et j'ai compris pourquoi elle ne m'avait pas frappé. Elle date de 2011. On y disait que les immigrés tendaient à voter massivement pour la gauche, et que les jeunes et les femmes avaient des sensibilités qui lui étaient favorables. L'étude semblait ressortir au cynisme politique ordinaire, qui consiste à se faire élire en jouant une partie des citoyens contre l'autre. C'est la tactique qui a réussi à M.Obama. Seulement, peut-être que, pour M.Obama, il s'agissait effectivement d'une tactique, alors que pour Mme Clinton et le PS, c'était leur intime conviction ? Le peuple ne s'y est pas trompé ?)
Réforme de l'éducation
On réforme le secondaire. Plus de filières, mais des majeures et des mineures. Voilà un changement... Qu'ai-je à en dire ? Je n'y comprends rien. Quel est le problème qu'a voulu résoudre le gouvernement ? Pourquoi cette méthode plutôt qu'une autre ? Et quid de sa mise en oeuvre ? Et quid de l'opposition ? Il n'y en a plus, ou personne ne sait quoi penser ?
En quoi ces réformes prennent-elles en compte les questions fondamentales qui se posent à la société. A savoir, la disparition du projet de la Révolution, une école qui "libère" l'individu par l'éducation ; la disparition du projet de la 3ème République : l'ascenseur social ; et, finalement, l'excès d'offre par rapport à la demande qu'ont causé les réformes Haby, et le décalage entre le besoin de la société et la formation dispensée par l'école ?
Probablement, comme le programme de gouvernement de M.Macron, cette réforme a été conçue par des "spécialistes". Elle améliorera peut-être la situation, mais elle accepte un statu quo mondial comme un acquis. Surtout, c'est un changement de droit divin. Comme d'habitude, mais mené avec un talent qui asphyxie la résistance au changement.
En quoi ces réformes prennent-elles en compte les questions fondamentales qui se posent à la société. A savoir, la disparition du projet de la Révolution, une école qui "libère" l'individu par l'éducation ; la disparition du projet de la 3ème République : l'ascenseur social ; et, finalement, l'excès d'offre par rapport à la demande qu'ont causé les réformes Haby, et le décalage entre le besoin de la société et la formation dispensée par l'école ?
Probablement, comme le programme de gouvernement de M.Macron, cette réforme a été conçue par des "spécialistes". Elle améliorera peut-être la situation, mais elle accepte un statu quo mondial comme un acquis. Surtout, c'est un changement de droit divin. Comme d'habitude, mais mené avec un talent qui asphyxie la résistance au changement.
dimanche 28 janvier 2018
Anges pécheurs
Il y aurait des anges imparfaits dans le Coran. C'est ce que disait la radio ce matin. Leur histoire mérite d'être comptée. Les anges se seraient étonnés que Dieu leur demande de révérer sa création, les hommes, alors qu'elle est aussi peu exemplaire. Dieu leur aurait répondu qu'ils feraient comme elle dans les mêmes conditions. Joignant le geste à la parole, il teste cette prévision "falsifiable" (pour reprendre le vocabulaire de Karl Popper, on dirait peut-être "réfutable" en français). Il expédie sur terre ses deux anges les plus vertueux. Et, en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, ils sont corrompus par une femme. Elle leur fauche la formule divine de téléportation. Elle s'établit définitivement au ciel. C'est Vénus.
L'anthropologie ne dit pas autre chose. L'homme est conditionné par son environnement. Kurt Lewin en avait fait un principe de conduite du changement. En tout cas, une religion qui a de tels anges mérite le respect.
L'anthropologie ne dit pas autre chose. L'homme est conditionné par son environnement. Kurt Lewin en avait fait un principe de conduite du changement. En tout cas, une religion qui a de tels anges mérite le respect.
Jeff Koons
Vendredi matin France Culture disait le plus grand mal de Jeff Koons. J'ai retenu qu'on le jugeait un escroc, sans talent. L'argent est devenu le seul mobile de l'art.
Mais pourquoi s'en rendre compte si tard ? N'est ce pas le projet revendiqué par le pop art : devenir riche sans talent ? Refus de l'élitisme et de la culture, propre de la contre culture américaine ?
Hier, la "libération de la parole" des femmes semble une guerre fratricide. La gauche se retournerait-elle contre ses idéaux et ses héros ? Ceux-ci n'avaient-ils aucune substance, comme beaucoup l'ont cru, ou ont-ils été minés de l'intérieur ?
Mais pourquoi s'en rendre compte si tard ? N'est ce pas le projet revendiqué par le pop art : devenir riche sans talent ? Refus de l'élitisme et de la culture, propre de la contre culture américaine ?
Hier, la "libération de la parole" des femmes semble une guerre fratricide. La gauche se retournerait-elle contre ses idéaux et ses héros ? Ceux-ci n'avaient-ils aucune substance, comme beaucoup l'ont cru, ou ont-ils été minés de l'intérieur ?
Davos
Greed and fear, disent les Anglos-saxons, lorsqu'ils parlent du marché. C'est probablement aussi ce qui caractérise le patron. En particulier, il a peur du changement. Si j'en crois le Financial Times, cette année il s'inquiétait du grand mouvement de contestation des élites qui parcourt le monde. C'est pourquoi il attendait avec curiosité la venue de M.Trump à Davos.
Il a été rassuré. De M.Macron à M.Trump, le mot d'ordre était : investissez chez nous. Quant à M.Trump, on l'apprécie de plus en plus. Car, ce que redoute l'entreprise, c'est l'incertitude. (Elle n'aime la concurrence que lorsqu'elle s'applique aux autres. Pour le reste elle adore les lois.) M.Trump est apparu un instant imprévisible. Mais, son bilan de président a rassuré les inquiets. D'ailleurs, il a montré à Davos que, quand il le voulait, il pouvait faire un discours dans lequel se reconnaîtrait n'importe quel président américain.
La conclusion de Davos : business first ?
(Mais à condition de respecter quelques apparences, et de ne pas trop en faire en termes de licenciements sauvages, de réduction des salaires ?)
Il a été rassuré. De M.Macron à M.Trump, le mot d'ordre était : investissez chez nous. Quant à M.Trump, on l'apprécie de plus en plus. Car, ce que redoute l'entreprise, c'est l'incertitude. (Elle n'aime la concurrence que lorsqu'elle s'applique aux autres. Pour le reste elle adore les lois.) M.Trump est apparu un instant imprévisible. Mais, son bilan de président a rassuré les inquiets. D'ailleurs, il a montré à Davos que, quand il le voulait, il pouvait faire un discours dans lequel se reconnaîtrait n'importe quel président américain.
La conclusion de Davos : business first ?
(Mais à condition de respecter quelques apparences, et de ne pas trop en faire en termes de licenciements sauvages, de réduction des salaires ?)
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