France Culture s'interrogeait (samedi) sur le désarroi du PS. Il serait dû à une erreur stratégique. Le Think Tank Terra Nova lui a suggéré une tactique électorales s'appuyant sur les immigrés, les femmes et les jeunes. Le président de Terra Nova reconnaissait que cela avait été bête. Si cette information n'était pas venue de France Culture, j'aurais cru à des fake news du FN, financées par Poutine ! Sans parler de la stupidité mathématique de ce raisonnement, et de son invraisemblable ignorance des réalités, je me suis demandé ce que le PS comptait faire des Français de souche. Et, comment peut-on s'appeler "socialiste" quand on hait une partie de la société ? Et le dirigeant de Terra Nova, vieux Français de souche, comme les prétendants à la direction du PS, était-il suicidaire ?...
Y a-t-il une théorie psychologique pour expliquer ce fatras d'irrationalité ? J'y perds mon latin. Le mieux que j'ai trouvé, c'est Paul Watzlawick, et son "jeu sans fin". L'homme construit des systèmes intellectuels, faux par définition puisque représentations de la réalité (pas réalité elle-même). Des contradictions apparaissent fatalement. Au lieu de voir que le système nie la réalité, l'homme renie la vérité pour le système. Pris dans son délire, il devient fou.
(PS. Depuis, j'ai retrouvé l'étude dont il est question ici. Et j'ai compris pourquoi elle ne m'avait pas frappé. Elle date de 2011. On y disait que les immigrés tendaient à voter massivement pour la gauche, et que les jeunes et les femmes avaient des sensibilités qui lui étaient favorables. L'étude semblait ressortir au cynisme politique ordinaire, qui consiste à se faire élire en jouant une partie des citoyens contre l'autre. C'est la tactique qui a réussi à M.Obama. Seulement, peut-être que, pour M.Obama, il s'agissait effectivement d'une tactique, alors que pour Mme Clinton et le PS, c'était leur intime conviction ? Le peuple ne s'y est pas trompé ?)
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lundi 29 janvier 2018
vendredi 15 août 2014
Les cheveux du baron de Münchhausen de Paul Watzlawick
De la psychologie aux évolutions de notre société. Une dizaine d'années d'articles et conférences de Paul Watzlawick. (WATZLAWICK,
Paul, Les cheveux du baron de Münchhausen,
Seuil, 1991.)
Au début, Wittgenstein et autre Gödel, et derniers travaux de la philosophie et de la science. Paul Watzlawick est l’élément
avancé de la marche triomphale du progrès scientifique. Mais, cet élan s’essouffle. Ces travaux si mystérieux, ces
noms à qui l’avenir semblait promis ne nous impressionnent plus. Ils n’ont pas eu de successeurs. Et le doute et
l’inquiétude surgissent à la fin de l’ouvrage. Quelques idées que je retiens :
Le pragmatisme,
que j’ai découvert récemment, a exercé une influence dominante sur les travaux
de Paul Watzlawick. La Systémique et la Cybernétique (que je ne distinguais pas
nettement), seraient d’une importance moindre.
Paul Watzlawick commence par dire qu’il n’y a pas d’individu
malade (psychologiquement). Ce sont les relations entre hommes qui peuvent l’être.
Ce qui m’a surpris. Car il me semble qu’un homme lui-même peut-être un système ;
en outre, l’homme est pris dans de multiples relations, dont très peu sont
durables. Mais, avec la définition de la réalité qui va suivre, le propos
change. On passe de la relation à l’individu.
Il insiste ensuite sur la communication. L’homme ne serait
homme que si ce qu’il prétend être (sa réalité) est reconnu par l’autre. (Mais alors, comment
expliquer le solitaire, dans ces conditions ?)
Nous en arrivons à la définition de la
réalité. Nous avons besoin de donner un sens à notre vie. De ce fait, notre
esprit interprète le monde physique. Nous lui inventons des règles. Ce
que nous appelons « réalité » est un « jeu ». Ce jeu est
par nature contradictoire, puisqu’il prétend définir le monde, alors qu’il ne
peut pas se définir lui-même. Quand il touche à ses limites, il produit un
cercle vicieux. « Jeu sans fin » : forme de folie. A moins que le système n’ait la capacité à se remettre en
cause. Ou qu’une influence extérieure, un thérapeute par exemple, l’aide à
sortir de son jeu en inventant un autre jeu. (C’est l’effet Münchhausen : transformer la
réalité en la redéfinissant.)
Le monde serait-il une illusion de l’esprit individuel ?
J’en doute. Car cet esprit est connecté à tout un univers, qui doit bien lui
faire sentir son influence. Paul Watzlawick est-il peu
pragmatique ? Il sombre rapidement dans une « universalisation » ? (Ce qui ne remet pas en cause la puissance et l'utilité pratique des concepts qu'il manipule.)
Curieusement, la suite du livre explique les dangers d’une
telle attitude, croire en des idées absolues, qui conduit, justement, à un jeu sans fin. Paul Watzlawick modélise l’effet de l’idéologie, c'est-à-dire le
totalitarisme. C’est bien plus terrifiant et convainquant que ce que dit
Hannah Arendt. A l'origine de l’idéologie est un oisif qui cherche un peu d’excitation
dans sa vie. Un théoricien. Supposée faire le bien de l’humanité, il est
logique qu’elle se répande d’elle-même, pensent ses zélateurs. La résistance qu’elle rencontre les surprend. Elle prouve
qu’il y a des forces du mal. Ce qui légitime l’action violente pour l’extirper.
En fait, la terreur est le principe du
totalitarisme (« principe » est entendu au sens de Montesquieu). Puisqu’elle prétend définir le monde, elle n’accepte
pas qu’il fasse mentir ses prévisions. Quand c'est le cas,
il doit y avoir des coupables. Purges. Autre caractéristique du totalitarisme :
il détruit l’homme. Et ce par l’injonction paradoxale. Car, le totalitarisme exige
qu’on l’aime spontanément ! (Puisqu'il est le bien de l'homme.) Ce qui ne peut que conduire à la schizophrénie. Au renoncement à son libre arbitre, à être
homme.
Qu’est-ce que le totalitarisme ? C’est ce que Paul
Watzlawick appelle un « système
pathologique ». Ce système n’a pas la capacité de « changer ». Il crée un univers kafkaïen.
Comment savoir que l’on est dans un tel système ? L’énantiodromie. On obtient le
contraire de ce que l’on veut. Notre monde en présente les symptômes. Notre
science, notre développement… se retournent de plus en plus contre l’homme… Une
des idéologies qui nous menace est la « digitalisation » (il écrit il
y a 30 ans !). Les héros de la Silicon Valley rêvent de faire ressembler l’humanité aux 0 et 1 d’un ordinateur !
Comment se sauver ? En inventant une science du
changement qui renonce à imposer par magie à l’humanité un bonheur théorique et parfait.
mardi 22 avril 2014
L'entreprise est-elle prise dans un "jeu sans fin" ?
De quels changements, l'entreprise a-t-elle besoin ? J'interviewe un dirigeant.
Aujourd’hui, le problème de l'entreprise, c’est le « ritualisme du P&L » (compte de résultat). En particulier, elle est obsédée de main d'œuvre directe (MOD), d’achats, productivité.
Cela produit des effets pervers :
LES GESTES QUI SAUVENT
Que faire, dans cette situation? lui ai-je demandé.
Le nouveau patron doit commencer par des actes symboliques. Il doit casser les rituels, montrer que désormais la loi de l’entreprise, c’est l’action et le résultat concret. Faire des exemples. (Des ritualistes en chef ?) Surtout, le dirigeant doit écrire « la constitution de l'entreprise ».
UN CAS POUR PAUL WATZLAWICK ?
J'ai été surpris. Cette description ressemble à ce que dit Paul Watzlawick. Illustration inattendue d'une théorie fort abstraite ? Le mal de l'entreprise serait-il lié à sa définition de la réalité ?
Voici ce que je comprends de cette théorie. Les sociétés humaines définissent la réalité (leurs règles). Quand un problème survient, les gens s'acharnent à appliquer les règles, alors qu'il faudrait les changer. Non seulement elles ne les changent pas, mais une sorte de folie, ou "jeu sans fin", s'empare du système. Plus il s'éloigne de la réalité, plus les gens se sentent pousser des ailes.
Si cette explication est correcte, il s'agit peut-être du jeu du P&L (= représentation de la réalité). Un pépin survient : la réalité construite n'est plus opérante. Le système s'emballe. Le chef donne des objectifs invraisemblables. Pour le satisfaire, les équipes trafiquent les chiffres, mais selon les règles de leur réalité. Cela demande une sorte de génie. Et tout le monde est épuisé, mais content de soi. Enron ressemblait à cela, juste avant d'exploser.
Comment casser ce mécanisme ? Que dit l'interviewé ? Il demande à chacun de penser par soi-même, en fonction des impératifs de sa fonction (clients, machines...). Il définit une nouvelle réalité. Une réalité qui n'est plus celle de la comptabilité ? Mais celle des fonctions opérationnelles de l'entreprise ? Problème curieux, à creuser.
Aujourd’hui, le problème de l'entreprise, c’est le « ritualisme du P&L » (compte de résultat). En particulier, elle est obsédée de main d'œuvre directe (MOD), d’achats, productivité.
Cela produit des effets pervers :
- L’attaque de la MOD conduit à une automatisation à outrance et à une transformation de la MOD en MOI (main d'oeuvre indirecte), sans réaliser que les deux sont équivalents ; puis à la délocalisation, mais elle ne sert à rien puisque la MOD ne compte plus que pour 5% des coûts. D’autant que l’on s’acharne à continuer à réduire la MOD et à automatiser alors qu'il faudrait faire le contraire pour profiter des bas salaires.
- Ces indicateurs sont faciles à manipuler. Par exemple les mêmes gains de productivité sont attribués à plusieurs endroits. Ils comptent plusieurs fois. Chaque année les objectifs non atteints sont remis à zéro. Tout ceci permet de rétrocéder au client des gains de productivité de 4 ou 5% par an, en se persuadant que l’entreprise les a obtenus. Ce qui est faux. Et de très loin.
LES GESTES QUI SAUVENT
Que faire, dans cette situation? lui ai-je demandé.
Le nouveau patron doit commencer par des actes symboliques. Il doit casser les rituels, montrer que désormais la loi de l’entreprise, c’est l’action et le résultat concret. Faire des exemples. (Des ritualistes en chef ?) Surtout, le dirigeant doit écrire « la constitution de l'entreprise ».
- Quelques règles simples de contrôle.
- Manuel qualité.
- Reporting en 3 indicateurs. Ensuite : qu'avez vous de neuf à me dire ?
UN CAS POUR PAUL WATZLAWICK ?
J'ai été surpris. Cette description ressemble à ce que dit Paul Watzlawick. Illustration inattendue d'une théorie fort abstraite ? Le mal de l'entreprise serait-il lié à sa définition de la réalité ?
Voici ce que je comprends de cette théorie. Les sociétés humaines définissent la réalité (leurs règles). Quand un problème survient, les gens s'acharnent à appliquer les règles, alors qu'il faudrait les changer. Non seulement elles ne les changent pas, mais une sorte de folie, ou "jeu sans fin", s'empare du système. Plus il s'éloigne de la réalité, plus les gens se sentent pousser des ailes.
Si cette explication est correcte, il s'agit peut-être du jeu du P&L (= représentation de la réalité). Un pépin survient : la réalité construite n'est plus opérante. Le système s'emballe. Le chef donne des objectifs invraisemblables. Pour le satisfaire, les équipes trafiquent les chiffres, mais selon les règles de leur réalité. Cela demande une sorte de génie. Et tout le monde est épuisé, mais content de soi. Enron ressemblait à cela, juste avant d'exploser.
Comment casser ce mécanisme ? Que dit l'interviewé ? Il demande à chacun de penser par soi-même, en fonction des impératifs de sa fonction (clients, machines...). Il définit une nouvelle réalité. Une réalité qui n'est plus celle de la comptabilité ? Mais celle des fonctions opérationnelles de l'entreprise ? Problème curieux, à creuser.
jeudi 13 février 2014
Invention du changement
Un doute m'a pris. Depuis plus de dix ans, mes livres parlent de changement. J'essaie de définir les lois du changement social. Plus exactement, les moyens de faire se transformer une société. J'ai l'impression de ne rien dire de très nouveau. Et si je me trompais ?
En creusant le sujet, voici ce que je constate :
En creusant le sujet, voici ce que je constate :
- Je suis surpris du peu de définitions que l'on donne de changement. C'est un peu comme si le mot n'avait pas besoin d'être expliqué, qu'il allait de soi.
- On présente comme "le" changement, des changements spécifiques, qui sont adaptés à un type particulier de contexte, de structure sociale (par exemple, une équipe, une bureaucratie....).
- Très souvent, aussi, le changement n'est pas neutre. On sous entend que le changement, c'est faire "le bien". Et qu'il n'y a qu'une façon de procéder. Cela semble le cas de Kurt Lewin, qui veut édifier une société démocratique.
- Paul Watzlawick parle de changement un peu comme moi. Mais il s'intéresse à de petits systèmes. Ce qui semble un cas particulier. Encore une fois.
- En termes de démarche, celui dont je semble le plus proche est John Kotter. Sa démarche est pragmatique. Il observe les gens qui font bouger les entreprises (ce d'où je viens), et il essaie de comprendre comment ils procèdent. Cependant, je pense qu'il a raté la dimension systémique du changement. Et je ne suis pas certain que le changement demande fatalement un leader. En outre, il parle de changements particuliers.
mercredi 14 mars 2012
Les interminables travaux de la Maison de la Radio
J’entends parfois les journalistes de la radio publique
plaisanter des travaux sans fin que subit leur Maison.
Ils n’ont pas lu Lao-Tseu, Paul Watzlawick ou CatherineFulda, sans quoi ils n’en souffriraient pas. Il suffit pour cela de se
convaincre qu’être en chantier est la nature même de la Maison de la Radio. (Et
de ses alentours, d’ailleurs.)
C’est ainsi, semble-t-il, que l’on peut s’habituer aux
guerres. Je me souviens d’un ami libanais, qui me disait (on était en 84),
qu’il ferait du jogging à Beyrouth « s’il n’y avait pas trop de
bombardements », et d’un autre qui a gardé la nostalgie des heures passées
à lire à la lumière de la bougie, dans un abri.
jeudi 1 mars 2012
Comment faire de ses enfants les maîtres du monde ?
On dit que ce qui a fait d’Alexandre un conquérant a été
l’obsession de réconcilier un monde qu’il voyait à l’image de ses parents. En
serait-il de même pour B.Obama et l’Amérique ?
Si l’homme veut changer le monde, c’est pour qu'il ressemble à une famille rêvée ? Le fruit
d’un traumatisme initial ? L’homme heureux n’a pas d’histoire ?
Curieusement, nos principaux candidats présidents seraient
aussi les fruits de couples instables, constitués de caractères opposés. Qu’en
déduire ?
- Au moins que la réponse à cette situation n’est pas unique. Si F.Hollande semble obéir au schéma Alexandre / Obama, N.Sarkozy paraît avoir choisi un camp : la défense de valeurs conservatrices (sa mère contre son père ?).
- D’autres encore, peut-être, ont compris, comme Catherine Fulda et Lao Tseu, que changer sa perspective du monde pouvait nous épargner d’avoir à le changer ?
Compléments :
vendredi 24 février 2012
Le changement après quelques jours dans une prison dorée en Casamence
Le changement, après quelques jours dans « une prison dorée » au Sénégal : de l’utilité voire de la nécessité de changer de repères, de cadre, d’environnement pour aborder le monde avec un autre regard.
Suite à un rapide voyage, j’ai pensé, pour initialiser ma participation au Cercle du Changement, à parler du recadrage, puissant outil dans l’approche du changement.
Les vacances permettent en général de relativiser, d’avoir un autre rapport au temps, d’avoir un autre rapport au stress, d’avoir un autre rapport à soi et aux autres….
D’abord quelques impressions de voyage, j’ai été frappée par l’écoute et la disponibilité des Sénégalais, jamais agressifs, heureux de vivre, désireux de travailler, de progresser. Frappée par les rencontres avec de femmes qui ont une vision pour le futur et sont persuadées qu’elles vont jouer un rôle dans l’avenir de leur pays. Frappée par le désir de la population de voir les élections se dérouler dans un climat serein pour voir à la tête du pays un président permettant à leurs enfants de se réaliser et de progresser.
Les choses ne changent pas, change ta façon de les voir, cela suffit…Lao Tseu
Dans le cadre de ma pratique de l’accompagnement professionnel individuel, j’ai souvent constaté qu’un changement même minime chez la personne accompagnée entraîne des changements chez les autres acteurs du système.
Recadrer signifie, selon la définition de Paul Watzlawick : changer de point de vue perceptuel, conceptuel et / ou émotionnel à travers lequel une situation donnée est perçue pour la déplacer dans un autre cadre qui s’adapte aussi bien et même mieux aux faits concrets de la situation et qui va en changer toute la signification.
Je vais vous faire partager mon approche de l’accompagnement individuel au cours des prochains billets.
Suite à un rapide voyage, j’ai pensé, pour initialiser ma participation au Cercle du Changement, à parler du recadrage, puissant outil dans l’approche du changement.
Les vacances permettent en général de relativiser, d’avoir un autre rapport au temps, d’avoir un autre rapport au stress, d’avoir un autre rapport à soi et aux autres….
D’abord quelques impressions de voyage, j’ai été frappée par l’écoute et la disponibilité des Sénégalais, jamais agressifs, heureux de vivre, désireux de travailler, de progresser. Frappée par les rencontres avec de femmes qui ont une vision pour le futur et sont persuadées qu’elles vont jouer un rôle dans l’avenir de leur pays. Frappée par le désir de la population de voir les élections se dérouler dans un climat serein pour voir à la tête du pays un président permettant à leurs enfants de se réaliser et de progresser.
Les choses ne changent pas, change ta façon de les voir, cela suffit…Lao Tseu
Dans le cadre de ma pratique de l’accompagnement professionnel individuel, j’ai souvent constaté qu’un changement même minime chez la personne accompagnée entraîne des changements chez les autres acteurs du système.
Recadrer signifie, selon la définition de Paul Watzlawick : changer de point de vue perceptuel, conceptuel et / ou émotionnel à travers lequel une situation donnée est perçue pour la déplacer dans un autre cadre qui s’adapte aussi bien et même mieux aux faits concrets de la situation et qui va en changer toute la signification.
Je vais vous faire partager mon approche de l’accompagnement individuel au cours des prochains billets.
samedi 20 août 2011
Faillite de la raison
Paul Watzlawick raconte la curieuse histoire suivante :
- Soit un enseignant qui annonce à ses élèves une interrogation surprise la semaine prochaine.
- Ses élèves lui répondent que c’est impossible : si elle n’a pas été exécutée avant jeudi, elle ne pourra pas l’être vendredi, puisqu’elle ne serait plus surprise. Du coup, idem pour jeudi, et ainsi de suite jusqu’à lundi.
- Mais, si les élèves sont convaincus qu’elle ne pourra pas avoir lieu, alors il y aura surprise.
La raison, de l’individu, aboutit à des absurdités et ne
peut prétendre à mener le monde ?
Compléments :
- Communication et comportement, pour en savoir plus sur Paul Watzlawick et trouver la référence de son ouvrage.
samedi 13 août 2011
Qu’est-ce que la communication ?
La communication n’est pas qu’un échange d’informations.
Paul Watzlawick explique (cf. billet précédent) que l’on essaie d’y faire reconnaître l’identité que
l’on se donne. Pour Erving Goffman (The
presentation of self in everyday life), chacun tient un rôle, comme dans
une pièce de théâtre.
L’expérience et les théories plus récentes semblent dire
aussi que chaque interlocuteur essaie d’imposer sa vision implicite du bien et
du mal (voir Tversky et Kahneman). Ce qui peut lui servir à y enfermer l’autre (« framing »).
Pour cela, il exploite une position sociale qui peut lui donner un avantage
moral. Ce faisant, il réalise une injonction paradoxale, technique de lavage de cerveau dont parle Paul Watzlawick.
Notre société a-t-elle remplacé l’affrontement physique par
un affrontement moral ? Au lieu de chercher à liquider le corps de
l’adversaire, on veut anéantir son cerveau ?
jeudi 11 août 2011
Rationalité humaine
On me racontait il y a quelques temps que des employés s’étaient
convaincus que le nouveau logiciel qu’on allait installer était tellement mal
conçu que la touche d’ordinateur (« F4 ») qui, chez son prédécesseur,
permettait de sauvegarder leur travail, ferait exactement le contraire. À tel
point que des directeurs d’unité envisageaient de la supprimer des claviers !
Rumeur sans aucun fondement.
Comment se peut-il qu’il puisse y avoir de la fumée sans feu ?
Des rumeurs aussi précises, et totalement fausses ?
Cela expliquerait'il le comportement des
marchés ?
Faut-il évoquer la théorie de Paul Watzlawick selon laquelle
de telles fables ont un rôle dans la régulation interne des
groupes humains. En fait, ça les empêche d’exploser ? (Il cite une pièce de théâtre dans laquelle un couple a inventé l’histoire d’un enfant mort.)
Compléments :
- Watzlawick, Paul, Beavin Bavelas, Janet, Jackson Don D., Pragmatics of Human Communication: A Study of Interactional Patterns, Pathologies and Paradoxes, WW Norton & Co, 2011. (cf. billet)
Communication et comportement
Watzlawick, Paul, Beavin Bavelas, Janet, Jackson Don D., Pragmatics of Human Communication: A Study of Interactional Patterns, Pathologies and Paradoxes, WW Norton & Co, 2011.
Ce livre s’intéresse à l’impact de la communication entre individus sur leur comportement. Son idée centrale est que tout est communication dans un échange, et cette communication qui rebondit entre membres d’un groupe qui interagissent crée un mécanisme de contrôle du groupe (je m’ajuste en fonction de ce que je sens de la perception de l’autre). Bref, grâce à la communication, le groupe devient un « système » : il développe des mécanismes qui le contrôlent.
Ce livre s’intéresse à l’impact de la communication entre individus sur leur comportement. Son idée centrale est que tout est communication dans un échange, et cette communication qui rebondit entre membres d’un groupe qui interagissent crée un mécanisme de contrôle du groupe (je m’ajuste en fonction de ce que je sens de la perception de l’autre). Bref, grâce à la communication, le groupe devient un « système » : il développe des mécanismes qui le contrôlent.
Jusque-là la psychologie avait hérité, comme les autres sciences, de l’hypothèse matérialiste (tout n’est que matière et énergie) inhérente à la pensée occidentale. Que le groupe soit un système permet de comprendre que ce qui est anormal dans l’absolu ne l’est plus relativement à ses mécanismes de stabilisation. La schizophrénie, par exemple, est, dans certaines conditions, le seul moyen possible de se comporter. D’une certaine façon le comportement individuel est une caractéristique d’un système. Nous paraissons agir, mais nous sommes mis en mouvement par notre environnement. D’ailleurs, dans certains cas, nos comportements collectifs, nos rites, n’ont aucun sens, sinon de maintenir ensemble le groupe. Ce sont des fictions.
Ces systèmes peuvent produire des cercles vicieux destructeurs (cf. la schizophrénie). Typiquement, l’individu est pris au piège d’une relation dont il ne peut s’extraire, mais qui lui impose des injonctions contradictoires. Il y répond, en quelque sorte, en débrayant sa raison.
Pour sortir de ces cercles vicieux, il faut s'extraire du système vicié. Il ne faut plus suivre les règles de communication, mais se placer au dessus d’elles pour les analyser. Ce qui demande (toujours ?) un médiateur.
Quant au schizophrène, on doit le traiter par le symptôme : en le plaçant dans une situation dans laquelle ses contradictions lui deviennent inacceptables.
Quant au schizophrène, on doit le traiter par le symptôme : en le plaçant dans une situation dans laquelle ses contradictions lui deviennent inacceptables.
Un autre phénomène important. La communication est à la fois « numérique » (contenu / syntaxe) et « analogique » (véhicule la nature de la relation / sens). Pour arriver à comprendre la réalité d’un message il faut un bon échange entre les deux. L’hystérie serait une conséquence d’une faiblesse dans la traduction de l’un à l’autre.
mercredi 15 juin 2011
Réseaux sociaux et identité humaine
Le rôle de la communication, de l’échange, avec l’autre serait de nous assurer de qui nous sommes, « après tout, il ne peut pas y avoir de mère sans un enfant ». C’est du moins ce que dit Paul Watzlawick, dans un livre que je commenterai d’ici peu.
Cela explique-t-il la vogue du web social ? S’il y a autant de pages Facebook ou de tweets, c’est parce que nous ne nous sentons pas très sûrs de notre identité et nous en demandons confirmation ? J’ai beaucoup « d’amis » (au sens de Facebook), donc je suis ?
Mais alors pourquoi y eût-il des coureurs de bois, des ermites, ou Bernard Moitessier ? Leur personnalité était suffisamment solide pour ne pas nécessiter de confirmation ?
mercredi 1 juin 2011
Changement de Paul Watzlawick
Watzlawick, Paul, Weakland, John H., Fisch, Richard, Change: Principles of Problem Formulation and Problem Resolution, WW Norton &Co, 2011. Pourquoi n’arrivons nous pas à changer, d’où dépressions et maladies ?
La formulation que nous faisons d’une situation nous enferme dans un cercle vicieux. Et nos efforts pour changer ne changent rien (changement de premier ordre). Le « bon sens » nous trompe. Pour nous en tirer il faut reformuler la situation, changement de deuxième ordre.
Il ne faut donc pas demander « pourquoi » (d’où vient mon mal ?), comme le fait la psychologie moderne, mais « quoi » : dans quelle interprétation dangereuse me suis-je fourré ? Exemples :
- Changement de premier ordre : j'appuie sur la pédale d'accélérateur ; changement de deuxième ordre : je change de vitesse.
- Solution erronée : insomnie, se forcer à dormir. (Le sommeil est un acte inconscient qui ne peut être imposé par la raison.) Changement de deuxième ordre : chercher à ne pas dormir.
Il existe trois grands types d’interprétations fausses. Le déni, l’utopie (se donner un objectif inaccessible – par exemple, une vision du bonheur conjugal impossible), et le paradoxe (un objectif contradictoire, tel que « sois spontané »). Pour s’en tirer, il faut :
Une définition concrète du problème en des termes concrets ;Une analyse de la solution tentée jusqu’à maintenant ;Une définition claire du changement concret à réaliser ;La formulation et la mise en œuvre d’un plan qui doit produire le changement.
Parmi les techniques utiles :
- Parler à celui que l’on veut aider dans son langage et dans sa logique. En particulier, dans celle du résistant au changement : en ne résistant pas à sa résistance, on amène sa logique à sa conclusion, irrationnelle. Le changement est une forme de judo.
- La confusion. En donnant une formulation inattendue et confuse à une question, on déstabilise la personne, et on la force à sortir de sa logique vicieuse.
- Un cadre de temps bref.
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