vendredi 13 mars 2015

Condorcet, école et liberté

Voulez-vous échapper aux pièges de ces imposteurs ? Voulez-vous que les places deviennent le prix des lumières, que des principes certains dirigent toutes les opérations importantes ? Faites que dans l'instruction publique ouverte aux jeunes citoyens, la philosophie préside à l'enseignement de la politique ; que celle-ci ne soit qu'un système dont les maximes du droit naturel aient déterminé toutes les bases.
Alors, les citoyens sauront à la fois échapper aux ruses des ambitieux, et sentir le besoin de confier leurs intérêts aux hommes éclairés. Une fausse instruction produit la présomption ; une instruction raisonnable apprend à se défier de ses propres connaissances. L'homme peu instruit, mais bien instruit, sait reconnaître la supériorité qu'un autre a sur lui, et en convenir sans peine. Ainsi une éducation qui accoutume à sentir le prix de la vérité, à estimer ceux qui la découvrent ou qui savent l'employer, est le seul moyen d'assurer la félicité et la liberté d'un peuple. Alors, il pourra ou se conduire lui-même, ou se choisir de bons guides, juger d'après sa raison, ou apprécier ceux qu'il doit appeler au secours de son ignorance. (Condorcet, Cinq mémoires sur l'instruction publique.)
En lisant ces phrases de Condorcet, je me suis demandé s'il n'avait pas cherché à résoudre les problèmes auxquels nous sommes confrontés. La pensée est manipulée. Et il s'agit de retrouver un fil directeur dans tout ce fatras. Car c'est notre liberté qui est en jeu, comme au temps de l'Ancien Régime. Et l'école doit retrouver le rôle de nous y aider ?

(Tentative de traduction. A l'époque de Condorcet, "philosophe" n'a pas le même sens qu'aujourd'hui. C'est celui qui sait utiliser sa raison pour juger correctement. Et "l'instruction publique" (opposée à "éducation nationale") sert a faire de chaque homme un philosophe. Les "lumières" sont les connaissances qui permettent de guider ses décisions (plutôt, me semble-t-il, que des connaissances techniques). Quant au "droit naturel", je me demande s'il existe réellement. Il est possible que l'on ait entendu par là simplement ce sur quoi débouche un raisonnement mené de manière rigoureuse. Qui débouche sur la "vérité". C'est-à-dire une décision qui a une probabilité faible d'erreur. Exemple : la peine de mort. Condorcet est contre la peine de mort non parce qu'il trouve que c'est inhumain, mais parce que la probabilité d'exécuter un innocent est non nulle. Le "droit naturel" change au cours des âges.)