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vendredi 5 novembre 2021

La raison et le danger

J'ai risqué ma vie quelques fois. Curieusement, je n'ai jamais eu peur. Mon esprit est devenu, en quelque-sorte, totalement rationnel. Ce qui m'a peut-être sauvé. 

D'après un neuropsychologue qui a travaillé avec des pilotes militaires, ces gens réagissent, probablement, comme moi lorsqu'ils sont poursuivis par un missile. Leur raison, qui aurait dû leur dire que l'on n'échappe pas à un missile, se débranche. Ils voient le danger, mais il ne les paralyse pas, ce n'est qu'un problème à résoudre. Et, parfois, ils réussissent ce que l'on croyait impossible. J'ai entendu raconter la même histoire du pilote d'essai de Dassault, jadis. 

Comme le disaient mes quatre derniers billets sur le dialogue, notre société consacre un culte à la "raison", or, la raison est, par nature, gravement biaisée. Elle n'est que préjugés. Il faut apprendre à la débrancher. Idéalement, il faudrait surtout que notre éducation ne cherche pas à faire de nous des êtres de raison. (Il y a peut être une "bonne raison", mais ce n'est pas celle que l'on nous enseigne.)

mardi 23 février 2021

Les dommages de l'éducation

Darwin aurait dit que le travail de modélisation scientifique l'avait rendu incapable d'apprécier l'art qu'il aimait tant dans sa jeunesse. Ce qui était une grande perte. 

Et si le travail intellectuel "reprogrammait" le cerveau en effaçant certaines capacités ? 

Je ne sais pas ce qu'il en est. En tout cas, je constate qu'écrire des livres m'a amené à m'intéresser aux techniques des écrivains, voire à leurs manuscrits. Mais aussi à leur vie. Je ne lis pas un livre, je m'entretiens avec son auteur ! 

Quant aux films,  les analyser m'en a dégoûté. Jadis je voyais l'histoire que l'on voulait me raconter, maintenant j'aperçois les ficelles du réalisateur, et ses intentions d'influencer le spectateur. 

Notre formation nous déforme. Nous fait-elle plus gagner qu'elle nous fait perdre ?

samedi 6 février 2021

Les vertus ignorées de l'autodidacte

Un dirigeant me disait devoir son succès à ce qu'il était autodidacte. Voilà qui est bien français. Il n'y a que chez nous que l'on pense que, sans diplôme, on n'est ni musicien, ni peintre, ni philosophe, ni psychologue, ni entrepreneur ! 

Bill Gates et Mark Zuckerberg sont des "drop outs". Ils ont étudié un ou deux ans après le bac. C'est encore pire pour Steve Jobs. L'Américain digne de ce nom ne recherche pas un diplôme, quand il va à l'école, il achète de la connaissance (ou un réseau). Et il met un terme à ses études quand il gagnerait plus à faire autre chose. 

Par définition, les créateurs sont des autodidactes. "Trained incompetence" disait Thorstein Veblen. L'éducation nous coupe les ailes. Elle nous enferme dans un cadre de pensée.  

mardi 5 mars 2019

Injonction paradoxale et éducation

Qu'est-ce que l'injonction paradoxale, et en quoi doit elle être prise en compte par un éducateur ? Une question que l'on me pose. Et ma réponse :
L’injonction paradoxale est un conflit entre des injonctions contradictoires, l’une consciente l’autre non.
A l’origine de l'expression, il y a l’anthropologue Gregory Bateson, qui pense que c’est une cause de la schizophrénie. L’enfant est soumis à une injonction paradoxale, par sa mère, et ne peut s’échapper.
Dans la vie courante on ne s’intéresse pas à la schizophrénie mais à l’injonction paradoxale comme technique de manipulation. Manipulation signifie que l’on obtient quelque chose d’un être humain sans avoir fait appel à son libre arbitre. Par exemple, si vous avez peur du chômage vous serez prêt à accepter beaucoup de votre employeur. Parfois l’impossible.
Bien sûr, il y a beaucoup de formes subtiles d’injonction. La société, en particulier, nous soumet à de nombreuses injonctions inconscientes : rendre ce que l’on a reçu, le respect pour ses parents, la défense du faible, etc. Cela nous rend faciles à manipuler.
En ce qui concerne l’éducation, la tentation est grande d’utiliser l’injonction paradoxale. L’éducateur pense généralement savoir ce qui est bon pour l’élève. Mais ce dernier semble résister à son intérêt. Il est alors tentant d’utiliser des techniques de manipulation, pour son bien. (« Si tu ne fais pas tes devoirs, tu n’auras pas de dessert » dit le parent.) En particulier, l’élève français subit un puissant conditionnement à la note.
La manipulation commence d’ailleurs par le conditionnement. On apprend à l’enfant à aimer le chocolat pour pouvoir ensuite l’en priver.
L’expérience montre que la manipulation ne marche pas parfaitement. Celui qui subit la manipulation finit par en être plus ou moins conscient et développe des tactiques de défense. Mais cela ne crée pas des individus et des sociétés très saines. La schizophrénie de Bateson n’est peut-être pas très loin.
L’injonction paradoxale nous pose la question du respect et de la responsabilité. Comment, en tant qu’être humain responsable, se comporter vis-à-vis d’un autre être humain, que l’on respecte ? Responsabilité signifie, comme dans la loi française, être prêt à payer pour les conséquences de ses actes.
Tout cela pose certainement beaucoup de questions à l’éducateur. Ma pratique ne contient-elle pas une dose d’injonction paradoxale ? Comment obtenir les résultats que je désire par d’autres moyens ? Comment former des êtres humains qui sachent détecter et réagir correctement à l’injonction paradoxale, et ne pas y avoir recours ? Etc.
A mon avis, il faut se méfier de la théorie. Ce qui compte est la pratique. Il me semble, en particulier, important d’examiner ce que l’on fait tous les jours, afin d’y chercher des situations où l’on a utilisé ou aurait pu utiliser ce type de techniques. En fait, il nous arrive, finalement assez souvent, de ne pas s’en servir alors que l’on aurait pu le faire. On peut se demander pourquoi, et comment le répéter systématiquement. Un exercice utile est aussi de se demander si l’on ne s’est pas trouvé déjà en situation d’injonction paradoxale, ce que l’on a fait, ce que l’on aurait dû faire, et ce que l’on fera la prochaine fois que ce sera le cas. 

lundi 28 mai 2018

L'art d'enseigner

En 96/97 j'ai fait une étude traitant de la formation du vendeur de PC, pour HP. Les PC se ressemblant, le dit vendeur était un peu perdu. J'en avais conclu qu'il fallait "vendre au vendeur" et "apprendre à apprendre". Ce qui signifiait qu'il fallait expliquer au vendeur les deux ou trois arguments importants qui allaient plaire au marché et, pour les cas compliqués, qu'il fallait lui montrer où trouver l'information dont il avait besoin pour bâtir une proposition. (L'étude avait été validée par, probablement, un des premiers sondages par Internet, international. Avec le résultat un peu inattendu qu'il montrait fort peu de différences entre les nations.)

Je me demande s'il n'y a pas là la recette de la formation qui réussit. Il faut intriguer l'élève, et lui montrer comment mener sa propre enquête ?

dimanche 29 avril 2018

Principe d'une éducation efficace ?

"Il y un "rapport vital de l'interprète à la chose dont parle directement ou indirectement ce texte"" (phrase de Bultmann, citée par Paul Ricoeur, cité par Jean Grondin.)

Prolongement du billet précédent. Il semble que l'on ne puisse pas "comprendre" si l'on n'a pas déjà une intuition de ce que l'on doit comprendre. Pour trouver, il faut chercher. Et, d'ailleurs, on ne trouve pas toujours ce que l'on cherche (jamais ?), mais ce n'est pas grave.

Et si cette idée était le principe d'une éducation efficace ?

vendredi 29 décembre 2017

Mauvaises notes

Un moyen, très français, d’avoir de bonnes notes. Tous les professeurs ont des obsessions qui leur sont propres. (Pour les repérer : chercher dans leur cours ce qui est bizarre, voire idiot.) Si on leur dit ce qu’ils veulent entendre, ils sont enchantés.

Et moi, quelle fut mon obsession d'enseignant ? Ce qui m'intéressait était ce qui me surprenait chez mes étudiants. (Une attitude qui les troublait.) J'ai rencontré quelqu'un qui me ressemblait. A l'époque où je préparais les grandes écoles, un de mes "colleurs" était le professeur de mathématiques de ma classe qui venait de prendre sa retraite. C'était quelqu'un d'admiré, par ses compétences d'enseignant, et par le fait qu'il avait publié des travaux scientifiques, et qu'il appartenait à un groupe de normaliens célèbres. En ces temps, je tendais à être bien meilleur à l'oral qu'à l'écrit. Sauf avec lui. Jusqu'à ce qu'un jour j'avoue que je ne voyais aucun moyen de résoudre la question qu'il m'avait posée. Je me suis mis à réfléchir. Je n'ai pas mieux trouvé. Mais, ce qu'il cherchait était de voir comment je réfléchissais. C'aurait pu être une grande leçon. Malheureusement, je crois qu'il a été atteint d'une grave maladie, et je ne l'ai jamais revu. Et je suis retombé dans mes travers.

Peut-être, si je l'avais connu avant sa retraite, ma vie aurait-elle été changée ? En fait, j'en suis arrivé à croire que tout ce que j'ai acquis l'a été en compensation de mes handicaps. La réussite prématurée est rarement bonne pour la santé.

mercredi 20 décembre 2017

Ségrégation culturelle

"Ségrégation culturelle", aurait dit notre ministre de la culture. Mais la culture, au sens anthropologique du terme, c'est, quasiment par définition, de la ségrégation. Comme dans Le meilleur des mondes d'Aldous Huxley, où l'on décide si un foetus sera un intello ou un ouvrier, en mettant plus ou moins d'acide dans son bain amniotique industriel, la société décide de manière plus ou moins aléatoire si nous serons formés pour penser ou non, par exemple. C'est une division des tâches moins explicite que sous l'Ancien régime, mais tout aussi efficace, d'autant qu'elle agit très tôt.

Est-ce ce type d'Apartheid que le ministre a en tête ?

dimanche 3 septembre 2017

Egalité

La Finlande serait parvenue à une quasi égalité professionnelle entre les hommes et les femmes, ai-je entendu. Comment ? 

Par le congé parental. Il est ouvert à un parent, n'importe lequel, et un seul. 

ce qui est curieux, c'est que l'on ne se demande pas l'impact que peut avoir sur l'enfant le choix de son éducateur des premières années. Or, si mon père s'était occupé de moi, je suis à peu près certain que je serais totalement différent. Suis-je unique ? 

jeudi 24 août 2017

Ecole 42

L'école 42 est originale. On y apprend en faisant. Ce qui est une idée anglo-saxonne. Je l'ai rencontrée lorsque je suis arrivé à Cambridge. J'étais paralysé par l'idée française qu'il n'y avait "qu'une bonne solution", celle de l'enseignant. Alors que mes enseignants, à Cambridge, ne connaissaient pas les solutions des problèmes qu'ils me posaient. Et qu'ils me félicitaient lorsque je sortais des sentiers battus. (C'est d'ailleurs comme cela que j'ai découvert que la règle du jeu n'était pas celle que je croyais.) D'où la place du "drop out" dans la culture anglo-saxonne. Cet élève qui part sans diplôme, parce qu'il a jugé qu'il n'en a plus besoin.

Seulement, c'est aussi la recette de la fameuse "méthode globale", celle qui a pour conséquence que nous ne savons plus écrire. Avec ce paradoxe français : alors que l'enseignement des premières années est anarchique, il devient ensuite dirigiste. 

En résumé, il semble qu'il y ait des choses qu'il faille apprendre, et d'autres que l'on doive découvrir. Celles qu'il faut apprendre sont les fondations reconnues de la société, ce qui marche (l'écriture, les algorithmes mathématiques...). Mais en le réduisant au minimum, pour ne pas aliéner l'esprit, et faire de l'homme un animal savant. Tout le reste est à découvrir par l'expérience. Ce qui est premier, alors, est sans doute la motivation. Il faut créer les conditions de la curiosité ? 

dimanche 20 août 2017

Maçon

A une époque, j'ai fait beaucoup d'études sur la performance des forces de ventes. C'est un phénomène mystérieux. Les écarts sont quasi infinis : la plupart des gens ne peuvent rien vendre, d'autres font un minimum, certains rapportent énormément. Certes, il existe des "trucs", qui peuvent être compris et appris. Mais le facteur réel de succès n'est pas copiable. C'est identique à ce qui a fait un temps le charme de Bill Clinton. 

D'un autre côté, comme la conduite automobile, il y a certains métiers que presque tout le monde peut pratiquer. Je me demande, lorsque j'observe les médecins généralistes, si ce n'est pas leur cas. Tant ils sont encadrés. Il en est  probablement de même des dirigeants salariés d'entreprise. Cela explique d'ailleurs peut-être pourquoi ils sont aussi protégés : contrairement au commercial, la sélection naturelle ne leur convient pas. 

On en revient peut-être aux idées du philosophe John Dewey. C'est au pied du mur que l'on voit le maçon. C'est par la pratique de "l'expérience", que se forme le talent. 

mardi 8 août 2017

Changement

Un maître d'école racontait son émerveillement lorsqu'il sent qu'un enfant est sur le point de savoir lire. Miracle du changement. 

Je pensais qu'il y avait quelque chose de similaire dans ma vie. C'est le moment où un dirigeant prend conscience qu'il doit déléguer. Et peut-être, aussi, qu'il en est capable. 

Peut-être est-ce ma mission ? Mais, contrairement à l'enseignant, je n'ai pas de méthode infaillible pour réussir. 

(Si j'en crois les statistiques : de plus en plus, il est dans mon cas...)

mardi 28 juin 2016

Résilience et éducation des enfants

La société vole-t-elle les enfants ? J'ai l'impression que c'est la question que se posent certains parents. Ils ont l'impression que leurs enfants leurs échappent, ce qui n'est pas dans l'intérêt de ces derniers. La société rend bête. 

Cela amène à mettre en question nos idées reçues sur la relation parent / enfant. Et si les enfants étaient des individus comme les autres, et n'avaient pas le lien que l'on croît avec leurs parents ? Et, si un éventuel lien n'était pas génétique, principalement, mais plutôt lié à une expérience commune longue et difficile ? Et si l'on ne naissait pas parents ou enfants, mais on le devenait ?

dans son travail sur la résilience, Boris Cyrulnik explique que l'homme a besoin d'un point d'ancrage pour se construire. Il explore le monde autour. L'expérience qu'il tire de cette exploration lui permet de devenir ce qu'il doit être. La société est un flux contre lequel on ne peut rien, et, surtout, avec lequel il faut compter. Un rôle pour les parents pourrait être de jouer le rôle de ce point d'ancrage, ou d'aider l'enfant à le trouver. Le meilleur service que l'on puisse rendre à quelqu'un est peut-être de créer des conditions favorables pour qu'il puisse tirer profit de la transformation sociale ?

samedi 14 mai 2016

Et si l'école se trompait ?

En France, traditionnellement, l'apprentissage se fait par la souffrance, constate mon dernier billet. Aux USA, et maintenant aussi chez nous, l'apprentissage se veut aussi simple que possible. Nom de code : "pour les nuls".

Je suis victime de ce biais. J'ai tort. Car le monde est systémique. Ce n'est pas en décrivant élément par élément qu'on décrit un système. C'est en donnant une idée du tout. Alors, l'existence des éléments devient évidente. Or, comme le dit Bergson, voir le tout est une question d'intuition. 

C'est peut-être ce qui longtemps a été le critère de sélection du bon élève en France : qu'il soit philosophe ou mathématicien, il comprenait sans avoir besoin qu'on lui explique. Il avait l'intuition du système. Mais cela demandait un effort, un coup de génie. Il y avait risque d'échec. Et c'est peut-être ce qu'a refusé la génération soixante-huit. 

Là aussi, il est possible que Bergson ait une solution à ce problème. L'apprentissage n'est pas nécessairement une souffrance, il peut être une joie. Comme la lecture de Jankélévitch. Car apprendre n'est pas une expérience austère mais ressortit à l'art. C'est ce que m'a peut-être dit mon père, une des rares fois où il a cherché à me transmettre les leçons qu'il avait tirées de la vie : les plus grandes joies sont intellectuelles.

mercredi 11 mai 2016

Doit on donner ce que l'on a de mieux ?

Jadis, une bonne éducation voulait que l'enfant donne ce qu'il avait de plus beau. Ayn Rand, le pape de l’égoïsme, a gardé un souvenir effroyable d'une telle expérience. J'ai rencontré quelqu'un qui en avait tiré un curieux enseignement : il donnait "avec des élastiques". Il offrait ce qu'il aimait, mais continuait à en profiter. Par exemple, il partageait avec vous son gâteau favori. 

Il se trouve que j'ai pas mal donné ces derniers temps. J'ai donné ce que les gens voulaient prendre. J'ai constaté que nous avions rarement les mêmes goûts. Mais même quand c'était le cas, l'idée m'est venue que j'aurais plus de plaisir à voir l'objet en question chez eux que chez moi. En s'éloignant, en devenant rare, il avait pris du prix.

samedi 21 novembre 2015

Enseigner à penser

Un enseignant d'histoire du secondaire explique sa conception de la laïcité. Colloque de l'Abbé Grégoire, le 20 novembre dernier. 

Selon le dictionnaire, la laïcité peut être exclusion ou neutralité, pour lui, elle est unité dans la diversité. Mot clé de notre devise nationale : fraternité. Dans ces conditions, comment utiliser le programme de seconde pour "intégrer" ? La solution : amener les élèves à s'interroger. Celui qui a compris que le monde est complexe ne peut pas être un terroriste. 

Alors, il parle de l'hérésie au moyen-âge, des guerres de religion et des cannibales de Montaigne, des articles 4 et 10 de la déclaration des droits de l'homme. Et "ça marche". Il constate que ses élèves sont passionnés, et découvrent que le monde n'est pas aussi simple qu'ils le croyaient. Par exemple que les croisades se sont faites contre des catholiques ou qu'une religion dominante produit fatalement des minorités. Et, en dépit de leur vocabulaire de plus en plus limité, les élèves comprennent ; et ils sont fascinés par Montaigne : c'est la "magie du beau verbe" qui continue à agir. 

(Réponse à mon billet précédent : l'enseignement ne doit pas nous éduquer, il doit nous instruire ? Comme le pensait Condorcet ?)

samedi 31 octobre 2015

Atavisme

Il y a quelques temps, Hervé Kabla a tweeté qu'il était surpris par l'éclectisme de mes lectures. Cet éclectisme s'explique par une enquête. Je vais d'un sujet à l'autre au gré de mes interrogations. Curieusement, j'ai découvert que mon père faisait comme moi. Mais il ne le disait pas. Et je ne l'ai compris que bien après sa mort. Lui aussi se prenait d'intérêt pour des sujets, et épluchait ce qu'il pouvait trouver sur eux. Il n'est pas impossible que l'on ait eu le même type de combat. 

J'ai toujours été surpris par la proximité qu'il pouvait y avoir entre parents et enfants, même lorsque, comme c'est le cas de mon père, les premiers vivent loin des seconds. Sans s'en rendre compte, on crée les conditions qui font que nos idées survivront ? 

(Paradoxalement, il semble que c'est lorsque l'on veut imposer ses idées en force, que l'on connaisse quasi certainement l'échec...)

samedi 15 août 2015

Génération Y

Qu'est-ce que la génération Y ?, se demandaient des amis. Wikipedia explique qu'il s'agit des gens nés entre 1980 et 2000. Et que Y pourrait signifier "why ?". Qu'est-ce que j'en observe dans l'échantillon peu significatif des jeunes que je rencontre ? 

L'idée peut-être que c'est le résultat de la massification de l'enseignement supérieur. Ils ont été élevés hors sol. Ce sont des gens de théorie. Deux caractéristiques me semblent, mais je ne prétends pas à la rigueur scientifique, être les leurs :
  • Une absorption sans aucun esprit critique des idéologies à la mode, théories à la fois de gauche et de droite. On a donc un curieux mélange de théorie du genre, de mariage pour tous, de globalisation, de carriérisme, d'argent comme mesure de la valeur... 
  • Une incapacité totale à faire. Un besoin de guides. Ils semblent ne pas avoir eu de parents, et en avoir un grand besoin, à un âge où on est supposé s'en être affranchi. 
Tout aussi peu scientifiquement, je vois le bon côté de cette génération. Je pense que sa force est de ne pas être cynique. Elle a quelques nobles idéaux. Pour peu qu'elle trouve des personnes qui lui donnent un coup de main pour devenir autonome, elle les réalisera peut-être. 

dimanche 9 août 2015

N'utilisez pas un ordinateur pour prendre des notes !

Nouvelle victime de la révolution numérique : l'apprentissage. Apparemment, prendre des notes sur un ordinateur conduit à reproduire mot pour mot ce qui est dit, sans le comprendre. Ce n'est pas le cas avec une prise de notes manuscrite. Voilà ce que conclut une étude qui a l'air très sérieuse.
Their research shows that when you only use a laptop to take notes, you don’t absorb new materials as well, largely because typing notes encourages verbatim, mindless transcription.
Encore plus fort ? Ne pas prendre de notes du tout. C'est comme cela que procédaient Henri Poincaré et Jean Jaurès.

jeudi 30 juillet 2015

L'homme victime d'inégalité

Voici ce que donnent les résultats du bac 2015 (S, ES et L). Gauche : pourcentage par rapport aux inscrits au bac. A droite pourcentage par rapport à la classe des 18 ans. Colonne centrale : les mentions.

59,8% 56,3%
Filles
Garçons
Filles
Garçons
9,1% 6,3% TB 5,4% 3,5%
16,8% 13,2% B 10,0% 7,4%
28,4% 26,4% AB 17,0% 14,9%
54,2% 45,9% Mention 32,5% 25,8%
30,4% 32,8% Passe 18,2% 18,5%
11,7% 13,8% Rattrapage 7,0% 7,8%
4,6% 8,7% Recalé 2,8% 4,9%

Conclusion : les filles réussissent bien mieux que les garçons. Et c'est là qu'il y a quelque chose de bizarre. Car, partout on nous parle de ces pauvres femmes maltraitées. Mais, on ne nous dit pas lorsque l'inégalité s'inverse. Aujourd'hui, ce sont les hommes qu'il faut défendre !

(En fait, l'homme conserve un atout : il est probablement plus combatif que la femme. Ainsi, alors qu'il y a significativement moins d'hommes que de femmes qui se présentent à HEC, il y a significativement plus d'hommes que de femmes qui y entrent.)