mardi 18 juin 2019

Héraclite et le changement

Quand on parle changement, on cite Héraclite. Mais, on n'a que des fragments d'Héraclite, et on ne sait pas les traduire (un même texte peut être traduit de plusieurs façons différentes, qui ont des significations opposées). D'ailleurs, les quasi contemporains d'Héraclite le disaient obscur... Ce qu'on a voulu lui faire dire serait faux. Chaque époque a projeté sur lui des a priori qui n'étaient pas de son temps. On y a cherché une justification, au lieu de nouvelles idées.

Comme tout penseur, il n'a peut-être pas l'originalité qu'on lui prête. Les idées qu'il manipule semblent parcourir la civilisation grecque :
  • Il aurait été un champion de "l'antilogie", quelque-chose qui est à la fois propre au Grec ancien et à l'intellectuel moderne. Il s'agit de confondre un paradoxe et une preuve. (Par exemple : tous les Allemands respectent la loi, donc l'Allemagne est un chaos.) 
  • Il aurait peut-être pensé que "l'unité est dynamique", l'être se constitue "dans le mouvement des êtres", "un mouvement permanent met en présence et en conflit les éléments dont l'univers est fait", un "combat des contraires" ("polemos"), dont résulte "l'harmonie", "ce qui s'oppose à soi est aussi un ajustement à soi". Dernier point que j'entends par l'exemple du sol : il s'oppose au pied, mais, sans lui, on ne pourrait pas avancer. 
(D'après Lucien Jerphagnon et son Histoire de la pensée.)