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mardi 26 juillet 2022

La phénoménologie et le phénoménologue

Miss Marple a terrassé Husserl, et ses épigones. Je ne suis pas loin de le penser. 

Les phénoménologues disent que la phénoménologie est la recherche de la vérité. Celle-ci est entravée par des idées reçues. Par conséquent, la première étape du travail phénoménologique consiste à chercher à douter de tout. 

Je soupçonne que l'erreur des phénoménologues a été de croire que, d'une part, avant eux tout le monde se trompait, et, d'autre part, qu'ils avaient inventé LA façon de trouver LA vérité. En fait, chaque philosophe a sa façon, et sa vérité. 

Et Miss Marple ? Pour elle, la vérité est une construction permanente, un travail continu de l'esprit. 

On ne parle jamais que de soi ? Les philosophes ont peut-être eu une utilité : ils nous ont révélé que, poussé trop loin, le travail de la raison rend totalitaire ? La philosophie est une pathologie ? 

mercredi 25 mai 2022

Honnêteté intellectuelle

J'ai retrouvé une phrase de Sartre, qui m'avait indigné lorsque j'avais 16 ou 17 ans. Il parle d'un jeune homme qui vient lui demander conseil, et dit que, lorsque l'on fait cette démarche, on sait toujours l'avis que l'on va recevoir. 

Je n'ai jamais compris que l'on puisse faire une telle affirmation. Quand on va consulter un médecin, on n'a aucune idée de ce qu'il va nous dire. Quant à moi, je me suis toujours méfié de mes idées et suis soucieux d'écouter ceux qui ne me ressemblent pas. Cela, d'ailleurs, amène fréquemment ce blog à changer d'avis. 

Je ne comprends pas comment on peut s'appeler Sartre, se prétendre philosophe, normalien, agrégé de philosophie (ce qui, en son temps, signifiait "esprit scientifique"), et balancer, sans sourciller de telles âneries. 

Le mal de la philosophie moderne, qui est tombée dans le sophisme ? 

mercredi 15 décembre 2021

Phénoménologie

Le billet "Phénoménologie" est un des best sellers inattendus de ce blog. (En fait, c'est aussi le cas de la plupart de mes tentatives de décryptage d'ouvrages de philosophie.)

La phénoménologie, en elle-même, illustre un phénomène curieux, mais qui semble être une loi de la nature humaine. Elle a été récupérée par ceux qu'elle était supposée dénoncer ! 

Le principe même de la phénoménologie est de dire que notre interprétation des faits est biaisée. Et c'est, en particulier, vrai pour les scientifiques. Ils ne voient que ce qui correspond à leurs préconceptions. Voilà qui est terrible. Et qui devrait nous inquiéter : nous sommes sujets à l'illusion individuelle et collective ! Nous sommes des "aliénés" ! Faire que nous soyons sans cesse sur nos gardes, comme un pygmée dans la jungle, ou comme un alpiniste à main nue, accroché à 500m du sol. Or, si la phénoménologie a été une telle mode, c'est parce qu'elle a permis aux esprits non scientifiques de croire qu'ils l'étaient ! Les autres ont tort, moi j'ai raison, dit le phénoménologue. Je suis le seul à percevoir la vérité ! L'aliénation a la peau dure. 

vendredi 3 septembre 2021

La philosophie ou le bon usage de la raison

Dans sa discussion de La mort, Vladimir Jankélévitch dit quelque-chose de curieux. Lorsqu'elle parle de la mort, la raison aboutit à des conclusions absurdes. Ce qui conduit à des comportements absurdes. A mettre fin à ses jours, par exemple, ou à se comporter comme un Nazi. Et, c'est le philosophe qui est le premier touché, la raison, son outil de travail, le rend fou.

Pour Vladimir Jankélévitch la mort est ce qui permet la vie. Et la vie est merveilleuse. Et elle est éternelle : rien ne sera jamais plus pareil, du fait que nous ayons été. Et elle a un sens, qui nous sera peut-être révélé, dans un éclair : "simple comme bonjour et bonsoir ; si simple que nous nous demanderons, le jour où nous saurons, comment nous n'y avions pas pensé plus tôt".

dimanche 18 avril 2021

Soyons stoïques ?

Montaigne ressemble à Marc Aurèle. Tous deux étaient stoïciens. Et les stoïciens semblent avoir été des précurseurs des psychanalystes. Ils analysaient leur pensée pour combattre ce qu'elle avait de nocif (peur de la mort, souffrance, etc.). 

Du coup, ce qu'ils publient est égoïste : c'est d'abord conçu pour leur usage propre. Et ce n'est pas nécessairement universel comme ils semblent l'avoir pensé : nos craintes nous sont probablement propres. 

Le stoïcisme est une pensée pour temps d'incertitudes. L'homme ne maîtrisant plus son sort, il doit trouver un moyen de combattre ses angoisses, qui sont des dérèglements de la raison. 

Serait-il bon de redécouvrir le stoïcisme ?

samedi 13 février 2021

Les mystères de la philosophie

J'ai découvert la philosophie par un chemin bizarre. J'associais la philosophie à ceux qui la pratiquaient dans les années 60. Si bien que je suis parvenu à passer le bac sans l'avoir étudiée. (Je n'ai pas eu une bonne note !) Alors que j'avais déjà écrit plusieurs livres, j'ai constaté un parallèle entre ce que je disais et la pensée allemande. Il m'est venu à l'esprit que cette pensée était une pensée de la "communauté", contrairement à la pensée anglo-saxonne qui est une pensée de "l'individu". L'Allemagne est la terre de la sociologie ! De là, j'en suis arrivé à l'idée que, derrière tout cela, il y avait une "proto science" : la philosophie. Elle est la rationalisation des a priori d'une culture, me suis-je dit. Nous sommes tous philosophes sans le savoir. De branche en branche, j'ai commencé à lire des travaux de philosophie. 

Ce qui ne va pas de soi. Tout d'abord, elle emploie des termes qu'elle ne définit pas. Par exemple, Aristote parle de la "vertu", mais qu'est-ce que la vertu ? Ensuite, il affirme : "la vertu s'apprend". Vraiment ? J'en suis arrivé à me demander si ce qui comptait dans la philosophie n'était pas les questions qu'elle posait, et non ses affirmations. Par exemple, la phénoménologie attire notre attention sur les biais de notre jugement. Voici qui est une question vitale. Quelle solution propose-t-elle ? La "suspension" : ne pas réagir immédiatement. Là où cela ne va plus, c'est lorsque la phénoménologie prétend nous expliquer ce qu'est la réalité. Idem pour la vertu. 

Il y a peut-être des moments, dans la vie, où l'on se demande, comme Montesquieu, si la démocratie n'est pas une question de vertu. Du coup "vertu" prend un sens. Et, alors, on peut penser à Aristote : faut-il l'apprendre ? Même si l'on répond "non", au moins cela nous aura amené à réfléchir, et il y a des chances que notre décision soit meilleure qu'elle aurait été sinon. 

lundi 1 février 2021

La phénoménologie de Husserl pour les nuls


Phénoménologie ? On n'évoque jamais ce mot sans stupeur et tremblements. La seule chose que l'on sache est que c'est incompréhensible. Dans ces conditions, il n'y a probablement pas grand risque à en parler. 

Vocabulaire

Comme la philosophie, la phénoménologie utilise un vocabulaire qu'elle ne définit pas. En partant du sens commun de ce vocabulaire, on est certain de se tromper. Paradoxalement, le sens commun est bien présent, mais on ne le retrouve qu'une fois que l'on a compris le sens que lui attribue le philosophe. 

Voici une tentative de décryptage que je fais de quelques mots importants à partir de leur contexte :

  • Quel est l'objet de la phénoménologie ? Paradoxalement, l'incompréhensible phénoménologie a pour objet la véritable compréhension du monde !
  • Phénoménologie : étude des phénomènes. 
  • Les phénomènes sont ce qui constitue notre réalité, ce que nous manipulons : poire, masse, attraction terrestre, etc.
  • Ces phénomènes sont le fruit de "l'intersubjectivité transcendantale". 
    • Subjectivité s'oppose à objectivité. Subjectivité = sujet = nous. Sans un travail fait par l'esprit de l'individu, à partir de l'information qu'il capte ("l'apparence"), il n'y a pas de phénomène. 
    • Transcendantal s'oppose à immanent. Le phénomène résulte de l'interprétation que fait l'individu de ce qui lui apparaît.
    • Intersubjectivité : le travail d'interprétation est collectif (entre sujets), de même que la société définit des codes de lois qui s'appliquent à tous, leurs concepts et leur vocabulaire. 
  • La question que traite la phénoménologie consiste à appréhender correctement les phénomènes. La "réalité" est un phénomène interprété de manière optimale. Ce qui est effectivement une question cruciale. Notre jugement fait l'objet de biais. Par exemple, une photo d'une mine à ciel ouvert aurait été interprétée comme le triomphe du progrès, après guerre, alors que maintenant on la voit comme un désastre écologique ; écouter une voix à la radio donne une image (fausse) de l'animateur...
  • La technique qui permet de combattre ces biais est la "suspension" (époché). On suspend son jugement pour éviter le préjugé, et on cherche à capter le maximum d'informations. Ce n'est qu'alors que le phénomène apparaît sous son "véritable" aspect. Cette appréhension optimale est "l'intuition". C'est ainsi que le juge d'instruction instruit un dossier.
  • "Intentionnalité". La théorie de Husserl est une théorie de l'intentionnalité. L'intentionnalité, propre de l'homme, semble être ce qui nous permet de mettre en branle le mécanisme qui aboutit au phénomène. "L'intentionnalité" est ce qui transforme "l'apparence" en "phénomène".
Application

Il y a différentes techniques de "suspension", dont celle de Descartes, qui consiste à douter de tout, afin de voir ce qui surnage. Husserl les applique à plusieurs questions.  

  • Le temps. Son analyse fait penser à celle de Bergson (en beaucoup moins évoluée ?). Notre temps n'est pas celui des horloges. Je découvre avec surprise qu'il m'a fallu une demi heure pour lire une page de ce livre. 
  • Le corps. Le rôle du corps dans la subjectivité. Où l'on voit que Lévinas a peut-être beaucoup emprunté à Husserl. 
  • L'intersubjectivité. Réflexion sur l'intersubjectivité transcendantale, et comment elle se produit.
  • Le "monde de la vie". Cela semble être ce que les anthropologues appellent "culture". C'est le savoir commun, les vérités acceptées. Husserl attaque la science sans conscience moderne. La science se croit "objective". En réalité elle ressemble à Binet qui disait que l'intelligence était ce que mesurait son test. Elle définit ce qui est réel par ce qu'elle sait manipuler et comprendre ! Ce faisant, elle passe à côté de la vie. "On ne voit qu'avec le coeur, l'essentiel est invisible pour les yeux" dit Saint Exupéry. En fait, la science est elle-même une construction. Les mathématiques, par exemple, ne sont pas une vérité révélée, mais le fruit d'une très longue évolution. 
Observation 

Je n'ai sûrement pas fait un travail de suspension suffisant pour parvenir à la vérité concernant la pensée de Husserl. En tout cas, il touche à un point fondamental. Notre jugement, individuel ou collectif, tend à être gravement biaisé. Ce qui est extraordinairement dangereux. Il est probable que l'épidémie de coronavirus nous révèle, justement, que nous vivions jusque-là dans une inquiétante illusion. Il nous faudrait une science de la "suspension" (l'esprit critique des Lumières ?).

En revanche, je soupçonne que Husserl aurait pu profiter d'un cours de physique. En effet, derrière l'abstraction du propos, sa théorie semble résulter d'une simple observation de la vie courante. Or, l'étude de la physique laisse penser que cela ne mène nulle part. Pour expliquer les "phénomènes naturels" nous devons inventer de "l'inconcevable" (les atomes, la mécanique quantique, la relativité...). Peut-être, lui aussi, n'a-t-il pas fait une suffisante "suspension" ?

samedi 5 décembre 2020

Méfions-nous d'Ockham et de son rasoir ?

J'entends parler de "rasoir d'Ockham", à plusieurs reprises, dans des émissions scientifiques. Il faut préférer le simple au compliqué. Aurait-on trouvé un nouvel argument d'autorité ? 

Méfions-nous du rasoir ? Car, il coupe du côté du complot. Imaginer qu'il y a une intention derrière ce qui nous arrive est une hypothèse qui a le mérite de la simplicité. 

Edgar Morin dirait : attention "pensée simplifiante" ! La seule chose qui soit simple est notre vision du monde. C'est pour cela que nous avons toujours tort. Car le monde, lui, est complexe. 

(Quand à Ockham ou Occam ou Okham, penseur du Moyen-âge, il serait bon de se demander ce qu'il avait en tête, et s'il avait trouvé une loi de la nature, pour autant qu'il y ait de telles lois.)

vendredi 30 octobre 2020

Idéalisme et empirisme

Langage codé, suite. En philosophie, on oppose idéalisme et empirisme. L'idéalisme croit qu'il existe des lois universelles qui gouvernent la nature. L'empiriste ne jure que par l'expérience. 

Comme souvent ce qui est intéressant est ce qui se trouve derrière le mot :

Car, tout est compliqué. Le philosophe pense que l'on a accès au monde des idées en s'isolant de la nature. Le scientifique est généralement idéaliste, même s'il fait des expériences : il s'attend à trouver les lois de la nature. Mais, surtout, il veut les utiliser pour détourner le cours de la nature ! Il veut, comme Platon, diriger la cité, ou, comme les médecins, se livrer à l'eugénisme. 

Nouveau rebondissement, les "lois de la nature", comme la mécanique de Newton ou la génétique, se révèlent alors incontrôlables. 

samedi 12 septembre 2020

Les chemins de la philosophie

J'écoute parfois Les chemins de la philosophie, une émission de France Culture.

Généralement, on cherche à décrypter la pensée d'un philosophe célèbre. Par exemple l'opinion qu'avait Jankelevich des "vertus".

J'attends un cours de sagesse, quelque-chose qui puisse me servir dans la vie. Mais on en reste au décryptage, façon version latine. Il y a des mots, mais pas de sens, pas de synthèse. Bien sûr, il y a quelques tentatives d'assaut critique, mais ils ne vont pas bien loin.

Faute de comprendre, il n'est pas possible de critiquer, et sans critique l'oeuvre est inutile ?

Voilà pourquoi les gourous idiots ont bien plus d'influence que les intellects exceptionnels ?

dimanche 5 juillet 2020

Wittgenstein expliqué ?

Wittgenstein semble avoir pensé que la métaphysique était un délire de la raison. En conséquence, il fallait mettre au point une "grammaire" : les règles qui permettent de raisonner correctement.

Je me suis souvenu de l'émission de France Culture qui disait cela, en lisant Jankelevitch : "la mort suscite la réflexion métaphysique qui justifiera l'absurde nihilisation à laquelle nous sommes voués". (La mort.)

Quand notre esprit se trouve face à une "aporie", au lieu de remettre en cause ses hypothèses inconscientes, il rejette la réalité, il imagine qu'il y a quelque chose "au delà" (métaphysique). Alors qu'il devrait y voir l'indice d'un dysfonctionnement de son modèle interne d'explication de la vie.

(On note au passage que Kant, avec ses raisons pure et pratique, ne semble pas avoir dit autre chose.)

lundi 9 mars 2020

Diogène

Diogène semble avoir été le critique de l'hypocrisie. Il s'opposait, en particulier, à Platon. J'ai l'impression qu'il dénonçait tout ce qui est "contre nature", faux.

Lui vivait comme un mendiant. Il semble avoir estimé que la mendicité était un échange : de la nourriture contre de la sagesse.

Mais que se serait-il passé si tout le monde avait vécu comme lui ? Il n'y aurait eu personne pour échanger de la nourriture contre la sagesse. Ses idées n'étaient peut-être pas tout à fait au point ?

Emission.

dimanche 16 février 2020

Le langage : piège à philosophe ?

J'entendais Bernard Stiegler dire que la philosophie requiert l'effort de comprendre les concepts qu'avait inventés le philosophe.

Il en est de même des mathématiques, ou de n'importe quelle science. Seulement, ce vocabulaire n'est-il pas un piège. ?L'effort pour l'acquérir épuise les forces de l'individu, qui n'a plus les ressources intellectuelles pour regarder la discipline de l'extérieur et se demander si elle n'a pas quelque erreur constitutive. Et si elle était fondée sur une hypothèse première qui contraint ses conclusions ?

Par exemple, les statistiques sont basées sur la notion de "variable aléatoire". Or, il n'y a pas de variable aléatoire dans la nature. Il y a des choses qui y ressemblent (les dés), mais d'autres qui en sont éloignées. Si l'on voit partout des variables aléatoires, c'est parce que, sans cela, nos mathématiques seraient impuissantes. Et, de temps en temps, cela nous retombe sur le nez, comme en font l'expérience les financiers et leurs algorithmes, qu'ils ne comprennent pas.

Curieusement, il est possible qu'il y ait là une des idées centrales de la pensée de Bernard Stiegler : nous sommes dépassés par notre création. Et jamais nous ne l'avons été autant que depuis que nous sommes dominés par la Silicon Valley. Le numérique ce n'est, même pas, le degré zéro de l'intelligence.

vendredi 31 janvier 2020

Pour vivre heureux, vivons maintenant ?

Marc Aurèle dit, en substance : ne nous préoccupons pas du passé et de l'avenir, nous ne sommes surs que du présent, puisqu'il n'y a que lui qui existe. Marc Aurèle était un empereur, et on dit que gouverner, c'est prévoir...

Les stoïciens, dont Marc Aurèle était élève, voulaient éliminer la souffrance de la vie. La souffrance, selon eux, n'est qu'une "vue de l'esprit". Si l'on sait maîtriser sa raison, on ne souffre plus. (C'est aussi ce que dit le "développement personnel" moderne.)

Seulement, il y a plusieurs façons de la maîtriser. Et jouer les autruches n'est pas la meilleure, cher empereur. En particulier, si l'avenir fait peur, on peut se demander pourquoi. En général, c'est parce qu'il nous met en face d'une situation inhabituelle : nous nous sentons désarmés. (C'est le mécanisme de la dépression.) En conséquence, si l'on veut désamorcer la crainte, il faut chercher comment résoudre le problème. Impossible n'est pas humain.

dimanche 13 octobre 2019

La mode de la raison

Spinoza fut un effet de mode. Elle a été lancée par Descartes. Soudainement, une idée germe dans l'esprit d'une partie de l'humanité : nos sens nous trompent, la vérité est dans la raison. Démonstration : la géométrie euclidienne. Elle vient de notre esprit et décrit la réalité.

La méthode est la suivante : il y a des idées qui sont "évidemment justes". De là, je déduis la réalité. Bien sûr, le raisonnement fait intervenir des mots, ambigus par nature. Mais, il y a une "bonne façon" de les comprendre. Mon raisonnement est juste, parce qu'il est juste, autrement dit.

Dommage que la philosophie soit enseignée comme l'oeuvre de génies, il serait bien plus utile de la présenter comme l'histoire de l'émergence de modes. (Ce qui est aussi le cas de la science.)

samedi 5 octobre 2019

Qu'est-ce que la philosophie ?

Philosophie : "amour de la sagesse" ? Je pense plutôt que c'est "du bon usage de la raison".

Selon moi, la raison est le propre de l'homme. C'est une fonction du cerveau secondaire qui a pris une importance démesurée. C'est elle qui nous a propulsé dans un "progrès" que dénonce aujourd'hui Greta Thunberg.

Le cerveau, en gros, est émotion ou raison. L'émotion est la fonction la plus sophistiquée. Elle est systémique, et hyper rapide. Quant à la raison, sa fonction, selon moi, est avant tout de permettre la communication entre hommes. (Les Grecs parlaient de logos, langage et raison.) C'est mineur, mais décisif. Car l'union fait la force. Et la conquête du monde par l'homme vient de là.

Paradoxalement, la raison nous a persuadés que nous étions tous des individus. Le propre de la raison est la pathologie. En particulier l'aliénation. L'humanité est la marionnette d'idées qui ont pris leur propre autonomie, et lui nuisent. Ceux qui sont les plus touchés sont nos élites intellectuelles, nécessairement.

Je ne suis pas loin de penser, avec Hegel, mais pour des raisons un peu différentes des siennes, qu'il peut y avoir une "fin de l'histoire". L'histoire c'est le changement apporté par la raison, ou "progrès", elle a quelques milliers d'années. Le jour où la raison ne délirera plus, où nous la maîtriserons, l'histoire s'arrêtera. L'espèce évoluera, mais plus à la même vitesse, et non de son fait.

dimanche 4 août 2019

La philosophie : amour de la sagesse ou opium de la raison ?

Pourquoi la philosophie ? L'ouvrage de Lucien Jerphagnon (billet précédent) me donne les idées suivantes :
  • La particularité du Grec, puis de l'Occident, c'est la place donnée à la raison, par rapport aux autres fonctions du cerveau (intuition / émotion), et, corrélativement, l'individualisme, la croyance en un homme parfait et autonome. La philosophie cherche à trouver une cohérence entre cette croyance et la "réalité". 
  • La question des présocratiques est "l'un et le multiple". On cherche à expliquer la raison d'être de l'individu ("multiple"). (Alors que tout semble "un".)
  • La pensée grecque "post socratique" qui aura influencé toute l'histoire s'est formée en quelques décennies. Elle coïncide avec la guerre du Péloponnèse, qui sonne le glas de l'indépendance grecque. Philosophie comme pensée magique ? Elle est aussi marquée par l'émergence de la cité ("polis", qui donne "politique"), l'équivalent de la nation pour un Grec. 
  • Platon est le penseur du politique (de la direction optimale du groupe humain). Aristote est le saint patron des ingénieurs : la raison qui interagit avec le monde, parvient à le comprendre et le transforme. Tout deux cherchent à expliquer l'univers, et à le changer. 
  • Puis, la Grèce n'étant plus rien, ses habitants doivent subir leur sort. La philosophie leur explique comment faire : stoïques, épicuriens, cyniques, sceptiques. 
  • Arrive le Romain, sorte d'Américain. Le parvenu qui achète de bonnes manières. C'est l'ère des maîtres à penser plus ou moins sérieux. 
  • L'Empire romain se délite. Il n'a plus aucun pouvoir sur les événements. L'espoir ne peut venir que du mysticisme, anti-raison ? Ce mysticisme est en partie celui des classes pauvres, car elles ont perdu l'espoir avant tout le monde. Mais il est aussi grec, avec le néoplatonisme. Un mysticisme d'intellectuel. 
  • Tant que le Moyen-âge naviguera à vue, le mysticisme lui sera secourable. A partir du moment où il commence à reprendre le contrôle des évènements, la pensée d'Aristote lui parle à nouveau. Saint Augustin dit "aime et fais ce que tu veux". Ce qui signifie "commence par croire, et tout deviendra clair". C'est le contraire qui s'est passé. L'homme a eu besoin de comprendre, et plus il a cherché à connaître, moins il y a eu de place pour le mystère. 
L'histoire est-elle faite par des penseurs ? Le dirigeant doit-il être un philosophe ? La particularité de la vie, c'est le changement, ou encore "l'innovation". Les machines, les remparts et les règles seront toujours défaits par la vie. L'histoire est faite par des hommes d'action, imprévisibles, dont la pensée n'est pas embarrassée par des préjugés. En revanche, la pensée est utile si elle permet d'emmagasiner l'expérience, ou si elle est un outil de coordination du groupe. Mais, ce n'est que mon opinion.

Histoire de la pensée de Lucien Jerphagnon

 La philosophie de l'antiquité et du Moyen-âge. Un livre exceptionnel. Non seulement plein d'humour, mais surtout Lucien Jerphagnon a une connaissance de son sujet qui est confondante.

Il me semble qu'il y a une forme de continuité dans la pensée. On y retrouve toujours les mêmes thèmes. Seulement, on s'intéresse à une question plutôt qu'à une autre, et, de temps à autre, il y a des sortes de retournement d'interprétation.
J'en retiens que tout commence avec les présocratiques, des penseurs pratiques. Ils me semblent préoccupés d'expliquer le monde et le changement. En particulier la question de l'un et du multiple : comment se fait-il qu'il semble qu'il y ait un principe unique, alors que le monde est multiple, dans le temps et l'espace ? Héraclite voit le principe de l'évolution du monde comme celui de l'harmonie qui nait du conflit entre opposés, Pytagore conçoit la nature comme faite de fractions du tout. Ce que nous voyons étant la réalisation de principes abstraits.
Avec Socrate et les philosophes qui lui succèdent, c'est l'émergence de la pensée moderne. Il y en a pour tous les goûts. Platon et Aristote, les cyniques, les stoïciens, les épicuriens et les sceptiques.
Platon et Aristote s'intéressent, comme leurs prédécesseurs, au tout. Platon pense que l'on peut trouver la vérité dans sa raison. Aristote croit à sa déduction de l'observation. Les autres écoles s'intéressent à l'individu, et à son épanouissement. Les cyniques appellent à retrouver la nature derrière la culture trompeuse, les stoïciens cherchent le bonheur dans le devoir, les épicuriens dans l'absence de souffrance, et les sceptiques se méfient des pièges de la raison.
Ensuite, le Romain, parvenu cherchant un vernis culturel, transforme le Grec en précepteur. On fait l'exégèse des textes, éventuellement on les déforme, mais on ne crée pas. Alors que la philosophie dominante est le stoïcisme, à la fin de l'empire romain se fait jour une aspiration mystique. C'est le temps du néoplatonisme et du christianisme. Le néoplatonisme est un mélange de toutes les philosophies grecques, ascendant platonisme. Saint Augustin crée le christianisme moderne. Il a longtemps cherché la philosophie qui lui convenait. Il va la constituer en fusionnant une version un peu médiocre du néoplatonisme et les fondements chrétiens, à proprement parler, qui, venus du peuple, portent, outre les influences initiales, ses superstitions. Si bien que la pensée grecque ne disparaîtra jamais.
Le Moyen-âge est l'histoire, me semble-t-il, de la subversion progressive de la pensée chrétienne par l'Aristotélisme. Du mysticisme par le pragmatisme. Aristote était mal connu jusqu'aux alentours de l'an mil, où on le retrouve grâce aux philosophes arabes et juifs. Oxford et la Sorbonne l'exploitent de façons différentes. Les uns en tirent des applications pratiques, et préparent l'avènement de Newton et de la science moderne, les autres l'utilisent pour des débats métaphysiques abscons.

Voilà ma lecture. A vous d'en avoir une autre.

samedi 3 août 2019

Qu'est-ce que le Stoïcisme ?

Apparemment, en termes de pensée, on n'invente rien. Le stoïcisme, même s'il apparaît chez les Grecs, semble remonter aux Chaldéens. Les Romains l'adoptent. La religion chrétienne aussi : elle est platonicienne et stoïcienne, d'après Lucien Jerphagnon. J'entendais, par ailleurs, Jean Malaurie parler de croyances esquimaudes qui semblent très stoïciennes, en ce qui concerne la bonté de la nature.

Si j'ai bien compris ce que dit Lucien Jerphagnon, le stoïcien pense que le monde est un organisme, "sans place pour la moindre indétermination", qui a une âme. Le Stoïcien cherche à vivre en conformité avec la nature. Pour cela il doit se débarrasser des tentations trompeuses que crée la société, de la passion en particulier. Il faut en revenir à la nature, et à sa nature. Le grand homme est celui qui y parvient. C'est la vertu, qui donne le bonheur. Puisqu'il est en communion avec la nature, qui n'est que bien, il doit éclairer l'humanité. Il est fait pour être roi. Le Stoïcisme est un système de gouvernement.

Le Stoïcisme croit aussi à "l'éternel retour". Le monde est un être vivant. Donc en permanente évolution et périssable. Mais qui renaît et revit l'existence qu'il avait vécue, infiniment.

Si j'en crois Lucien Jerphagnon, Marc Aurèle (billet précédent) fut le meilleur élève du Stoïcisme, mais un roi incompétent... allez comprendre.

Marc Aurèle, pensées pour soi

L'intérêt du philosophe antique est qu'il écrit simplement. Ce qui prête à la tentation de le prendre de haut. Car ce qu'il dit paraît d'une grande banalité. D'ailleurs, si j'en crois l'introduction, on ne sait pas s'il l'a dit, ou, du moins, s'il l'a dit comme cela. Le texte dont on dispose aurait émergé, en effet, d'une absence de treize siècles, sans que personne, entre-temps, n'y fasse référence. Et il n'est pas signé.

Livre de philosophie ? Plutôt livre d'exercices, du type "ne m'induis pas en tentation". Travail sur soi pour ne pas céder aux illusions, de la gloire (demain, on t'aura oublié), des plaisirs (le vin n'est que du raisin), mais aussi de la souffrance (endurons-là, de toute manière nous ne pouvons rien y changer). L'homme doit suivre le cours de la nature, qui est naturellement bon, et son "démon" interne, sa nature propre. Il doit servir la société, et savoir reconnaître le bien partout où il se cache.

Cela paraît bien triste, voire médiocre. J'ai eu la tentation de penser que Marc Aurèle était un Citizen Kane, un innocent tiré de ses chères études pour diriger un empire, qui est effrayé par ses responsabilités, et qui cherche le réconfort, voire l'oubli, dans la philosophie. Mais ce qui fait la force du texte est peut-être ce qui n'y est pas, à savoir la stoïcisme, qui est son principal fil directeur. Il est possible que celui-ci dise, un peu comme nous, qu'il y a des "lois" de la nature ; qu'on les trouve si on les observe ; mais que l'on en est détourné par la facilité à laquelle on cède un peu trop vite. Cette pensée n'est pas déterministe. Ce n'est pas un guide. On ne sait pas ce qu'est le résultat d'une vie bonne. Il y a satisfaction, mais, en quelque sorte, elle nous surprend et elle est d'une nature inconcevable.