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vendredi 26 juillet 2013

Crime en régression et retour du politique ?

« La vague criminelle des années 50 aux années 80 paraît de plus en plus comme une anomalie historique. » Pays développés : pourquoi le crime faiblit-il en temps de crise ? Curieuse question que se pose The Economist. Beaucoup de phénomènes seraient à l’œuvre. Quelques-uns technologiques : la société est mieux armée pour détecter le criminel et pour défendre des biens qui deviennent aussi moins tentants (les voitures ne sont plus des raretés). D’autres sociétaux : épidémie de drogue en recul, repopulation des centres-villes. (Pour ma part, je me demande s’il ne faut pas aussi chercher du côté de la protection sociale. Et interrogation : pourquoi nous parle-t-on autant d’insécurité ?) Preuve de ce phénomène ? Aux USA, un jeune noir est abattu sans que cela suscite de révolte violente.

Autre tendance sociétale : l’emploi deviendrait favorable aux vieux. Les gouvernements ne croient plus qu’ils doivent laisser la place au jeune. Et ils sont mieux formés et en meilleure santé que jadis.

L’Europe légifère sur Internet. Essaierait-elle de défendre les intérêts de ses industries numériques contre ceux des Américains en cherchant à protéger les données individuelles ? Phrase de Jean-Louis Bruguière : « Pour les Américains, la protection des données est une question de droit de la consommation, pour les Européens, c’est un droit fondamental. » Peut-être aussi essait-elle de corriger un biais du marché européen, extrêmement concurrentiel, qui comprime les revenus et empêche les investissements (l’Europe serait-elle allé un peu loin dans l’idéologie de la liberté des marchés ?). Toujours est-il que les banques devraient se débarrasser de leurs services informatiques et passer au cloud computing. Pour raison d’économie. Les petites y sont déjà, les grosses y vont lentement. Ce n’est pas sans risques.

Tendance à la réforme politique, plutôt qu’économique (libérale) ? Enrico Letta voudrait s’en prendre à un système d’équilibre Sénat / chambre des députés qui conduit à une instabilité permanente. La victoire électorale de M.Abé pourrait préfigurer une modification de la constitution japonaise. Quant à la Grèce et au Portugal, ils paraissent, toujours, victimes du cercle vicieux de la rigueur. Scandale en Espagne. Apparemment lié au fait que la crise y est due à une spéculation immobilière dans laquelle baignait le politique. Une intéressante remarque sur Mme Merkel : ses origines orientales font qu’elle se sent plus proche de la Pologne que de la France.

Chine. Elle ferait payer aux étrangers sa lutte contre la corruption (Glaxo SmithKline). Et la bourse ferait payer aux entreprises un trop fort engagement en Chine. L’économie chinoise freinerait, ses exportations pénalisées par le prix de sa monnaie. Elle se redéploierait, vers le service et la consommation interne. Sainement ? Elle semblerait surtout tirée par les investissements et l'emprunt. 

MOOCS. Comme souvent avec Internet, on est incapable de savoir si cela sera bon, ou aura des effets pervers. Ou encore ce que l’on doit en faire (former les enfants ou les adultes ?). Une fois de plus cela secoue les acteurs en place. Car les barbares (par exemple les éditeurs de presse) voient là un bon moyen d’étendre leur territoire.

Banques américaines. Bons résultats trimestriels, mais ambiance maussade. La réglementation a le haut du pavé. Elles font le gros dos.

Energie renouvelable. Ça n’arrête pas d’aller mal. L’Espagne doit revenir sur un programme d’aide à l’énergie solaire, qui a été ruineux (les subventions auraient atteint 8,1md€ en 2012). (Cela ne va-t-il pas aggraver la crise économique ? « les prêts à l’énergie renouvelable sont estimés valoir 30md€ ».) Et le climat ne serait pas favorable. La hausse de température liée à l’émission de CO2 serait moindre que prévu.

L’homme a-t-il la guerre dans le sang ? Une relecture de statistiques semble dire que non. La guerre serait une cause minoritaire de décès de la main de l’homme chez les chasseurs cueilleurs. Pourquoi l’athlète se drogue-t-il ? Parce que les régulateurs sont sous la pression du marché. Et le marché ne veut pas qu’une application trop stricte de la loi tue le sport. 

mardi 4 juin 2013

Le libre échange sauve le monde de la pauvreté

Grâce au capitalisme et au libre échange, le monde sort de la pauvreté, dit The Economist. Ce qui me laisse dubitatif. Ce qui ne me va pas est la définition même de pauvreté. Les indiens d’Amazonie sont pauvres, nos ancêtres étaient pauvres, les animaux sont pauvres. On est pauvre lorsque l’on n’obéit pas au modèle capitaliste. Tout le génie de l’Occident aurait-il été d’avoir défini le progrès comme le degré d’adhésion du monde à ses valeurs ?

M.Poutine, pour sa part, représente le mal. Il utilise la confrontation avec l’Occident pour se maintenir en poste. Il semble extraordinairement habile, et les Russes particulièrement crédules. « Le nombre de ceux qui croient que la Russie a des ennemis étrangers est passé de 13% en 1989 à plus de 70%. » En France, comme je le soupçonnais, M.Moscovici mène des manœuvres européennes sous-marines : « Quand il est devenu clair, l’année dernière, que la France n’allait pas atteindre l’objectif des 3% - bien avant que le gouvernement l’admette, il a commencé des discussions discrètes avec Olli Rehn, le commissaire européen à l’économie. Les deux hommes, l’un socialiste français, l’autre libéral finlandais, forment un curieux couple, pourtant ils ont construit une « excellente relation » ». En Italie, la coalition gauche, droite a gagné des élections. La montée du parti cinq étoiles est-elle irrésistible ? Et il y a encore du monde pour vouloir rejoindre l’Europe, et la zone euro. Curieusement. C’est maintenant au tour de la Lettonie. Elle veut échapper à « l’emprise de la Russie ». « En adhérant, elle gagnera un siège à la table de négociation, des coûts d’emprunt plus faibles, et elle attirera des investissements étrangers. Et, dites-le doucement, la Lettonie aurait accès aux liquidités de la BCE et aux fonds de sauvetage, au cas où la crise reviendrait. » En échange, la zone euro gagne une plaque tournante du commerce et de la circulation de fonds russes. Mais l’Europe aurait bien mauvaise grâce de se plaindre. N’est-elle pas chargée de tous les pêchés ?

Et maintenant, un voyage chez les bons. La Suède, grande donneuse de leçons économiques et morales, est en feu. « l’économie se débat avec une baisse de la demande de la zone euro et une monnaie forte ». L’Allemagne va-t-elle exporter son modèle d’apprentissage ? Pas simple. « La tradition de coopération entre l’Etat, les syndicats, les employeurs et les écoles a mis des générations pour se construire ». Et il n’est peut-être pas si bon que cela. En effet, il était déjà là lorsque l’Allemagne était en crise et surtout, « il apparaît que les connaissances acquises par un enseignement professionnel deviennent rapidement obsolètes ». Les jeunes espagnols les mieux qualifiés quittent leur pays. Or sa population vieillit vite. Qui va nourrir ses retraités ? En Angleterre, les jeunes partagent les valeurs de The Economist. Ils ne se mêlent pas des affaires des autres et se méfient de la protection sociale, contrairement à leurs parents. Malheureusement, ils ne sont pas prêts à se battre pour leurs idées. The Economist soupçonne que tout ceci est une question de conditionnement. Les USA envisagent de légiférer quant à l’usage des drones. Ils craignent que des nations mauvaises, Chine, Iran, Russie… ne suivent leur exemple et ne se mettent à frapper leurs opposants en dehors de leurs frontières. Mais est-ce bien utile ? L’Amérique ne nous a-t-elle pas simplement rappelé que la loi qui s’applique au monde est celle du plus fort ? Au Japon, les réformes économiques de M. Abe donnent des signes inquiétants. Les taux des obligations d’Etat grimpent alors que le pays est massivement endetté. Apprentis sorciers ? Décidément, M. Abe n’a pas de chance, il voulait faire voter une loi qui lui aurait permis de transformer aisément la constitution du pays, et de revenir à un nationalisme d'avant guerre, mais il ne semble plus pouvoir disposer de la majorité nécessaire. Heureusement, il y a la Chine. Le Japon fait des affaires avec les pays qu’elle inquiète (notamment la Birmanie). 

Technologie de l'information et destruction créatrice. La presse apprend à utiliser les informations véhiculées par les réseaux sociaux. Montée des plates-formes électroniques internationales créant un marché mondial du travail. Risque de « déplacer l’emploi vers les pays pauvres » ? En tout cas, il semble qu’il y ait une tendance au morcellement du travail : « entre un cinquième et un tiers des travailleurs américains sont maintenant des indépendants ou des intérimaires, ils n’étaient que 6% en 1989. » Le marché des serveurs (ordinateurs) change. On utilise des sous-traitants ou on les construit soi-même (Cisco) plutôt que de les acheter chez IBM ou HP.

L’entreprise privée veut conquérir Mars. Elle a trouvé un moyen de pallier son manque de ressources : il y a des volontaires pour prendre des risques. Soit d’un aller et retour sans escale, avec une probabilité d’un tiers de survie, soit d’un aller unique, avec installation. Pour le reste l’argent viendrait des droits de diffusion médiatique de cette forme de « reality show ». Mars n’est-il pas le nom approprié à des jeux du cirque ?