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mercredi 18 novembre 2009

Défibrillateur financier

Sudden financial arrest. La crise financière ressemble à une crise cardiaque, d’un seul coup panique, plus rien n’est alimenté. Il faut un défibrillateur dit Ricardo Caballero ?

Celui-ci doit apporter une dose massive de sécurité d’état, pour, à nouveau donner envie à un marché financier prostré de faire des folies.

On lui rétorque que l’existence d’un tel défibrillateur va encourager le banquier à l’irresponsabilité. Il répond que le défibrillateur n’a pas cet effet sur nous.

Pas d’accord. Le défibrillateur ne marche pas à tous les coups, le banquier ne risque pas sa vie.

L’idée du défibrillateur est bonne : il faut sauver l’humanité. Mais, tout le monde doit savoir que c’est la solution de la dernière chance. Une solution redoutable et brutale. Le banquier, en particulier, a peu de chance d’y survivre.

Compléments :

mercredi 18 février 2009

À qui appartient le profit ?

Débat. Pour Nicolas Sarkozy, l’entreprise doit partager ses revenus avec l’employé. Pour Madame Parisot, le salarié a son salaire, l’actionnaire doit garder son dividende. À qui appartient le profit ?

Historiquement, l’entreprise et son profit ont eu différents propriétaires.
  1. Pour Marx le détenteur du capital (des machines) possédait l’entreprise et non celui qui y trimait.
  2. Galbraith identifie le mécanisme suivant : l’actionnariat des grandes entreprises s’éparpille et le pouvoir effectif se concentre chez un minoritaire, qui s’en sert pour dépecer l’entreprise. Progressivement une « technostructure » de salariés s’empare de sa direction. Sa stratégie est d'anéantir toutes ses dépendances : au marché (en orientant ses choix), au capital (en vivant sur fonds propres et en réduisant les dividendes).
  3. Années 80, managers et organismes financiers prennent le pouvoir sur l’économie. Ils adoptent le modèle que l'on m'a enseigné en MBA : l’entreprise doit se vider de ses ressources pour les distribuer à ses actionnaires et à son management (eux).
2008. Sans réserves, les entreprises s'effondrent.

Pour l’économiste Frank Knight, l’entreprise appartient à celui qui en porte « l’incertitude », c'est-à-dire la partie du risque qui n’est pas assurable. Sa rémunération est le profit. Toutes les autres parties prenantes n’ont pas accès au profit, parce qu’elles ne risquent rien : l’employé reçoit un salaire, l’investisseur la rémunération de son capital (un intérêt).
Logiquement, celui qui possède l'entreprise doit réinjecter le profit accumulé en cas de difficulté. Application : le modèle des années 80 n’a pas fonctionné parce qu’il n’a pas restitué à l’entreprise ce dont elle avait besoin pour passer la crise. Elle n’a plus de propriétaires. Nous avons vécu une ère de parasitisme.
Alors, à qui appartient le profit ? Ça dépend. Quelques cas particuliers :
  • Si les actionnaires ne sont pas prêts à aider l’entreprise en cas de difficultés, il ne leur appartient pas. Il appartient beaucoup plus à ceux qui prennent le risque de licenciement.
  • Si l’entreprise reprend son autogestion pré années 80. C’est l’entité globale qui assume le risque, personne en particulier, les managers sont à nouveau des salariés, les actionnaires des rentiers.
  • Dans le modèle de l’économiste Ricardo Caballero, c’est l’Etat qui porte l’incertitude, c’est donc lui qui prend en charge l’entreprise (L’Etat comme assureur de l’économie). C’est le modèle français d’après guerre.
  • Les partisans les plus orthodoxes de l’économie de marché ont, depuis toujours, assigné un rôle social à l’entreprise. L’entreprise existe parce qu’elle rend à la société un service que personne d’autre ne peut mieux lui rendre. C’est ce que disent aussi bien Frank Knight que Warren Buffett. Dans ce modèle, l’entreprise appartient, en fait, à la société, qu’il ne faut pas confondre avec l’État. L’entrepreneur n’en a qu’une charge provisoire. S’il finit sa vie avec un profit, il le restitue à la société (tradition des entrepreneurs anglo-saxons).
Compléments :

samedi 31 janvier 2009

Les gouvernements doivent rendre l’avenir prévisible

Décidément Frank Knight, économiste des années 20 oublié jusqu’à peu, revient en trombe…

Olivier Blanchard, économiste en chef du FMI, le cite et reprend les idées de Ricardo Caballero (Nearly) nothing to fear but fear itself) : le monde est figé par la peur. Le banquier ne prête plus, le consommateur ne consomme plus. L’État doit rendre à nouveau le monde compréhensible. En prenant en charge ce que les banquiers croient risqués ; par une politique de travaux, qui garantit l’activité économique et l’emploi, etc.

En particulier tout le monde voulant des obligations d’état, l’état peut en produire beaucoup et s’en servir pour alimenter l’économie, là où personne ne veut aller. Indirectement les investisseurs investissent dans des actifs risqués.

L’idée est intéressante, c’est ce que les économistes appellent un arbitrage : le marché est effrayé, il donne une énorme prime à la sécurité et sous-estime radicalement tout le reste, qui est sous évalué. Il y a de bonnes affaires à faire, pour l’état, et pour ceux qui ne sont pas disloqués par la peur.

Compléments :

  • Texte de Ricardo Caballero sur les raisons et les solutions à la crise.
  • Dans son histoire de l’économie, Galbraith ne consacre que quelques mots à Knight (GALBRAITH, John Kenneth, L'économie en perspective, Seuil, 1989).

mercredi 28 janvier 2009

L’Etat comme assureur de l’économie

Ricardo Caballero explique que l’état doit décharger les banques de l’incertitude.

Les banques américaines étant susceptibles d’être paralysées par la peur, l’Etat doit jouer le rôle d’assureur en cas d'incertitude imprévisible.

Ricardo Caballero pense qu’ainsi l’économie pourrait éviter la rétraction que l'on dit inévitable. Débarrassée de l’inquiétude, l’économie reprendrait sa vie, là où elle l’avait laissée.

L’idée est un peu étrange. En effet si l’on regarde la théorie de Knight, à laquelle Caballero se réfère, celui qui assure les membres de l’entreprise contre l’incertitude doit récupérer en échange ses profits. Les banques ne feraient plus de pertes et de profits. L’état jouerait donc le rôle de l’entrepreneur, ce qu’il ne sait pas faire. Ce qui semble plus dans ses cordes est une économie dirigée, avec banques nationalisées. Mais ce système ne marche pas très bien hors des périodes de crise. En outre, il peut être pris de tentations incompatibles avec les libertés individuelles.

Compléments :

mardi 27 janvier 2009

Économie et irrationalité

Évolution des théories économiques.

La théorie économique orthodoxe part du principe que l’homme est rationnel, c'est-à-dire qu’il prend des décisions parfaites. Depuis des années cette idée est attaquée. Mais l’édifice ne vacille pas réellement. Jusqu’à cette crise.

D’un seul coup, l’économiste considère que l’homme est totalement irrationnel.

Rationalité et crise estimait que les investisseurs avaient des seuils ; que la crise leur a fait dépasser ces seuils, si bien qu’ils sont perdus. Il faut leur créer de nouveaux seuils.

Le billet précédent exhume la différence entre risque et incertitude de Frank Knight. L’idée est élégante. Le risque est modélisable par une loi de probabilité. L’incertitude est totalement incertaine. Pour Knight le rôle de l’entrepreneur est d’absorber l’incertitude et c’est pour cela qu’il reçoit un « profit », ce qui reste après que la rémunération du prévisible soit payée. (En gros le profit reçu par Bill Gates, c’est sa fortune moins le salaire dû à un dirigeant).

Pour Ricardo Caballero les investisseurs sont paralysés par l’incertitude. Ordinairement ils l’ignorent. Mais quand elle survient, ils la croient la règle absolue (i.e. la crise ne pourra pas avoir de fin). Comme dans le cas précédent, il faut les débloquer par un gros choc, pour les ramener dans un environnement prévisible.

C’est pourquoi il y a un consensus entre gouvernants et économistes pour annoncer d’énormes plans de relance.

Compléments :

  • Ces théories semblent aller dans le sens d’une de mes constatations : les dirigeants actuels (et les investisseurs) sont des « managers » et pas des « leaders » (ou des entrepreneurs). Voir Qui sont nos dirigeants ?
  • Pour Benoit Mandelbrot, il n’est pas question d’incertitude, mais de risques mal modélisés : Le financier face au risque.
  • Le point commun entre les économistes est qu'ils ont de totales certitudes. Et qu'ils n’hésitent jamais à risquer nos vies pour leurs idées. Aussi, ils ne jurent que par la psychologie : ils n’ont pas encore découvert que l’homme appartenait à une « société » (et donc qu’ils devraient étudier la sociologie – voir une application dans : Crise financière et lait frelaté). 

lundi 26 janvier 2009

Crise financière et lait frelaté

Ricardo Caballero, du MIT, explique la crise (A global perspective on the great financial insurance run : Causes, consequences, and solutions (Part 1), www.vox.eu 23 janvier 2009) :

  • Premier acte : le monde a énormément d’argent à placer. Mais ne trouve pas où investir. D’autant plus qu’il cherche ce qu’il y a de plus sûr.
  • Acte II : les financiers créent massivement du produit sûr, en faisant des mélanges de plus en plus inextricables de réels placements sans risque avec des subprimes.

Cela rappelle le scandale du lait frelaté chinois : le paysan n’arrive pas à répondre à la demande, alors il met des additifs dans son offre. Mort de nourrissons.

Application du modèle d’adaptation de Merton : un changement brutal met l’homme en face d’une problématique à laquelle sa culture l’a mal préparé. Elle lui fixe des objectifs inatteignables (devenir riche, vite), et elle lui impose des moyens peu pratiques pour cela (fournir des placements sans risque, ou traire des vaches), alors il « innove » (au sens de Merton), c'est-à-dire qu’il triche avec le moyen.

Solution du mal ? Faire évoluer la culture. Choisir des objectifs raisonnablement accessibles (vivre confortablement), et procurer des moyens pour ce faire d’utilisation peu compliquée. En particulier, l’homme seul a une faible capacité de résolution de problème, le groupe est nettement plus efficace ; rompre l’isolement de l’homme diminue le risque qu’il fait courir à la société. 

La présentation du modèle de Merton : Braquage à l'anglaise. Allusion à l’épisode du lait frelaté : Bernard Kouchner et les droits de l’homme.