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mardi 5 mai 2020

L’économie en perspective de J.K. Galbraith

Une histoire de l'économie fort agréable à lire ! (Ce qui mérite d'être signalé.)

J.K. Galbraith explique non seulement que l'économie classique est basée sur des hypothèses fausses, mais que si elle a eu une vie aussi longue, c'est simplement parce qu'elle est favorable aux « puissants » (et aux économistes). D'ailleurs, il montre que chaque théorie économique a plus ou moins inconsciemment justifié les idées de classes dominantes ou montantes.

Il explique qu’il faut faire sauter la barrière (que l'on doit à Keynes) entre micro et macro économie, car les mesures macro économiques sont impuissantes pour réparer les grands problèmes de la société (exemple : le chômage) dont les causes sont micro économiques, et se trouvent dans le comportement de l’homme ou du groupe humain, qui n’est pas celui que lui prête l’économiste classique.

Un exemple : dans les années 30, les économistes du brain trust de Roosevelt ont découvert que, contrairement à ce qu'affirmait la théorie classique, l'économie était dominée par un tout petit nombre d'entreprises. Le problème de l'époque, qui avait été amené par l’avènement des ces oligopoles qui se trouvaient en situation de force par rapport à leurs employés, était un cercle vicieux de baisse des prix. Ils ont donc proposé d'amener ces quelques entreprises, par négociation, à relever leurs prix.

(Remarque : à rapprocher de la systémique ? On y voit 1) les fameux cercles vicieux, sujets de la systémique ; 2) l'élimination du problème, grâce à une solution à énergie faible, parce qu'on a repéré le blocage, qui est « micro économique ».)

A relire ?

jeudi 12 décembre 2013

La fin du capitalisme ?

Et si le capitalisme était en bout de course ? Réflexion de fin d'année. Quelques idées, venues des meilleurs auteurs, qui pourraient soutenir une telle conclusion :
  • Le capitalisme a perdu en intérêt. Hier il avait à nous proposer la fin des épidémies et de la mortalité infantile, la voiture, l'avion, le téléphone, l'électroménager... aujourd'hui ? Une vie de légume. Qu'il s'agisse d'Internet et de ses jeux ou des efforts de la médecine pour prolonger l'existence. Or, le capitalisme demande de prendre des risques énormes. De sacrifier une partie de l'espèce à sa marche. Le jeu en vaut-il la chandelle ? Et si c'était le principe de précaution qui gagnait ? 
  • Le moteur est épuisé. Dans les années 50, déjà, Galbraith observait que le capitalisme avait besoin que nous soyons des machines à consommer. Nous faire avaler ce dont ne voulions plus. La publicité devait nous manipuler pour cela. Depuis, les choses ne semblent avoir fait qu'empirer. On empile les bulles spéculatives les unes derrière les autres. N'est-ce pas un signe que le système est en bout de course ? N'a-t-il pas été touché, comme le pensait Galbraith, par la loi d'airain des rendements décroissants ?
  • L’hédonisme a gagnéLes limites à la croissance disaient que nous devions arrêter notre développement. Mais n'est-ce pas ce qui s'est passé ? Il semble patiner lamentablement. Et Internet paraît être un facteur de "désorganisation". L'ennemi du gain de productivité, l'alpha et l'oméga de l'orthodoxie capitaliste. Mieux, la croissance de ces dernières décennies aurait procédé en détruisant notre potentiel créatif. Et si c'était une sorte d'acte manqué, le signe de notre désir de refuser l'esclavage de la production ? 
A quoi la fin du capitalisme pourrait-elle laisser la place ?
  • Société à la Mad Max ? 
  • Après la croissance matérielle, l'épanouissement humain ? Société de type agricole, où l'action productive a besoin d'une organisation moins contraignante qu'aujourd'hui ?

mardi 30 avril 2013

L’irresponsabilité favorise-t-elle l’innovation ?

Ceux qui veulent le changement sont incapables d’en appliquer les règles, disait un précédent billet. Et si c’était une règle générale ?
  • Un traité sur la dynamique des systèmes que je résumais il y a peu insiste sur la question de la distance entre celui qui fait, et celui qui subit. Il est clair que l’on innove d’autant plus facilement que l’on ne paie pas pour ses erreurs.
  • Je lis actuellement des ouvrages sur Athènes ancienne. Elle fut, du moins dans le cadre de la pensée, extraordinairement innovante, et sur un laps de temps court. Et si l’individualisme, qui me semble avoir été sa réelle particularité, favorisait l’innovation parce qu’il casse les solidarités sociales et la chaîne causes / conséquences ? Mais le plus fort est la pensée. Nous pouvons avoir les idées les plus farfelues sans en être punis. C’est d’ailleurs ce que Tocqueville reprochait aux intellectuels des Lumières, dont la philosophie avait déclenché la révolution.
  • Tout le capitalisme ne tourne-t-il pas autour de cette question ? Ne s’agit-il pas, quasi explicitement, de pigeonner son prochain, de lui masquer les conséquences de ses actes ? C’est ainsi que Galbraith décrit les mécanismes de spéculation. D’ailleurs, est-ce immoral pour un Anglo-saxon ? Ne dirait-il pas que c’est le plus malin qui gagne ? Sélection naturelle. Ezra Suleiman (dans ce livre) montre que l’Amérique n’a pas notre notion d’intérêt général. Seul compte l’affrontement des intérêts particuliers. Cela justifierait-il l’hypocrisie, la soft power de Madame Clinton ? Moyen comme un autre de défendre ses intérêts ? 
L’innovation est-elle incompatible avec la responsabilité ?
Il y a plus curieux. Robert Trivers explique que, pour bien mentir, il faut être convaincu de son mensonge. Je me demande si ce raisonnement ne nous amène pas à reconnaître l’avantage concurrentiel d’une forme de schizophrénie.

Mais l’avantage est-il durable ? La société (la nature ?), dont dépend l’innovateur !, ne finit-elle pas par avoir le dernier mot ? N'est-ce pas la question même du développement durable ? Ne faudrait-il pas mettre au point une forme d’innovation qui ne procéderait pas par pigeonnage / réaction ? Est-ce ce que j’essaie de faire ?

dimanche 24 juin 2012

L’employé doit-il avoir une vie privée ?

Un paradoxe frappe une étudiante. Elle travaille dans une entreprise américaine. On lui dit que l’employé doit s’épanouir, or, il a tellement de travail qu’il ne peut avoir de vie privée.

Son explication : l’entreprise offre de très bonnes conditions de travail, afin que l’employé fasse de son travail sa vie.

Ça m’a rappelé une remarque d’Edgar Schein qui dressait un parallèle entre les processus d’intégration des entreprises américaines et le lavage de cerveau qu’il venait d’étudier dans la Corée d’après guerre de Corée, et une autre remarque, cette fois de John Kenneth Galbraith, qui pensait que les dirigeants américains appelaient leur vie sociale « travail ».

En tout cas, cela semble le cas pour Barack Obama. Mercredi matin, France culture rapportait qu’il avait passé 600h sur un terrain de golf depuis qu’il est président.

mardi 17 janvier 2012

Conditions de réussite des changements gouvernementaux

Pour être honnête, tous les changements de nos gouvernements n’échouent pas. (Suite du billet précédent.)
  • Abolition de la peine de mort, établissement de l’euro (même si nous devons nous débattre avec ses conséquences), concurrence dans la téléphonie mobile = succès. 
  • Les changements d’après-guerre ont transformé radicalement le pays. Cependant, comme le disent Hayek (The road to serfdom) ou Galbraith (L'ère de la planification), ils ne furent pas la particularité de la France. Ils sont le résultat d’un mouvement technocratique mondial.
Enseignements ? Les gouvernements ont des zones de pouvoir et de légitimité, dont ils savent jouer. Mais surtout, le changement ne rencontre pas de résistance s’il répond à une aspiration du peuple… L'exécutif est là pour exécuter la volonté générale, disaient les Lumières...

samedi 7 janvier 2012

Chasse à l’économiste (suite)

Alastair Giffin voulait que je demande à Paul Krugman d’écrire pour ce blog. Effectivement il partage son esprit, qui est d’essayer de ramener les débats du moment aux travaux anciens.

Mais il a sûrement mieux à faire.

Et, aussi, c’est un keynésien. Et je partage, biais professionnel, le point de vue de J.K. Galbraith (L'économie en perspective, Seuil, 1989) : les mesures macro économiques sont impuissantes à réparer les grands problèmes de la société (exemple le chômage) dont les causes sont micro économiques, et se trouvent dans le comportement de l’homme ou du groupe humain.

C’est d’ailleurs ce que je reproche aux économistes en général : ne pas avoir compris que tout le succès d’une mesure est dans son exécution, plutôt que dans ses seuls principes. Je leur reproche aussi de penser que les comportements des sociétés peuvent se modéliser.

Galbraith n’était-il pas le choix idéal, lui qui avait écrit sur les théories économiques ? Dommage qu’il soit mort.

C’est aussi le cas de la plupart de mes autres candidats, Herbert Simon, Mancur Olson (The logic of collective action), Elinor Ostrom (Governing the commons) ou l’historien Paul Bairoch. De toute manière, ils ne seraient probablement pas jugés comme des économistes sérieux, même si certains ont reçu le prix Nobel d’économie.

mardi 5 juillet 2011

Fin de la conquête spatiale

Plus de conquête spatiale (The end of the Space Age). Fin des grandes espérances d’après guerre. 

Qu’est-ce qui la tuée ? à l’ère de la technocratie triomphante s’est substituée l’esprit du boutiquier ?...

Est-ce une bonne chose ? Toutes les conquêtes ont été accompagnées d’épidémies. Peut-être en aurait-il été de même de la conquête spatiale ? Mais, peut-être aurait-elle surtout stimulé notre innovation, ouvert de nouvelles voies à notre développement ? Et Galbraith ne pensait-il pas qu’il fallait un tel type de moteur à notre économie, un projet à long terme qui rende l’avenir prévisible ? 

mercredi 29 décembre 2010

Sens de la vie

En ces temps où l’efficacité semble se suffire à elle-même, je suis frappé par ce qu’Aristote définit comme étant l’objectif, la fin, de l’existence : « le loisir ». « La guerre doit être choisie en vue de la paix, le labeur en vue du loisir, les choses indispensables en vue de celles qui sont belles. »

Cependant, cette vie se gagne. « Il faut posséder beaucoup de choses indispensables pour pouvoir se permettre une vie de loisir. » Et se mérite. « il faut du courage et de l’endurance pour le temps de la besogne, de la philosophie pour celui du loisir, et de la tempérance et de la justice pour ces deux temps, mais surtout pour ceux qui vivent en paix et dans le loisir. »

Ce point de vue s’oppose à la spécialisation anglo-saxonne, qui doit conduire à produire toujours plus (Adam Smith). Pour Aristote, en confondant fin et moyen, on finit par dribbler les poteaux du but. « La plupart des cités (qui) assurent leur salut par la guerre (…) une fois qu’elles ont acquis la domination elles périssent. » Surtout on aliène sa liberté. Comme aliènent leur liberté l’esclave, la femme ou l’artisan, qui ne sont que des moyens, et non des fins. « on doit considérer comme digne d’un artisan toute tâche, tout art, toute connaissance qui aboutissent à rendre impropres à l’usage et la pratique de la vertu, le corps, l’âme ou l’intelligence des hommes libres. »

Mais la contradiction n’est peut-être qu’apparente. Pour que l’homme libre puisse l’être, Aristote a besoin d’esclaves, de femmes et d’artisans. (C’est leur juste destin : ce sont des êtres inférieurs « par nature ».) De son côté, la classe dirigeante anglo-saxonne mène essentiellement une vie de loisirs, comme l’écrivent Veblen et Galbraith. D’ailleurs Adam Smith était un philosophe qui a vécu aux crochets des puissants. La spécialisation serait-elle pour le petit peuple, et les loisirs pour le grand ?

Compléments :
  • Aristote, Les politiques, traduction Pierre Pellegrin, GF Flammarion, 1993

jeudi 18 novembre 2010

Trotskysmes

BENSAÏD, Daniel, Les Trotskysmes, Que-sais-je ?, 2002. L’aventure trotskiste vue par un de ses acteurs.

Il y a eu Trotski, esprit élégant et libre, et ses orphelins, les Trotskistes, une poignée d’intellectuels querelleurs et teigneux. Alors qu’il était tout sauf un messie, ils se sont évertués à construire sa parole en dogme. D’où une série ininterrompue de conflits et d’interprétations à contre sens de l’histoire.

Que pensait-il ? Que la révolution devait être mondiale. Mais aussi qu’il n’y aurait pas de grand soir, mais un changement long, incertain, soumis au coup de théâtre. Il pensait que le prolétariat était fait d’opinions différentes et qu’elles devaient être démocratiquement représentées. Et il s’inquiétait de la bureaucratisation de la société. Et si le peuple se montrait incapable de diriger le monde et laissait sa place à une bureaucratie privilégiée ? Surtout, il était pragmatique, et sa pensée évoluait au gré des événements, la rendant difficile à suivre. 

Le Trotskisme est devenu à sa mort le repère des jeunes intellectuels révoltés. En dehors de cette révolte, tout les séparait. Il s’est réduit à chercher « l’effet de levier » qui modifierait les « rapports de force » et mettrait en mouvement la « masse ». Croyant sans cesse à l'imminence de la révolution, incapables de ne rien construire à long terme, ils se sont aigris ou sont allés chercher ailleurs la reconnaissance due à leur mérite, exceptionnel.

Commentaires

Le trotskysme serait-il simplement un mouvement de revendication pour intellectuels individualistes ? Un moyen de faire reconnaître des talents hors norme lorsqu’ils ne se prêtent pas aux mécanismes traditionnels de promotion sociale ?  (Ce qu’a peut-être compris F.Mitterrand, qui a fait entrer de nombreux Trotskystes au PS.)

Curieusement, la vision de Trotski de la bureaucratisation de la société rejoint celle de Schumpeter. Ce dernier y voyait une réalisation du communisme par des moyens non marxistes. Galbraith pensait que cette bureaucratisation avait créé une société d’opulence.

Compléments :
  • Mon début d’enquête sur le Trotskysme et les Trotskystes.

lundi 11 octobre 2010

Brutalité du changement : causes

Depuis que je suis sorti de l’ennui de l’éducation nationale, on m’a toujours reproché de trop travailler. C’était vrai quand j’étudiais en Angleterre, quand j’étais manager, et même maintenant. Mes clients me trouvent, semble t’il, sympathique et aimeraient que je perde du temps avec eux. Mais je ne peux supporter de gaspiller leur argent.

J’en viens à penser, comme Galbraith (après Veblen), qu’une vie de dirigeant, ou de membre de la classe supérieure anglo-saxonne, est une vie de loisirs. Ce qui m’amène à la thèse de Tocqueville selon laquelle lorsque l’on n’a aucune expérience pratique, on est inapte à la conduite du changement. On croit que le monde est guidé par la (notre) raison pure. On pense que l’individu inférieur doit suivre le diktat de cette raison et faire ses quatre volontés.

Le récalcitrant est alors justiciable de la troupe. Ce qui est effectivement l’acception la plus répandue de « conduite du changement ». 

mardi 21 septembre 2010

Inflation et économie de marché

L'idée m’est venue que notre histoire récente a été celle d’une expropriation. Par une vague de fausses innovations, les forts ont pris aux faibles ce qu’ils avaient et l’ont remplacé, au mieux, par des colifichets. Justification :

Inflation invisible

L’INSEE ne s’intéresse qu’aux biens de consommation. Mais il y a d’autres biens tout aussi essentiels à l’homme qui ne sont pas comptabilisés. Par exemple ? L’éducation, la santé, le travail, le logement, la sécurité. Et il se trouve que une grande partie de la population a un accès à ces biens réduit par rapport à celui de ses parents  – la définition même d’inflation :
  • Le logement, bien entendu, qui est à l’origine de la crise actuelle. Pour la plupart des classes sociales, il est plus difficile d'acquérir son habitation aujourd'hui qu'hier..
  • L’éducation. Comme le disait mon billet sur les universités américaines, leur coût a grimpé beaucoup plus vite que la richesse moyenne des Américains alors que le contenu de l'enseignement a fondu. Idem en France où le privé se substitue au public défaillant.
  • La santé. On prévoit que les dépenses de santé pourraient consommer la croissance future des USA.
  • Le travail. Les générations d’avant 68 connaissaient le plein emploi. Aujourd’hui le chômage est endémique, et certaines catégories en sont définitivement exclues.
  • La sécurité. Si j’en crois la radio et les partis politiques de tous bords, elle s’est nettement dégradée.
La liste n’est pas exhaustive (peut-elle l’être ?). Exemple, plus petit : depuis que le sport est un business, les événements internationaux sont transmis par des médias privés, ils ne sont plus accessibles à une large partie de la population.

Mécanisme de l’inflation : innovation, vessies et lanternes

Dans mon enfance, les kiwis et les avocats étaient rares. Quelques temps plus tard, nous étions submergés de ces fruits, devenus de la cochonnerie.

Le mécanisme de l’inflation qui attaque les biens qui nous sont utiles semble semblable : on conserve le nom, mais il y a substitution par moins bien : il y a toujours une école publique, mais elle ne forme plus ; les subprimes faisaient prendre pour du sans risque de l’hyper risqué…

C’est aussi le mécanisme de la spéculation selon Galbraith : parvenir à déconnecter la valeur perçue par le marché, pour un bien, de sa valeur réelle. C’est ce que les financiers nommaient il y a encore peu « innovation » : nous faire prendre des vessies pour des lanternes. 

Economie de marché et inflation

L’économie de marché c’est le mécanisme de l’offre et de la demande en environnement d’acteurs rationnels (non liés par un lien social). Mancur Olson montre que ce système conduit naturellement à l’oligopole, le petit nombre exploitant le grand nombre. Ce qui explique probablement le paragraphe ci-dessus : celui qui est en position de force extrait une « rente » du faible.

La spéculation est un mal naturel de l’économie de marché. L’inflation en résulte. 

Capitalisme et économie de marché

Une question qui se pose immédiatement est celle du capitalisme. Est-il en cause ?
D’après Schumpeter, le capitalisme c’est l’innovation, celle qui crée du nouveau. Elle conduit, comme celle du financier, au monopole (cf. Apple), mais, elle semble faire prendre plus de risques à l’inventeur qu’à la société humaine. En outre, comme le montre par exemple l’invention de l’industrie en France, ce sont plus souvent les héritiers que les innovateurs eux-mêmes qui exploitent la rente ainsi formée.

Il ne faut donc pas confondre économie de marché et capitalisme.

Communisme et contrôle de l’inflation

Comment éviter l'inflation dont il est question ici ? Plusieurs solutions viennent à l’esprit.
  • Le communisme. Il veut contrôler le capitalisme, qui n’est pas notre sujet. En outre il remplace un monopole par un autre, tue l’innovation et l’expérimentation qui en a été faite n’a pas été satisfaisante.
  • L’économiste corse semble plus proche de mon analyse que le Soviétique. L’usage du terrorisme a permis en partie à la Corse d’éviter l’influx de capitaux étrangers, qui aurait amené une inflation du prix de l’habitat, comme sur le continent, d'où expropriation des locaux de leur mode de vie traditionnel. Il y a aussi probable autocontrôle du terrorisme par la population, une formule plus démocratique que le communisme. Cependant l'option corse est une méthode de résistance au changement non de réelle conduite du changement. Il n’est pas certain, donc, qu’elle soit durable.
Sur le long terme, j’imagine que la société finira par trouver un moyen d’autocontrôle des « biens communs » nécessaires au développement de l’homme, selon le schéma défini par Elinor Ostrom, une forme de communisme sans dictature, et sans bombes. (Autrement dit la société ramène en son sein l’individu.) En attendant, il faut probablement faire avec ce que l’on a, et jouer au chat et à la souris avec l’innovation spéculative.

Compléments : 
  • WORONOFF, Denis, Histoire de l’industrie en France du XVIème siècle à nos jours, Le Seuil, 1994.

mardi 17 août 2010

Globalizing Capital, Histoire du système monétaire international

Eichengreen, Barry, Globalizing Capital, Princeton University Press, 2008.

Le système monétaire international passe par plusieurs étapes :
  • Newton fait une erreur dans ses calculs de prix relatifs des métaux, qui va amener l’Angleterre à avoir pour seule monnaie l’or. Révolution industrielle, l'Angleterre est la super puissance économique mondiale et le monde adopte l’étalon or.
  • Il fonctionne jusque en 1914, en quelque sorte par un heureux hasard. L’Angleterre est à la fois le pays qui fournit son équipement (machines, bateaux...) au monde et qui lui prête, d’où équilibre de son taux de change. En outre celui-ci est la seule préoccupation de la banque centrale anglaise.
  • Ce n’est plus le cas après guerre. L’arrivée de la démocratie et des syndicats fait que de nouvelles préoccupations entrent en jeux (emploi, salaires) qui bloquent les ajustements de taux. De même la banque centrale doit jouer les prêteurs de dernier ressort et sauver le système bancaire quand il menace d’être en faillite. Les marchés financiers ne trouvent plus le système crédible. L’entre deux guerres sera une période d’instabilité et de crise.
  • Bretton Woods tire les conséquences de cette période agitée. Il prévoit un système d’ajustement des taux de change, le FMI qui supervise les politiques économiques nationales et fournit des financements, et un mécanisme de contrôle des flux financiers qui permette de tenir compte des intérêts humains. Contrairement à ce que l’on croit aujourd’hui, le système est mal conçu et tient par miracle. Seul le système de contrôles est relativement efficace. Mais il s’écroule sous la montée des flux de capitaux internationaux. Il semblerait que l'ensemble ait tenu tant que l’Europe et le Japon, en développement, ont accepté de payer l’effort militaire américain. Il a sombré quand ils ont jugé qu’ils avaient d’autres intérêts.
  • Et ce qui a suivi ressemble beaucoup à un nouveau Bretton Woods. Cette fois-ci, les pays émergents remplacent Europe et Japon pour financer le déficit et la consommation américains. Les nations ont adopté plusieurs types de gestion de leurs taux de change : ceux pour qui l’exportation jouait un rôle relativement faible ont des taux flottants ; l’Europe qui échange beaucoup entre soi a adopté une monnaie unique (l’équivalent de l’étalon or) ; ce qui reste a cherché à ancrer sa monnaie à celle d’un partenaire économique majeur.
Ce que montre surtout cette étude est que ce système est en changement permanent et que les nations s’y adaptent par essai et erreur. Une fois qu’une technique semble fonctionner elle est adoptée par tous. Par ailleurs, les pays ressemblent à des dominos : impossible de poursuivre seul une stratégie, fatalement on doit se plier au modèle qui s’est imposé chez les autres. Enfin, il existe une dimension majeure d’expérience : les institutions des pays s’adaptent progressivement aux exigences de la globalisation. Il y a apprentissage.

Commentaires :
  • Un livre qui n’a pas grand-chose à voir avec ceux d’économie. Ici pas d’équilibres automatiques et miraculeux, mais des changements permanents où l’on voit le rôle déterminant des variables humaines, non économiques, négligées par les économistes.
  • J’en garde l’image d’un système économique qui passe de déséquilibre en déséquilibre, et qui s’ajuste par crise. Nous sommes tous dépendants les uns des autres, les choix d’un pays pouvant devenir les nôtres, demain, par contagion (cf. le cas des réformes allemandes). Dans ces conditions l’autisme français, notre fermeture sur nous même, notre insensibilité aux autres, notre croyance en notre pouvoir, est suicidaire. Cela nous condamne à subir les bouleversements du monde. Il faut regarder ce qui se passe ailleurs, ce qui doit nous permettre d’intervenir pour éviter qu’un changement étranger ne nous soit défavorable. (Par exemple, il aurait peut-être été intelligent de donner un coup de main à l’Allemagne lors de sa réunification, ça nous aurait évité aujourd’hui de devoir subir sa politique de rigueur.) Et même lorsque nous ne pouvons pas influer sur le cours des événements, au moins en les voyant arriver nous pouvons nous y préparer.
  • Plus généralement, le monde n’a pas besoin de quelque dispositif miracle, mais d’un système d’ajustement dynamique qui cherche à trouver des solutions ad hoc aux problèmes que posent les transformations, imprévisibles, du monde.
Compléments :
  • Par ailleurs, ce texte montre que l’analyse de Galbraith sur la période de Bretton Woods était à la fois juste et fausse. Oui, l’économie américaine était tirée par ses dépenses militaires, mais, non, le système n’était pas stable, on n’avait pas trouvé la recette de la « société d’opulence ». 
  • Quant à la zone euro, elle semble avoir une vraie logique et être bâtie sur du solide, ayant été construite à une période particulièrement peu favorable. Ses obligations jouiraient d'un effet d'échelle (d'où peut être la spéculation qui a plombé les « PIGS »), ce qui en ferait une alternative forte à la dette américaine. Mais est-ce une bénédiction ?

lundi 9 août 2010

Dislocation de l’État

Paul Krugman donne une image inquiétante de l’Amérique : on y démolit les routes, on rogne sur l’éclairage de celles qui restent, on réduit l’année scolaire et on licencie les enseignants… pour ne pas avoir à augmenter les impôts (principalement des plus riches). Quel peut-être l’avenir d’un pays sans infrastructure et dont les ressortissants sont incultes ? Est-ce cela le triomphe du capitalisme ?

L’Amérique s’est convaincue que l’État n’était qu’incompétence, qu’il fallait le démonter. Plus possible maintenant de revenir en arrière.

Curieux comme notre pensée a pu évoluer en quelques décennies. Jadis, l’État c’était le bien et l’efficacité. C’était la lumière qui éclairait la nation. Au moins en France, les fonctionnaires étaient issus de l’élite intellectuelle (cf. les instituteurs et les polytechniciens). Ils avaient choisi de « servir le pays » en renonçant aux bénéfices financiers qu’auraient pu leur apporter leurs talents employés ailleurs.

Comment expliquer ce changement ? Mon hypothèse du moment est qu’il n’y a pas eu manipulation. Les idées qui dominent actuellement le monde sont extrêmement anciennes, Galbraith les trouvait dépassées dans les années 50. Ce qui a changé est peut-être les forces qui s’y opposaient : les contraintes de la société nous sont devenues insupportables. Victoire de l'individualisme. Dans ce nouvel environnement a triomphé ceux qui étaient le plus déterminés et les mieux préparés.

Compléments :

mercredi 14 juillet 2010

Payer les patrons en dettes

Un économiste propose de payer les patrons en dettes de leur entreprise : obligations, pensions de retraite, salaire différé…Ce qui lie leurs revenus à la santé financière au long cours de l’entreprise, alors qu’une rémunération en actions favorise la prise de risques démesurés, à court terme.

Pour ma part, il me semble que l’on n’arrivera jamais à contraindre le comportement d’un homme par quelques lois explicites, il les contournera toujours. La dissuasion efficace est sociale, je suspecte. Un demi-siècle en arrière, le dirigeant était modeste et honnête, parce que c’était ce qu’attendait de lui la société. Une citation un peu ancienne de Paul Krugman :
the section in Galbraith’s New Industrial State (1967) in which he discusses the possibilities of corporate executives using their position to enrich themselves at investors’ expense:
But these are not the sorts of thing that a good company man does; a generally effective code bans such behavior. Group decision-making ensures, moreover, that almost everyone’s actions and even thoughts are known to others. This acts to enforce the code and, more than incidentally, a high standard of personal honesty as well …

mardi 15 juin 2010

Spéculation contre l’Europe

Jean Quatremer exhume un curieux épisode de la spéculation contre les monnaies européennes : l’attaque de 92, 93.

L’événement ressemble étonnamment à ce que nous vivons, mais en infiniment plus féroce. La lire est dévaluée, l’Angleterre est humiliée, même l’Autriche et le Luxembourg sont contraints de décrocher leur monnaie du mark, et la France est à un cheveu de la Bérézina. Comme actuellement, elle accuse l’Allemagne d’intransigeance, et implore un peu de souplesse. Incompréhension et procès d’intentions sont partout entre les deux pays.

La stratégie des spéculateurs (emmenés par George Soros) est aussi digne d’intérêt. Ils semblent chercher la faille dans la solidarité humaine, à faire éclater les liens sociaux fragiles. Et en détruisant la société, ils récoltent beaucoup d’argent. Dans ce cas, l’instabilité vient de l’unification allemande qui coûte extrêmement cher au pays, pousse ses taux d’intérêt à la hausse, et détache le mark des autres monnaies. Le calcul des spéculateurs est que la défense de ces monnaies va étrangler les économies concernées. Les gouvernements devront céder et les dévaluer. Il y a chômage massif, mais le franc tient.

Épisode plein d’enseignements ? L’Europe a subi beaucoup de crises financières, et a survécu : les économistes anglo-saxons nous enterrent un peu vite ? Et si la crise actuelle était moins terrible que ce qu’elle aurait pu être ? « D’une certaine façon, éviter de telles crises est le meilleur argument qui soit, en faveur de l’union monétaire» dit Helmut Schlesinger, à l’époque président de la Bundesbank. Enfin, on retrouve ici le financier du Galbraith du crash de 29,  parasite de la société qui fait fortune en la détruisant ? Mais, si elle ne périt pas, elle se renforce. C’est probablement pour cela que les Anglo-saxons vénèrent les marchés… 

Trahis par Galbraith ?

En écrivant billet après billet, j’ai la curieuse impression que Galbraith a tiré contre son camp.

Dans les années 50, il expliquait pourquoi les théories économiques, qui ne prévoient que la pénurie, le chômage et la crise, avaient été défaites par la réalité de la société d’abondance de l’époque. Et qu’il n’y avait que quelques théoriciens ridicules qui osaient encore les défendre. Il disait, par exemple, que c’était l’État qui régulait l’économie par son poids, et par ses dépenses d’armement, que nous acceptions de lui payer des taxes indirectes, mais pas des impôts, que l’entreprise s’était éloignée du risque en s’autofinançant… (L’ère de la planification.)

Or tout ceci a été retourné. L’opinion a été convaincue que l’État était sans utilité ; tout ce qui le légitimait a été attaqué (l’armée) sans être remplacé, les taxes indirectes ont été liquidées si bien que le contribuable ne voit plus que l’inacceptable : l’impôt ; et les entreprises se sont surendettées, pour pouvoir verser de gras dividendes à leurs actionnaires. Du coup, la réalité a justifié les prévisions de l’économie – « dismal science ».

Tout s’est passé comme si la vision que dessinait Galbraith avait été inacceptable à certains et qu’ils avaient utilisé son diagnostic pour la torpiller.

jeudi 3 juin 2010

Relance keynésienne

Pourquoi notre relance ne fonctionne pas, alors qu’elle a réussi sous Roosevelt ? se demande The Economist.
Peut-être parce que la guerre imminente atténuait la peur des déficits, et qu’après les privations de la guerre, étaient ivres de consommation et surtout avaient des produits séduisants à acheter. Aujourd’hui, il n’y a plus rien de tentant. Ou ce qui l’est est du ressort de l’investissement d’État (santé, transport…), pour lequel plus personne ne veut payer.

Galbraith s’étonnait que la consommation soit la seule chose qui échappe à la loi des rendements décroissants. Et s’il avait vu juste ?

Et s'il fallait le moteur de l’État à l’économie ? Ce que disait aussi Galbraith, qui croyait que ce qui faisait la stabilité des 30 glorieuses était les dépenses militaires (il aurait préféré, d’ailleurs, qu’elles soient remplacées par un investissement moins dangereux, comme la recherche spatiale).

Compléments :

vendredi 21 mai 2010

Erreurs de Galbraith

Galbraith s’étonnait, dans les années 50, que l’économie soit restée la « dismal science » du 19ème siècle : le monde n’avait-il pas trouvé le secret de l’opulence ? Or la science économique qu’il condamnait est celle que nous utilisons aujourd’hui. Et elle semble avoir eu les conséquences prévues.

Je me demande s’il ne commettait pas une erreur. Cette science économique n’était pas une tentative scientifique, mais la rationalisation de l’humeur individualiste du moment. C’était une tentative, qui a réussi, d’influencer les « codes de loi » implicites qui guident notre comportement.

Si j’en crois Max Weber, le rôle du savant est non d’entrer dans le débat idéologique (comme le font Paul Krugman et la plupart des économistes), mais d’indiquer ce que l’idéologie a d’objectivement inefficace. Cependant, la science aurait-elle pu s’opposer à la transformation désirée par tous ? Peut-être aurait-elle dû l’orienter, de façon à en réduire les effets négatifs ?

Compléments :
  • Sur le mécanisme de changement de la société qui fait que nous modifions ce que nous croyons avant de transformer notre comportement : Norbert Elias.

mercredi 19 mai 2010

Jeanne d’Arc

Comment quelqu’un d’humble extraction, comme Jeanne d'Arc, a-t-il pu gagner des batailles, me suis-je demandé ?

Mais y a-t-il besoin d’une formation, d’un talent particuliers, pour cela ? Peut-être que ce qui nuisait à la France de l’époque était les dissensions entre guerriers, pas l’incompétence de ceux-ci. Une fois d’accord pour se battre ensemble, ils savaient comment livrer bataille.

Médiocrité du roi de France, incapable d'unir ses troupes ?

En est-il de même des dirigeants ? Leur première qualité est de fournir les conditions qui permettent à leurs collaborateurs de faire ce qu’ils savent faire ? Ce n’est qu’ensuite, qu’ils peuvent, et encore subsidiairement, faire preuve de génie ?

Compléments :
  • Sur la même idée : À l’origine.
  • Galbraith observait que les dirigeants des multinationales des trente glorieuses n’avaient aucune des prétentions modernes au talent, ils administraient des « technostructures » dont la complexité les dépassait. 

dimanche 7 février 2010

Banques contre Europe

« une grande banque d’investissement américaine (qui a bénéficié du plan de sauvetage des banques US) et deux très importants hedge funds seraient derrière les attaques contre la Grèce, le Portugal et l’Espagne. » dit Les marchés financiers américains attaquent l'euro.

Ces organismes financiers profiteraient de la panique qu’ils ont déclenchée. Croient-ils réellement à la dissolution de l’Europe ? Ou leur suffit-il que les marchés y croient suffisamment pour réaliser de belles affaires ?

Cet article m’a rappelé les techniques utilisées par les financiers de 29, décrites par Galbraith. Les financiers d'hier et d'aujourd'hui semblent posséder un savoir-faire qui leur permet de manipuler le marché selon leur intérêt du moment. Au fond, ils ne voient pas les hommes qui sont derrière lui, pour eux il s’agit d’exploiter un phénomène abstrait. Et ils se pensent extrêmement intelligents quand ils réussissent. C’est une « innovation ».

Réglementer la finance internationale peut-il réussir tant que les banquiers n'ont pas pris conscience des conséquences humaines de leurs actes ?

Compléments :