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mercredi 1 décembre 2021

Les causes du malheur français

Pourquoi le Français est-il malheureux ? se demandaient MM. Bourlange, Gauchet et Finkielkraut, chez France Culture, samedi dernier. 

Francois, éternels râleurs ? Ces trois personnes ne le pensaient pas. Pour elles, il y a quelque-chose d'existentiel dans ce malaise. Quant à M.Macron il a cru régler la question à coups d'économie. Il s'est sans doute trompé. 

M.Zemmour est un révélateur, disaient-ils. La France a subi une tentative de changement de culture (au sens anthropologique). Cela s'est fait sans discussion, non démocratiquement. Le Français est mis devant le fait accompli. Et il n'aime pas ce qu'est devenu la société. 

En particulier, l'immigration, sujet qu'exploite M.Zemmour. Elle n'est pas vue (par la gauche, selon eux) comme devant s'assimiler dans une culture commune, comme par le passé ; son rôle, au contraire, est de s'affirmer. France Arc en ciel, patchwork de cultures ?

samedi 5 septembre 2020

Le débat et la Cancel Culture

P.Nora et M.Gauchet étaient les invités de France Culture, il y a quelques jours. J'ai découvert, à l'occasion de sa disparition !, la revue qu'ils ont créée : Le débat.

Surprenant. Cela semble avoir été le type de publication que je recherche, et que je ne trouve pas.

Ils paraissent avoir décrit notre société actuelle avec quarante ans d'avance. Ainsi, ils ont voulu "mettre en débat" la question des "droits de l'homme". Les intellectuels de l'époque voulaient en faire un principe de gouvernement. (Ce que certains appellent aujourd'hui le "droit de l'hommisme" ?) Etait-ce une bonne idée ?

En termes marketing, le drame du débat s'appellerait "positionnement". Il proposait à l'intellectuel (l'universitaire) un "débat d'idées", au moment même où il devenait dogmatique ! Ce qui a valu aux camarades Nora et Gauchet d'être accusés de dérive droitière.

Selon eux, emmenée par F.Mitterrand, la gauche a perdu son âme, en abandonnant les causes qu'elle avait toujours défendues. Ils m'ont fait penser aux accusés des procès staliniens. Ils s'attristaient, mais ils ne se révoltaient pas.

Toujours est-il qu'avec eux a fait faillite ce dont nous avons le plus besoin : le débat.

jeudi 23 avril 2009

Changement et université

Marcel Gauchet juge la réforme de l’université

Je suis d’accord avec sa vision du changement que doit traverser la France et, accessoirement l’Université (son « stretch goal ») :

Le problème universitaire est un bon exemple du problème général posé à la société française, celui d'assurer l'adéquation à la marche du monde de notre modèle hérité de l'histoire et organisé autour de l'idée de République. Toute la difficulté est de faire évoluer ce modèle sans brader notre héritage dit républicain. Nous ne verserons pas d'un seul coup dans un modèle compétitif et privé qui n'a jamais été dans notre histoire. Comment intégrer davantage de décentralisation et d'initiative, tout en maintenant un Etat garant de l'intérêt général et de l'égalité des services ? C'est ce point d'équilibre entre les mutations nécessaires et la persistance de son identité historique que le pays recherche. Il n'est pas conservateur : il est réactif. Mais pour conduire ce genre d'évolutions, il faut procéder à découvert, oser le débat public.

Ensuite, je vois dans ces propos le scénario usuel du passage en force : méconnaissance du terrain, idéologie directrice rudimentaire :

Toute la philosophie de la loi se ramène à la seule idée de la droite en matière d'éducation, qui est de créer des patrons de PME à tous les niveaux, de la maternelle à l'université. Il paraît que c'est le secret de l'efficacité.

Le gouvernement a fait le choix d'une offensive éclair, sur la base d'une grande méconnaissance du terrain universitaire. Probablement, ce sentiment d'urgence a-t-il été multiplié par le choc du classement mondial des universités fait par l'université de Shanghaï, qui a secoué nos élites dirigeantes, sans leur inspirer, hélas, le souci de se mettre au courant. Si vous ajoutez à cela une image d'Epinal de ce qu'est le système universitaire américain, aussi typique du sarkozysme que largement fausse, plus l'idée que n'importe quelle stratégie de communication bien menée vient à bout de tous les problèmes, vous avez les principaux ingrédients de la crise actuelle.

D’ailleurs (Logique des universités) l’Université est remarquablement efficace :

On pourrait même soutenir, de manière provocatrice, qu'il est l'un des plus compétitifs du monde, dans la mesure où il est l'un de ceux qui font le mieux avec le moins d'argent. C'est bien la définition de la compétitivité, non ? Dans beaucoup de disciplines, nous sommes loin d'être ridicules par rapport à nos collègues américains, avec des moyens dix fois moindres.

Et le résultat que l’on va obtenir est celui que produit le passage en force qui réussit : ce que François Fillon pensait la grande réforme du quinquennat n’aura fait que démolir un peu mieux ce qu'il voulait améliorer.

Quelle que soit l'issue du mouvement, le problème de l'université ne sera pas réglé. Le pourrissement est (...) fatal, mais la question restera béante et resurgira. Si le gouvernement croit que parce qu'il a gagné une bataille, il a gagné la guerre, il se trompe. La conséquence la plus grave sera sans doute une détérioration supplémentaire de l'image de l'université, ce qui entraînera la fuite des étudiants qui ont le choix vers d'autres formes d'enseignement supérieur et ne laissera plus à l'université que les étudiants non sélectionnés ailleurs. De quoi rendre le problème encore un peu plus difficile.

vendredi 6 février 2009

Ce qui manque à la presse ? De véritables entrepreneurs

Marcel Gauchet (Marcel Gauchet : "Où sont les lecteurs ? Aux abris en général...") va dans mon sens : la crise de la presse vient de l’oubli de sa mission, pas d’Internet.

La presse a besoin d’entrepreneurs qui sachent interpréter ce que signifie cette mission, aujourd’hui :

Or nous assistons au contraire à un rétrécissement très net du spectre, avec une actualité de plus en plus dépourvue de mémoire et une domination de l'information domestique sur l'information extérieure. Tout cela est provisoire. Je pense que la presse écrite va peut-être devenir, pour un temps, plus confidentielle, mais qu'elle va monter en gamme, de manière à fournir des services plus spécifiques, ce qui ne dispense pas d'une synergie avec toutes les nouvelles technologies.

La presse papier est là, justement pour fournir des clés, pour accroître la capacité d'exploiter toutes ces ressources désormais disponibles. Il y a une demande solvable pour ce rôle, même si elle est aujourd'hui minoritaire. Un véritable entrepreneur, de ceux qui ne suivent pas le troupeau, saurait repartir de cette base restreinte pour conquérir un public plus large. Après tout, c'est ni plus ni moins le trajet qu'a suivi Le Monde de Beuve-Méry dans l'après-1945.

Compléments :