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dimanche 26 février 2017

Glenn Gould

J'ai trouvé un enregistrement fantastique de Glenn Gould : des concertos pour piano de Haydn. (Je ne connais rien à la musique classique.) Jusque-là, je ne m'étais pas intéressé à lui, parce qu'il jouait Bach au piano. Or, mon opinion est que, si Bach avait connu le piano, il n'aurait pas écrit son oeuvre de cette façon. D'ailleurs, il n'y aurait peut-être pas eu de Bach.

Qui était Glenn Gould ? Un enfant prodige, un excentrique. Il chantonnait en jouant, il utilisait une chaise d'enfant au ras du sol, il ne sortait jamais sans casquette, manteau, écharpe, veste et gilet, même en plein été. Mais, aussi, il jouait de mémoire, ne faisait jamais de fausse note et pouvait reprendre indéfiniment le même morceau. Quand il jouait, il entrait en transe, ce qui explique peut-être ce qui précède. Il est mort de vieillesse à 50 ans. Il s'était gavé de médicaments. L'enfant n'est pas parvenu à devenir homme ? Ses dernières vidéos le montrent en Quasimodo, plié en deux sur son piano.

Contrairement au musicien ordinaire, il n'a eu aucun souci de sa carrière. Il a fui les concerts. De ce fait, il a pu faire ce qui lui plaisait : réinventer les auteurs qu'il interprétait. Bach en particulier. Il a d'ailleurs dit à un compositeur, qui lui avait dédié une oeuvre, qu'il allait lui révéler ce qu'il avait écrit. Peut-être est-ce pour cela que je l'ai aimé dans Haydn ?

C'était la vie de Glenn Gould, telle que je l'interprète...

(Références : wikipedia, et plusieurs vidéos YouTube. On y voit de touchants Canadiens tout surpris que leur nation ait pu produire un génie. Jusqu'à sa mort Glenn Gould fut un trésor vivant pour son pays. Je note aussi que le piano personnel de Glenn Gould sonnait comme un clavecin : le désaccord entre nous n'est peut-être que mineur.)

samedi 5 septembre 2009

Teddy Goldsmith

Rediffusion d’une interview de Teddy Goldsmith, qui est mort récemment, et que je découvre. Il semble avoir pensé que pour éviter la destruction de la terre, il fallait en revenir à des modes de vie primitifs. Réflexions suscitées par ses paroles :

  1. J’ai d’abord pensé à la segmentation dont parle Comment convaincre ?. Il représente le segment qui est convaincu que tout ce que fait l’homme est mauvais. Pour ma part, je représente celui qui croit que la situation est mal partie, mais qu’il y a un espoir. Plus exactement, il me semble qu’on ne peut pas changer le cours des choses aussi radicalement qu’il le désirait ; mais on peut l’infléchir, dans une direction qui nous évite les plus grosses déconvenues. (C’est l’enseignement n°1 de mon expérience.)
  2. Comme il le dit, la notion de « progrès », l’idée que l’histoire n’est qu’amélioration permanente, est douteuse. On gagne et on perd, et on perd souvent beaucoup. Un exemple : le succès planétaire du modèle du boutiquier, qu’a modélisé Adam Smith, qui a terrassé les cultures les plus admirables (la chinoise ou celle de la Princesse de Clèves, par exemple), et essoré la planète. Comme l’a dit Jay Gould, et comme le démontre chaque jour la politique, ce n’est pas toujours le plus sophistiqué que la sélection naturelle récompense. L’être simple qui a une grosse motivation, et qui est (ou parce qu’il est) peu gêné par une pensée complexe, a un avantage concurrentiel certain. On n’est pas loin de ce que pensaient Hitler et les Darwinistes sociaux de la bulle Internet : de temps à autre, le frustre et rustique, plein de vie, balaie la culture la plus raffinée.

mercredi 8 octobre 2008

Les marchés sont irrationnels

Le progrès est une illusion ?

Difficile d’échapper aux nouvelles de la Bourse. Ce matin le Japon était au plus bas. Sans grandes raisons d’après le commentateur (son économie étant semble-t-il peu touchée).
L’imaginaire entre fortement dans les mouvements boursiers. Des études de marchés dépendant d’un petit nombre de facteurs bien contrôlés ont montré des dérèglements de cours que rien n’expliquaient. Tous les paramètres qui auraient dû en décider étaient fixes. Les opérateurs s’étaient lancés dans un jeu d’anticipation de leurs intentions respectives.
Voilà ce que donne un groupe d’hommes laissés à eux-mêmes et non coordonnés par des règles communes.

Dans l’évolution humaine, le financier semble représenter une étape imprévue, proto-primitive. Bronislaw Malinowski a montré que les religions des peuples primitifs avaient pour objet d’assurer la cohésion du groupe. Plus exactement d’empêcher les individus de ne rien faire qui soit nuisible au groupe. Le financier n’a aucune règle de ce type. La culture de notre société moderne marquerait donc un très net recul par rapport aux communautés premières.

Faut-il y voir une preuve de la théorie de Stephen Gould (Les changements du vivant) selon laquelle l’évolution ne favorise pas mécaniquement la complexité, mais tente différents types de solutions ?

Compléments :
  • L’étude dont je parle vient de SHEFRIN, Hersh, Beyond Greed and Fear: Understanding Behavioral Finance and the Psychology of Investing, Harvard Business School Press, 2002.
  • Religion et changement.
  • Greed and fear.

lundi 18 février 2008

L'éventail du vivant, de Jay Gould

GOULD, Stephen, Jay, L'Eventail du vivant, Seuil 2001.

La nature a une tendance à la complexité « à la marge », mais pas « en moyenne ». Le monde pris dans sa globalité ne devient pas de plus en plus complexe : à chaque étape de sa progression, la nature tente, en même temps, des versions complexes et simplifiées des modèles existants, et le hasard retient celui qui continuera sa carrière. De temps à autre une catastrophe balaie les modèles les moins rustiques, qui sont les plus fragiles. La complexité n’a donc pas de véritable avantage concurrentiel. L’évolution ne tend pas vers l’homme, qui serait son couronnement, elle l’a plutôt laissé apparaître par distraction. D’ailleurs s'il disparaissait elle lui substituerait sûrement un autre être complexe, mais qui ne lui ressemblerait en rien.