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mercredi 26 octobre 2016

Parasitisme ?

Un jour tout est devenu gratuit. Cela a coïncidé avec la bulle Internet. Avant, une entreprise devait commencer par gagner de l'argent. Ce n'était plus le cas. Il fallait maintenant acquérir de l'audience, ça finirait évidemment par payer. On s'est habitué à ne plus payer. Et surtout à prendre. Avec un argument que j'ai découvert récemment : si tu me donnes quelque-chose, c'est que tu as à y gagner. 

Ce n'est pas faux. Si je donne, ce n'est pas à toi, c'est à la collectivité, et c'est pour que tu fasses de même. Et ainsi on sera plus fort à deux que séparés. Mais si tu me prends mon investissement, la société ne peut plus marcher.

mercredi 15 octobre 2014

Le gratuit et la crise

Pour combattre le vieillissement, j’ai décidé de réapprendre du vocabulaire anglais. Je note les mots que je ne connais pas. Je cherche leur signification. J’en ai toujours eu l’envie. Mais utiliser un dictionnaire m’épuisait. Avec Internet, c’est bien plus simple. Voilà un usage que j’avais sous-estimé parce qu’il était gratuit. Et pour lequel j’aurais été prêt à payer.

Ce qui m’amène à une question. Et si notre crise était liée au gratuit ? Que beaucoup de choses soient gratuites dans le monde Internet a mis en faillite les entreprises existantes en les remplaçant par un ersatz de peu de valeur perçue. Beaucoup de destruction qui ont accouché de quelques souris : Google et autre Facebook.

Mais pouvait-on faire autrement ? J’en reviens aux idées de François Bourgeois. L’innovation aurait été utile à l’humanité si elle avait été adoptée par l’économie existante. Mais celle-ci, toute occupée de maximiser la valeur actionnaire (qui se trouve entre les mains des dirigeants et des fonds d’investissement), s’est opposée au changement. Pour s’imposer, les forces de l’innovation ont dû employer les grands moyens. Ceux de la spéculation. Ce fut la bulle Internet, pour commencer. Emmenées par le génial Goldman Sachs, elles nous ont convaincus que tout devait être gratuit. Au fond, comme dans toutes les batailles du Moyen-âge, la piétaille a été la victime d’un affrontement entre frères ennemis. 

mardi 3 décembre 2013

La majorité a généralement tort

Un ami me disait il y a quelques temps que l'opinion que j'exprimais sur une question ne reflétait pas celle de la majorité. Je lui ai répondu que je ne cherchais pas l'approbation de la majorité.

En effet, la majorité a généralement tort. C'est même un des "grands théorèmes" de la conduite du changement. L'espèce humaine tend à s'organiser en "systèmes" (au sens systémique du terme). De ce fait, chacun y a un rôle bien défini. Le changement consiste à modifier le système, parce qu'il n'est plus adapté. On passe d'un système à un autre système. Mais, le premier système étant la substance même de notre vie, nous devons le défendre. Ce qui est un tort, si l'adoption du second système est nécessaire à la survie de l'espèce. La majorité est une sorte d'horloge arrêtée. Elle marque l'heure par hasard.

J'ai vécu cette situation lors de la bulle Internet. J'avais lu quelques auteurs (dont un a reçu le prix Nobel, depuis), qui expliquaient que nous vivions un grand moment spéculatif. La démonstration semblait imparable. Mais les gens que je fréquentais n'étaient pas d'accord. Ou, plus exactement, la pression sociale ne leur permettait pas de faire grand chose d'autre que de gonfler la dite bulle. C'est la crise qui a permis un changement de système. Mais les changements ne se font pas toujours ainsi. Le débat démocratique peut aussi les provoquer.

samedi 12 janvier 2013

Contre Big data ?

Depuis que je travaille, je suis soumis à un bombardement incessant de modes de management. Mon premier employeur, dont c’était la passion, les consultants, dont c’est le métier, et aussi MBA, Bulle Internet… J’ai fini par être immunisé. Si bien que la dernière mode du Big data rebondit sur mon indifférence depuis pas mal de temps.Mais ai-je raison ?

Au delà du phénomène réseau social, j’ai fini par me demander si Big data n’ambitionne pas de mettre des capteurs partout, en particulier sur nous. Cela ne permettrait-il pas de prévenir plutôt que guérir ? Par exemple éviter une attaque cardiaque ?

Encore faut-il pouvoir interpréter le flux de données. Surtout, ce qui m’inquiète, est que cela ne fait que renforcer une tendance fâcheuse. Les médecins, notamment, ne savent plus rien faire, sinon demander des examens et prescrire suivant une procédure. Plus d’expérience, plus d’apprentissage, plus de responsabilité. Les données et les ordinateurs peuvent-ils remplacer les capacités exceptionnelles de l’homme ? Big data ne serait-il pas, plus généralement, une tentative (folle ?) de liquider l’homme ?  

dimanche 11 novembre 2012

Super Obama et autres histoires


The Economist constate la victoire d’Obama. Sa stratégie électorale fut à l’image de son intellect, redoutable. Il a visé des « niches », des groupes ayant des intérêts particuliers (par exemple les homosexuels), et se les ait attachés en leur donnant ce qu’ils attendaient. De même, il a convaincu l’opinion des défauts qu’il attribuait à son opposant. The Economist lui conseille maintenant de trouver un accord avec ses adversaires pour rétablir les finances américaines. C’est une autre paire de manche. 
Il ne fait pas bon être pauvre aux USA, dit un autre article. (Raisons culturelles : pauvreté = crime ?)

La Chine change d’équipe de direction. Le pays ne semble pas dirigé par un homme, mais par un groupe, avec de multiples ramifications vers des centres de pouvoir extérieurs. Apparemment, les nouveaux seraient les protégés des anciens, ce qui sous-entendrait un même cap.

Sur le front grec, rien de nouveau. Le pays ne pourra jamais payer ses dettes. Un défaut doit être organisé.

Les Américains pourraient échanger les Palestiniens contre les Iraniens, i.e. pression sur l’Iran contre  négociation Israël / Palestine.

Le pirate somalien n’aurait plus le vent en poupe. La navigation dans ses parages se serait organisée et armée. Et il ne veut pas risquer sa vie.

En ce qui concerne Internet, la presse aurait enfin trouvé une formule efficace : le portail payant. Fin du modèle du contenu gratuit, payé par la publicité, et des illusions de la bulle Internet ? Mais pas fin des bulles. Il y aurait peut-être bien une spéculation sur la dette d’entreprise, rien d’autre ne rapportant quoi que ce soit. Attention à l’éclatement (assureurs…). Facteurs d'éclatement ? Crise ou reprise ! Autre souvenir de bulle, les agences de notation seraient attaquées par la justice. Elles expliquent qu’elles n’ont fait qu’exprimer une opinion. On leur répond qu’elles étaient payées pour que cette opinion soit sérieuse.

Pourquoi vote-t-on alors que cela ne nous rapporte rien ? Peut-être parce que le coût du vote est inférieur à ce qu’il en coûterait de s’interroger sur son utilité. (Pour ma part, je soupçonne que l’on est programmé par la société pour voter, de même que l’on pratique moult autres rites sociaux qui ne nous rapportent rien.)
Et si l’altruisme, une caractéristique de l’espèce humaine, venait de notre propension à la guerre, une autre de nos caractéristiques ? Nous y aurions pris l’habitude de nous sacrifier pour le groupe… 

samedi 14 avril 2012

Instagram, Facebook et le mécanisme de la spéculation

C’est amusant comme les événements se répètent.

La bulle Internet a été marquée par une révolution des méthodes de valorisation. À l’époque, on s’était mis à multiplier le nombre d’abonnés à un service, que les gourous appelaient « infomédiaire », par une somme qui pouvait atteindre 40.000F (6000€), si mes souvenirs sont bons. L’infomédiaire était supposé contrôler les achats de ses abonnés, et donc prendre une part des dits achats, comme le fait une grande surface.

Ce raisonnement a été repris pour évaluer Instagram et Facebook. Leur utilisateur vaut entre 20 et 50$. (Facestagram’s photo opportunity) La raison en est la même : avec toute l’information que ces sites récoltent, il se peut qu’un jour ils sachent s'en servir pour aider les entreprises à améliorer leur marketing.

Ridicule ? Pas du tout. Ceci représente une forme de rationalité. Le spéculateur a établi une règle à durée déterminée entre spéculateurs. Il sait que tant qu’elle tiendra il s’enrichira. Mais qu’il ne faudra pas être le dernier à porter la patate chaude. Le monde de la finance est follement excitant. 

mardi 21 février 2012

Ce qu'Internet n'a pas changé

Hervé Kabla publie un feuilleton sur Ce qu'Internet a changé. Pour le provoquer, je vais développer une thèse différente. Rien n’a changé. Internet a été une innovation comme les autres…
  • Les phases d’innovation produisent un renouvellement rapide des entreprises dominantes, jusqu’à l’atteinte d’un équilibre caractérisé par des normes partagées. Cela n’a pas raté cette fois-ci. Les leaders solidement installés ont été malmenés (IBM, HP) ou éliminés (DEC, Kodak), les nouvelles apparitions ne sont souvent que des feux de paille (Compaq), ou vieillissent vite (Microsoft, Intel, Dell). Ce n’est pas fini. Rien ne va plus.
  • Parce qu’elles font disparaître les repères sur lesquels s’accroche la raison, les phases d’innovation sont systématiquement exploitées par la spéculation. Le phénomène (Bulle Internet) a probablement été d’autant plus remarquable que l’innovation s’est combinée à une sorte de millénarisme (la nouvelle économie). Le monde anglo-saxon et Nicolas Sarkozy ont cru que leur heure était venue. Non seulement l’ennemi soviétique était à terre, mais Internet éliminait les « coûts de transaction » qui justifient l’existence de l’entreprise. Il n’y aurait jamais plus de « big brother », l’individu pourrait vivre éternellement heureux, dans la main invisible du marché mondial. « Et Dieu créa l'Internet » a écrit un polytechnicien en lutte contre l’oppression de ceux de ses camarades qui dirigeaient les entreprises d’État.
  • Peut-être, le coup de génie de cette spéculation a été la fiction de la gratuité. C’est un thème ancien dans le folklore américain, puisque, déjà, les pionniers de la presse pensaient que l’avenir était au gratuit, financé par la publicité. Cette fiction a coulé l’industrie du contenu (cf. la musique), appauvri le consommateur (suréquipé), et enrichi les fournisseurs de contenant. Deux solutions ont été trouvées aux maux des créateurs de contenu : celle des gouvernements, qui veulent punir les consommateurs ; et celle d’Apple, qui a encapsulé le contenu dans le contenant.
  • Enfin, l’innovation, si elle ne fait pas l’objet d’une « mise en œuvre du changement » appropriée, nuit gravement à la santé de l’individu et de l’entreprise. En effet, elle tend à emprunter la pente de moindre résistance, c'est-à-dire leurs faiblesses, de même que l’agroalimentaire nous transforme en obèses en exploitant notre goût pour le sucre et les matières grasses. Or, notre grand moment de libéralisme était incompatible avec la moindre intervention. Internet semble effectivement avoir obéi au paradoxe de Solow : il n’a probablement pas été un facteur de productivité pour l’économie dans son ensemble. Au minimum, il se caractériserait par un grand bruit. Quant à l’individu, plusieurs études laissent penser que son cerveau aurait été recâblé par l’usage des « nouvelles technologies » pour le rapprocher de l’état de légume, qui sied au consommateur idéal. Mais il est probablement trop tôt pour se prononcer sur cette question.
Compléments :

jeudi 6 octobre 2011

Pauvre Jobs

Steve Jobs disparaît. Triste nouvelle.

Je garde de mon début de carrière, dans le logiciel, le souvenir d’une course à la prise de marché et à la promotion personnelle qui ne laissait pas le temps d’apprendre, et encore moins de faire correctement, son métier. Bill Gates est l’image même de cette escroquerie intellectuelle.

Puis il y a eu la bulle Internet, un moment où les beaux discours vides récoltaient des milliards.

Et alors vinrent les Google et autres Facebook, qui ont exploité leur position de goulot d’étranglement pour rançonner la planète.

Et surtout, il y a eu les oligarques. Tous ces gens, gonflés d’eux-mêmes, parvenus à la tête des entreprises sans en connaître quoi que ce soit, et qui ont criblé la société de dettes et de bonus. Une de leurs innovations décisives aura été de découvrir qu’il y avait des masses d’individus oubliés des droits de l’homme. Non seulement on n’avait pas à les payer, mais surtout ils n’avaient pas besoin de nos coûteux dispositifs d’hygiène et de sécurité, d'assurance sociale... Dès lors bien faire son métier n’était plus nécessaire, il fallait au contraire détricoter le savoir faire technique de l’entreprise et réinventer la procédure taylorienne qui permette d’exploiter ce peuple de miséreux.

Steve Jobs fut un bel innovateur qui a créé une belle société, qui a fait de beaux produits, et qui respectait ses clients. J'espère qu'il sera un modèle pour notre avenir. En attendant, il va falloir faire avec un désert. 

Compléments :
  • Ce blog s’est longtemps demandé si Apple survivrait à Steve Jobs. iPhone 4S (et non 5) = réponse ?

mardi 5 juillet 2011

Saturés d’information

Nous sommes saturés d’informations, et distraits par elles. Or la condition nécessaire à l’innovation est de pouvoir se concentrer. (Too much information)

La révolution Internet aurait eu pour effet paradoxal de faire s’effondrer la créativité collective, moteur de l’économie ?

lundi 16 mai 2011

Bulle 2.0

The new tech bubble explique qu’une nouvelle bulle Internet se gonfle, alimentée par des « business angels » ou des investisseurs à la recherche de gains faciles – mais non familiers de ce qu’ils achètent, et par les perspectives de développement des pays émergents.

Qui va perdre cette fois-ci ?

samedi 16 avril 2011

Médias, Internet et modèles économiques

Décidément, ce que disaient nos beaux esprits durant la bulle Internet était idiot.

Qu’est-ce qui fait gagner de l’argent aux médias ? Les vieux et les médias traditionnels. (Les jeunes sont fauchés, et la pub sur Internet ne rapporte rien.) Pas le gratuit payé par la pub, mais l’abonnement ! (Peggy Sue got old)

C’est le monde de la prévision qui marche sur la tête ! (Ou avait-il d’autres intérêts que de nous dire la vérité ?)

lundi 21 mars 2011

Groupon

Depuis quelques temps j’entends beaucoup parler de « Groupon », nouvelle start up à la valorisation en bulle.

Pour une fois cette start up gagne beaucoup d’argent. Chiffre d’affaires de 760m$ après deux ans d’exercice. Son principe consiste à constituer un groupe d’acheteurs pour un bien en solde (rabais de plus de 50%). Groupon prend 50% du prix de vente. Ce qui fait que ce qui est vendu avec un discount de 90% rapporte 5% de son prix facial au vendeur.

Contrairement à Facebook and co, ce serait un métier qui demande une grosse équipe (d’autant plus que l’activité est locale). En tout cas, l’avantage concurrentiel paraît faible, et il n’est pas dit que les clients de Groupon aient envie de renouveler l’expérience fréquemment.

Dans l’histoire de Groupon, le plus intéressant est peut-être ce qu’elle laisse voir de la capacité de l’Amérique à exploiter d’infimes niches et à les vider de leur substance. Il semblerait d’ailleurs qu’elle ait commencé lorsque l’ancien patron du fondateur de Groupon a découvert que ce dernier mettait aux enchères des pizzas et lui a proposé 1m$ pour développer son idée…

Compléments :

mardi 22 février 2011

La Chine exploite la bulle ?

Consensus, au moins chez certains, selon lequel une petite bulle Internet se regonflerait. Facebook, en particulier, serait massivement surévalué.

Cela explique-t-il pourquoi les Chinois veulent introduire à la bourse américaine leur version de Facebook ? (article.)

mardi 11 janvier 2011

Goldman Sachs et Facebook

Facebook a de bonnes chances d’être une bulle. Mais Goldman peut avoir bien fait d’y investir : elle a gagnée une lucrative entrée en bourse. (Is Facebook really worth $50 billion?)

C’est un retour aux origines pour Goldman Sachs dont la fortune a commencé avec la bulle Internet, durant laquelle cette banque a réussi à nous faire croire que les start up Internet étaient d’une valeur énorme.   

mardi 23 novembre 2010

Austère Amérique

L’austérité en Amérique est une question de flux et de reflux. Le président Reagan fut l’origine de la précédente vague. Elle s’est échouée dans l’euphorie de la bulle Internet.

S’il est à nouveau question de rigueur, cette fois-ci « un consensus a émergé au sein des pays riches selon lequel l’austérité signifiait des réductions de dépenses plutôt qu’une augmentation d’impôts. » (Confronting the monster.)

Curieux « consensus ».  Les riches qui dirigent les pays riches ne voient pas à quoi leur servent les services publics ? 

dimanche 13 septembre 2009

Web : no future ?

Récemment, un ami, dirigeant d’une start up Web 2.0, a eu une illumination : une entreprise doit gagner de l’argent, et pour cela elle doit produire quelque chose que le marché veut acheter. Cet « entrepreneur en série » pensait qu’entreprendre c’était avoir une idée originale, et lever des fonds. La fortune viendrait ensuite, mécaniquement.

Ce qu’Internet a eu de révolutionnaire a été de nous faire oublier le modèle traditionnel de l'entrepreneur qui travaille dur pour gagner sa place au soleil. Pendant plus d’une décennie, le génie a été récompensé. Et aujourd’hui toute une génération d’entrepreneurs n’arrive pas à faire le deuil d’un modèle aussi favorable aux intelligences exceptionnelles.

Conséquence : imaginons que vous ayez un tempérament d'entrepreneur, le Web est-il votre meilleur choix ?

J’en doute. Il a transformé notre vie, il a permis aux fournisseurs de contenant de dépecer l’industrie du contenu, aussi ; mais ses réussites durables ont été étonnamment peu nombreuses et peu impressionnantes, rien à voir avec l’industrie automobile, l’électronique ou même l’aviation. D'ailleurs, dans une moindre mesure, c'est aussi vrai pour l'informatique.

Compléments :

  • Le rôle de Goldman Sachs dans la transformation de l’IPO : Dr Strangelove and Mr Goldman Sachs.
  • Ces idées me viennent d’un échange avec Hervé Kabla suscité par son compte-rendu d’une conférence de l’université du MEDEF. (La toile va-t-elle craquer?)
  • Les manipulations génétiques, dorénavant à la portée de tous (Biohacking), sont à explorer par l’entrepreneur : par exemple, pourquoi ne pas inventer un agent pathogène qui liquiderait tout être humain qui s’oppose à son intérêt ? Il y a même là un scénario pour James Bond.

samedi 5 septembre 2009

Teddy Goldsmith

Rediffusion d’une interview de Teddy Goldsmith, qui est mort récemment, et que je découvre. Il semble avoir pensé que pour éviter la destruction de la terre, il fallait en revenir à des modes de vie primitifs. Réflexions suscitées par ses paroles :

  1. J’ai d’abord pensé à la segmentation dont parle Comment convaincre ?. Il représente le segment qui est convaincu que tout ce que fait l’homme est mauvais. Pour ma part, je représente celui qui croit que la situation est mal partie, mais qu’il y a un espoir. Plus exactement, il me semble qu’on ne peut pas changer le cours des choses aussi radicalement qu’il le désirait ; mais on peut l’infléchir, dans une direction qui nous évite les plus grosses déconvenues. (C’est l’enseignement n°1 de mon expérience.)
  2. Comme il le dit, la notion de « progrès », l’idée que l’histoire n’est qu’amélioration permanente, est douteuse. On gagne et on perd, et on perd souvent beaucoup. Un exemple : le succès planétaire du modèle du boutiquier, qu’a modélisé Adam Smith, qui a terrassé les cultures les plus admirables (la chinoise ou celle de la Princesse de Clèves, par exemple), et essoré la planète. Comme l’a dit Jay Gould, et comme le démontre chaque jour la politique, ce n’est pas toujours le plus sophistiqué que la sélection naturelle récompense. L’être simple qui a une grosse motivation, et qui est (ou parce qu’il est) peu gêné par une pensée complexe, a un avantage concurrentiel certain. On n’est pas loin de ce que pensaient Hitler et les Darwinistes sociaux de la bulle Internet : de temps à autre, le frustre et rustique, plein de vie, balaie la culture la plus raffinée.

dimanche 9 août 2009

Dr Strangelove and Mr Goldman Sachs

Inquiétant article sur Goldman Sachs (Rolling Stone). Goldman Sachs a été un des grands acteurs du Crash de 29 (Galbraith lui dédie un chapitre). Après des décennies de calme, sa nature se réveille :
  • Lorsqu’arrive la bulle Internet, il est le leader de l’introduction en bourse des entreprises. Jusque-là seules celles qui sont rentables depuis plusieurs années sont candidates. Mais on tord le cou à cette règle. Et Goldman Sachs met au point des techniques frauduleuses pour faire exploser le cours des actions nouvelles et s’attirer des clients. La banque est condamnée, mais la pénalité est faible par rapport aux sommes colossales qu’elle a gagnées, pour des opérations qui n’auront été que du vent (Le Nasdaq perd 5000 milliards de $ à la suite de l’éclatement de la bulle Internet). L’aventure a donné à Goldman Sachs le goût des profits démesurés, dorénavant il va aller de bulle en bulle.
  • C’est à cette époque que M.Rubin, ancien dirigeant de Goldman Sachs et ministre des finances de M.Clinton, va procéder à la déréglementation des systèmes financiers dont nous ne nous sommes toujours pas relevés.
  • La bulle suivante est celle des subprimes. À nouveau, elle tient à une entorse à une règle prudentielle. Le procédé est beaucoup plus brillant que celui que j’avais entrevu. Il consiste à prêter à la terre entière, y compris aux insolvables, mais en se déchargeant du risque. On y parvient 1) par une titrisation qui masque le risqué par du non risqué 2) par une forme d’assurance nouvelle, le CDS, fournie par AIG. Mieux, le régulateur refuse de réguler le CDS, qui peut être consommé sans limites. Et quand l’affaire commence à mal tourner Goldman spécule contre ces produits !
  • Goldman se tourne vers les matières premières. Avec quelques amis, il fait exploser le prix du pétrole à un moment où l’offre est en croissance et la demande en baisse. Pendant la durée de la bulle, trois quarts des achats de matières premières auraient été faits à des fins spéculatives (avant d'être consommé le baril de pétrole était acheté 27 fois). À l’origine de la bulle, une manœuvre de la banque qui obtient une dérogation concernant une règle anti-spéculation datant de 1936. L’exercice aura fait beaucoup de victimes, et serait à l’origine d’une famine qui a touché cent millions de personnes.
  • Puis, c'est le sauvetage des banques par M.Paulson, ministre des finances et ancien P-DG de Goldman Sachs. Bizarrement, la seule grande banque que l’administration américaine laisse sombrer est Bear Sterns, un des principaux concurrents de Goldman Sachs. Par contre son assureur AIG est tiré d'affaires, ce qui permet à Goldman Sachs de couvrir ses pertes (13md$), la banque sera aussi gentiment renflouée par le contribuable.
  • Et l’avenir est riant. La prochaine spéculation semble devoir porter sur le marché des bons à émettre du carbone, que l’administration américaine essaie d’imposer. Goldman Sachs, qui d’ordinaire refuse toute réglementation, a mis son formidable pouvoir de persuasion au service de la promotion d'une politique anti-effet de serre hyper dirigiste.
  • Détail curieux : Goldman Sachs gagne beaucoup d'argent, mais ne paie pas d'impôts. Mais il n'y a rien d'exceptionnel, c'est aussi le cas des deux tiers des entreprises américaines.
Ce qui me fascine dans cet article, c’est que j’y vois le bombardier du film de Kubrick : le Dr Folamour. Goldman Sachs c’est une équipe de génies de la finance, seuls contre tous, qui mettent un talent et une énergie désespérés pour retourner tous les mécanismes de protection de la société, afin d’en tirer des bénéfices toujours plus gros (622.000$ par employé et par an en 2006, et 2009 devrait être bien meilleur). J'y entends aussi l'histoire d’Enron. Mais Goldman Sachs est infiniment plus fort et intelligent qu’Enron, et, surtout, il tire les ficelles de toutes les administrations depuis celle de Clinton : ses anciens employés sont à tous les postes d’importance (à commencer par la direction de l'organisme supposé le contrôler).

Goldman Sachs nous lance un formidable défi : nos réglementations seront impuissantes contre son génie. Il aura notre peau.

Compléments :
  • Sur Enron: EICHENWALD, Kurt,Conspiracy of Fools: A True Story, Broadway Books, 2005.
  • Une autre chose qui me fascine : la similitude entre le comportement du Goldman de cet article et celui d'une cellule cancéreuse.

mercredi 1 juillet 2009

Irrationalité du marché

Un article explique les bulles spéculatives au moyen de la science de l’irrationalité humaine. Remarque inattendue : les autistes sont rationnels !

En fait, la rationalité telle que postulée par la théorie économique n’est pas humaine :

  • Mon expérience de plus de dix années de bulles me montre que les acteurs de l’économie les reconnaissent. Ils savent aussi que, d’un seul coup, tout ce qui jusque-là empêchait de s’enrichir est écarté. Ils ont l’occasion d’une vie de faire fortune. D’ailleurs, ils peuvent s’enrichir en phase de dégonflage, mais à condition de l’avoir vu arriver. Quelques financiers m’ont avoué que la période de fin de bulle est particulièrement excitante : il faut réaliser ses gains avant d’être pris par l’éclatement. Tout cela me semble rationnel, même si ce n’est pas prévu par la théorie économique.
  • La théorie économique trouve irrationnel, notamment, que l’homme se comporte comme un mouton, ce que la psychologie appelle « validation sociale ». Or, cela veut dire que l’homme suit les règles de la société. Il sait qu’en les respectant il fera le bien collectif, qui est aussi le sien. Il est rationnel, mais de manière plus intelligente que ce que prévoit la science économique.

Je n’en dirai pas autant de l’administration Obama, d’après l’article, elle semble rejouer le film de la phase spéculative ascendante, durant laquelle des génies des mathématiques pensaient prévoir l’avenir. Obama s’est entouré d’universitaires qui veulent rendre l’homme rationnel, en le manipulant !

Compléments :

I suspect there is a flaw in this argument. This article supposes men are (imperfectly) optimising some kind of personal utility functions.

When you read Galbraith on the Great Crash or live through one or two speculative bubbles and interview traders, you realise that they follow common implicit rules. For example when in a bubble you know you have very little time to make a lot of money. “Moral hazard” is rational. A few days ago, a trader managed to raise oil prices by 3 or 4% in one hour. However he was not alone: his colleagues had expected something. Their collective move increased oil prices by something like 10% (see 'Rogue broker' blamed for oil spike / Financial times July 3rd).

We are social beings and we spontaneously create, and follow, social rules. Students of complexity say that organisation “emerges”.

What seems irrational when a human being is taken separately becomes rational when he is seen as a member of a society, of a “team”. It is rational to follow social rules (e.g. London stock exchange’s “my word is my bond”), because in doing what is good for the group we do what is good for us; And because it is more efficient to do so than following our own selfish interest.

As long as economists and policymakers don’t give up the fiction of a rational man and don’t start reading sociology, it seems likely we’ll keep on having crises.

lundi 15 septembre 2008

Tirer le meilleur des dangers de l’innovation

J’ai entraperçu sur le Blog de Bertrand Duperrin une intéressante réflexion sur Twitter, une application Web2.0 utilisée par les jeunes cadres branchés. Il estime que l'entreprise devrait faire quelques expériences avec Twitter pour voir s’il ne pourrait pas en sortir ce que la Bulle Internet appelait un usage intéressant. Il soulève habilement une (la ?) question capitale pour l’entreprise :

L’économiste Joseph Schumpeter a fait observer que le moteur du capitalisme était l’innovation, et qu’elle avait pour conséquence la « destruction créatrice » : elle forçait l’entreprise à se transformer pour ne pas disparaître (Amazon et Destruction Créatrice). C’est la raison pour laquelle il pensait que l’avenir du monde serait une sorte de communisme. Seuls les monopoles peuvent survivre aux crises du capitalisme. Les monopoles finiraient par se réunir. Mais monopole ne veut pas dire inefficacité : la destruction créatrice les oblige à rester vifs.

L’innovation est donc, fondamentalement, un danger pour l’entreprise. Non seulement parce qu’elle menace celui qui ne l’adopte pas, mais aussi parce qu’elle fait perdre la tête à beaucoup. Elle leur fait anticiper des bénéfices qui ne sont pas au coin de la rue. Ce dont profitent quelques aventuriers à la recherche d’une fortune rapide. La Bulle Internet en a été la démonstration. Sans même évoquer la nuée de start up ou Worldcom, de très grandes entreprises comme France Télécom, Vivendi ou Alcatel ont vécu un épisode « d’exubérance irrationnelle » désastreux. La France est parfois sensible à la folie. Mais généralement totalement fermée à l’innovation (Amélie Faure, France et innovation). Ce qui est dangereux. Comment la guérir ?

En expérimentant. Par exemple, en dédiant ce que j’ai appelé des « Instituts Pasteur » à la veille et à l’analyse de l’innovation (Institut Pasteur et innovation). Leur but étant, avant tout, d’essayer de tirer le maximum de l’idée. Si elle ne tient pas : elle n’était pas bonne. Et si le marché ne se développe pas immédiatement ? On aura acquis un savoir qui permettra de l’exploiter le jour où il sera mûr (c’est la stratégie dite de « l’option » - Se diriger dans l’incertain).

Pour un aperçu de la folie Internet : CASSIDY, John, Dot.con: How America Lost Its Mind and Money in the Internet Era, Harper Perennial, 2003.