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vendredi 2 janvier 2009

Israël et la Palestine

Hervé Kabla, qui est en Israël, est perplexe quand aux raisons de l’offensive de l’armée israélienne en cours.

J’avais entendu qu’elle s’expliquait ainsi : l’on s’approchait d’élections et le parti politique qui ne serait pas favorable à la guerre les perdrait certainement. Je m’étais fait quelques vagues réflexions sur les complexités du fonctionnement d’une démocratie.

Hervé estime 1) qu’il n’y a rien de nouveau dans les tirs de roquettes sur Israël, l'explication de l'offensive ; 2) que le parti travailliste, au pouvoir, n’a rien à gagner de cette guerre, puisqu’elle mécontentera son électorat arabe. En outre, l’offensive est à la fois bien préparée (Israël s’est assurée de l’appui de l’Egypte), sans l’être : l’armée israélienne menace d’une attaque au sol, mais ne semble pas avoir le type de troupe nécessaire à ce genre d’opérations. En attendant, elle mobilise ses réservistes.

Difficile de dire quoi que ce soit d’intelligent sur ce conflit…

  1. Il n’y a pas de guerre des civilisations comme pensait pouvoir l’affirmer le très dangereux Huntington (Mort d’Huntington). Les cultures s’adaptent les unes aux autres. Si on leur en laisse le temps, elles copient ce qui semble réussir ailleurs. Je ne vois pas de raison pour qu’il n’y ait pas de paix au proche orient.
  2. Mon intuition me faisait regarder avec suspicion Israël. Peut-on, avec raison, utiliser massivement la force contre un ennemi sous équipé ? Cela ne fait-il pas une victime de cet ennemi ? Dans la dernière guerre du Liban, Israël n’a-t-il pas cru, comme l’Amérique de la deuxième guerre d’Irak, que l’on pouvait imposer son modèle du monde par la force ? La population palestinienne ne vit-elle pas dans des conditions effroyables, d’où sa colère ? Je me demande si je ne me suis pas trompé, une fois de plus. Je suis passé à côté de l'essentiel. Eu égard aux règles de notre monde, beaucoup de choses sont compréhensibles, mais une est inadmissible : qu’une culture veuille la mort d’une autre. Je ne pense pas que ce soit le cas d’Israël vis-à-vis de ses voisins. Qu’en est-il de quelques élites dirigeantes palestiniennes et iraniennes ? Tant qu’elles n’auront pas changé d’avis, il sera difficile de faire porter tous les torts aux représailles israéliennes, et d’arriver à une paix. Lorsque l’on veut la mort de quelqu’un, on peut s’attendre à ce qu’il essaie de vous tuer. Ça ne choquait pas nos ancêtres les barbares.
  3. Il y a un moyen de mettre de l’ordre dans la perplexité d’Hervé Kabla : expliquer l’offensive israélienne comme un bluff. Mais, alors, la menace déterminée de l’usage de la force peut-elle produire un changement d’opinion ? Peut-elle amener les protagonistes à émettre des exigences qui ne soient pas inacceptables par l’autre parti ? Le monde palestinien est-il suffisamment constitué pour que qui que ce soit puisse s’engager pour lui, sans être trahi par telle ou telle faction ? D’ailleurs peut-il y avoir changement de cap sans un intermédiaire qui recueille ce que les uns et les autres ne peuvent pas se dire ? L’Amérique ne pouvant pas jouer ce rôle à court terme, Israël compterait-il sur une Europe qui n’a jamais fait ses preuves dans ce type de situations ?... En tout cas, j’espère que c’est le bon moment pour une médiation…

dimanche 28 décembre 2008

Mort d’Huntington

L’avenir ? Affrontement entre « civilisations », dit Samuel P. Huntington. Et l’Ouest doit abandonner l’illusion que ses valeurs sont universelles.

Étrange argument. Qu’appelle-t-il civilisation ? La « civilisation islamique » par exemple paraît tout sauf homogène. Elle est bien plus caractérisée par ses guerres internes que par un quelconque projet commun. Même chose pour la Chine. Elle a besoin d’une énorme croissance pour satisfaire une population incontrôlable en cas de malheur. Difficile d’être belliqueux dans ces conditions.

Il n’y a qu’en Occident que le « nous » se situe au niveau de la nation. Ailleurs, il se trouve dans des petites communautés : le clan, la tribu, la caste, etc. Le monde est probablement plus remarquable par ce type de divisions que par ses grandes masses hostiles. Diviser pour régner serait sûrement dangereux, mais il demeure efficace.

Quant aux valeurs occidentales, elles semblent, pour les principales, avoir été adoptées universellement. Non seulement personne ne les refuse, mais encore s’il y a récrimination, c’est vis-à-vis de notre duplicité : on nous reproche deux poids deux mesures. Par exemple, il n’y a pas remise en cause des droits de l’homme, mais de la hiérarchie de ceux-ci (la liberté de la presse est moins importante que le droit à ne pas crever de faim).

Et elles ont eu des conséquences énormes : même si, pour nous, le Japon demeure très japonais, la cellule familiale traditionnelle y a disparu. La culture japonaise est méconnaissable. Et que dire de nos anciennes colonies ?

Les cultures sont comme les gens : elles copient ce qui réussit ailleurs. 

Mais, n’est-ce pas notre problème actuel ? Tout le monde a voulu adopter nos valeurs, mais elles n’ont pas donné ce qu’on attendait d’elles (ce qu’elles paraissaient nous avoir apporté) ? Ceux qui y ont cru se sont trouvés piégés ? En désespoir de cause, ils se sont tournés vers les solutions de secours qu’ils avaient sous la main : fondamentalisme de tout bord, organisation criminelle… ?

Compléments :

  • Mes renseignements sur Huntington viennent du Wikipedia anglais. Pas très bons articles. Une étude sérieuse serait de rigueur…
  • Sur le Japon : Voyage à Tokyo.
  • Sur le « nous » : Norbert Elias.
  • Sur le rôle des USA dans le Jihad : Jihad américain.
  • Sur la Camorra, comme valeur refuge : Gomorra.