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lundi 7 janvier 2019

Pilote de guerre

Témoignage sur ce que Marc Bloch a appelé "l'étrange défaite". 1940. Antoine de Saint Exupéry et son équipage mènent une mission dont ils ne devraient pas revenir. Ils vont voler à 700m, au dessus des batteries allemandes. Occasion d'une réflexion sur les causes de la déroute.

A une certaine altitude, tout est gelé dans l'avion. Les mitrailleuses et les commandes ne fonctionnent plus. D'ailleurs, la mission n'a aucun sens. Ce qui en sortira ne servira à rien. Saint Exupéry ne cherche pas de coupables. Il constate que la machine bureaucratique est déréglée. Elle produit des armes qui ne marchent pas et donne des ordres absurdes. C'était perdu d'avance. Comment les quarante millions de paysans français pouvaient-ils lutter avec les quatre-vingt millions d'ouvriers allemands ? Le blé contre l'acier. Le seul espoir aurait été le soutien des Etats Unis. Mais ceux-ci n'ont pas compris que la civilisation était en jeu. La France s'est donc sacrifiée, sachant qu'elle n'était pas de taille à lutter. Mais elle ne pouvait pas faire autrement, et ce ne sera pas pour rien. Pour que la graine donne le blé, elle doit disparaître.

Ce qu'il me semble entendre : les valeurs chrétiennes, la charité par exemple, ont été vidées de leur sens. D'où l'homme avec un petit h, qui ne voit pas plus loin que son petit intérêt. Porter une cause qui nous dépasse rend fort. Ce n'est pas tant servir l'autre que servir l'Homme, au sens d'essence, d'humanité (comme dans l'expression "crime contre l'humanité"). Et cela se manifeste en actes. Exemple frappant : que mille personnes se sacrifient pour en sauver une seule.

La France dont il parle n'est pas celle de Marc Bloch : une France d'officiers arrogants et incompétents et de syndicalistes grévistes. C'est une armée de petites gens, qui se savent perdus, mais qui se sacrifient. Cent cinquante mille soldats meurent en trois semaines. C'est aussi une armée qui sait désobéir lorsqu'il s'agit d'assister les populations civiles prises dans la débâcle. Saint Exupéry ignore la haine qu'aurait dû susciter l'incurie du pays. Il lui apporte ce qui peut le sauver : un plaidoyer qui touche juste, qui fait vibrer la fibre intime de l'Américain, et l'amène à secourir la France. Une leçon ?

samedi 16 juin 2018

Vol de nuit

Pas d'unité de lieu, mais quasi unité de temps. Années 30. Pour concurrencer le train, on fait voler les avions postaux de nuit. Mais cela présente un grand danger. Car ces avions, et surtout leur équipement, sont primitifs (cela ne fait que vingt ans que Blériot a traversé la Manche !). Le livre raconte une nuit. Et un cyclone. Le voyage de trois avions. Et l'attente de celui qui est l'âme du réseau et du projet.

Ce genre de progrès matériel mérite-t-il de risquer des vies ? se demande le livre. C'est aussi l'histoire d'un entrepreneur. Il règle tout, il décide de tout, il est une justice qui ne pardonne pas. Il ne veut pas écouter son coeur. Va-t-il trop loin ? Et il y a, enfin, l'homme, le pilote, pris dans les éléments. Il doit entendre les signaux de la nature, et savoir renoncer et désobéir. Fable sur la raison ? L'homme, au sens premier du terme, est celui qui domine la raison, écoute son coeur, et la nature ?

samedi 11 février 2012

Antoine de Saint-Exupéry précurseur de la RSE

« Le plus beau métier est d’unir les hommes »

On le sait « Saint-Ex » était visionnaire et homme de bon sens. Une bonne partie de son œuvre porte sur la nature des relations humaines et les qualités de ceux qui les rendent durables.

En 2008, j’ai probablement participé à une des expertises les plus enrichissantes depuis quinze ans de métier, qui illustre si bien cette citation.

En mars de cette année-là, lors du chargement d’un navire, la rupture d’une canalisation laisse échapper plus de 500 tonnes de pétrole brut dans l’estuaire de la LOIRE, à DONGES. La configuration des installations, les marées, l’écosystème, vont provoquer une dispersion de ce pétrole jusqu’à l’ile de Ré et la plage de La Baule, mettre à pied les pêcheurs de l’estuaire, menacer les agriculteurs et mettre en péril la saison touristique qui s’ouvre. Le désastre paraît immense et l’abattement est profond.

3 mois plus tard, l’intégrité de l’écosystème sensible de ce milieu humide a été préservée, la pollution absorbée. Les professionnels de la pêche ont été indemnisés, leur business est préservé. L’image de cette magnifique région n’a pas été dégradée et des projets de développement maîtrisé qui sommeillaient, ont été dynamisés.

Comme un symbole, la raffinerie à l’origine de la pollution, sera la seule épargnée, en France, lors de la grève très dure de cette période. Son image locale, pourtant si noire (pétrole) après l’ERIKA, sera même redorée. L’absence de « judiciarisation » du dossier complète le tableau.

Un miracle ! Certainement pas !

Ce sont simplement les hommes qui se sont réunis et unis pour que chacun joue son rôle sociétal et assume sa part.

L’immense désordre (Tohu) provoqué par cette pollution, a fait place à un ordre supérieur (Bohu).

Les responsables de la raffinerie ont assumé leur responsabilité de pollueur involontaire, et ouvert le dialogue franc avec les parties prenantes : la sécurité civile et les autorités, les associations de pêcheurs, d’agriculteurs et de professionnels du tourisme, les collectivités locales, les associations, les assureurs…
  • La nature a pu retrouver son équilibre, et au-delà, ce milieu humide si sensible et si essentiel, bénéficie de nouveaux projets de préservation.
  • L’économie des secteurs qui vivent de ce milieu a été préservée et pérennisée.
  • Les hommes qui n’étaient pas supposés se rencontrer ont pu se réunir et comprendre l’étroite et totale interdépendance qui les lie, et surtout, que derrière chaque entité froide : une raffinerie, le business de la pêche, les collectivités… il y a, avant tout, des hommes et des femmes avec des besoins communs et une dépendance à la nature nourricière.
La crise s’est donc transformée en prise de conscience et en formidables opportunités.

Et j’ose croire que les experts qui ont participé à cette formidable aventure humaine ont été comme la très – trop - discrète abeille qui vole de fleur en fleur, et sans qui beaucoup d’espèces végétales ne pourraient se développer durablement.

Compléments :

mercredi 4 novembre 2009

Bertrand Delage

Hier j’ai reçu Bertrand Delage dans Trouble Shooter. C’est un spécialiste du management de projets complexes. Il avait choisi de parler de « design to cost » et de la conception de l’Espace, dans des conditions rocambolesques.

Bertrand Delage cite Saint-Exupéry : « Dans la vie il n’y a pas de solutions. Il y a des forces en marche : il faut les créer et les solutions suivent ». Un principe du design to cost, c’est que le projet ne sera que succession de résolutions de problèmes imprévisibles et, qu’en conséquence, il faut se donner les moyens de les repérer très tôt et des processus puissants de résolution.

La méthode, d’une certaine façon, fait confiance au talent humain, alors que le Taylorisme (qui inspire les méthodes modernes de management) considère l’homme au mieux comme juste bon à appliquer des procédures prédéfinies.

L’histoire était un peu triste. L’Espace était un produit hyper innovant, conçu avec très peu de moyens et en 15 mois (contre plus de 24 aujourd’hui pour une simple nouvelle version d’un modèle existant), comment se fait-il que nous ayons perdu ce savoir-faire ? Comment se fait-il que ceux qui nous l’ont fait perdre soient admirés alors que ceux qui ont conçu l’Espace n'ont jamais été que des anonymes peu considérés ?

Compléments :
  • Note de M.Delage sur le Design to cost.