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mardi 7 juillet 2009

M.Rocard

J’entendais ce matin que MM.Rocard et Juppé dire leur enthousiasme de travailler à l’emprunt présidentiel. Décidément, M.Sarkozy sait flatter les intelligences. Car MM.Rocard et Juppé sont exceptionnellement intelligents. Alfred Sauvy qualifiait même M.Rocard d’homme le plus intelligent de France.

À quoi reconnaît-on un homme intelligent ? à ce qu’il est supérieur à la multitude. Exemples ? M.Juppé jugeait il y a peu que le peuple français, qu'il représente, se trompait (constitution européenne). Pour M.Rocard, dans un article du Monde entraperçu hier, les citoyens européens sont corrompus par la soif du lucre, ils veulent « faire fortune », ils sont tellement irrécupérables qu’ils ont rejeté la « sociale démocratie », qui était la seule à pouvoir réguler les appétits du marché, et à mettre un terme aux crises récurrentes du capitalisme.

Étrangement, pour un socialiste, il semble mettre la crise au compte de la nature mauvaise de quelques banquiers assoiffés d’argent. Par contraste les universitaires américains pensent la crise comme pathologie sociale. Ils observent que lorsqu’un pays est soumis à un flux de capitaux, cela déclenche, mécaniquement, une spéculation.

Dans tous les cas, c’est vrai, on est ramené à un problème de régulation, soit du criminel, soit des pathologies du capitalisme. Mais le vote européen rejette-t-il une réglementation socio-démocrate, traduit-il la soif du gain ? Certains disent que les électeurs ont trouvé les partis « libéraux » plus socio-démocrates que les socio-démocrates. En France, le triomphe des verts ne semble pas corroborer l’opinion rocardienne. J’ai du mal à apercevoir des gens qui « veulent faire fortune ». Certes, les dirigeants demandent un salaire correspondant à celui de leurs homologues internationaux, mais c’est une question d’honneur.

D’ailleurs le collaborateur présidentiel a-t-il raison de se lamenter de la fragilité du système financier mondial, et de l’arrogance triomphante du banquier ?

  1. Mettez-vous à la place du banquier : peut-il dire qu’il a été un escroc, que son salaire était immérité ? Il obéit au principe de « cohérence » (cf. les travaux de R.Cialdini), il rationalise ce qu’il a fait ? Cela ne signifie pas qu’il ne soit pas prêt à changer : son anxiété de survie est élevée, mais aussi son anxiété d’apprentissage. Il ne sait pas comment faire pour se transformer, sans perdre ce qui faisait l’intérêt de sa vie. Il est dos au mur
  2. Que le système puisse exploser à tout instant, qu’il manque d’argent, pourrait être bénéfique. La crise touche les bases mêmes du modèle d’organisation mondiale, elle ne se résoudra pas par miracle, elle demande une réinvention évidemment compliquée, et l’inquiétude, mais une inquiétude non paralysante (« le dégel » au sens de Kurt Lewin), lui est favorable.

Mais, au fond, les actes de M.Rocard n’approuvent-ils pas la majorité ? Ne disent-ils pas que les partis sociaux démocrates n'ont rien de sociaux démocrates, et que les partis libéraux sont la seule solution dont nous disposions : ne va-t-il pas leur prêter main forte ?

Compléments :

mercredi 17 juin 2009

Les délocalisations sont devant nous ?

Richard Baldwin fait état d’une étude qui estimerait à 30 ou 40 millions les pertes d’emplois du secteur des services causées aux USA par la combinaison des faibles salaires émergents et des nouvelles possibilités des télécoms.

Il fait remarquer que les choses ne se passent pas comme cela : les emplois ne sont pas éliminés mais déplacés. Les millions perdus sont recréés ailleurs. Les services que peut produire l’Inde ne sont pas ceux que peut produire l’Amérique, par conséquent l’Inde achètera les services de l’Amérique et réciproquement, de même que les voitures allemandes n’ont pas condamné la production française.

Heureusement qu’il en est ainsi : l’économie mondiale est un échange. Si un pays ne peut pas acheter, parce que son peuple est au chômage, l’autre ne peut pas produire. Par conséquent, il est fort difficile de voler des emplois sans que ça vous retombe sur le nez.

Et ce n’est pas comme cela que ça se passe ordinairement. Un ami travaille avec les USA, il a sous-traité la partie la plus simple de sa « relation client » au Pakistan. Cela lui permet de se dégager de cette tâche qu’il n’aime pas et de faire ce qui compte vraiment pour ses clients, dont il multiplie le nombre.

On est dans une situation qui ressemble à celle de l’automatisation. Il y a gain de productivité pour une personne donnée. Le temps dégagé lui permet de développer des compétences qui jusque-là n’étaient pas présentes, d’enrichir le monde de ce qu’il ne connaissait pas.

Mais tout n’est pas rose. Comme le dit Alfred Sauvy, la machine ne crée pas le chômage, par contre elle force le pays à de douloureux changements, et ces frottements sont, eux, responsables du chômage. Il suggérait que l'état guide la transition, un genre de flexisécurité danoise.

Compléments :

  • SAUVY, Alfred, La machine et le chômage, Dunod, 1993.