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vendredi 22 juillet 2022

Le chômeur est-il un paresseux ?

Le gouvernement veut réduire les allocations chômage, pour faire baisser le chômage. Bonne idée ?

Qui sont les chômeurs ? D'après l'INSEE, un moins de 25 ans sur 5 est au chômage. De l'ordre de 7% pour les 25 / 50 ans, et moins de 6% pour les plus de 50 ans. Curieusement, pour le chômage long, toutes les classes semblent à peu près au même niveau : 2%. 

Qu'est-ce que cela dit ? Que les jeunes ont du mal à trouver un travail, et que les vieux, une fois licenciés n'en trouvent plus. (D'ailleurs, ont-ils intérêt, dans la perspective de leur retraite, à prendre un emploi mal payé ?) Quant aux autres, il ne faut pas oublier que, avec la bénédiction du gouvernement, le chômage sert de capital d'amorçage à beaucoup d'entrepreneurs. 

Autrement dit, plus que la paresse, il est possible qu'il faille incriminer l'inadaptation de l'offre à la demande, largement due à l'Education nationale qui ne sait former que des intellectuels, les pratiques de l'entreprise, et le manque de mémoire du gouvernement ?  

mercredi 3 novembre 2021

Demain le plein emploi ?

Source : France-inflation

Après guerre, on était persuadé que le chômage était la cause le nazisme. Et, donc ?, il y avait plein emploi. 

Puis une autre doctrine s'est imposée : la concurrence est synonyme de performance. Ne gardons que les meilleurs. Le chômage a grimpé. Pas de réaction. Mais pas de performance non plus. Et, paradoxalement, ce sont les révoltés de 68, les jeunes, qui ont fait le plus les frais du changement. 

Et si l'on essayait à nouveau le plein emploi ? Il y a une raison toute bête à cela. Si tout le monde travaille, les entreprises sont à plein régime, et elles paient des impôts. De surcroît on ne rémunère plus de chômage. L'Etat n'a plus de dettes. 

Mais comment l'entreprise trouvera-t-elle de nouvelles ressources  ? Après guerre, il y avait certes de l'emploi, mais c'était un emploi taylorien, de machine. Et il y avait une forte immigration. 

Cela signifie que l'entreprise doit se transformer. La main d'oeuvre devient un paramètre stratégique. Le recrutement se fait au compte-goutte, probablement, comme en Allemagne, par la formation en entreprise de stagiaires. Pour le reste c'est le gain de productivité et l'accroissement de la qualification du personnel qui permet la croissance. Le personnel devient, comme en Allemagne, associé à l'entreprise. Fin de la lutte des classes. Et il l'est d'autant plus qu'un tel modèle d'entreprise est très compliqué à faire évoluer pour une tête seule. Le dirigeant devra mobiliser au mieux "l'intelligence collective" pour cela. (Au niveau de la nation, c'est le modèle dit de la "flexisécurité".)

Et si la condition nécessaire et suffisante du plein emploi était d'être intelligent ?

samedi 21 juillet 2018

Le député résiste au changement

Nos députés luttent, avec l'énergie du désespoir, contre les suppressions de postes que leur impose M.Macron. M.Macron leur inflige ce qui ne les émeut guère lorsque cela arrive au reste de la population : le chômage. Faut-il aimer la vengeance ?

Je ne le pense pas. M.Macron semble s'être fait une spécialité du passage en force. Il ne se donne même pas la peine d'expliquer le sens de ses réformes. Celle-ci a été préparée par des générations d'esprits brillants, qui ont montré qu'il y avait trop de députés, disposant de trop peu de moyens. Des députés en nombre réduit seraient des députés efficaces. Pourquoi ne pas nous le rappeler ? Cette réforme a été préparée par ceux qui s'y opposent aujourd'hui. Surtout, pourquoi ne pas faire ce que l'on ne fait pas dans l'entreprise : faciliter la reconversion du député chômeur ? Cela serait un exemple de flexisécurité. Et cela montrerait que nous avons encore quelques vertus chrétiennes.

samedi 16 janvier 2016

Des CDD, plus de CDI ?

J'ai l'impression que l'armée fonctionne sur le mode du CDD long. Et cela me semble une formule intéressante. 

Aujourd'hui, nous avons des CDI que l'on accuse de rigidité et de favoriser des comportements de rentiers, et des CDD courts, dont on dit qu'ils maintiennent l'individu dans la précarité et ne lui fournissent pas le temps long nécessaire au développement de qualifications qui assurent son employabilité, et qui profitent à la société. 

Le CDD long permet de construire une carrière par étapes. Chaque changement est une nouvelle aventure professionnelle. Surtout, le CDD est assorti, en fin, d'une période de recherche et de formation, aidé par des services spécialisés. Ce serait un moyen de réaliser la fameuse flexisécurité qui nous résiste depuis des années. 

(Cela pourrait se combiner à une plus grande utilisation de formules d'emploi non salarial.)

dimanche 3 mars 2013

De la démocratie sociale en France

Apparemment des députés de la majorité parlent de démocratie sociale. Ce qu'ils entendent par là est mystérieux pour moi. Mais il y a quelque-chose qui me semble juste :
 "Aucune réforme économique ne peut s'inscrire dans la durée sans un dialogue social permanent" et "la qualité de ce dialogue est un élément essentiel de la compétitivité du pays"
Le problème de la France est une disjonction entre peuple et dirigeants. Le peuple se méfie de son gouvernement. Ce qui rend quasi impossible le moindre changement. Or, les problèmes du pays viennent en grande partie de ce que notre environnement a massivement changé, et que nous sommes restés inertes. Nous subissons donc la loi de l'étranger, qui n'est vraiment pas dans notre intérêt.

La France ne pourra bouger, et bouger intelligemment, que si elle est solidaire. Et, à défaut d'un dirigeant de droit divin capable de formuler une vision dans laquelle la nation se reconnaisse, type de Gaulle, le meilleur moyen pour ce faire et de favoriser le partage de la prise de décision. Ce qui semble être ce que l'on entend par démocratie sociale.

Malheureusement, nous ne sommes pas Allemands. Un des fondements de notre culture est le conflit. Nous sommes formés pour cela. C'est quasiment un réflexe pavlovien. Et pas uniquement de la CGT.  Mais surtout, ce qui nous manque est le sens pratique allemand. C'est d'ailleurs ce qui me fait croire, comme la CGT, qu'un accord de flexisécurité va se traduire par une augmentation du chômage, et une dégradation de la compétitivité du pays. Car la flexisécurité sous-entend de pouvoir former et replacer les personnels licenciés. Or, nous n'avons aucun dispositif pratique pour ce faire. Son adoption risque donc de conduire à des vagues de licenciements, à une dépression générale de la consommation, mauvaise pour l'entreprise, et à un gonflement des charges de l'Etat, qui devra payer une cohorte supplémentaire de chômeurs.

La démocratie sociale ce n'est pas que de belles paroles, c'est surtout de l'action concrète. Et, dans ce domaine, le Français est invraisemblablement handicapé.

mercredi 5 décembre 2012

Attali, la Maginite et l’économie sociale

Pourquoi parle-t-on des 600 personnes de Florange, qui ont un salaire, dont beaucoup sont proches de la retraite et à qui l’on pourrait, de toute manière, payer une reconversion, et pas des 50.000 nouveaux chômeurs mensuels ? disait Jacques Attali, ce matin, à France Culture. Pire, pour conserver ces emplois il est question de centaines de millions d’euros ! On pourrait payer beaucoup de monde avec tout cet argent !
Pourquoi la France s’entête-t-elle a refuser le changement ? Pourquoi ne reconnaît-elle pas que certains métiers disparaissent ? Qu’il faut aider ceux qui les faisaient à trouver un nouvel emploi en leur donnant les moyens d’acquérir la formation nécessaire ? (Flexisécurité.)

Serais-je d’accord avec Jacques Attali ? Si l’automobile, par exemple, est à l’article de la mort, c’est parce qu’elle n’a pas pris les bonnes décisions au bon moment. Si elle l’avait fait, il n’est pas dit qu’elle n’emploierait pas plus de monde aujourd’hui, qu’hier… Maintenant, il est trop tard. Toute résistance est vaine. C’est parce que la France refuse le changement, qu’elle en est victime. Elle est paralysée par le syndrome de la ligne Maginot, ou de l’autruche.

Le noeud du problème est peut-être bien notre conception du rôle de l’Etat. Du despotisme éclairé que décrit Tocqueville, dirigiste, bureaucratique, taylorien, il doit passer à la République, autre nom de l'économie sociale. Autrement dit, il ne doit plus nous imposer une ligne de conduite rigide, mais être le donneur d’aide de l’initiative individuelle.

Je suis à peu près certain que le petit peuple est prêt pour cette grande transformation. C’est dans la tête des grands fauves qui nous gouvernent que doit se faire le changement. Pour la première fois depuis Louis XIV, un gouvernant doit admettre qu’il n’est pas omniscient. Jacques Attali, ingénieur des Mines et inspecteur des finances, sera-t-il l’hirondelle qui fait le printemps ? 

mercredi 12 septembre 2012

M.Hollande ou l’art du non agir ?

La France reprochait au gouvernement son manque d’activité. M.Hollande contrattaque : il augmente les impôts. J’imagine que le Français est satisfait : il a eu ce qu’il voulait.

C’est une bonne idée d’imposer loin des élections. Si la mesure fonctionne, sa douleur aura été oubliée au moment de voter. Les maires agissent ainsi : ils veillent à ce que le chaos produit par la construction des lignes de tram soit oublié au moment des municipales. Autre tactique : mesures exceptionnelles (imposition à 75%). Cela semble obéir à une nouvelle mode : le prélèvement unique, qui a l’avantage de ne pas pousser ses victimes à quitter le pays.

Malheureusement, en France, les mesures exceptionnelles ne le sont jamais longtemps. La CSG, qui serait à nouveau sollicitée, est passée entre Rocard et Jospin de 1,1% à 7,5%, à quoi il faut ajouter la CRDS (0,5%). Curieusement, on nous dit que ces impôts sont « justes », parce qu’ils touchent tous les revenus. Pourtant, ils ne sont guère progressifs… (Ils me semblent même ressembler à la poll tax de Mme Thatcher.)

Par ailleurs, le gouvernement parle d’un mystérieux contrat de génération, dont la mise en œuvre est nébuleuse. Le serpent de mer de la flexisécurité émerge à nouveau. Là aussi les aspects pratiques de la question ne sont pas évoqués.

Que penser de tout ceci ? Que M.Hollande est un praticien du wuwei chinois, l’art du non agir ? C’est un expert de la mesure qui décontenance l’opinion, et qui ne suscite aucune résistance ? Mais une telle mesure est-elle efficace, quand elle n’attaque pas la cause structurelle des déséquilibres nationaux ? Cette cause, d’ailleurs, n’est-elle pas la grande facilité que nos gouvernements ont à dépenser l’argent public (ou à le prélever) ?

dimanche 1 avril 2012

Les réformes de Mario Monti

Mario Monti veut rendre flexible l’emploi italien, comme je le disais dans un précédent billet. Pour cela il aurait recours à la flexisécurité, ce ne serait donc pas une mesure purement libérale. C’est du moins ce que dit la Rumeur du Monde de France Culture, samedi.

J’apprends aussi que M.Monti a appartenu à la Commission Attali, et qu’il applique ses recommandations.

C’est certainement fort bien. Mais ce qui les rend compliquées à mettre en oeuvre, c’est leur aspect pratique. En particulier la flexisécurité demande un dispositif remarquablement sophistiqué pour former les personnes licenciées et leur trouver un emploi. Sinon, on crée une classe d’exclus qui deviennent très rapidement inemployables.

L’Italie en sera-t-elle capable ? En tout cas, N.Sarkozy, lui, semble avoir jugé que la tâche était au dessus de ses forces.

Compléments :

vendredi 2 avril 2010

Olivier Ferrand

Entendu ce matin, sur France Culture, ce qui semble être un membre du PS. Enfin quelqu’un qui parle des problèmes de la France :
  • Déficits structurels
  • Elle investit beaucoup trop peu.
C’était court, et je n’ai pas retenu grand-chose d’autre. Mais c’est bien. Nous avons besoin de poser clairement les problèmes avant de considérer quelles solutions nous devrions leur donner.

Compléments :
  • Le sujet de l’État et du rôle du service public me semblent aussi devoir être posés. Je soupçonne que, pour faire des économies, le gouvernement enlève actuellement le personnel de là où il est utile, sans attaquer les réelles causes d’inefficacité du système.
  • En outre, il faut mettre un terme au chômage, qui fait que 10% de notre population doit être alimentée sans qu’elle puisse contribuer à l’assurance sociale. Ce qui me semble passer par la flexisécurité. Elle est difficile à mettre en place, mais l’enjeu est colossal, et d'autres ont réussi (pays nordiques), pourquoi pas nous ? Mais là, j’avance des solutions. 

mardi 2 février 2010

Protection sociale

La France change beaucoup plus qu’on ne le dit. Sa conception de la protection sociale s’est transformée du tout au tout en quelques décennies :

Changement de principes

Sa finalité initiale était « l’intégration » de la nation, et notamment des pauvres. Cela signifiait une logique de plein emploi et un système d’assurance sociale payée par le salarié sur son salaire (logique de l’assurance). La préoccupation du système était la lutte contre le chômage, dont l’outil était l’augmentation des prestations sociales (d’où augmentation de la demande, qui tire l’économie - Keynésianisme). Les rôles étaient bien définis : l’État s’occupait du politique, le patronat de l’entreprise et le syndicat des institutions de protection sociale.

Aujourd’hui, une partie importante de la population dépend du RMI qui est alimenté par l’impôt, donc contrôlé par l’État et la France qui travaille est régie par un système mixte assurance sociale, assurance privée. L’anxiété nationale n’est plus le chômage, mais l’inflation, l’outil d’intervention est la relance par l’offre et la rigueur budgétaire (Monétarisme).

Les étapes du changement

Transformation progressive :

  • Le système initial est rongé par l’augmentation de ses coûts : crise, chômage, mais aussi rapide augmentation des services offerts par l’assurance sociale. Il réagit selon sa logique : en augmentant les recettes (primes d’assurance, donc prélèvements sociaux sur les salaires) - la réduction des coûts aurait été inacceptable aux syndicats ; puis en retirant du service les personnes les plus âgées (retraite ramenée de 65 à 60 ans). Deux relances keynésiennes (Chirac et Maurois) sont des échecs.
  • C’est alors que l’Europe entre en lice. Ses principes fondateurs semblent être « Monétaristes », à l’opposé de ceux qui prévalaient jusque-là dans les États européens. Leur adoption signifie l’impossibilité des déficits sociaux. C’est l’excuse (?) que trouvent alors les gouvernements pour attaquer les dépenses des systèmes sociaux.
  • Progressivement de victimes de la crise, ces systèmes sont perçus comme sa cause. On dit alors que l’augmentation des cotisations pèse sur la compétitivité des entreprises et crée le chômage ; que ces systèmes ne prévoient pas le cas du chômeur ; que la gestion paritaire encourage l’irresponsabilité.
  • Les prestations sociales sont réduites, l’appel au marché augmenté (complémentaires…), les exclus du système sont pris en charge par les allocations de revenu minimal alimentées par l’impôt (CSG), la protection sociale échappe de plus en plus aux syndicats et ses coûts sont contrôlés par l’Assemblée.

Le mécanisme du changement

Ces changements auraient été introduits « à la marge » puis étendus. Si bien que les tenants de l’État providence ne se sont pas méfiés. Il est aussi possible qu’il y ait eu marché de dupes, les intérêts que chacun y trouve étant contradictoires. Surtout ce changement est l’histoire de la construction d’un consensus, ses acteurs (notamment les syndicats, la CFDT ayant joué les premiers rôles) s’étant convaincus qu’il était le seul possible. Cette communauté d’idées serait-elle favorisée par le fait qu’ils passent leur existence ensemble, commission après commission, et finissent par penser la même chose ?

Commentaires

Voilà un constat qui me laisse avec plus de questions que de réponses :

  • Il semblerait que les théories économiques ne ressortissent pas à la science, mais à l’idéologie. Le Keynésianisme serait favorable au « peuple », le Monétarisme au « capital ».
  • Il n’y en aurait pas une qui serait meilleure que l’autre, mais toutes les deux aboutiraient à un monde particulier. Par exemple, l’application du modèle favorable au « capital » (à la production) semble de tous temps générer une population d’exclus, qui sont pris en charge par la collectivité (les paroisses pour le capitalisme anglais original, l’État et le RMI aujourd’hui).
  • Leur succès ne serait donc pas une question de lois de la nature, mais de volonté. Si nous avons renoncé à l’État providence, c’est que nous n’en voulions plus ? Peut-être aussi, comme le dit cette étude, nous n’avons pas compris où nous nous engagions, et n’avons pas fait les efforts nécessaires à la survie d'un modèle qui était incompatible avec un chômage élevé. (La solution à ce problème serait-elle la « flexisécurité » ?)
  • Ce texte pose la question du rôle de l’Europe. Elle semble avoir été conçue sur un modèle « monétariste », selon le consensus qui prévalait parmi les élites mondiales. De ce fait, il leur était facile d’arguer des contraintes européennes (à l’origine desquelles elles étaient) pour mettre un terme aux États providences nationaux, incompatibles avec elles.

Compléments :

  • L’origine de mes réflexions : PALIER, Bruno, Un long adieu à Bismarck ? Les évolutions de la protection sociale in La France en mutation, 1980 – 2005, Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006.
  • Une autre vision de l’impact de l’Europe sur l’organisation des nations : Chaos européen.
  • Le renouvellement de la logique des principes d'une société par une idée, apparemment inoffensive, rappelle ce que dit Les Lumières.

vendredi 20 novembre 2009

Nature de l’entreprise française

Je suis allé chercher l’étude qui était à l’origine de L’entreprise française doit changer ? Étonnant :

Les entreprises françaises sont parvenues à maîtriser la variation de leurs revenus. (Ils sont quasiment devenus prévisibles, le chiffre d’affaires, lui, continuait à énormément fluctuer.) Pour cela, elles n’ont gardé que le cœur de leur activité donnant le reste à la sous-traitance qui a construit sa flexibilité sur l’intérim et les CDD. Sous-traitance et travailleurs précaires encaissent les secousses.

Mais un tissu d’entreprises concentrées sur elles-mêmes est peu adaptable, il n’est pas favorable à la combinaison de talents que réclame l’innovation rendue impérative par le nécessaire renouvellement d’un modèle économique qui épuise la planète.

L’auteur du rapport est favorable à la flexisécurité.

Compléments :

mardi 23 juin 2009

Discours présidentiel

Hier discours du président de la République. J’ai hésité. Commente, commente pas ? Si j’avais commenté, voilà ce que j’aurais dit :

Ce discours évoque le programme des présidentielles, en ce que l’analyse des inquiétudes nationales est sûrement bonne et que les sentiments sont tout aussi bons. Je ne suis pas enthousiaste parce que le scénario suivant semble se répéter : bon diagnostic, bonnes paroles, et c’est tout ; la situation empire donc ; bon diagnostic, bonnes paroles... Le président sait lire les sondages, mais la mise en œuvre du changement n’est pas son art premier.

Certes, mais n’est-ce pas le sort de tout discours ? Comment en tirer une quelconque idée de ce que va faire celui qui le prononce, et de ses chances de mettre en œuvre ses propos ?

Si ce discours avait fait un diagnostic convainquant, et inattendu, du mal de la France - par exemple, notre problème est notre dette ; s’il avait été suivi d’une explication convaincante du mal - par exemple, dettes endémiques, plan de relance, sécurité sociale, chômage, vieillissement de la population ; s’il avait continué par une explication convaincante des remèdes au mal - la France doit travailler plus pour gagner plus - et augmenter la masse globale d’impôts (= il faut accroître le nombre de gens qui travaillent) ; s’il avait indiqué les moyens envisagés - flexisécurité, allongement de la durée travaillée ; s’il avait dit les difficultés qu’allaient rencontrer ces moyens (ce qui manque à la France pour mettre en place la flexisécurité danoise, et les blocages à une augmentation de l’âge de la retraite), qui expliquent pourquoi on n’y a pas eu recours plus tôt ; s’il avait conclu, de manière convaincante, en nous laissant entrevoir comment il allait régler ces questions, les moyens qu’il mobilisait ; alors l’allocution présidentielle aurait été un grand moment.

Compléments :

  • On notera au passage que cet exemple de discours (qui n'a d'autre vertu que d'être un exemple) aurait eu l'avantage supplémentaire de dire que le chômage était l'ennemi du pays contre lequel toutes ses forces étaient combinées, non un mal ennuyeux, mais secondaire.
  • Une envolée lyrique concernant l'écologie, envisagée il y a encore peu, aurait pu aussi faire l'affaire. Il aurait suffi de montrer que la France avait un avantage concurrentiel dans ce domaine et que l'exploiter nous permettait de relever la tête et de ne plus craindre les aléas climatiques et économiques.

mercredi 17 juin 2009

Les délocalisations sont devant nous ?

Richard Baldwin fait état d’une étude qui estimerait à 30 ou 40 millions les pertes d’emplois du secteur des services causées aux USA par la combinaison des faibles salaires émergents et des nouvelles possibilités des télécoms.

Il fait remarquer que les choses ne se passent pas comme cela : les emplois ne sont pas éliminés mais déplacés. Les millions perdus sont recréés ailleurs. Les services que peut produire l’Inde ne sont pas ceux que peut produire l’Amérique, par conséquent l’Inde achètera les services de l’Amérique et réciproquement, de même que les voitures allemandes n’ont pas condamné la production française.

Heureusement qu’il en est ainsi : l’économie mondiale est un échange. Si un pays ne peut pas acheter, parce que son peuple est au chômage, l’autre ne peut pas produire. Par conséquent, il est fort difficile de voler des emplois sans que ça vous retombe sur le nez.

Et ce n’est pas comme cela que ça se passe ordinairement. Un ami travaille avec les USA, il a sous-traité la partie la plus simple de sa « relation client » au Pakistan. Cela lui permet de se dégager de cette tâche qu’il n’aime pas et de faire ce qui compte vraiment pour ses clients, dont il multiplie le nombre.

On est dans une situation qui ressemble à celle de l’automatisation. Il y a gain de productivité pour une personne donnée. Le temps dégagé lui permet de développer des compétences qui jusque-là n’étaient pas présentes, d’enrichir le monde de ce qu’il ne connaissait pas.

Mais tout n’est pas rose. Comme le dit Alfred Sauvy, la machine ne crée pas le chômage, par contre elle force le pays à de douloureux changements, et ces frottements sont, eux, responsables du chômage. Il suggérait que l'état guide la transition, un genre de flexisécurité danoise.

Compléments :

  • SAUVY, Alfred, La machine et le chômage, Dunod, 1993.

mercredi 18 février 2009

Le Français a-t-il besoin d’argent ?

Dans le billet précédent Nicolas Sarkozy semble chercher l’argent d’une relance par la consommation. Est-ce la solution au problème français ?

Ce qui grippe actuellement l’économie américaine et fait envisager la nationalisation des banques est l’incertitude : chacun ayant peur se recroqueville. Paradoxalement le phénomène paralyse toute la société, et non, seulement, la minorité susceptible d’être atteinte. D’où l’inefficacité d’une relance par la consommation : quand on a peur, on épargne.

Et s’il en était de même pour la consommation française ? De quoi les consommateurs ont-ils peur ? Du licenciement ? N’est-ce pas ce que dit le programme électoral de notre président ?

Un moyen de les rassurer ? Leur assurer un avenir. La flexisécurité prévue par le candidat Sarkozy pourrait être une bien meilleure solution que de distribuer de l’argent qui risque de ne pas être dépensé.

Compléments :

jeudi 12 février 2009

Combattre l’anxiété d’apprentissage présidentielle

Suite de ce qui précède. Dans le programme présidentiel de Nicolas Sarkozy (Ensemble tout devient possible) se trouve la flexisécurité : le chômeur est payé 90% de son salaire et soumis à un programme de requalification musclé qui lui permet de trouver très rapidement un poste.

Pourquoi a-t-on enterré cette mesure ? N’est-elle pas particulièrement adaptée à la situation actuelle ?

  • Elle coûte cher ? Pas forcément : avec un système de réorientation et de formation efficace, le chômeur ne reste pas longtemps inactif.
  • Mais a-t-on un tel système ? Je soupçonne qu’avec un peu de bonne volonté on devrait pouvoir stimuler la demande d’emplois et aider l’offre à s’orienter correctement (n'y a-t-il pas d’énormes agences de l’Etat dont c’est la fonction ? Ne sommes-nous pas un pays dirigiste ?). Le plus problématique est peut-être la formation professionnelle. L’enseignement français tend à être théorique. Mais il a sûrement fait des progrès ces dernières décennies. 
  • D’ailleurs, l’urgence de la situation et notre faculté nationale à nous transcender dans une telle circonstance ne sont-elles pas des conditions favorables à une amélioration rapide et décisive de son efficacité ? Et notre président n’a-t-il pas le talent d’animateur qu’il faut à un tel changement ?

Complément :

vendredi 12 décembre 2008

Du bienfait du fonctionnariat

Parmi les techniques anticycliques, il y a le fonctionnariat.
C’est une question d’assurance. L’homme laissé à lui-même, et menacé de licenciement, doit s’auto assurer. Il tend donc à beaucoup économiser. Le fonctionnaire n’économise pas, parce que son avenir est assuré. Assuré par l’ensemble de l’économie. Il dépense donc plus que l’individu isolé, et surtout de manière régulière.

Des mécanismes équivalents, ou proches. Le modèle allemand qui veut que l’ensemble de la masse salariale d’une entreprise se contracte en période de crise, mais qu’il n’y ait pas de licenciements. La flexisécurité danoise, qui ne lie pas l’homme à l’entreprise, les transitions entre emplois étant prises en main par l’état, sans baisse sensible de salaire.

L’Amérique récente proposait une solution innovante : faire croire à une croissance éternelle. Non seulement ne pas économiser, mais encore s’endetter massivement.

Soyons anticycliques.
Défense du modèle allemand.
Contre la participation de Laurence Parisot (flexisécurité).

mercredi 26 novembre 2008

Idéologie et théorie économique

Réflexion sur l'importance de l'hypothèse dans la théorie économique.

La seule chose que l’économiste ne donne pas, ce sont ses hypothèses, or, elles conditionnent ses résultats.

Le modèle anglo-saxon.

La théorie économique dominante fait l’hypothèse que l’entreprise appartient à l’actionnaire, et que le management doit servir l’actionnaire. Le problème de l’économie devient alors : comment faire que le management ne vole pas le titulaire du droit de propriété ?

Le modèle du droit français.

Pour le droit français, l’entreprise est un être vivant. Par conséquent tout ce qui nuit à ses intérêts est condamné. Ceux qui participent à sa vie ont donc des devoirs avant d’avoir des droits.
Quelle théorie pourrait s’appliquer à ce modèle ? Probablement celui du bien commun. Dans cette théorie, on ne tire du bien commun qu’en fonction de son apport. Et la liberté d’entrée sortie est sévèrement réglementée. C’est un modèle « communiste ».
Bizarrement, il semble que ce modèle soit plus scientifique que le précédent. La sociologie et la théorie de la complexité considèrent que le groupe d’hommes est autre chose que ses composants, qu’il n’est la chose de personne, qu’il est une fin, et non un moyen, selon la terminologie de Kant.

Le modèle danois

Le modèle de la flexisécurité danois fait l’hypothèse implicite que le sort de l’employé n’est pas lié à une entreprise. En cela, il ressemble à l’investisseur, qui investit où bon lui semble. Tous les deux servent l’économie. C’est le modèle précédent, mais étendu à l’économie nationale.

Comment choisir le bon modèle ?

Pour choisir le « bon modèle » (en imaginant qu’il y en ait un) l’argument scientifique n’est pas adapté. D’ailleurs, je soupçonne que dans le cas anglo-saxon, le rôle de la théorie économique est moins d’atteindre la vérité scientifique que de d’affirmer qu’elle est respectée afin d’assurer la stabilité de l’édifice social, dont la base est probablement le droit de propriété. La science est l’opium du peuple. Marx n’avait-il pas appelé son socialisme « scientifique » ?

Celui qui gagnera sera le plus fort.

Par contre, les contradictions internes d’une culture peuvent lui être fatales. La tendance du modèle anglo-saxon à la « lutte des classes » est incompatible avec ce qu’il semble entendre par « valeurs démocratiques ». De même, il ne peut pas en même temps prêcher la religion de la science et aller contre ses conclusions. La solution trouvée jusque-là a été l’hypocrisie. Elle n’est pas durable.

Complément :
  • On se méprend souvent sur le rôle de la science. Par exemple la classe ouvrière anglaise a voulu montrer à ses gouvernants qu’ils n’étaient pas cohérents avec les principes qu’ils prêchaient. On lui a répondu que c’était sans importance. THOMPSON, E.P., The Making of the English Working Class, Vintage Books USA, 1966. La particularité de la pensée anglo-saxonne est qu’elle paraît non symétrique : elle ne s’applique pas à celui qui la formule. Et Dieu créa l'Anglo-saxon.
  • La théorie économique dominante semble cohérente avec un modèle d’organisation en classes sociales. Grande illusion. Les sociétés américaines et françaises tendent à s’organiser suivant ce modèle. Parallélisme France USA. Le jeune de la classe supérieure occupe une position élevée dans l’entreprise (cf. l’Ancien régime). De ce fait il n’en connaît pas le métier. Il ne peut donc pas la développer. Il enrichit son actionnaire, et lui-même, par d’autres moyens (Le gouvernement promeut le tutorat) : réduction salariale, bulles spéculatives qui le déconnectent un instant de la réalité (Crash de 29 : mécanisme).
  • Dans le modèle du bien commun, tous ceux qui contribuent à son entretien en sont propriétaires. Governing the commons
  • Sur les fondements du modèle anglo-saxon (et notamment l’importance du droit de propriété) : Droit naturel et histoire.
  • La nature que le droit français prête à l’entreprise surprend toujours l’entrepreneur qui ne comprend pas pourquoi on lui reproche de taper dans la caisse de l’entreprise qu’il a créée. MIELLET, Dominique, RICHARD, Bertrand, Dirigeant de société : un métier à risques, Editions d'Organisation, 1995.
  • Flexisécurité : Contre la participation de Laurence Parisot.

jeudi 9 octobre 2008

Changement, communication et crise

Le changement c’est une crise, c’est la menace du licenciement, de la précarité, de gains de productivité obtenus par la force et contre toute logique… Si c’est cela, pour vous, le changement, c’est que vos techniques ne sont pas au point.
  • Certes, l’entreprise française ne sachant pas changer, ses évolutions sont sanglantes. Elle attend trop. Et elle confond changement et démolition. Mais, si vous êtes correctement formé, le changement ce n’est pas cela, même en situation difficile. Le changement c’est d’abord prendre le taureau par les cornes : oui, on veut redresser la rentabilité de l’entreprise. Oui, on aurait dû le faire plus tôt. Oui, cela signifie des licenciements. Mais le licenciement n’est inacceptable que s’il condamne l’homme à un chômage sans espoir. Le système de flexisécurité danois arrive rapidement à placer les personnels licenciés. Pourquoi une entreprise ne serait pas aussi efficace qu’une administration ?
  • Lorsque le changement est subi, lorsque la menace reste sourde, alors il fait peur et il traumatise. Quand on a mis la question sur la table et que l’on s’est donné les moyens de la résoudre, alors le changement est stimulant.
  • Pour faire passer la pilule du changement on parle de communication. Il faut « convaincre », nous enseigne-t-on. Ridicule : que dirions-nous si l’on apprenait que d’autres essaient de nous « convaincre » ? Qu’ils nous prennent pour des benêts ? Qu’ils nous bercent d’illusions pour nous berner ? Nous n’avons pas besoin d’être convaincus : nous voulons comprendre, être traités comme des responsables, pas comme des assistés.
  • La seule communication qui vaille, c’est un exposé ferme du problème auquel nous faisons face et des moyens qu'on nous donne pour le traiter. Et que l’on nous fasse confiance pour le résoudre !

lundi 22 septembre 2008

Flexisécurité portugaise

Réforme du code du travail au Portugal. Esprit : flexisécurité. J’ai dit plus bas que son principe est de dégager l’employé du risque de l’actionnaire. Ça marche très bien au Danemark. Pas l’air terrible au Portugal.
  • Difficile de mettre en œuvre de telles mesures en claquant des doigts. Elles supposent une organisation qui remet le salarié licencié en selle extrêmement vite. En effet, il y a alors tentation de licenciements massifs et le chômage étant payé quasiment au prix du salaire, l’assurance chômage peut vite se retrouver à genoux.
  • Ce qui signifie 1) un système d’incitation à la recherche d'emploi très stimulant 2) des méthodes de requalification (formation du chômeur) particulièrement efficaces, c'est-à-dire proches des besoins des entreprises qui ont le vent en poupe.
  • Je pense que la France n'a ni l'un ni l'autre.
Compléments :