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vendredi 16 septembre 2022

Wagon ivre

"Alors que la fréquentation des trains a connu une nette hausse ces derniers mois, qu'il s'agisse des TGV, des Intercités, des trains de nuit et des TER, les difficultés sont grandes pour les voyageurs, pointe la Fnaut. "Tous les trains, nous dit la SNCF, sont mobilisés et roulent. Mais l'insuffisance de matériel et de personnel, la limitation de vitesse, l'allongement des temps de parcours, les retards et incidents entraînent des conditions de voyage insupportables", souligne Bruno Gazeau. Plusieurs régions en ont fait les frais récemment (Grand Est, Hauts-de-France, Normandie, Paca…)." (Article.)

La France consacre beaucoup moins de moyens au train que ses voisins, lit-on aussi, alors qu'à l'heure de la transition climatique, il devrait être une priorité. ("Elle consacre en 2021, 45 euros par habitant et par an à son réseau, l’Allemagne 124, l’Italie 103, la Grande Bretagne 158, l’Autriche 271 et la Suisse 413 euros.")  

La question que tout ceci pose est : comment en sommes-nous arrivés là ? 

Nous avons été excellemment gérés par des économistes dont la seule obsession était de rendre l'Etat et ses services efficaces. Peut-être que, en faisant l'envers de leurs politiques, on parviendrait à redresser la SNCF, et notre pays ?

vendredi 26 août 2022

Inflation

Il n'y aura pas d'inflation, disaient les économistes... Nouvelle démonstration que le ridicule ne tue pas ?

Pour autant, faut-il avoir peur de l'inflation ? Peut-être, seulement, si l'on s'en tient à ce que nous en disent les économistes. 

L'inflation n'est pas homogène. Il n'y a pas "une" inflation. D'ailleurs, ce que l'on appelle "inflation" ne touche que le panier de la ménagère. (Cela n'a même pas encore été ébranlé par la théorie du genre.) Que l'immobilier ou les actions s'enflamment, on s'en fiche. 

Du coup, une grosse partie de la population peut absorber l'inflation sans dommage. Ce qui est plus grave est le sort de celle qui est à la limite du niveau de flottaison (Gilets jaunes ou autres). Et c'est pourquoi les gouvernements essaient d'amortir le choc, avec des programmes qui visent à la protéger. Ils espèrent ainsi enrayer le cercle vicieux de l'inflation : la hausse de salaire qui a pour seule raison de devancer la hausse des prix. 

Pour donner raison aux économistes, il ne faut pas suivre leurs recommandations ? Ce qui est déjà une indication utile ?

mercredi 29 juin 2022

Economie et société

Et si l'économie se nourrissait de la destruction de la société ? Question que je me posais en réfléchissant aux malheurs des gens touchés par l'inflation. 

Ils vont devoir renoncer à Netflix et réapprendre à se distraire avec d'autres êtres humains. 

Idem pour l'électro ménager : il a libéré la ménagère pour qu'elle puisse travailler ? Et une fois au travail, elle s'est trouvée l'objet de discriminations inacceptables ? 

Comme tout, l'économie est probablement la meilleure et la pire des choses ? Il faut parvenir à la maîtriser, et éviter, comme aurait dit Marx, qu'elle nous "aliène" ? 

lundi 27 juin 2022

Economie de marché

Le marché est la panacée. Il s'auto-organise pour trouver spontanément et immédiatement une solution optimale. Voilà ce que disaient les autorités scientifiques de ma jeunesse. 

L'expérience justifie-t-elle cette affirmation ?

Les enjeux internationaux de Christine Okrent observaient que le confinement du covid a fait s'effondrer les prix du pétrole. Les producteurs n'ont pas investi dans l'exploitation des gisements. Puis, quand l'économie est repartie, et que la guerre en Ukraine a à nouveau fait monter les prix, ils ont cherché à remplir leurs coffres. La production n'est pas repartie. 

Actuellement, j'interviewe des entrepreneurs. Le covid, aussi, leur a fait énormément de mal. Une entreprise qui démarre a très peu de ressources. Le temps c'est de l'argent. Le moindre accroc et c'est le drame. (Et, d'ailleurs, un drame humain. Car, l'entrepreneur "est" son projet. Pour lui, il se bat jusqu'au bout de ses ressources physiques, comme le fait le champion sportif.)

Les théories économiques ne tiennent pas compte des inerties de la société, de son "irrationalité". Ou plutôt de sa "complexité" au sens de "la théorie de la complexité". Elles sont radicalement fausses, parce qu'elles sont incapables de comprendre ce qui est évident pour chacun d'entre nous. 

Mais ce n'est pas le plus grave. Ce qui l'est est que nos "autorités scientifiques" soient incapables de regarder en face leurs erreurs, et d'en tirer des enseignements. Le prix Nobel est un bonnet d'âne ?

lundi 13 juin 2022

Inflation

Quand nos autorité de la science économique nous ont affirmé qu'il n'y aurait pas d'inflation, on pouvait se douter de ce qui allait arriver.

Une chose n'a pas changé, en tous cas : elles sont toujours aussi sures d'elles-mêmes. 

Et si, au lieu de nous donner des leçons, elles commençaient par apprendre ? Au fond, tout le monde parle de l'inflation, mais sait-on de quoi il s'agit ? 

L'inflation est-elle ce qu'elle fut ? L'inflation est terrible lorsqu'elle touche les biens essentiels pour la survie. Mais, la société de consommation a fait que ces biens pèsent de moins en moins dans notre budget. 

Quel est le rôle de la communication dans l'inflation ? par exemple. On entend, maintenant, la presse nous répéter : "inflation, inflation". Pousse au crime ? Quid de la spéculation ? 

Son véritable danger ? Contrairement à ce que l'on lit dans les ouvrages des économistes, cela semble un phénomène extraordinairement hétérogène. Certains sont incapables de répercuter l'augmentation de la vie, d'autres semblent en profiter. Et surtout, ça a des effets imprévisibles. Cela bouscule les équilibres que l'on avait oubliés. Par exemple cela peut torpiller les assurances vies, lisais-je. 

C'est peut-être là qu'est le véritable danger de l'inflation. Il disloque la société ? Et il en appelle aux instincts les plus vils de l'homme ? 

Dans ces circonstances que doit-on craindre le plus ? Les certitudes de nos autorités ?  

vendredi 1 avril 2022

Le PGE : ruse de l'Etat ?

Le PGE, soutien à l'entreprise pendant le confinement, est généralement vu comme de l'argent jeté par les fenêtres. Peut-on faire confiance au patron français ? Ne dit-on pas que certains l'ont placé en bourse ? 

Et si c'était voulu ?

Une des particularités, mondiales !, de notre économie est le manque de trésorerie, affolant, de ses entreprises. Cela produit un cercle vicieux : l'entreprise ne pouvant pas investir, elle ne produit que du bas de gamme, qui l'oblige à une guerre des prix, qui affaiblit sa trésorerie... Grâce au PGE, qui devient de plus en plus une subvention, la trésorerie de l'entreprise est améliorée. Elle a les moyens d'investir. Elle peut entamer un cercle vertueux. 

Il se trouve qu'une étude de BPI Lab, que cite ce blog, commence, justement, par partir de cette idée d'amélioration de trésorerie. 

Le PGE ne serait donc pas un gaspillage populiste, mais un investissement. Si la rentabilité des entreprises repart à la hausse, les impôts rentreront dans les caisses de l'Etat, les chômeurs ne chômeront plus, et la dette publique disparaîtra. 

Cela va-t-il marcher ? 

En tout cas, cela pourrait en dire long sur la façon dont notre élite gouvernementale nous considère. On croirait entendre Tocqueville ! Le gouvernement fait ce qu'il sait être notre bien, mais sans nous le dire, car nous sommes trop idiots pour le comprendre ?

(Par ailleurs, la technique de l'Etat est peut-être celle de Parmentier : le Français étant un voleur, pour lui faire faire son bien, il faut l'amener à croire qu'il fait un mauvais coup.)

mardi 22 février 2022

Francemali

Le Malien serait-il complotiste ? Il dirait que si une nation aussi puissante que la France ne parvient pas à rétablir l'ordre dans son pays, c'est que cela sert ses intérêts. Son intervention est une façon déguisée de maintenir son emprise coloniale. Voilà ce que j'entendais dans une émission de France Culture un peu lointaine (Christine Okrent). 

Peut-être en vain, ai-je essayé, dans ce blog, d'expliquer comment un président de gauche avait pu prendre une telle décision. Toujours est-il qu'en écoutant cette émission, j'ai pensé qu'il ne servait à rien de critiquer nos gouvernants : ce qui ne va pas, c'est le "système". Tant que l'on ne comprendra pas qu'un pays ne peut pas être dirigé par un homme seul, on continuera à faire des bêtises, et à croire qu'il n'y a pas un président pour rattraper l'autre. Sans doute aurions nous besoin de directions collégiales à l'image de ce qui se fait dans la PME allemande. 

Il y avait plus intéressant, dans cette émission. Il était dit que la force de l'Europe était d'être unie et d'apporter à une nation son savoir-faire de construction d'une économie prospère. 

Serait-ce là l'atout de l'Occident, quand il est bien utilisé ? L'économie est le dernier en date des développements humains, et c'est l'Occident qui continue à en posséder la recette ? 

mardi 8 février 2022

France : le cercle vicieux ?

Surprenante (stupéfiante ?) étude de Patrick Artus. 

Il fait une modélisation systémique de la situation du pays. En bref : 

  1. Pour rendre possible l’égalité qu'exige notre culture, un système de redistribution extrêmement puissant existe, il est efficace, mais il asphyxie l’économie
  2. l’investissement nécessaire à la « transition écologique » en demandant un prélèvement sur la population et l'entreprise, à court terme, semble devoir accélérer violemment le cercle vicieux actuel. 
  3. L'UE présente des effets pervers de type "dilemme du prisonnier".
  4. Le plus surprenant : le noeud du problème serait l’éducation, inadaptée. (Principe du raisonnement : faute d'employés qualifiés, les entreprises ne se développent pas, pour compenser le chômage des non qualifiés, il faut prélever sur les entreprises et les employés, ce qui affaiblit l'économie et l'entreprise...) Le décrochage aurait commencé à se faire sentir au début des années 2000. 
Qu'en penser ? Au moins quelques réflexions :
  • Le fait qu'il existe une sorte de thermostat de l'égalisation a été totalement ignoré jusqu'ici. Les politiques dites "libérales" qui visaient à améliorer la performance du pays ont dû faire exactement le contraire. (Ouvrir la porte d'un réfrigérateur n'abaisse pas sa température, mais augmente sa consommation d'énergie...)
  • La "transition écologique", quoi que l'on en pense, est une crise sans cause immédiate, qui risque d'avoir des conséquences redoutables. 
  • Il est clair que notre éducation a perdu le sens des réalités, que ses résultats sont abyssaux et que cela se traduit par chômage et pénurie RH. Mais de là à en faire la cause de la crise de toute l'économie, c'est inattendu. (Cependant, ce blog cite des études similaires pour les USA.) Le plus curieux, peut-être, est que la dégradation s'est produite il y une ou deux décennies, alors que j'avais l'impression que 68 avait été le point de départ de la destruction du système. 
En tout cas, cette étude donne l'impression que l'on est au bord du gouffre. Et que l'on va faire un grand pas en avant. J'ai beau constater que la crise est favorable au changement, et le répéter, la situation est préoccupante.

lundi 24 janvier 2022

Comment relancer la France ?

Le précédent billet (même heure) a laissé la France dans un état préoccupant. Comment l'en sortir ?

La question qu’essaie de résoudre interpreneurs, c’est : comment, à partir de ce qu'elle est, rebâtir la France. La réponse que l’on a trouvée, ressemble, pour le moment, à ce qui suit : 

1) La France a acquis un patrimoine de savoir-faire considérable, au cours des ans. Il est local. En le combinant aux aspirations et aux technologies modernes, on obtient une nouvelle source d’innovation (cf. Amazon = gestion d’entrepôt). Pour cela, il faut que les entreprises locales, les élus, etc. s’emparent du dit patrimoine et le valorisent par des projets entrepreneuriaux collectifs. 

2) On peut rétablir le lien grande entreprise (française ou étrangère) / PME, si elles entrent en contact l’une avec l’autre dans des « clusters ». 

3) Accessoirement, le haut fonctionnaire PDG de champion a peut-être trahi sa mission, mais il obéit encore, et l’Etat continue à avoir du pouvoir sur lui, et sur son actionnaire, s’il y a de l’argent à gagner. Il peut être, en partie, rapatrié vers la France. Et ce, par exemple, à la manière chinoise : en forçant celui qui veut faire affaire avec la France à fabriquer en France et à lui transférer son savoir-faire.

A suivre.

dimanche 23 janvier 2022

France unique ?

A la suite des rapports des interpreneurs (billet d'hier même heure), un lecteur me demande : pourquoi serions-nous un cas à part ?

Voici ma réponse. Pour qu'elle soit facile à comprendre, j'ai "suspendu" les conventions qui veulent que l'on ne dise de mal de personne, sauf si l'on s'appelle Eric Zemmour. En effet, cela produit des formules ampoulées, incompréhensibles. Je prends le risque de la caricature. 

Je n’ai pas de réponses certaines, bien sûr, mais en mettant ensemble les travaux des « autorités intellectuelles » (MM. Tocqueville, Rosanvallon, Crozier...) qui se sont penchées sur la question, et que je lis depuis une vingtaine d’années, en les rapprochant des informations que vient de m’apporter l’enquête interpreneurs, j’arrive à une hypothèse assez cohérente. 

1) Ce qui fait que la France est unique est qu’elle est la seule au monde à reposer sur un montage théorique. Et cela remonte à l’ancien régime, selon Tocqueville. En France, on pense l'idéal. On bâtit de zéro. Ailleurs, on fait évoluer l'existant.

2) La théorie a subi beaucoup d'avatars. Depuis Vichy, ce montage théorique se traduit, en particulier, par un « modèle économique » fait de « champions nationaux » dirigés par des hauts fonctionnaires, supposés faire la prospérité nationale. 

3) C’est ce modèle, unique au monde, qui a été porté à l’absurde durant ces trente dernières années. 

4) Une première raison vient de ce qu’il était « théorique ». L’Etat, génétiquement impécunieux, n’a pas pu le financer correctement. Nos « champions » sont donc possédés par l’étranger. Mais, paradoxalement, ce n’est pas ce qui fait le problème. 

5) Le problème, c’est le haut fonctionnaire. Il a oublié sa mission et a expliqué que, pour faire le bien de la nation, son entreprise devait jouer selon les règles du marché, donc être indépendante de la contrainte étatique. Cela l’arrangeait bien : il a pu jouer ainsi au grand patron. Il est devenu un « oligarque ». 

6) Cela aurait encore pu marcher. Mais, le haut fonctionnaire n'est pas un homme d'entreprise, il est incapable d’innover, moteur du capitalisme. Il n’a qu’une stratégie : leader par les coûts, être le plus gros. Il ne jure que par les acquisitions. Or, comme il n'a aucune expérience, il achète trop cher. Nos multinationales se sont donc couvertes de dettes. Ce n’est pas les actionnaires qui doivent les rembourser, mais l’Etat. (Sous peine de voir disparaître le champion.) 

7) Il y a pire. Toutes les entreprises occidentales se sont portées à l’Est, pour profiter de bas salaires, qui leur permettaient de ne pas avoir à innover. Les étrangers ont emmené avec eux leurs sous-traitants. Pas les Français. Ce serait plus une question d’incompétence que de mauvaise volonté. Une entreprise dirigée par un haut fonctionnaire, personne d'idées et pas de pratique, est une sorte de chaos (une administration ?) où tout le monde essaie de se débrouiller. L’accompagnement qu’aurait demandé le déplacement de la sous-traitance était au dessus des forces d’une telle organisation. 

8) En conclusion, nos « champions » achètent maintenant leurs composants à l’étranger (d’où déficit des échanges internationaux) et nous exportent ce qu’ils ont produit ailleurs. Car, faute d’être innovants, ils demeurent très dépendants du marché national. Et notre tissu de PME, fait de bric et de broc, « variable d’ajustement », qui apportait à l'édifice bureaucratique la souplesse qu'il n'a pas, selon Michel Crozier, s’est retrouvé abandonné, privé de son marché. Cela, d’ailleurs, pourrait expliquer pourquoi il y a quelques décennies nous avions autant d’ETI que les Allemands. Des ETI comme Heuliez et Matra étaient des sous-traitants de l’automobile, que leurs donneurs d’ordre ont abandonné.

Est-ce exagéré ? 

Prochain billet : après le bilan, la solution.

samedi 22 janvier 2022

Etat de l'économie française ?

Bilan de 3 ans d’enquête, plus de 120 entretiens, et une dizaine d’accompagnements, par l'association des interpreneurs (ici) : 

  • Le mal de la France, c’est « l’énantiodromie » : son modèle (cf. champions nationaux) a été poussé à l’absurde : il tire contre son camp. Cela se traduit par des entreprises incapables de profiter de leur créativité, qui est unique, et qui ne « chassent pas en meute ». Exception mondiale. 
  • L’exemple allemand n’est pas compris. C’est une culture du collectif qui rend tout le monde intelligent. Le modèle économique mondial change du tout au tout. 
  • La France doit sortir de ses divisions suicidaires, regarder vers l’avenir et jouer sur ses forces pour profiter de règles du jeu totalement nouvelles. Ses atouts sont « impossible n’est pas français » et un potentiel de savoir-faire, local et individuel, énorme et inexploité. La condition de succès est de trouver un mode de coopération culturellement adapté.  

vendredi 14 janvier 2022

L'économie est une question de politique locale

2021, pour l'association des interpreneurs, a été l'occasion d'une étude particulièrement importante, parce qu'elle a changé notre façon de comprendre les raisons de la prospérité économique d'une nation. 

Elle montre que la performance de l'entreprise vient essentiellement de son environnement immédiat. C'est l'explication, en particulier, de la performance allemande, pays du collectif. 

Cet environnement, pour être efficace, doit avoir des caractéristiques très particulières.

Ce constat a des conséquences majeures : 
  1. les politiques publiques vont, depuis des décennies, dans le mauvais sens ; 
  2. pour un dirigeant, l'acte stratégique premier est de choisir et de modeler l'environnement qui l'accélère ; 
  3. les élus locaux sont des personnes clés du développement économique. 
Une synthèse brève de l'étude est ici : Etude des clusters d’entreprises

samedi 27 novembre 2021

Désunion nationale

Une étude récente parlait de "désunion nationale". C'est le sentiment qu'ont, en très grande majorité, les Français. Il estiment que le débat est devenu impossible. L'air est irrespirable. 

L'étude que je mène avec les interpreneurs donne, pour l'entreprise, exactement le même résultat. La faiblesse, grave, de notre économie vient de ce que nos entreprises "ne chassent pas en meute". A l'envers, c'est la force de l'Allemagne, qui n'est, quasiment, que collectif. La surperformance de ses entreprises en résulte naturellement. Le talent de ses patrons n'est qu'un facteur très secondaire. 

Nous n'avons pas trouvé d'autre nation dans notre cas. 

Et cela peut prendre des aspects subtils, et extraordinairement inquiétants. Notre déficit extérieur devenu endémique provient très probablement du fait que les grandes entreprises n'achètent pas français. En outre, contrairement à ce qui s'est passé ailleurs, elles n'ont pas emmené avec elles leur sous-traitance lorsqu'elles ont "délocalisé". Idem pour l'innovation qui, pour décoller, a besoin de préférence nationale. 

Le phénomène n'est probablement pas nouveau. Michel Winock lui a consacré un livre. Il étudie les guerres civiles récentes qui ont ébranlé notre pays (qui semble, depuis toujours, être en guerre avec lui-même). Son explication ? Le catholicisme. Le Français est un fou d'absolu. 

Reste à trouver comment faire coopérer ces gens pour éviter à la nation de terminer sa dégringolade dans le sous-développement. Il se trouve que "réconcilier la France" était le sous-titre du livre de notre Président...

samedi 6 novembre 2021

Taxi driver

(wikipedia) By May be found at the following website: Heritage Auctions (cropped and resized from original), Fair use, https://en.wikipedia.org/w/index.php?curid=62776056

Sur 300.000 chauffeurs de taxi anglais, 160.000 ne sont pas revenus travailler. (Article.) Dans un pays dépendant du taxi, la situation est grave.

Il y a des raisons techniques. Mais sont-elles nouvelles ? Ne serait-on pas face à un phénomène mondial : une prise de conscience, dans beaucoup de métiers, que les conditions de travail se sont dégradées ? Plus jamais cela. 

Cette crise du taxi a quelque-chose de symbolique. En effet, quasiment depuis qu'il y a des taxis, les économistes les voient comme la solution au chômage. Que l'on déréglemente la profession, et cela créera des milliers d'emplois ! 

Il semble qu'ils se soient trompés. L'individu n'accepte pas n'importe quel emploi, dans n'importe quelles conditions. Ils feraient peut-être bien de revoir les hypothèses concernant la nature humaine sur lesquelles reposent leurs travaux. 

mardi 2 novembre 2021

Le préjugé tue

2019, explosion à Paris. Dégâts énormes. La mairie ne bouge pas. Les victimes, parfois horriblement touchées, doivent "se débrouiller" en attendant que la justice veuille bien prendre une décision (ce qu'elle ne semble pas prête à faire). Soudainement, la mairie crée un fonds de solidarité. Explication ? Entre-temps, elle a découvert que fonds de solidarité ne signifiait pas plaider coupable.

Un spécialiste me parlait "d'américanisation". On a peur des poursuites. D'où une idée totalement fausse du droit. Nous pensons que droit signifie culpabilité. Or, droit signifie victime. Assistance à personne en danger. Le droit n'est pas une question de raison, mais de coeur. Ce n'est qu'après coup que la raison comprend ce que le coeur a fait. Et cela parce que le rôle du droit c'est l'intérêt collectif, parce que l'intérêt général est l'ultime garantie de l'intérêt individuel. Si bien que le principe fondamental du droit, c'est la solidarité ! 

Nous avons vécu au temps de l'économie de marché dont l'hypothèse centrale est que l'individu est une machine qui calcule en permanence son intérêt. Mortelle erreur ? 

(Et les Américains n'ont pas la conception du droit que nous leur prêtons. Ils ne font pas des procès pour faire des procès, mais parce qu'ils croient à la justice.)

jeudi 21 octobre 2021

Usine à la campagne

Traditionnellement, l’industrie est à la campagne. La division par deux du poids de l’industrie en France ces dernières années a surtout touché la province. La volonté de relancer l'industrie devrait donc profiter à la campagne. 

Mais la campagne veut-elle de l'industrie ? me demande-t-on.

Une erreur que l’on peut commettre est de croire qu’il y a incompatibilité entre elles parce que la campagne, c’est la nature, et l’industrie, c’est l'usine et c'est sale. Or, ce n’est pas le cas, surtout aujourd’hui. Les PMI modernes ressemblent souvent à des laboratoires. L’Allemagne en donne l’exemple : les PME sont à la campagne et intégrées au paysage. 

Et l’avenir est à des entreprises hyper productives, pour être compétitives, et attirer le jeune surdiplômé, donc au « nettoyage » du parc existant. Zola, c’est fini, même en Angleterre, d'ailleurs. 

mercredi 15 septembre 2021

USA : forces et faiblesses

Dans les années 90, Michael Porter fait une intéressante analyse des USA :

  • Il rappelle que les USA sont étonnamment riches en ressources, or, contrairement aux pays qui leur ressemblent (Brésil et même Canada), ils ne se sont pas endormis sur leurs lauriers et ont développé une économie extrêmement sophistiquée. 
  • Les USA dominaient quasiment tous les secteurs de l'économie après guerre. Ils ont perdu presque partout, sauf, dans les secteurs critiques, tels que la défense. Pourquoi ? se demande Michael Porter :
  • La caractéristique des USA, quasi culturelle, c'est la production de masse. Mais c'est aussi une faiblesse, car produire en masse est généralement incompatible avec une haute qualité. C'est une stratégie coût, pas innovation. 
  • A cette époque, mais peut-être toujours aujourd'hui, leur état est inquiétant : une science de haut niveau qui ne se transforme pas en entreprise ; baisse de qualité des ressources humaines ; des employés peu formés ;  une immigration facile, qui fournit de la main d'oeuvre bon marché - et ne pousse pas à l'innovation ; un marché peu exigeant ; une tendance à la déréglementation (peu soucieux de la santé humaine, des conditions de travail, de l'environnement...) ; endettement à outrance ; judiciarisation à outrance ; un management qui n'aime pas la technique ; aucun effort pour cultiver un tissu de partenaires. 
  • La puissance des fonds de pension c'est la victoire du court terme. D'où manager professionnel (pas entrepreneur), fusions et acquisitions, pas d'innovation, sous-traitance à l'étranger des composants les plus complexes (donc perte du savoir-faire de l'entreprise). 
  • Mais le pays est exceptionnellement propice à la start up. 
Commentaire 

Les travaux de Michael Porter affirment, de manière inattendue, que la puissance de l'économie est intimement liée au modèle culturel d'un pays. Plus ce modèle veut le bien de ses citoyens, plus, par exemple, il pousse ses normes environnementales, sanitaires ou sociales, plus son économie est forte. Paradoxalement, le socialisme est bon pour l'économie ! 

Or le modèle américain, comme le modèle anglais, est un modèle de classes. Ils s'accommodent très bien d'avoir des miséreux, des réserves et des ghettos, et des milliardaires. Et cela tient peut-être à ce que ce sont des sociétés individualistes. Car, on ne peut pas, seul, passer de gros obstacles. Le modèle bureaucratique "d'organisation machine", démiurge / exécutants, que revêt la coopération aux USA, n'est pas efficace pour faire autre chose que de la production de masse de faible exigence. 

En fait, on oublie que les USA sont un monde, relativement peu peuplé, qui pourrait vivre de ses propres ressources naturelles (et de celles de ses satellites). D'ailleurs, ce qu'ils appellent "world games", sont des championnats nationaux. Constatant qu'ils ne sont pas aussi magnifiques qu'ils croyaient l'être, ils pourraient très bien se replier sur leur territoire, et y rester d'autant mieux qu'ils perdront en compétitivité. 

vendredi 3 septembre 2021

Panne de gaz

"Gas crunch" dit le Financial Times. L'offre ne suit pas la demande. Augmentation de prix sévères à prévoir pour les entreprises consommatrices de gaz et les ménages.

Décidément, cela n'arrête pas. 

Il est possible que cela signifie que les épidémies fassent faire à l'économie du yoyo, et qu'elle n'y soit pas adaptée. (D'autant que le yoyo encourage la spéculation ?) Il est aussi possible que la fameuse "supply chain" qui faisait des miracles pour répartir les productions de biens là où le marché donnait les prix les plus bas soit en train de montrer ses limites. D'autant que les nations semblent tendre à réserver leurs ressources pour leur propre industrie.

Faut-il, en urgence, repenser la "globalisation" ?

mercredi 25 août 2021

Le bon arbre est un arbre mort

Un arbre mort vaut plus qu'un arbre vivant, me disait-on. 

Paradoxalement, il en a été de même de Flaubert ou de Baudelaire. 

C'est un des paradoxes du marché. Il donne de la valeur à ce qui est nocif. L'air pur ne vaut rien, l'eau pur ne vaut rien, la terre vierge ne vaut rien, les services que l'on se rend au sein d'une famille ne valent rien, le pétrole ne vaut que par son coût d'extraction... Une entreprise vaut plus cher en pièces que d'un seul tenant, alors qu'elle n'est pas viable en pièces, etc. 

Un des maux les plus dangereux de notre temps, c'est le marché libre. En effet, c'est lui qui fixe la valeur des choses et de la vie. Et il le fait d'une façon perverse. 

mercredi 18 août 2021

L'économie est-elle une science ?

Un ami me transmet le lien d'une émission de France culture qui s'interroge sur le statut de l'économie : est-ce une science ?

Curieusement, elle n'a pas cité JK. Galbraith, qui estimait, preuves à l'appui, qu'elle n'était que la rationalisation des intérêts de tel ou tel lobby. 

On y entendait que l'économie a commencé par être mathématiques pures, se fichant de la réalité, puis, aujourd'hui, elle se dit science, car expérimentatrice, "comme la médecine". (L'émission date d'avant l'épidémie.) Malheureusement, elle fait des expériences qui ne sont pas reproductibles. 

En fait, la science, ce sont les deux à la fois : des expériences et de la théorie. C'est, comme le disait l'émission, ce qu'a fait Elinor Ostrom. Seulement, même dans son cas, ses conclusions ne sont pas simples à reproduire. Une autre définition de la science : comme la chance, elle sourit aux esprits éclairés ?