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jeudi 30 décembre 2021

La guerre est-elle le propre de l'homme ?

Montesquieu appelait de ses voeux l'ère du commerce. N'était-il pas évident qu'il mettrait fin aux exactions des hommes de guerre ? Eh bien, non seulement on fait la guerre au nom de l'économie, mais l'économie c'est la guerre. Le commerce de l'opium a vidé la Chine de son être. Les hommes de guerre, comme les primitifs, avaient même un grand mérite : ils avaient une capacité de démolition extrêmement limitée. Le progrès, en grande partie économique, nous a donné les moyens d'une mise à zéro radicale. 

Le phénomène s'est répété avec l'ère des intellectuels. On a constaté, à la fin des années 90, que le Bobo prenait les commandes de la planète. On a pensé que le ridicule ne tue pas. Le Bobo serait inoffensif. Méfiez-vous du gros bon sens ! Nouvelle erreur. Le Bobo, comme le disait Camus, c'est de la graine de totalitaire. Il n'en veut peut être pas aux corps, mais aux âmes.

L'homme, quel que soit sa manière de l'exprimer, a-t-il l'instinct de destruction ? Peut-être, simplement, est-ce une force mal orientée ? Quand elle ne peut pas aller vers l'extérieur, elle va vers l'intérieur, et détruit la société ? 

dimanche 29 novembre 2020

Publicité libérée

Toutes les heures, depuis des mois, la radio diffuse des messages stupides concernant les précautions à prendre vis-à-vis du coronavirus. Nous prend-elle pour des imbéciles ?

Ces messages résultent de toute une chaîne de commandement. Ce n'est peut-être pas l'idée initiale qui était ridicule, mais ce qu'en a fait la dite chaîne. Appartenir à une chaîne rend idiot. 

Est-ce fatal ? Je suggère souvent à ceux qui se trouvent dans une telle chaîne de dire : "d'accord pour appliquer les idées du dessus, mais à ma façon". Ainsi, je peux remettre ma conscience en fonctionnement, sans prendre de risque pour ma carrière. C'est comme cela que l'on se libère ?

mardi 12 juin 2018

Qu'est-ce que le péché ?

"Pour que le mot péché ait une signification utile, nous devons éviter la tentation de le trouver dans des trivialités qui préoccupent le super scrupuleux, ou dans les extrêmes de la psychopathologie, mais dans les habitudes qui, quelle que soit leur vertu apparente et mérite, nous laissent un peu nerveux ou mal à l'aise par rapport à nous-mêmes, parce que nous n'avons pas aimé comme nous aurions dû ou été honnêtes comme nous aurions pu l'être." Voilà ce que dit le révérend Stephen Cherry, doyen du King's College de Cambridge (CAM n°78).

S'il y a un mal, il est banal ? Il est dans de petites lâchetés quotidiennes ?

samedi 26 décembre 2015

Petit traité de manipulation : l'escroc

On m'a dit de publier mon "Petit traité de manipulation". Je n'ai pas obtenpéré, mais je le poursuis, grâce à un ami. Il m'a parlé de l'escroc. L'escroc ?  C'est celui qui vous invite à prendre le café, sans vous faire payer !

Très subtile. L'escroc joue sur nos faiblesses, pour nous voler. Cette faiblesse est peut-être notre pingrerie. Peut-être aussi notre solitude, mal de l'époque, et notre besoin d'un peu de chaleur humaine. Ou notre paresse. Ou peut-être encore notre lâcheté : il laisse entendre qu'il va faire pour nous ce qui nous paralyse, par exemple nous trouver des clients. Et il extirpe de nous une valeur que nous ne pensions pas y être : il nous prend notre temps, nos idées, il utilise notre réputation, il nous fait faire ce qu'il ne sait pas faire... 

Il est vraisemblable, comme le dit le psychologue Trivers, que l'escroc n'est pas conscient d'être un escroc. C'est le secret de sa réussite. Poussé par son intérêt, qu'il confond avec le bien, il exploite nos faiblesses ? Quand on lui montre son comportement, il devient fou-furieux, prêt à tuer : on piétine son honneur ? comme Tartuffe ?

La liberté, c'est le vol
L'escroc nous pose un défi existentiel ! Il nous révèle nos turpitudes. Madoff va nous le démontrer. Les gens qu'il a escroqués auraient été conscients de participer à une escroquerie. Ils n'avaient pas compris qu'ils en étaient les victimes. Nous sommes tous des petits escrocs, le maître escroc nous révèle notre nature. Et il fait de nous des criminels. Plus possible de lui échapper. Autre raison pour laquelle Montesquieu a écrit que le principe de la démocratie était la "vertu" ? En liberté, si l'homme n'est pas vertueux, il sombre dans l'abjection ? Impossible d'avoir la plus petite fissure ? 

Alors, si nous ne voulons pas périr de nos fissures, il faut vite les connaître ? Ou reconstituer un rien de lien social sain ? En attendant, payons nos cafés ? 

lundi 21 décembre 2015

La France refuse la réalité

L'écrivain Dominique Manotti disait que la France refusait le réel. (A voix nue de France Culture, la semaine dernière.) Elle l'a remarqué en ce qui concerne la police. Il n'est pas accepté de rapporter que la police se livre à des petites magouilles (trafic de drogue, viols, etc.). En revanche on peut en dire des horreurs, à condition qu'elles soient fausses. Par exemple que l'on extrait des présumés malfaiteurs de l'hôpital où ils sont soignés pour les flinguer. Aux USA, ou en Allemagne, les policiers écrivent ce qu'ils voient. 

N'ai-je pas observé ce phénomène ? Il semble que ce que j'écris sur l'entreprise française peut être dit en tête à tête mais pas dans un livre ou en conférence.

Et s'il y avait du bon là dedans ? Et si toutes les théories du complot et autres monstruosités que l'on raconte sur nos gouvernants et sur nous mêmes étaient fausses ? Et si nos difficultés ne tenaient qu'à quelques tripotages de second ordre ? Et si tout le monde pensait plutôt bien, mais agissait plutôt, un peu, mal ? Une sorte de banalité du mal à la Hannah Arendt, version française ?

(Si ce que dit Dominique Manotti de la police est vrai de la politique, ce que nous prenons pour une exception serait la règle. Tous les hommes politiques auraient un comportement à la DSK ou à la Cahuzac. Ces derniers soit auraient été malchanceux, soit auraient poussé le bouchon un peu trop loin.)

dimanche 15 février 2015

Il changeait la vie

File d'attente de supermarché. Chanson de Jean-Jacques Goldman, "il changeait la vie". Et nous, "changeons-nous la vie" ? Ou, participons-nous à la "banalité du mal", d'Hannah Arendt ? 

Une DRH était toute retournée. Lors d'un congrès, elle a entendu ses collègues dire que leur obsession était de "réduire la masse salariale". N'en est-il pas de même de nous tous ? Nous sommes si convaincus que rien ne va, que nous ne faisons rien pour que ça aille mieux ? Et pourtant, agir bien ne nous coûterait peut-être pas grand chose ?

samedi 29 novembre 2014

Cours de juin et banalité du mal

Jadis, mes étudiants avaient une partie de leurs cours, et tous leurs examens, en juin. Cela collait bien avec l’objet de mon cours qui est l’apprentissage du changement par la pratique. Ainsi, je pouvais discuter avec eux de leur expérience durant les premiers mois de leur stage.

Maintenant, ils ne reviennent plus en juin. On m’a dit que cela ne leur plaisait pas. Or, il se trouve qu’ils se plaignent de ne pas avoir le temps de chercher un stage. Ce qui explique peut être qu’ils aient du mal à venir en cours… Or, le fait d’avoir des examens en juin permettait de dégager le temps nécessaire à la recherche de stage.

Il me semble qu’il y a ici une illustration de ma chère « banalité du mal ». Nous prenons des décisions en fonction de ce qui nous gêne, sans comprendre les conséquences, bien plus graves, que cela peut avoir. C’est d’ailleurs, une manière aisée de nous manipuler : n’était-ce pas simple « bon sens », comme on disait sous Sarkozy, de supprimer les cours de juin ? 

mardi 25 novembre 2014

Malhonnêteté du banquier : nature ou culture ?

La question du moment est de trouver les causes de la malhonnêteté du banquier.

The Atlantic et The Economist citent la même étude. On place différents échantillons de la population dans une situation dans laquelle les participants peuvent tricher. Les banquiers le font effectivement, mais particulièrement après qu'on les ait fait parler de leur métier. Ce qui semble dire que la culture de la banque est propice à la malversation. D'un autre côté, qui se ressemble s'assemble. Il faut être à l'aise avec cette culture pour y entrer, et jouer selon ses règles. 

vendredi 21 novembre 2014

Autorité et banalité du mal

Banalité du mal et autorité, deux thèmes de l’œuvre d’Hannah Arendt. Mon interprétation :
  • La banalité du mal est la paresse intellectuelle. C’est suivre la pente du moindre effort plutôt que de se réinventer pour assurer la continuation du modèle constitutif de l’identité d’une société. (Changer pour ne pas changer.)
  • Ne pas céder à la banalité du mal, c’est changer pour ne pas changer.
  • Cette question est liée à la notion d’autorité. L’autorité est le principe qui gouverne la société, sa constitution. En attaquant l’autorité, on détruit la société. Problème : ce principe est généralement ignoré. Il demande une enquête pour être identifié. D'où sa fragilité.
Application. Notre constitution est bâtie sur le principe de la liberté dans le respect des lois. Le libéralisme moderne s'exprime de deux façons : déréglementation, à droite, ou interdit d'interdire, à gauche. Autrement dit, son principe est que l'homme n'a pas de devoirs, il n'a que des droits. Il y a donc contradiction. 

Annexe : une observation de mon premier livre :
Ce livre contient beaucoup d’exemples. En les examinant on peut remarquer que deux solutions aux problèmes identifiés étaient possibles, tout aussi logiques l’une que l’autre :
La solution initialement proposée
La solution finalement trouvée
Elle s’appuie sur une argumentation apparemment imparable


Elle s’oppose en tout point à la « solution initialement proposée ».
Surtout, c’est souvent une solution qui n’a que des avantages et l’on peut se demander pourquoi on ne l’a pas vue plus tôt.
(…) Cette « double logique » est donc une manifestation d’un phénomène déjà noté à plusieurs reprises : l’homme, l’organisation, essaient de « plier » la réalité à leur logique interne, en vertu d’une « loi » de minimisation de l’effort intellectuel.