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jeudi 18 décembre 2014

Le mal français

Les lois Macron ne révèlent-elles pas le mal du pays ? Elles sont libérales, et cela choque beaucoup de gens. Mais qu'ont-ils à proposer de mieux ? Rien. Notre pays ne sait plus que dire non ? Incapable de changer pour ne pas changer ?

Qu'est-ce que cela demanderait ? Pour commencer, être capable de regarder en face le vide. Personne n'a de solution satisfaisante à la situation actuelle. Si l'on veut en trouver une, il faut la chercher. Ce qui demande de sortir du confort de l'irresponsabilité. Nous sommes coupables de ne pas être responsables. 

vendredi 21 novembre 2014

Autorité et banalité du mal

Banalité du mal et autorité, deux thèmes de l’œuvre d’Hannah Arendt. Mon interprétation :
  • La banalité du mal est la paresse intellectuelle. C’est suivre la pente du moindre effort plutôt que de se réinventer pour assurer la continuation du modèle constitutif de l’identité d’une société. (Changer pour ne pas changer.)
  • Ne pas céder à la banalité du mal, c’est changer pour ne pas changer.
  • Cette question est liée à la notion d’autorité. L’autorité est le principe qui gouverne la société, sa constitution. En attaquant l’autorité, on détruit la société. Problème : ce principe est généralement ignoré. Il demande une enquête pour être identifié. D'où sa fragilité.
Application. Notre constitution est bâtie sur le principe de la liberté dans le respect des lois. Le libéralisme moderne s'exprime de deux façons : déréglementation, à droite, ou interdit d'interdire, à gauche. Autrement dit, son principe est que l'homme n'a pas de devoirs, il n'a que des droits. Il y a donc contradiction. 

Annexe : une observation de mon premier livre :
Ce livre contient beaucoup d’exemples. En les examinant on peut remarquer que deux solutions aux problèmes identifiés étaient possibles, tout aussi logiques l’une que l’autre :
La solution initialement proposée
La solution finalement trouvée
Elle s’appuie sur une argumentation apparemment imparable


Elle s’oppose en tout point à la « solution initialement proposée ».
Surtout, c’est souvent une solution qui n’a que des avantages et l’on peut se demander pourquoi on ne l’a pas vue plus tôt.
(…) Cette « double logique » est donc une manifestation d’un phénomène déjà noté à plusieurs reprises : l’homme, l’organisation, essaient de « plier » la réalité à leur logique interne, en vertu d’une « loi » de minimisation de l’effort intellectuel.

dimanche 22 septembre 2013

L’arrogance, réel mal de l’entreprise française ?

L’entreprise n’est pas durable. Parce qu’elle est construite sur le « modèle du marché ». Il faut la rendre « résiliente ». Voici ce que dit ce blog. Mais comment faire ?
  • On nous a lavé le cerveau. Le salut est à chercher dans ce que l’on croit ne pas marcher. Il faut tout mettre en cause. Non le Français n’est pas un nul, non ses syndicats, l’Etat, les impôts… ne sont pas des boulets, non ses dirigeants ne sont pas des retardés intellectuels lâches, non il n’y a pas de salut que dans les high tech, l’énergie propre ou les biotech, non votre entreprise n'est pas condamnée par la fatalité, oui, elle sait faire quelque chose d'unique, et qui a du prix…
  • Il faut attaquer nos démons, répété-je à l’envi. Les changements auxquels je participe depuis mes débuts commencent toujours par un changement inattendu. L’attaque du démon de l’entreprise. Où faut-il chercher son démon ? Pour Christian Kozar, notre démon national, c'est l'arrogance. Une arrogance qui nous fait croire que le monde se pliera à la justesse de notre raisonnement. Ce qui échoue. Si bien que nous incriminons la « résistance au changement » du dit monde. Et que, pour faire réussir nos plans, nous prenons quelques arrangements avec nos valeurs. Affronter ses démons, c’est accepter le monde tel qu’il est. Et se demander comment lui faire entendre notre raison. Si l’on y parvient, on saura réussir dans le monde. C’est alors qu’on aura l’idée du vrai changement. Celui qui rendra durable l’entreprise. Et qu'on le mènera à bien.
  • Enfin, pour conduire le changement, il faut choisir une technique qui est adaptée à la complexité de l’entreprise moderne : le changement planifié. Et renoncer au « changement dirigé », autrement dit au passage en force. (Autre conséquence naturelle de notre arrogance ?)

mercredi 18 septembre 2013

L’entreprise résiliente

Le « modèle du marché » nous menace d’Armageddon, disait un précédent billet. Y a-t-il un antidote ?

Curieusement, c’est un modèle à la philosophie aussi simple que celui du marché. Je l’appelle, faute de mieux, « l’entreprise résiliente ». Je donne à la résilience une définition particulière. « Ce qui ne tue pas renforce ». Résilience = capacité à profiter du changement (aléa) pour « devenir mieux ». Autrement dit résilience = durabilité.

Comment devient-on résilient ? Deux mots clés : organe et écosystème.
  1. Ce qui rend un organe (cœur) résilient c’est son « écosystème ». Il partage le « choc » du changement. Il guide l’organe. Il en est de même pour l’écosystème naturel ou pour l’entreprise. L’art de la résilience est donc celui de la construction d’un écosystème. Un tissu de sous-traitants mais aussi de clients, et peut-être de concurrents. Mais cette résilience est aussi interne à l’entreprise. C’est la capacité à « apprendre », à acquérir des compétences qui se révéleront décisives un jour. Cet écosystème a deux ingrédients : diversité et confiance. Plus l’écosystème est divers plus il est créatif. Plus on s’y fait confiance, plus on est réactif face à l’aléa.
  2. Etre un organe social a surtout un sens très particulier. Il s’agit d’occuper une fonction unique. C’est l’envers du modèle du marché, basé sur la concurrence et l’hostilité. De même qu’il n’y a qu’un cœur, l’entreprise organe est la seule à savoir fabriquer quelque chose qui est essentiel à la société.
Ce modèle d’entreprise a des bénéfices inattendus.
  • Paradoxalement, le modèle de l’organe est beaucoup plus rentable que le modèle du marché. L’organe est en « monopole ». Il peut donc prélever ce que les économistes appellent une « rente ». Bien entendu, il n’a pas intérêt à s’endormir sur ses lauriers, sans quoi il sera la victime du prochain changement qui va secouer son environnement. Plus proche du brevet que du monopole, cet avantage. Autre bénéfice : le capital de marque. Les universitaires disent que ce capital est la rémunération de la confiance que le consommateur a appris à faire à l’entreprise. Construire une entreprise sur la confiance est donc un moyen de lui donner de la valeur !
  • Et le modèle de l’organe règle la question de la stratégie. Aujourd’hui les entreprises se plaignent que le monde est imprévisible. Elles sont incapables de quelque stratégie que ce soit. Or, l'imprévisibilité est la raison de notre liberté ! Et elle n'empêche pas la stratégie. Car un « organe » sait toujours ce qu’il a à faire. Sa mission.
  • Et que fait-il ? Il peut utiliser son écosystème de relations pour faire pencher l’avenir dans une direction favorable ; renforcer ses capacités d’adaptation, utiles au passage du prochain changement ; apprendre, acquérir de nouvelles compétences, qui lui permettront de tirer encore mieux parti du dit changement. Son travail consiste à « changer pour ne pas changer ». Il se prépare au prochain coup de Trafalgar. Afin de ne pas y perdre son identité. Et, au contraire, de l'enrichir. 
Modèle théorique ? idéaliste ? Il existe partout. On reconnaît l’entreprise allemande, ou japonaise. Ou même le tissu industriel italien (aujourd’hui en capilotade, malheureusement). Mais, voilà, il a pris un coup dans l’aile. Le tissu économique a perdu en résilience.  

vendredi 6 septembre 2013

Et s’il fallait appliquer, massivement, Blue Ocean ?

Les prix du marché sont au dessous des coûts de production. Voici ce que je constate un peu partout. Tentation de tricher...

Et s’il fallait relire Blue Ocean ? J’avoue m’être trompé sur son sujet. J’ai rencontré Mme Mauborgne alors qu’elle en était encore à une version préliminaire de ses travaux. J’avais cru qu’elle n’avait fait que réinventer « l’analyse de la valeur ». La technique qui avait produit la Honda Civic et la fortune des Japonais dans les années 80. En fait, Blue Ocean et la Honda Civic sont bien plus que l’analyse de la valeur.

Blue Ocean, c’est, en quelque sorte, l’art de faire émerger un « nouveau genre ». Ce n’est pas, à proprement parler, la transformation d’une entreprise, mais plutôt l’apparition d’un nouveau binôme produit / marché. Cependant cela ne se fait pas à partir de rien. On part d’un produit / marché existant. On comprend ce qui en fait l’essence. On en élimine tout ce qui ne sert plus à rien. On y ajoute des idées nouvelles résultant des transformations de la société. Elles en font soudainement quelque chose de neuf et d’enthousiasmant. Ce qui donne une sorte d’optimum (grande) valeur / (faible) coût. Comment savoir si vous avez réussi ? Des clients totalement neufs. Un modèle économique massivement transformé. Vous êtes unique. Seul au monde.

Je me demande si ce n’est pas ce que Canal+ a fait en sont temps. Il a concentré la télé sur ce qui comptait pour nous (le sport et les films), et l’a débarrassé de tout le blabla complaisant qui était venu se surajouter au cours des ans. Et il a remplacé la ringardise télévisuelle franchouillarde par un genre d’hyper professionnalisme branché US. 

vendredi 16 août 2013

Destruction créatrice : principes

Les malheurs de la presse semblent dire comment fonctionne une forme de (la ?) destruction créatrice capitaliste. 
  • Les modèles économiques des entreprises subventionnent certaines activités par d’autres. Par exemple, le café est un produit d’appel des bars, dont le bénéfice est fait par les alcools. 
  • L’innovation consiste à attaquer les produits subventionnés. C’est une stratégie de parasite. 
  • Du coup l’entreprise traditionnelle ne peut plus vivre. L’impact peut être désastreux pour la collectivité, puisque, sans qu’on s’en rende compte, des pans entiers de la vie sociale peuvent disparaître. Par exemple, la presse, élément essentiel de la démocratie. 
Comment réagir ? En changeant pour ne pas changer. L’entreprise attaquée doit comprendre ce qu’elle offre de véritablement important pour la communauté et l’utiliser pour lancer une nouvelle offre qui va lui permettre de nouveau de vivre. Ainsi, j’ai découvert dans une étude que j’ai menée il y a longtemps que l’avantage concurrentiel d’un bar était la personnalité de son patron. Les bars sont des lieux de lien social. On y vient causer. (Un interviewé m’a même parlé, un peu inquiet, de « service public ».) L’art du patron est de trouver des produits qu’il peut proposer à la communauté qui se regroupe chez lui pour profiter du climat qu’il a créé.

samedi 22 juin 2013

Et si c'était l'Allemagne qu'il fallait aider ?

Ce blog a fini par penser que loin d’être un pays riche et prospère, l’Allemagne va mal. On me disait d'ailleurs, il y a peu, que les salaires sont bas, et, qu'en plus, on paie cher pour sa retraite et sa santé (500 à 700€ par mois pour l’équivalent d’une mutuelle) ! Mais surtout elle est face à un problème inquiétant. L’injection d’immigrants dont elle a besoin semble mettre en cause les fondations de sa culture. Contrairement à celles des USA et de la France, cette culture n’est pas faite de principes intellectuels abstraits qui se veulent universels. Ce qui facilite l’intégration de nouveaux arrivants, à qui l'on demande d'adhérer à une forme de contrat. C’est une culture du sang, de la langue, de la vie en commun, du lien social physique, de la socialisation. D’ailleurs, l’Allemagne n’est pas une, elle est fédérale, elle est, elle-même, un assemblage de communautés qui cohabitent.

Que faire ? Me dis-je. Mon changer pour ne pas changer serait-il en échec ? Mais, quid de la méthode Huguenots ? L’Allemagne sait probablement intégrer d’autres communautés. Et, quid de la méthode Christophe Faurie ? J’ai participé à des collaborations avec des entreprises allemandes, dans ma jeunesse. Quand je suis parti de chez mon employeur du moment, les dites entreprises m’ont fait savoir qu'elle seraient heureuses d'examiner ma candidature. Je soupçonne que la communauté peut intégrer quelqu’un qui sait jouer avec ses règles. Mais, il faut probablement que l’élément extérieur apporte une compétence à laquelle elle accorde de la valeur.

Cependant, il n'est pas certain que l'Allemagne puisse tenir un tel raisonnement. La pensée allemande est procédurale, ou séquentielle. Elle n'est pas propre à l'abstraction comme la nôtre. Et si nous devions donner un coup de main aux Allemands ? 

mercredi 19 juin 2013

Et si la crise de l'euro venait d'un malentendu ?

Discussion avec une franco-allemande. 
  • Ce qui la frappe en France, c’est l’importance que le Français accorde au travail. Il se définit même par son travail. Le travail envahit la vie privée. Il empêche toute prise de recul. Ce qui ne peut qu’être contreproductif. L’Allemand travaille 35h, puis se consacre à autre chose. C’est pour cela que le travail en Allemagne peut être heureux et efficace !
  • Pourquoi les Allemands en veulent-ils aux Grecs ? Non parce qu’ils sont paresseux, mais parce qu’ils ont menti. En Allemagne, lorsque quelqu’un a un problème, il en parle, et la collectivité l’aide à régler la question. L’Allemagne est construite sur la confiance. En Grèce, comme en France, la relation sociale est construite sur la défiance.
Pas étonnant que rien n’aille entre nous, ce que nous disons est interprété à l’opposé de sa signification réelle !

jeudi 13 juin 2013

La Poste doit-elle ré humaniser la société ?

J’ai assisté à un débat sur l’avenir de la Poste. Il m’a fait découvrir bien des choses.

La Poste et les postes européennes en général arrivent au moment d’un changement peut-être « violent ». Le trafic des lettres baisse nettement. La Poste croyait compenser les conséquences de cette baisse par les revenus de la Banque Postale, mais, par les temps qui courent, les banques rapportent peu. A cela s’ajoute le fait que la Poste aurait maintenu une mission de service publique implicite, que l’Etat ne rémunérerait pas totalement. Par exemple, elle posséderait 17000 bureaux de postes, alors qu’il ne lui en faudrait que 7600 (voire moins), elle prendrait en charge une partie du surcoût (246m€ dont 170 payés par l’Etat). De même, un membre de l’ARCEP faisait remarquer que la Poste doit assumer un rôle d’employeur local !

Les épisodes précédents sont curieux. 1992, les postes européennes demandent à Bruxelles de leur donner des lignes directrices. Livre vert. 2011, année de la libéralisation totale. Rien ne s’est passé. Car, même là où la libéralisation avait été anticipée, la concurrence est inexistante (10% au mieux, 0,5% en France). Aucun modèle n’en est sorti. On a cru un temps à la poste néerlandaise. Mais, dès qu’elle a été entre les mains du marché, elle a perdu ses activités lucratives. Ce qui reste fait peine à voir. En fait, ce n’est pas la libéralisation mais sa menace qui a fait merveille : elle a permis d’obtenir entre 30 et 40% de gains de productivité ! Voilà qui aurait compensé jusqu’ici la baisse de trafic !

Et l’avenir ? Augmenter méchamment les prix ? Ça marche à l’étranger, sans avoir causé un effondrement du trafic. Mais, attention à se garder des idées reçues ! Le « prospectus » par exemple est loin d’être condamné. C’est une aide à l’achat appréciée de beaucoup de gens. En outre, la dématérialisation avance lentement. Elle ne touche que 10% des factures des opérateurs de télécom, au mieux. Et elle n’intéresse pas ceux que l’on pensait (i.e. les jeunes CSP+). Et il y a plus subtil. Longtemps le facteur a été un lien social critique. Par exemple, on abonnait une personne isolée à un journal, afin que le facteur vienne la voir régulièrement. Or, le recours à la communication électronique, la déshumanisation des relations entre entreprise et individu sont de plus en plus mal vécus. En outre, les mairies aimeraient mutualiser les services qu’elles rendent à leurs administrés : recensement, relèves de compteurs… Et si la Poste devait changer pour ne pas changer ? Réinventer sa raison d’être, le service entendu au sens premier du terme, afin de ré humaniser la société ? 

Politique et esclavage

Tirant le fil de ma pensée, j’en arrive à me dire que le précédent billet de cette série a quelque chose d’idiot. Je reproche au Français de se comporter comme la CGT, de n’être capable que de condamner, jamais de proposer quoi que ce soit de constructif. Autrement dit de ne pas faire de « politique » (politique = action pour faire avancer la nation). Mais, cela prend beaucoup de temps ! J'en suis un exemple. Au fond, ce blog est la matérialisation de mon action « politique ». Et il est devenu (du moins, en ce qui concerne la collecte de la matière qui l'alimente) le cœur de ma vie. Et je parviens, difficilement certes !, à combiner mon travail avec cette réflexion ! Tout le monde n'a pas cette chance. 

D'ailleurs, ça ne s'arrange pas. Ne nous dit-on pas de « travailler plus » ? The Economist, par exemple, le répète sans cesse. Or, Hannah Arendt oppose travail (physiologique) avec action (politique). Le propre de l’homme digne de ce nom est l’action, le politique. Le travail, c'est pour l’animal, « bête de somme », ou l’esclave, chez les Grecs. J'en arrive donc à me demander si l’on n'a pas voulu nous asservir. Et si, pour cela, on s'était emparé du politique, fonction de direction, en nous rejetant dans les fonctions d’exécution ?  Pour réussir, ne suffisait-il pas d’appeler « travail » l’action politique favorable aux intérêts de l'élite, et « oisiveté », la nôtre ?  Mais, comment créer une société sans esclaves ?
  • Faire accéder tout le monde au politique. C’était probablement l’idée de la IIIème République. La mission de l’Education nationale. Mais, je ne suis pas sûr que ce soit suffisant. Si j’en juge par ma propre expérience, développer une conscience politique demande énormément de temps (une vie). Et il est difficile d’agir correctement : je découvre sans arrêt que ce que je croyais était faux.
  • Seconde idée : « changer pour ne pas changer ». Trouver un moyen d’amener la société à se développer d’une façon à ce que la tentation de parasitisme du politique par l’intérêt particulier soit mise au profit de la société. Il n’est pas impossible que c’ait été le cas après guerre. Alors, le développement économique était tel que l’utilitariste avait mieux à faire dans l’entreprise que dans la politique.

vendredi 31 mai 2013

Isaac Asimov peut-il sauver l’espèce humaine ?

Dans Fondation, Isaac Asimov imagine qu’un savant est capable de prédire les moments où l’espèce humaine va être sur le point de disparaître. Tout dépendra alors d’une décision. Cela ressemble à un enseignement de systémique. Notre « éco-système » permet la vie humaine. Mais les systèmes changent à « effet de levier »… (Tout le débat sur l’effet de serre se retrouve ici : il est possible que nos émissions de carbone fassent basculer le système terrestre, et que la vie humaine ne soit plus possible après le basculement.)

Et si l’on parvenait à prévoir ces changements, pour éviter qu’ils ne tournent mal pour nous ? Rassemblant mes deux idées du moment, l’une sur la relance de l’économie par la recherche et l’Etat, l’autre sur la banalité du mal, je me demande s’il n’y a pas ici une solution commune. Et si la recherche mondiale combinait ses efforts pour suivre les conseils d’Isaac Asimov ? Si nous arrivions à mieux comprendre les mouvements de la nature, à nous y insérer comme jadis les chasseurs cueilleurs, peut-être que nos changements sociétaux deviendraient beaucoup moins douloureux pour l’individu ? 

samedi 25 mai 2013

Rôle de l’Etat : la recherche ?

Un précédent billet m’amène à une idée que je n'attendais pas. Et si le rôle du marché était « l’exploitation » ? C'est-à-dire la transformation de ressources, naturelles ou non. Mais pas l’innovation, leur création. Et si, ayant épuisé les dites ressources, faute d’approvisionnement, il s’en était pris aux moyens mêmes de les produire : l’homme ?

J’en viens à me demander si le « marché », quel que soit ce que l’on entend par là, n’a pas vécu sur les découvertes scientifiques militaires, qu’il transforme en biens de consommation depuis 70 ans. Internet en est un exemple. Il doit ses origines, dans les armées soixante, à une armée américaine qui voulait que ses réseaux de communication puissent survivre à des contretemps. Et l’ordinateur vient de la seconde guerre mondiale.

Et si relancer l’économie signifiait relancer la recherche fondamentale, une recherche sans but lucratif immédiat, que seule la collectivité peut mener ? Cela pourrait redonner à l’Etat une légitimité et, à nous, l’envie de payer des impôts. Mais, pour que la recherche soit efficace, il faut qu’elle mobilise les talents (perdus aujourd’hui dans le néant bancaire), et qu’ils aient une grande anxiété de survie, comme durant les guerres. Où trouver cette motivation ?

(Au fond, je redécouvre les idées de Galbraith.)

vendredi 24 mai 2013

La métamorphose du dirigeant

Fait-il bon d’être dirigeant ? Il y a peu, je parlais d’un risque de printemps arabe. Mêmes causes mêmes conséquences. L’entreprise ne crée plus. Le dirigeant devient le bouc émissaire de toutes les anxiétés. Rançon du bonus ? De s’être présenté comme le créateur de valeur de l’entreprise ? En tout cas, il me semble stressé.

On lui demandait hier encore d’être un gestionnaire, on exige maintenant qu’il soit un entrepreneur. Peut-il se métamorphoser ? Je crois que oui. Il me semble qu’au fond de lui, il sait ce que devrait faire son entreprise. Mais il est bloqué, probablement pour deux raisons. Elles ont chacune leur solution :
  • Il pense qu’il doit donner un cap, alors que le monde est totalement incertain. Idée trompeuse. Il existe une façon de diriger une entreprise en environnement incertain, sans cap précis, qui est tout à fait acceptable par l’ensemble des « parties prenantes » de l’entreprise. Il faut accepter la réalité telle qu'elle est, incertaine, et faire comme les entrepreneurs et les planeurs, ou les oiseaux : chercher le courant porteur. (En fait, il y a mieux : voir ici.)
  • Il ne voit pas comment mettre en œuvre ses idées. N’est-il pas entouré de gens qui sont mal disposés à l’endroit du changement ? Il se trompe. Son rôle n’est pas de dire comment, mais de dire pourquoi il faut changer (dans ce cas, se mettre en position de saisir les courants favorables), et de donner les moyens qui permettent à ceux qui ont le pouvoir de mise en œuvre de lui dire comment y arriver. Cela fait dix ans que j’explique comment faire

jeudi 23 mai 2013

Menace sur l'entreprise?

Apple envisage de donner cent milliards de dollars à ses actionnaires. Curieusement, on a peu parlé de cette nouvelle déjà ancienne. Pourtant, elle signifie à la fois qu'Apple est incapable de faire du neuf, et, surtout, un extraordinaire transfert d’argent, du consommateur à l’actionnaire. (Cela n'aurait-il pas fait beaucoup de bien à la France, si sa part des dividendes avait été injectée dans son économie ?)

Et si le marché était en fait une essoreuse du consommateur ? Et si son moteur était l’entreprise ? L’entreprise est incapable de créer. Elle n’est plus qu’un mécanisme de subvention du riche (ou actionnaire) par le pauvre (aussi appelé consommateur). Autre manifestation de ce phénomène : la croissance passée a été spéculative, elle n’existait pas.

De ce fait la grande entreprise court deux risques.
  1. Ne sachant utiliser l’argent qu’elle n’arrête pas d’accumuler, elle ne peut qu’être la cible des fonds d’investissement, qui menacent de la disloquer (Sony), ou font pression sur sa gestion (ils sont à l’origine de la décision d’Apple). 
  2. Bloquant la croissance mondiale, et n’assurant pas sa fonction de distribution de moyens de subsistance par le biais de l’emploi, elle pourrait être réformée par les Etats. 
Ce qui la protège peut-être d’une nationalisation est que, contrairement à ce qui s’est passé après la seconde guerre mondiale, il n’y a pas de reconstruction à mener, ni de boom scientifique à exploiter. L’Etat, qui ne sait qu’utiliser la planification, n’a pas de plan évident à mettre en œuvre. 

Changement à l’américaine

Une phrase du film La conquête de l’Ouest m’a frappé. Un constructeur de chemin de fer dit, en substance, des Indiens : ils ont perdu, ils devront s’adapter. Cela me semble une attitude très anglo-saxonne. C’est aussi celle qui prévaut en Europe. Les peuples ont cru à une croissance. Ce n’était qu’une bulle spéculative. Maintenant, vous avez perdu, vous devez subir la rigueur, la loi du marché, entendent-ils.

Le Français est comme l’Indien. Il s’accroche au passé. Du coup, il s’enfonce. Ne serait-il pas mieux qu’il reconnaisse sa défaite, et que, contrairement aux Indiens, il se mette en marche pour gagner la prochaine manche ? Façon 89 ?

mardi 21 mai 2013

Le changement de l’entreprise française : devenir elle-même

Comment expliquer, le plus simplement possible, le changement que doit subir l’entreprise moderne ? Une conférence de Jeanne Bordeau, jeudi dernier, me ramène à cette question. Voici où j’en suis :
  • L’entreprise doit « devenir soi ». Voilà le nom du changement. L’entreprise doit découvrir ce qu’elle a d’unique. C’est la loi du marché.
  • C’est une bonne nouvelle ! Ce changement ne demande aucune invention, aucun coup de génie. Il est à portée de main !
  • Mais, il y a un blocage. L’entreprise pense qu’elle est moche. Un secret bien gardé, que j’appelle son « déchet toxique ». C’est pour cela qu’elle ne veut absolument pas devenir elle-même ! C’est aussi pour cela qu’elle est dans une aussi mauvaise passe. Parce qu’elle ne connaît pas ses forces, elle a copié ce qui se faisait ailleurs. Du coup, elle a abattu ses défenses, et elle est entrée dans un cercle vicieux d’avilissement de ses compétences.
  • D’où ce qui caractérise la phase décisive de mon travail, depuis toujours : montrer à l’entreprise que ses défauts apparents sont en réalité des qualités. Ensuite, la mise en œuvre du changement que cela signifie (i.e. tirer le maximum de son environnement) n’est plus qu’une question de techniques. 

lundi 13 mai 2013

La croissance : seule sortie de crise possible ?

Ce blog suit notre crise depuis 5 ans. Voici ses conclusions du moment.

Le monde n’a pas connu de croissance ces dernières décennies. Le gros de la population a été nourri à crédit par des formes de subventions publiques. Cette croissance virtuelle a permis à certains de s’enrichir colossalement, au détriment des autres. Mais le phénomène n’est pas qu’individuel. Les perdants et les gagnants comptent aussi des secteurs économiques et des Etats. Par exemple, l’industrie des contenus s’est faite pigeonner par la (fausse) mode du gratuit. Elle a profité aux opérateurs. De même, l’Europe du nord a exploité la crédulité de l’Europe du sud, par le biais de l’euro.

Les Etats seraient-ils coupables de la crise ? Sans leurs manœuvres dilatoires, jamais il n’y aurait pu avoir cette fausse croissance. (Et jamais « les 0,1% » n’auraient pu doubler leur part de la richesse globale.) Mais, il suffit de discuter avec un Français pour comprendre que la culpabilité est générale. Car il est férocement opposé à ce que l’on touche à son pécule. Il a applaudi à tout ce qui semblait lui rapporter. Il n’a pas compris les mécanismes de redistribution. Par exemple que la puissance publique tend à le faire travailler, en le payant bien (trop ?) ; ce qui n’est pas le cas du marché mondial, qui enrichit les intermédiaires.

Faire payer les pauvres ? Ou les riches ?
Que faire ? The Economist veut sabrer les « entitlements », les avantages acquis (la sécurité sociale, la retraite, etc.). Nous ne pouvons plus nous les payer dit-il. Malheureusement, pour la même raison qu’il a été facile d’arnaquer la classe moyenne, elle ne le permettra pas. Et elle a un poids politique colossal. Faire payer le riche ? Même une tonte courte n’enrichirait pas les pauvres. Surtout, les riches contrôlent l’économie. Ils possèdent des moyens de rétorsion redoutables.

Relancer la croissance
Bref, il n’y a pas d’autre solution que de relancer la croissance. Et ce, qu’on la pense nocive ou non. Comment ? Retour aux trente glorieuses. La guerre a provoqué un boom scientifique sans précédent. La planification étatique a fait profiter la planète de ses applications pratiques. En particulier, les nationalisations qui ont eu lieu à cette époque avaient pour objet d’empêcher la résistance au changement du secteur privé (Eh oui – pour la France : WORONOFF, Denis, Histoire de l’industrie en France du XVIème siècle à nos jours, Le Seuil, 1994.) Si l’on met de côté la guerre, deux idées peuvent être tirées de cette histoire.
  1. Notre économie financière a détruit le capital productif qui permet l’innovation et la croissance. Il faut recréer une économie entrepreneuriale.
  2. L'économie de marché, laissée à elle-même, tend à résister au changement. Elle doit être prise en main par une sorte d’intérêt collectif supérieur, dont la forme d’intervention demeure à concevoir.
Et une troisième ne doit pas être oubliée. Cette croissance ne peut plus être de la nature de la précédente. Elle doit être durable.

dimanche 31 mars 2013

Apprendre la conduite du changement pour combattre le stress

Le stress vient d’une perte de contrôle de son sort, dit le psychologue. Or, l’entreprise a adopté la stratégie de la girouette. Changement pour changement. Plus de cap. L’employé est stressé. Il souffre.

La meilleure défense est l'attaque !
Comment se blinder contre le stress ? En se faisant une raison. En abandonnant l’idée qu’une entreprise doit avoir une stratégie. En acceptant que l’avenir soit fondamentalement incertain. Et en découvrant, comme le navigateur, que l’on peut maîtriser son sort dans un tel environnement.

Il existe des techniques qui permettent de naviguer dans la tempête. Ce sont les techniques de conduite du changement. Elles suivent le principe du judo. Elles utilisent le mouvement des événements à notre profit. Elles tirent parti de nos atouts, et nous encouragent à les développer. On reprend ainsi les rênes de son avenir. Et on stabilise un peu celui de ceux qui dépendent de nous.    

Conclusion ? Si l’on renonce à l’exigence de la stabilité, on découvre des techniques qui permettent de reprendre son sort en main. Les techniques de conduite du changement.

samedi 30 mars 2013

L’interventionnisme de l’Etat nous met dans le pétrin : comment changer les choses

On me demande souvent quel conseil je pourrais donner au gouvernement. A quoi je réponds immanquablement qu’il n’est pas possible de conseiller des gens aussi intelligents. J’ai fini tout de même par avoir envie de parler.

L’Etat est désemparé. Il n’a plus d’argent. Il n’a plus de pouvoir, il est entre les mains de Mme Merkel. Et il ne sait que gouverner par décrets et dépenses. D’ailleurs, il n’emploie que des économistes qui rêvent de formule magique.

Ses méthodes d’intervention nous ont mis dans le pétrin. Car, quand il veut aider l’entreprise, il la prend si bien en charge, qu’il lui fait perdre toute envie de compétitivité. Il tue sa viabilité. Et, ses bonnes intentions pavent notre enfer. En demandant aux services publics de gagner de l’argent, il en a fait des concurrents déloyaux des entreprises. Ils nuisent à l’économie.

Pour un Etat entraîneur de champions
Que faire ? Un des dirigeants d’une CCI me disait qu’il avait constaté que ce que demandaient les patrons de start up était, avant tout, « d’être coachés par des patrons ». L’entreprise et l’individu n’ont pas besoin d’argent, mais d’aide, de « tuyaux », pour tirer parti de leurs atouts, dans le chaos ambiant.

L'Etat doit se demander ce qu’il faut faire pour nous aider à nous aider. Alors, il découvrira qu’il a des moyens formidables pour cela, et qu’ils ne lui coûtent rien. Car il possède des centaines de milliers de personnes qui sont là pour servir leurs compatriotes, mais aussi des réseaux qui couvrent le monde. Il doit abandonner son illusion de la formule magique, il doit sortir de ses palais, il doit transformer le service public en donneur d’aide à l’entreprise, et au travailleur (en puissance). De tuteur, il doit devenir entraîneur de champions. Renaud Lavillenie Paris 2011

vendredi 29 mars 2013

Si l’entreprise veut redevenir performante, elle doit reconstruire son tissu social

L’entreprise française va mal. Plus de marge de manœuvre. On nous le serine tous les jours. Pour ma part, je crois qu’elle a un réservoir colossal de performance interne. Deux exemples le feront comprendre.
  • Un manager me disait que dans son entreprise les commerciaux, qui négocient des contrats de plusieurs centaines de millions, jouent du prix plutôt que de l’argument technique. Comportement classique. Mais conséquence qui l’est moins. Car, prendre un contrat à perte est peu de choses au regard de ne pas l’avoir, mais pas lorsque la pratique est systématique. Car les ordres de grandeur en jeu dépassent les marges de l’entreprise ! Beaucoup d’entreprises ne seraient pas aux limites de la faillite si leurs services étaient correctement vendus. Faute des commerciaux ? Non. Délitement du lien social. Aujourd'hui, le commercial est seul. Sa propre entreprise lui est hostile. Et s'il perd un contrat, il est viré. Ce ne fut pas toujours ainsi. J’ai travaillé avec les commerciaux d’IBM dans les années 80. Non seulement, ils étaient fortement encadrés, mais il existait de véritables rites pour ne pas baisser les prix, tout en faisant le bonheur du client.
  • Le scandale du Libor. Ce taux, dont dépendent des milliers de milliards de transactions financières, a été manipulé par des traders. Il a suffi de lire leurs mails pour prouver leur culpabilité (Exemple : « c’est vraiment dément que trafiquer le Libor puisse vous faire gagner autant d’argent »). Pourquoi les banques ne savaient-elles pas ce qui se disait haut et fort ? Faute de lien entre direction et opérationnels. L’entreprise moderne est faite d’électrons libres.  
Pilotage de la performance et bonnes pratiques
L’entreprise a été victime du pilotage par indicateurs. Elle a cru qu’il suffisait d’indexer un salaire sur un objectif pour, par miracle, diriger ses employés. Mais, la réelle performance n’est le fait que d’un travail d’équipe. Ce n’est que dans ces conditions que non seulement l’homme fait le meilleur, mais aussi qu’il ne peut parasiter l’entreprise. Car il fait l’objet du seul contrôle efficace : le contrôle social.

Et il y a eu pire : l’entreprise est allé chercher les « bonnes pratiques » à l’extérieur. En appliquant ce que tout le monde faisait, elle a perdu toute originalité. Elle est contrainte à la concurrence par la réduction de coûts.

La révolution viendra de l’intérieur
Que faire ? Le contraire. L’entreprise doit jouer sur son identité, ce qu’elle est la seule à pouvoir apporter au marché. Alors, fin de la pression concurrentielle et retour à des marges élevées. Mais aussi temps nécessaire pour développer patiemment son avantage concurrentiel. C’est la stratégie de l’entreprise allemande.
Le changement ne doit pas venir de l’extérieur, comme aujourd’hui, mais partir de l’intérieur. Les entreprises doivent reconstruire leur lien social. Re solidariser leur tête et leur corps. Et comprendre ce qui fait leur richesse. Unique.