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lundi 21 février 2022

Du journalisme à la BBC

En écoutant la BBC, je m'interroge sur ce que devrait être le journalisme. 

D'abord, cela me fait prendre conscience de ce que je n'aime pas du journalisme moderne. Il a souvent un côté "gros malin" : "vous ne me la ferez pas". Il est cynique, au mauvais sens du terme. Celui qui amène à se replier sur sa médiocrité méchante. Il a aussi un parti pris. Il a une ligne. En 68, on disait "d'où parles-tu ?". Eh bien le journaliste me semble souvent parler de quelque part. Il est une pendule arrêtée. Il sait ce qui est le bien. Il ne nous apprend rien.

Il me semble, au contraire, que le modèle de la BBC est l'enquête. Et l'enquête part du doute absolu. Et le doute absolu est aussi le point de départ du citoyen : le citoyen ne sait rien, mais doit se faire une opinion. C'est le juge ultime. Et il exprime son jugement par le vote. J'ai l'impression, qu'à l'origine, au moins, la BBC a voulu être la voix du citoyen. Et que c'était une très bonne idée. 

samedi 30 janvier 2021

Honnête information ?

Notre information s'améliorerait-elle ? Il semble que le doute soit désormais permis et que l'on ait moins peur qu'il ne suscite la théorie du complot. 

Ainsi, peut-on lire que l'on n'est pas certain qu'être vacciné permette de ne pas être un "porteur sain" (ce qui aurait un effet pervers : les vaccinés ne prenant plus de précautions...), on parle des effets secondaires du vaccin, et l'on dit qu'il y a peu de chances que la vaccination arrête (totalement) l'épidémie. (Les questions du Monde.) Les journalistes font enfin un travail de journaliste : pour répondre à nos questions, ils enquêtent...

"Intelligence collective" : le meilleur des vaccins contre une épidémie ? 

jeudi 28 janvier 2021

France Culture, le renouveau du journalisme ?


France Culture aurait 12% de part d'audience à Paris. Ce qui en ferait la 3ème radio la plus écoutée. Surprenant ? Cela peut s'expliquer par la sociologie de la capitale, ville de Bobos. Mais il me semble aussi que France Culture a réussi là où la presse, Le Monde en particulier, a échoué :

  • Je soupçonne qu'il s'y est passé un phénomène qui ressemble à la révolte des médecins contre l'ARS. J'entends souvent que, devant les incohérences de l'ARS, les médecins ont été rappelés à l'ordre par le fait qu'ils avaient prêté le serment d'Hippocrate. Eh bien, les journalistes de France Culture me semblent s'être souvenus qu'un intellectuel cela pensait. 
  • Ils ont interrogé les théories toutes cuites qu'il était bon de croire dans leur milieu. Ils enquêtent, ce que ne font pas les journaux, dont le "fact checking" ne consiste qu'à contester les opinions qui ne sont pas les leurs. Or, enquêter, pas une opinion, c'est ce que l'on demande à un média. 
  • France Culture est "dans le coup". C'est gratuit, il n'y a pas de pub (sauf sur le site web), et numérique (le podcast, mais aussi des vidéos), comme le GAFA. 
France Culture : la presse de demain ?

mardi 26 janvier 2021

La marque du bon journalisme

J'ai longtemps lu The Economist, pour savoir ce qui se passait en France. 

Pourquoi ? Parce que ce journal cherchait des explications systémiques, à long terme, à nos évolutions. Il voulait prévoir ce qu'allait devenir son ennemi héréditaire. Moi comme tout le monde, nous nous fichons de ce qui est en train d'arriver. Nous cherchons à savoir où cela nous mène. 

Le Monde a pris la pente inverse. Ses titres sont la traduction des annonces de la veille de la presse anglo-saxonne, ou le simple écho de ce que répètent les chaînes d'information. Epidémie de coronavirus, jour 1092. 

Le journaliste : Albert Londres, Zola, ou rien ? 

vendredi 18 décembre 2020

Remettons les journalistes à leur place ?

Le coronavirus est un révélateur de ridicules. 

Dans beaucoup de domaines, vaccins, manière de traiter la maladie... il n'y a pas de consensus entre scientifiques. Alors, on appelle le journaliste pour qu'il donne son opinion. Mais comment peut-il juger alors qu'en comparaison des savants qui s'affrontent, il ne sait rien ? D'autant que, bien souvent, ces savants expriment bien mieux leurs idées qu'il n'arrive à le faire ? D'ailleurs comment juger ? Ce seront les faits qui décideront. 

Que pourrait-il faire ? Nous exposer les raisons des uns et des autres, et enquêter. 

lundi 16 novembre 2020

Coronavirus et éthique de la recherche en médecine

L’éthique du chercheur moderne et l'extrême facilité à manipuler génétiquement des virus rendent la fuite d'un virus expérimental d’un laboratoire bien trop facile. Il serait temps de prévenir ce risque. Il a des parades. Article publié par le CNRS.

En ce qui concerne le coronavirus, dit l'article, un laboratoire de Wuhan cherchait justement à comprendre comment un virus animal pouvait se transmettre à l'homme. Il n'est pas écarté qu'il ait fait l'objet de manipulations génétiques. Etudier cette hypothèse, à côté des autres encore possibles (que l'on a beaucoup de difficultés à prouver, par ailleurs), est le travail de la science. 

En voyant le complotisme partout, les journalistes ne rendent pas service à l'humanité ?

vendredi 5 juin 2020

Le Monde made in USA ?

Il n'est question que de George Floyd, à la fois pour Le Monde ou France Culture.

Pourquoi, d'ailleurs, parlent-ils tant de M.Trump ? N'y a-t-il rien d'autre dans le monde ? Le journaliste est-il paresseux, ou est-il un démocrate américain égaré ? (Ou les deux à la fois ?)

(Au moins, il y a quelque-chose de bon dans cette affaire : le coronavirus ne fait plus la une.)

mardi 17 mars 2020

Virus et quatrième pouvoir

La presse a pris l'habitude de dénoncer les "théories du complot". Je ne suis pas sûr que cela ne soit pas contreproductif. En effet, d'une part ses articles n'informent pas, puisqu'ils ne font que nier, et, d'autre part, ils sont désobligeants pour le lecteur. Nous ne payons pas les journalistes pour qu'ils nous disent que nous sommes des morveux ignorants.

Ce que devrait comprendre, je crois, ces journalistes, c'est que, derrière les "fausses nouvelles", il y en a une vraie : il y a un vide, une inquiétude, qu'elles comblent. Les journalistes ne répondent pas à cette inquiétude. Et si c'était, pourtant, cela, leur rôle ?

Mais comment informer, quand on ne sait rien ? Etre rassuré ne veut pas dire savoir le fin mot de l'histoire, mais comprendre que quelqu'un de compétent cherche à comprendre. C'est l'idée centrale de ce que l'on appelle "communication de crise" :

"Dîtes-moi ce qui vous inquiète, je vais enquêter."

Mais pas enquêter comme le fait le journaliste, c'est-à-dire s'arrêter à deux ou trois interviews d'autorités pontifiantes. La presse doit enquêter, comme on le fait dans les films d'Hollywood, ou comme le fait un chercheur, ou comme devrait le faire un juge d'instruction.

Ne serait-ce pas cela, ce que signifie ce fameux "quatrième pouvoir" ?

(Vox et les causes de l'épidémie de coronavirus.)

mercredi 23 octobre 2019

Petit Monde

Dans mon enfance, mon père lisait religieusement Le Monde. Je me souviens qu'il en découpait souvent des articles. Puis il ne l'a plus acheté.

Je suis abonné à ses titres, mais ils ne me donnent pas envie de lire ses articles. Pourquoi ? D'abord parce qu'ils ne m'apprennent rien. Ce sont les nouvelles d'hier. Ensuite, parce qu'ils me semblent écrits pour un "microcosme", les quelques quartiers parisiens dont sont issus ses journalistes. Ce qui intéresse ce petit monde ne me concerne pas.

Le Monde de mon père devait occuper une fonction sociale, globale, universelle : une sorte de laboratoire d'idées.

lundi 24 juin 2019

Canicule : fake news ?

J'entendais la radio comparer le coup de chaud qui se préparer à celui de 2003.

Est-ce honnête ? J'ai vécu la canicule de 2003, à Paris, et il me semble qu'elle avait des caractéristiques bien différentes de ce qui se prépare. D'abord, elle a duré plusieurs semaines. Ensuite, ce qui fait les dégâts du coup de chaud, ce n'est pas la température diurne, mais la température nocturne. En 2003, la nuit n'était pas plus fraiche que le jour.

Et si nos journalistes s'interrogeaient sur l'éthique de leur métier ?

mercredi 19 juin 2019

Frédéric Dard

Frédéric Dard sortait quatre ou cinq livres par an, et chacun se vendait à plus d'un million d'exemplaires. Comment expliquer son succès ? Le talent ?

Frédéric Dard est un pauvre. Il lit beaucoup, mais on lui fait faire des études de comptabilité. Un oncle a l'idée de lui faire rencontrer l'éditeur d'une revue, à tout petit tirage, locale : ne pourrait-il pas être journaliste ? Il a 16 ans. Le dit éditeur, ayant bien bu, n'a pas les idées très claires. Il l'embauche, sans salaire. Pour ne rien faire, dans les premiers temps. Puis pour collecter les revenus de la publicité dont vit le journal. Au début, il publie à compte d'auteur. Puis, à 27 ans, il rencontre celui qui est en train de fonder la collection Fleuve noir. Il cherche des auteurs pouvant produire en continu. C'est le succès.

Un succès qui ressemble à celui d'Asterix, peut-être : une fois San Antonio reconnu, on l'achète comme un paquet de cigarettes ?

Un Frédéric Dard aurait-il percé à notre époque ? L'Education nationale l'aurait peut-être éliminé du journalisme, ou aurait déformé son talent ? Elle en aurait fait un fonctionnaire de banlieue ? Il n'aurait peut-être pas trouvé d'éditeur ?...

En tout cas, l'histoire de Frédéric Dard est probablement plus celle d'une époque que celle d'un homme exceptionnel, pliant les événements à sa volonté.

(Réflexions venues d'un entretien entre Frédéric Dard et Jean-Louis Ezine, chez France Culture, en 1988.)

jeudi 13 juin 2019

Journalisme : métier de classe ?

D'où viennent les journalistes ? Un article de La vie des idées.

Fini l'époque de Tintin et d'Albert Londres, ou même de Jules Vallès. Pour être journaliste, il faut faire une école de journalisme. Il y a une kyrielle de telles écoles. Mais seules les "grandes" permettent d'avoir accès aux médias prestigieux. Et, pour entrer dans ces écoles, il faut passer par sciences po ou certaines classes préparatoires. Ce qui produit des "journalistes sur sélectionnés scolairement et socialement".

Cela a plusieurs conséquences :
  • La culture de l'investigation a cédé la place à celle de la bête à concours.
  • Les valeurs et les goûts de ces bêtes à concours de la haute société ne sont pas ceux du reste du marché. 
  • Le journalisme était un monde ouvert, il se ferme. D'où conflit entre anciens et modernes. 
Le journalisme : la société française en réduction, et sa crise ?

mardi 11 juin 2019

Les changements du Monde

Je me souviens d'un temps où mon père découpait les articles du Monde. Puis il ne l'a plus acheté.

Aujourd'hui, je reçois les titres du Monde. Aucun intérêt. Le Monde me fait penser à un France Culture qui voudrait ressembler à Europe 1.

Je pense qu'un autre positionnement est possible, et rémunérateur. Celui qu'avait le journal après guerre.

mardi 9 octobre 2018

Elections au Brésil

Le candidat de "droite" brésilien a failli être élu au premier tour. France Culture le présentait, dans des informations qui précédaient l'élection, comme un être effroyable. Et disait qu'elle serait indécise...

Cela pose un problème d'exactitude de l'information que nous transmettent les "médias". Comme aux USA, ne tendent-ils pas à ignorer, voire à refuser, la réalité ?

jeudi 3 mai 2018

Ethique de l'information ?

Un universitaire se disait choqué. Dans un différend qui l'avait opposé à quelqu'un qu'il considérait comme un charlatan, les journaux avaient donné autant de poids à sa parole, et aux travaux savants dont il n'était que le porte-voix, qu'à celle du charlatan.

Il me semble que c'est une tendance du moment. Par exemple France Culture annonce une mesure du gouvernement et interviewe ensuite, pour faire équilibre, le représentants d'un parti d'opposition, ou d'une association. Les deux opinions ont-elles le même poids ? Il est difficile de ne pas penser que l'on est là devant un procédé de manipulation.

France Culture répondrait probablement qu'il refuse la "parole d'autorité", qu'elle émane du savant octogénaire ou du président issu d'une élection. Seulement, il y a d'autres façons de procéder. Il ne faut opposer à la "parole d'autorité" un ensemble aussi significatif que possible d'opinions divergentes. C'est ainsi que l'on obtient une idée des dimensions du problème, et que l'on peut juger en son âme et conscience de ce qu'il faut en penser.

mardi 26 septembre 2017

Opposition

France Info disait ce matin que le projet de loi antiterroriste du gouvernement faisait contre lui l'unanimité de l'opposition. Or, la droite dit qu'il est laxiste, et la gauche qu'il est liberticide. Curieuse unanimité.

De même, j'entendais M.Trump faire une déclaration à une foule enthousiaste (au sujet de "Little Rocket Man"). Beaucoup d'hommes politiques français l'auraient envié. Le journaliste parlait d'un public "acquis" à sa cause. On le décrit généralement en France comme peu aimé des Américains. Est-ce réellement le cas ?

Nos journalistes ne feraient-ils pas bien de se pencher sur leur façon d'analyser l'information ?

dimanche 24 septembre 2017

Journalisme

La technique est toujours la même. Les informations de France Culture parlent d'une décision du gouvernement, elles font ensuite parler un opposant appartenant à une ONG ou un parti d'opposition. Résultat : les deux opinions ont le même poids. La seconde en a plus que la première, même. Or, elle a un poids démocratique beaucoup plus faible.

Un universitaire me disait la même chose. Un journal mettait en regard l'opinion du meilleur expert mondial d'un sujet, et celle d'un inconnu qui avait émis une théorie fumeuse. Même poids pour le lecteur.

Aux USA, le journaliste fait une enquête. Il creuse. Et il s'efforce d'entendre tout le monde. Et si l'on envoyait nos jeunes journalistes se former aux USA ? Ils nous ramèneraient peut-être des techniques que nous avons oubliées. (Les techniques d'Albert Londres ?)

mardi 25 juillet 2017

Journalisme

Les journalistes ont les mêmes accents que les députés "dégagés". Le peuple ne les écoute plus, pas plus que M.Mélenchon et Macron. (Et Mme Le Pen ?) Or, la vérité est dans la bouche du journaliste ; vous n'êtes pas équipés intellectuellement pour la trouver, disaient les invités du Grain à moudre de France Culture ce matin.

C'est nouveau. Hier, le journaliste pensait qu'il y avait mieux que la vérité. Qu'il y avait le bien. Et qu'il devait l'enseigner. Cependant, peut-être y a-t-il deux autres nouvelles, dans ce changement :
  • Le journaliste comprend qu'il peut se faire "dégager" (un des invités du Grain à moudre est éditeur de The Conversation, parole d'experts, mise en page par le journaliste). Il s'est mis à s'interroger sur son rôle. Il s'est mis à penser.
  • Pour la Révolution, l'esclavage, c'était le lavage de cerveau (en ce temps on parlait de "coutume"). La liberté, c'était parvenir à penser par soi-même. Eh bien, ce projet pourrait commencer à se réaliser : le peuple "ose penser". 

vendredi 22 novembre 2013

Pourquoi le Français n'écoute-t-il pas?

Un jour mes élèves m'ont dit que si je n'arrivais pas à communiquer avec les journalistes, c'était parce que je posais des questions et que le journaliste est supposé savoir. Dans le billet précédent Edgar Schein leur donne raison.

Mais cela éclaire aussi un problème très important. Quand vous rencontrez quelqu'un, il est soit supérieur, soit inférieur à vous. C'est la logique française. Dans le premier cas, vous l'écoutez, dans le second, non. Mais, pourquoi aurions-nous un supérieur ? Ce serait injuste ! Du coup, nous n'écoutons personne.

Cela explique aussi une découverte récente. La plupart des consultants qui interviennent dans les entreprises sont ma payés. Pourtant, ils font un travail que ne sait pas faire leur client. Oui, mais être sous-traitant signifie être inférieur. Donc être un exécutant. Donc être mal payé. C'est logique, finalement.