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jeudi 14 juin 2018

Coeur et jugement

Le prix Nobel comme les oscars récompensent le succès. Parfois, ils peuvent aussi être politiques. MM. Obama et Krugman ont reçu des Nobel anti Bush, les oscars sont anti Trump. Et la valeur de l'oeuvre ?

Ce qu'il y a d'étrange ici, c'est que l'on est à l'opposé de ce que Kant, et d'autres, ont estimé être l'essence du jugement. L'esthétique est là où s'exprime de la manière la plus pure notre capacité à juger. C'est une aspiration spontanée, partagée par tous. C'est au delà des concepts et codes culturels. Comme le dit Pascal : le coeur a des raisons que la raison de comprend pas. Eh bien, c'est le coeur qui est l'organe du jugement. Notre société : sans coeur et sans jugement ?

jeudi 3 mai 2018

Ethique de l'information ?

Un universitaire se disait choqué. Dans un différend qui l'avait opposé à quelqu'un qu'il considérait comme un charlatan, les journaux avaient donné autant de poids à sa parole, et aux travaux savants dont il n'était que le porte-voix, qu'à celle du charlatan.

Il me semble que c'est une tendance du moment. Par exemple France Culture annonce une mesure du gouvernement et interviewe ensuite, pour faire équilibre, le représentants d'un parti d'opposition, ou d'une association. Les deux opinions ont-elles le même poids ? Il est difficile de ne pas penser que l'on est là devant un procédé de manipulation.

France Culture répondrait probablement qu'il refuse la "parole d'autorité", qu'elle émane du savant octogénaire ou du président issu d'une élection. Seulement, il y a d'autres façons de procéder. Il ne faut opposer à la "parole d'autorité" un ensemble aussi significatif que possible d'opinions divergentes. C'est ainsi que l'on obtient une idée des dimensions du problème, et que l'on peut juger en son âme et conscience de ce qu'il faut en penser.

jeudi 15 mars 2018

J'ai toujours tort

J'ai toujours tort, dit ce blog. Et il est vrai que c'est l'impression que j'aie. Mais pourrais-je avoir raison ?

Il me semble que, dans le changement, il y a un moment étrange. Alors, on voit exactement ce qu'il faut faire, mais on agit à l'opposé. Par exemple, on utilise le bon mot, mais un mot a deux acceptions, contraires. Et on se sert de la mauvaise. Typiquement, on peut utiliser "aimer" dans "aimer ses enfants" et "aimer le poulet".

Mais il y a des gens qui ont toujours raison, au moins dans leur existence professionnelle. C'est le cas de Christian Kozar. Il a mené une vie d'aventures. Elle l'a fait rencontrer des prises d'otages, des redressements d'entreprise et des crises sociales, notamment. Parfois, il a été en danger. A tous les coups, il a pris une décision inattendue, qui était judicieuse a posteriori. C'est ce qu'il appelle "le vol de la bécasse". La bécasse est difficile à tuer, parce qu'on ne sait pas où elle va, alors qu'elle finit toujours par atteindre son but.

Il donne une anecdote pour expliquer son mécanisme intellectuel. Si l'on montre à des diplômés une boîte et on leur demande ce qu'elle contient, ils vont faire des conjectures. Si l'on fait de même avec des enfants, ils vont l'ouvrir. Et si, pour bien décider, il fallait garder une âme d'enfant ?

jeudi 1 février 2018

Critique

La France aurait perdu le sens critique, dont elle était dépositaire depuis le temps des Lumières. Un chercheur me disait que c'était l'opinion de l'université américaine.

Comme souvent, le mot "critique" a plusieurs sens, et il a dérivé du mauvais côté. Le sens critique est ce qui permet de penser bien, de juger correctement. D'où le titre des ouvrages de Kant : "critique de...". On l'entend maintenant comme un doute systématique. Cette dérive frappe les professionnels de la philosophie. Ils censurent. Si bien que la philosophie devient un art de salon, vain, qui fait du sur place, une forme de nihilisme.

Il y a aussi la critique agressive. C'est celle qui tire d'une critique juste, une conclusion fausse. Typiquement, la gauche dit : la droite a tort, donc j'ai raison. Et inversement. Mais, sii la gauche et la droite ont tort, aucune n'a raison.

Y a-t-il une bonne critique ? Celle qui montre la pensée paresseuse, et ce qui est, probablement, utile ; et qui mène à l'action.

(Une analyse de la pensée des Lumières.)

lundi 22 janvier 2018

Dialectique

J'ai toujours tort, dit ce blog. Depuis que je suis tout petit, je me rends compte, de temps à autre, que ce que je crois, sans savoir que je le croyais, est faux. Peut-être que, pour avancer, il faut croire à la vérité, alors qu'elle n'existe pas ? "L'erreur est humaine" dis-je aussi. Mais il ne faut pas croire trop longtemps à une vérité donnée : "Persévérer est diabolique." Ce mécanisme qui nous permet de marcher sur l'eau est peut-être ce que certains appelleraient la "dialectique". Une discussion permanente avec le monde, qui se déroule en passant de certitude en certitude opposée, sans que le phénomène ne soit circulaire.

En conséquence, on ne peut pas dire à quelqu'un : "vous pensez que", en brandissant une de ses déclarations passées. Bien sûr, la loi peut condamner certains agissements contraires à l'intérêt général. Mais, pour se faire une idée de la personnalité de quelqu'un, le "juger", au sens non juridique du terme, il faut prendre en compte le mouvement qui le porte. Car notre vie c'est ce mouvement ?

dimanche 24 décembre 2017

Marrons cassés

Dans mon enfance, ma mère amenait à Noël une boîte de marrons glacés cassés du Comité d'entreprise de son employeur. De ce fait, je n'ai jamais aimé que les marrons cassés, et pas les marrons entiers.

On pourrait avancer que le marron cassé convient mieux à une petite main que le marron entier. Le marron cassé est plus dense en marron et en sucre que le marron entier, et donc rationnellement meilleur. Et la boîte de marrons cassés est elle-même plus remplie que celle de marrons entiers, pleine de vides. Mais c'est surtout mes normes de jugement qui se sont formées alors. Comme quoi, notre jugement est conséquence des circonstances.

mardi 10 octobre 2017

Gnangnan

Une commentatrice de Flannery O'Connor disait que, dans ses nouvelles, le drame venait des personnes "gnangnan". Exemple, une dame qui prenait en amitié un tueur, qu'elle introduisait dans sa famille, qu'il massacrait. Idem pour un instituteur et un psychopathe. (Emission de France Culture.)

"Gnangnan" veut dire mou. Une autre forme de "banalité du mal" ? Je me suis demandé si le danger ne venait pas plutôt des bien pensants, qui, par idéologie (cf. les préceptes d'une certaine religion chrétienne), ne voient le mal nulle part. Ou, du moins, ne voient que des âmes à racheter. Du coup, ne faisant rien pour le corriger, ou l'éviter, il se déchaîne sur ceux qu'ils auraient dû protéger.

samedi 26 août 2017

Statue

Faut-il enlever la statue du général Lee ? se demandent les Américains. Après tout il fut un horrible esclavagiste. J'entendais aussi dire qu'aujourd'hui André Gide irait en prison. Non parce qu'il était homosexuel, mais parce qu'il fréquentait les adolescents. 

Doit on juger le passé avec les valeurs de notre temps ? D'ailleurs Lee et Gide n'ont-ils pas leur utilité ? Ne nous amènent-ils pas à nous dire que si des gens bien ont pu faire des erreurs, cela pourrait nous arriver aussi, et qu'il serait bien d'être prudent ? D'autant que ce sont nos pères...

lundi 19 décembre 2016

Moteurs de la décision

Je me demande si l'homme n'est pas aux prises avec deux forces :
  • Ses convictions. Elles portent sur sa vision du monde, par exemple s'il est individualiste, ou humaniste. (Autrement dit s'il ne voit pas plus loin que son intérêt instantané, ou s'il pense qu'il sert une cause plus large.)
  • Son inertie naturelle, qui tend à le pousser à croire que ce qu'on lui dit est conforme à ses convictions, et donc qu'il peut rester dans un état végétatif. 
à cela vient s'ajouter le fait qu'il part avec un bagage. La société lui a lavé le cerveau, afin qu'il ne vienne pas bouleverser l'ordre existant. Ce n'est que petit à petit qu'il va comprendre que ce qu'on lui présente comme parfait est plein de contradictions. S'il a le courage de dépasser son inertie, il approchera petit-à-petit de ses convictions. Jusqu'à ne plus être victime de cette inertie. 

C'est peut-être le sort des saints ou de Socrate, ou ce que dit Confucius de l'homme de 70 ans, ou le message du Tao. Tous ce monde, plus ou moins rapidement, a trouvé sa "voie" ? Ses actes et ses paroles sont cohérents. Et ils sont adaptés à l'univers qui l'environne.


dimanche 27 novembre 2016

Juger

Je me souviens de R.Badinter racontant ses plaidoiries contre la peine de mort. "Prendre un homme vivant et le couper en deux morceaux" avait été un argument efficace.

Selon que l'on vous présente un fait selon tel ou tel angle, cela vous donnera telle ou telle idée. Des idées contraires, généralement. C'est pourquoi l'on juge "à charge" et "à décharge". Pour avoir une idée sur une question il faut la regarder sous de multiples angles. Et espérer qu'il en sortira une intuition !

mardi 22 novembre 2016

Impératif : apprendre à penser

Peut-on croire France Culture ? On peut se poser la même question de tous les médias. Ne reflètent-ils pas les présupposés de ceux qu'ils représentent ? Certes, mais quoi de neuf ? Brexit, Trump, Fillon. Nos médias nous donnent des idées fausses. Et Cameron, Clinton, Sarkozy, nous font agir mal. 

Plus terrible. Pourquoi croyons-nous ce que l'on nous dit ? Parce que l'on nous dit ce que nous avons envie d'entendre, répond la psychologie. Cela va dans un sens qui flatte nos vices ? Paresse intellectuelle, notamment, selon R.Cialdini.

Et si, désormais, nous ne pouvions plus faire confiance à personne ? A commencer par nous-mêmes ? Et si c'était cela, penser ?

jeudi 21 juillet 2016

Qu'est-ce qu'un génie ?

Dans un précédent billet, je parlais de génie. Qu'est-ce qu'un génie ? Je crois que c'est ce que nous ne sommes pas. 

Notre idéal est de réussir un examen, et de ne plus rien faire. Ou de nous élever dans une bureaucratie. Nous jugeons notre travail et notre vie avec les yeux de la société. Nous sommes des rouages.

Le génie, qu'il soit scientifique ou autre, a son projet à lui. Il a une capacité de jugement autonome. C'est un papillon dans un monde de chenilles.

samedi 26 juillet 2014

Qu’est-ce que juger ?

Dans un précédent billet je parle d’Hannah Arendt qui se demande ce que signifie « juger ». Voici mes idées sur le sujet. 

Ne pas se faire rouler dans la farine. Ou plutôt réduire à l’état animal. C’est l’idée première des Lumières. Remettre en cause les lois, prétendument de la nature, que l’on cherche à nous imposer, pour nous réduire en esclavage. Hannah Arendt semble attribuer ce mode de jugement à Socrate, et penser qu’il est exclusivement destructeur. En fait, il force à la création ! Il est impératif de reconstituer ce qui a été détruit, sous peine de ne plus pouvoir vivre. Jugement douloureux, tout de même.

Apprendre du passé. Faire ce dont la France a horreur : se demander pourquoi elle a collaboré pendant la guerre ; pourquoi elle a eu un comportement aussi lâche, auparavant ; mais aussi ce qu’a été la colonisation, et pourquoi la décolonisation a été un tel désastre, alors qu’elle était portée par de si bons sentiments. Dans tous ces cas, juger, ce n’est pas condamner. Car, ce qui est en jeu, ce n’est pas tel ou tel, mais la nature humaine. Juger, c’est apprendre. Hannah Arendt semble apprendre deux choses du passé. Des comportements individuels exemplaires, qui doivent nous inspirer. Ou des projets sociétaux qui ont échoué, mais qui, s’ils réussissaient un jour, pourraient transformer notre vie. Quant à moi, je crois qu’il faut surtout apprendre de nos erreurs. Persévérer est diabolique.

Et le jugement esthétique de Kant ? Chester Barnard explique que le « leader » du changement est capable de relire le code de lois d’une société pour en donner une vision inattendue et enthousiasmante. Les grands conquérants semblent avoir ce don. La Révolution française a peut-être été un tel moment (d’ailleurs Kant la cite). J’y vois, aussi, ce qui sépare Bill Gates et Steve Jobs. Ils répondent à la même fonction (ordinateur). Mais, chez l’un c’est soviétique et chiant, chez l’autre c’est génial. C’est peut-être là que se trouve l’esthétique. Il existe de mauvais projets (destructeurs de l’humanité), et de bons projets. Mais, dans ces derniers, il y en a qui sont tristes à pleurer, et d’autres qui nous font vibrer. La politique (la vraie) est une oeuvre d'art ?

Hannah n'a pas tout vu ?
Est-ce tout ? Le travail de ce blog, au fond, est de distinguer l'émergence de nouveaux systèmes. C'est-à-dire de "structures", d'ensemble de règles du jeu, qui vont nous contraindre, et transformer notre vie. C'est tout le combat de The Economist, qui cherche à nous convaincre que le "libre échange" est une loi de la nature. Comme une pendule arrêtée, sa solution à nos maux est immuable : démantelez les lois de la société, car elles bloquent le bon exercice du marché. Pour moi, juger c'est avant tout comprendre ce qui se cache derrière les mesures "de bon sens" avec lesquelles on nous lave le cerveau.

Veut-on une société à la Dickens? L'homme est-il également respectable ?... Une fois les systèmes démasqués, choisir entre eux est peut-être une question d'esthétique. 

samedi 7 juin 2014

De l'incapacité du gouvernant à juger

Dans l'affaire Alstom, le gouvernement a négligé les intérêts du petit porteur. Cela va avoir des effets à long terme fâcheux. Ainsi parlait Serge Delwasse.

Peut-on faire la même remarque sur l'affaire BNP ? L'action gouvernementale semble réflexe. Elle ne prend pas en compte toutes les dimensions de la question. Et, surtout, pas ses conséquences à long terme. Cela me rappelle la législation "au fait divers" de M.Sarkozy. Mais aussi une décision de Mme Royal, qui avait, semble-t-il, éjecté un chanteur d'un festival, au motif qu'il parlait mal des femmes. (Mais quid de la liberté de parole ? Et, surtout, de la capacité de jugement du peuple ? Qu'arrive-t-il à une nation dont le peuple est considéré comme un animal ? La victoire de la démagogie ?...)

Or, comment la justice procède-t-elle ? Elle fait une enquête, pour commencer. Et elle est longue. Et elle est à charge et à décharge. C'est à dire qu'elle doit prendre en compte tous les aspects de la question. Puis, il y a le jugement à proprement parler. D'un côté des techniciens du droit, de l'autre des représentants de la société. La justice naît du débat démocratique. 

Et si nous, et notre gouvernement, devions réapprendre à juger ?

lundi 13 janvier 2014

On ne naît pas intelligent, on le devient

J’ai dit que l’on ne naissait pas ingénieur, qu’on le devenait. Je me demande s’il n’y a pas là une des caractéristiques éternelles de notre pays. Celle qui explique la résistance des privilèges. Nous croyons que nous naissons élus. L’Ancien régime le disait, les grandes écoles l’ont confirmé.

Une croyance longtemps solidement établie chez nous a été que les grandes écoles sont une forme de test d’intelligence. Et que les gens intelligents ont tous les droits. Je ne sais pas trop ce que signifie intelligence, mais je crois que si c’est une vertu ultime non seulement elle se construit, mais encore elle est en construction permanente. L’homme doit être éternellement un « jeune con », qui se transforme en se tapant la tête contre les murs. Lorsqu’il devient un « vieux con », qu’il n’a plus que des certitudes, son histoire est finie. C’est un réactionnaire.

Je me demande d’ailleurs si cet art de la tête contre les murs n’est pas ce que nous appelons « le travail ». Car travailler, au fond, c’est vouloir dominer un environnement qui cherche à faire de nous de vieux cons, des robots qui serrent des boulons sur une ligne d’assemblage. Le propre de l’homme n’est peut-être pas le débat démocratique, comme le dit Hannah Arendt, mais, plutôt, cette volonté de se libérer de l’aliénation. Contrairement, aussi, à l’opinion d’Hannah Arendt, le combat n’est pas gagné une fois pour toutes, il est permanent. « La condition de l’homme (moderne) » , c’est un espace de confrontation, qui permet à l’individu de se transformer, sans cesse. Et c’est ce mouvement de ludion, de la caverne à la lumière et retour, qui est nécessaire à la participation au débat politique.

Ce qui m’amène à un autre différend avec Hannah Arendt. Elle semble ne pas aimer le travail. Il fait de l’homme une « bête de somme », dit-elle. Mais n’a-t-elle pas passé sa vie à travailler ? A décortiques l’œuvre des philosophes, à donner des cours, et à écrire des livres ? En fait, il est possible qu’il y ait deux types de travaux. Celui qui « rend libre » (comme disaient les camps de concentration), et celui qui abêtit. Que le travail tombe dans l’un ou l’autre camp dépend probablement à la fois des conditions dans lesquelles il s’exerce (le camp de concentration abêtit massivement) et de l’individu lui-même (Hannah Arendt me semble avoir fait preuve de beaucoup plus de liberté que Sartre, à qui je dois pourtant le thème que je développe : Sartre est resté un diplômé, il n’est jamais devenu un philosophe, et encore moins un homme d’action).

Je débouche ainsi sur la question sur laquelle s’est achevée la vie d’Hannah Arendt : la capacité de juger. Et si elle n’était rien d’autre que cette aptitude à se libérer ? Aptitude qui n’est pas intrinsèque, mais qui profite d’une accumulation d’expériences et de réflexions ?

(Mes propos se réfèrent à La condition de l’homme moderne, d’Hannah Arendt, et à sa biographie.)

mardi 22 octobre 2013

Sommes-nous murés dans nos certitudes ?

Une présentation de mon expérience à un échantillon de notre "élite" nationale. Les participants me disent (poliment) qu’ils sont fermement opposés à mes propos. Mais, en creusant, lors du déjeuner qui suit, nous découvrons que nous sommes d'accord. En fait, ils ont interprété mes paroles, sans se demander si leur interprétation était correcte

Il y a beaucoup de choses qui sont liées à ce phénomène ou qu’il peut expliquer. 
  • Comment se fait-il que mes missions ou mes conférences ne rencontrent aucune difficulté alors que mes livres ne sont pas compris, sauf d’universitaires ? 
  • C’est aussi le problème, fondamental du jugement. C’est ce problème sur lequel travaillait Hannah Arendt quand elle est morte. Elle avait conclu de ses études sur le totalitarisme qu’il ne pouvait s’installer que parce que les leaders de la cité, les intellectuels, compromettaient leurs idéaux selon la logique du "moindre mal", c'est-à-dire en absorbant progressivement l’idéologie totalitaire au nom du pragmatisme. Le contre poison ? La démocratie. Un débat entre égaux. Mais des égaux qui sont devenus des hommes parce qu’ils se sont dégagés des contingences matérielles. En particulier, ils ont appris à juger par eux-mêmes (i.e. à se dégager du diktat des exigences physiologiques).
Et si elle avait vu juste ? Et si le problème de notre époque était d'apprendre à juger ? Mais comment y parvenir ?

Il semblerait qu’une partie au moins de la solution ait été trouvée par les Grecs.
  • La première étape est « l’absurde ». L’absurde est ce qui arrive lorsque l’on se rend compte que ce à quoi l’on croyait est faux. (Par exemple les syndicalistes ne sont pas des démons, l’entreprise n’est pas le mal...)
  • On parvient alors à la « vérité » par le dialogue (la dialectique).
  • En outre, on sait que l’on est arrivé à quelque chose de solide, lorsque l’on en est si convaincu que l’on pourrait, figurativement ?, mourir pour lui. Socrate semble avoir dit qu’il était un "accoucheur" parce que, à son époque, l’accoucheur mettait l’enfant dans l’eau froide pour tester sa résistance. (D’ailleurs, lui-même a accouché de Xénophon, Aristote et Platon, qui avaient des théories diamétralement opposées. Ce qui me laisse penser qu’il cherchait plus à construire des hommes qu' à imposer son idéologie.)

vendredi 30 août 2013

Chronique de l’instabilité mondiale

Nouvelles du monde. Faute d’opposition, le premier ministre turc est en position de force. Plus despote que démocrate ? Ukraine. Le pays est pris entre la Russie, qui le tient en otage énergétique, et l’UE, qui lui offre sa collaboration. « à long terme (cela pourrait forcer) ses producteurs à s’améliorer pour être compétitifs internationalement. »  Italie. Les lois de la mafia et du pays sont toujours aussi divergentes. Hollande. L’immigration des pays de l’est (conséquence de l’élargissement de l’UE) bouleverse l’équilibre du pays. « L’UE a ouvert un canal entre ce monde ordonné et choyé et une offre de main d’œuvre habituée à des salaires et des conditions de travail bien plus difficiles. » Angleterre. Le pays est à la fois xénophobe et fasciné par les étrangers. Surtout, quand ils lui sont utiles. Syrie. M.Assad aurait utilisé des armes chimiques contre sa population. Histoire de reprendre l’avantage sur la rébellion. Il estimerait que l’Ouest ne réagira pas. Effectivement, M.Obama n’est pas chaud pour intervenir au Moyen-Orient. En Egypte : retour à l’hiver arabe ? « La force de la propagande gouvernementale, la dureté de ses méthodes, et la réapparitions de visages du régime d’Hosni Mubarak, tout cela laisse un goût amer à beaucoup d’Egyptiens. » Et l’Iraq est de nouveau à feu et à sang. La Chine veut-elle faire fuir les entreprises étrangères ? « Le modèle de développement économique chinois dépend (…) de faire venir les meilleures entreprises mondiales, et de, légalement ou non, bénéficier de leur propriété intellectuelle. » L’Inde va mal. Victime de la fin de la politique monétaire américaine. Les investisseurs se retirent. Sa devise s’effondre. « La solution à long terme au problème de balance des paiements pourrait être d’accélérer le développement du secteur manufacturier. » Amérique. Et le rêve de Martin Luther King ? Il y a toujours de la discrimination, mais on tue moins de noirs et ils sont plus nombreux parmi les élus. Parmi ses autres curiosités. « En 2009, 3,47md$ ont été dépensés dans le lobbying du gouvernement. » « 50% des sénateurs et 42% des députés » deviennent lobbyistes lorsqu’ils prennent leur retraite politique. « Washington a maintenant un revenu par personne plus élevé que celui que la Silicon Valley. »  D’ailleurs, les grands patrons de l’industrie de la haute technologie ont décidé de s’attaquer à l’incompétence du politique. Première application : faire voter une loi favorable à l’immigration. Pour cela ils financent la publicité électorale des Républicains à qui ils font tourner casaque.

Nouvelles de l’entreprise. Adidas a une méthode révolutionnaire pour concevoir ses produits : il se demande à quoi ils servent. M.Marchione a bien des difficultés avec Fiat et Chrysler. De deux entreprises en dépôt de bilan, il a fait un canard boiteux. Ce faisant empêchant l’industrie automobile de se débarrasser de ses surcapacités. Dans la série, les victimes du changement : les grands cabinets de chasse de tête. Ils seraient victimes d’Internet et des entreprises qui auraient monté leurs propres cabinets internes. Ils cherchent à se diversifier, et à se spécialiser. Et dans celle des évolutions : l’augmentation des capacités de stockage informatique pourrait faire revenir la haute fidélité, au détriment des formats compressés (MP3). Et maintenant, les victimes de la crise. Les petites banques de la « périphérie européenne », privées de crédit, vont disparaître. Mauvais temps pour les PME auxquelles elles prêtaient. (Et aussi pour le risque bancaire, de plus en plus systémique !)

Science. Parmi les coûts indirects d’une crise : la santé. Un surcroît d’obésité, par exemple. Intéressante mise en cause de notre capacité de jugement. Compétitions de piano : comment les vainqueurs sont-ils choisis ? « les juges de ces compétitions, pourraient, une fois qu’ils ont filtrés les tocards, tout aussi bien jouer à pile ou face le classement. L’autre leçon (…) est que les concurrents feraient bien de travailler autant leur jeu théâtral que musical. » Et si l’univers n’était pas en expansion ? Et si les atomes prenaient du poids ?

vendredi 5 juillet 2013

Comment noter ?

Chaque année, je me demande comment noter mes étudiants. Je suis en face de trois cas de figure.
  • Il y a ceux qui me trouvent sympathique et veulent faire du zèle. Ils passent malheureusement souvent à côté du sujet. Ce qui me navre.
  • Il y a le « bon élève », l’intellectuel. Cette fois-ci j’ai, plus ou moins, la lettre du cours. Mais pas son esprit. Le bon élève est un as de l'économie. Il obtient la meilleure note pour le minimum d'effort. 
  • Il y a les « rebelles ». Ils en font à leur tête. Curieusement, ils ne font pas ce que je leur demande, mais ils se prennent de passion pour le sujet, et en découvrent l’esprit. Cette catégorie en comprend deux : les rebelles de l’écrit et les rebelles de l’oral.
Je me demande s’il n’y a pas ici une métaphore de notre mécanisme de pensée. Et si mon cours ne porte pas plus sur la pensée, et le jugement, que sur le changement. Penser, c’est refuser les codes. C’est faire du neuf. Mais c’est un neuf qui n’est pas aléatoire, c’est un neuf qui correspond à une nouvelle réalité. On rejoint le changement, finalement. Il y a un lien.

Généralement, nous ne pensons pas. Nous surfons sur les courants de pensée existants. Nous les choisissons indirectement. Par des arguments tels que : celui qui les porte est-il de mon camp ? Ou par rationalisation de notre paresse, en trouvant une raison de ne pas nous pencher sur une idée qui nous dérange : celui qui la propose est-il très catholique ?