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lundi 13 janvier 2014

Nous sommes tous des libraires ?

Les députés ont voté à l’unanimité. Amazon (seulement ? Et la Fnac ?) devra faire payer les frais de port des livres qu’il vend. C’est curieux. Hier M.Montebourg se félicitait de la création d’un millier d’emplois par un entrepôt d’Amazon. Et la loi est un sérieux frein à l’accès à la connaissance. Le Français se moque-t-il de la connaissance et de l’emploi ? Pourquoi n’a-t-on pas entendu ce type de propos, même minoritaire ? Les députés sont-ils représentatifs de quelque-chose ? Sinon des ordres du gouvernement (mais pas de M.Montebourg) ou de la dernière idée qui semble flotter ? Et pourquoi faire autant de cas des libraires, alors qu’on laisse crever des PME un peu partout ? Et que dire des SDF ? Serions-nous tous des libraires ?

Tout semble beaucoup plus compliqué qu’on ne le dit

Amazon est-il un danger pour les libraires ?
Les libraires affirmeraient qu’Amazon vend à perte. Mais on lui reproche aussi de ne pas payer ses impôts ! Quant à la concurrence (huffingtonpost) :
"Nous réalisons 70% de nos ventes sur des livres de fond de catalogue qui ont plus d'un an. Au contraire, les libraires se concentrent sur les nouveautés et ne peuvent pas servir les clients qui demandent des ouvrages plus anciens, car ils ne les conservent pas en stock. Nous sommes donc parfaitement complémentaires", rappelle Romain Voog (dirigeant d’Amazon).
Le marché du livre est aujourd'hui très cloisonné, tout comme son type de ventes. Les grandes surfaces alimentaires (Leclerc, Auchan) captent environ 20% du total mais se réduisent strictement aux "best sellers". Les grandes surfaces consacrées à la culture (Fnac, Cultura) 25%, tandis que les librairies indépendantes touchent 20%. La vente en ligne ne s'arroge que 10% du marché. Et Amazon n'est pas seul...
(En outre, les libraires seraient victime du prix de l'immobilier, et des éditeurs qui publient à tort et à travers.)

Le libraire, comme missionnaire ?
L’étonnante unanimité de nos représentants a peut-être une autre explication. Voilà ce que dit le ministère de la culture :
Compte tenu de leur rôle culturel (en effet, grâce à leurs conseils et leurs sélections, celles-ci jouent un rôle prépondérant dans la diffusion du livre, la mise en avant de la diversité éditoriale ainsi que dans l'aménagement du territoire et l'animation culturelle), le maintien et le développement des librairies constitue une des priorités de la politique du livre. Compte tenu des difficultés conjoncturelles et structurelles que rencontrent les libraires, l'action du Ministère de la Culture et de la Communication en faveur des librairies est aujourd'hui renforcée.
Voilà un texte bien surprenant. Le gouvernement nous prendrait-il pour des crétins, qui ont besoin d'être civilisés par des missionnaires ? Et ces missionnaires, ce sont les libraires ?
Voilà pourquoi nos députés votent comme un seul homme ? Ils ne sont pas là pour nous écouter. Mais pour nous dire ce qui est bon pour nous ?

Pour un libraire commerçant ?
Mais, avons-nous besoin de gens qui nous éduquent ? Et, si oui, y a-t-il beaucoup de libraires qui en soient capables ? Et, s’ils sont aussi utiles que le dit le ministère pourquoi ont-ils besoin d’être protégés ?

Et si le problème était là ? Si les libraires sont en voie d’extinction, c’est parce que ce ne sont pas des commerçants, mais des missionnaires ? 

dimanche 25 août 2013

La librairie indépendante prospère aux USA

La librairie indépendante serait au mieux de sa forme aux USA. Voici ce que dit un article.

N'y aurait-il pas quelque-chose à copier par le libraire français ? Le témoignage d'un libraire américain :
(il) pense que les libraires indépendants ont deux gros avantages sur leurs rivaux plus importants. Le premier est qu'ils sont assez petits pour parvenir à bien connaître leurs clients. Ils les voient, leur parlent, reconnaissent les habitués, et ils savent comment les amener à revenir. L'autre avantage est que le libraire indépendant sait ce que ça signifie de devoir se battre pour rester en vie (...) le ressort du succès pour les libraires indépendants est de se concentrer sur les qualités humaines et tactiles qui les différencient des écrans impersonnels et des boutons des appareils électroniques.
J'ai mené il y a des années une étude auprès des marchands de journaux, libraires et tabacs. J'avais tiré des conclusions étonnamment similaires. J'avais aussi conclu que le nombre de libraires capables d'avoir un tel discours sont rares.

vendredi 11 janvier 2008

Amazon et Destruction Créatrice

Il y a quelques temps j’ai été sollicité pour signer une pétition en faveur d’Amazon. Son activité de vente de livres sur Internet avait été condamnée par la justice française pour ne pas faire payer les frais de livraison à ses clients. (Je n'ai probablement pas bien compris : ses concurrents semblent avoir les mêmes pratiques, mais n’intéressent pas la justice…) Amazon ayant été attaqué par le syndicat des libraires, j’en suis arrivé à m’interroger sur le sort des membres de cette profession.

Il me semble qu’il y en a de moins en moins. Dans le Quartier latin, par exemple, ils sont souvent remplacés par des magasins de vêtements. Comment sauver le libraire français ? Je me suis souvenu des études de marché que je menais il y a quelques années. Qu’est-ce qui faisait qu’une boutique (marchand de journaux, pharmacie…) vendait ?

  1. Massivement la publicité.
  2. Mais tout aussi spectaculairement la personnalité de son patron. Ce dernier facteur expliquait des ordres de grandeur de 30%. Parfois énormément plus : une boutique reprise suite à une faillite employait 5 personnes, et dans une région économiquement sinistrée. Grâce à lui des distributeurs de presse ne perdaient pas de ventes en dépit d’implantations de grandes surfaces…

Une étude que j'avais faite pour le Syndicat de la Presse Quotidienne Régionale lui a d'ailleurs fait penser que le seul moyen de défendre les ventes de ses titres était de favoriser l’implantation de marchands de journaux dynamiques.

Conclusion ? Et si le libraire souffrait d’une concurrence indirecte d’autres professions qui savent mieux attirer que lui le chaland ? Et si le libraire était la victime indirecte du fait que le livre est moins bien promu que, par exemple, le vêtement ? Illustration de ce que l’économiste Joseph Schumpeter a appelé la Destruction créatrice, avatar de la sélection naturelle de Darwin ?

Et si la véritable nature du danger pour l’entreprise n'était pas directe mais indirecte ? Les entreprises partagent les mêmes ressources (notamment les revenus de la population). Il suffit que certaines les monopolisent ou les détruisent, pour que d’autres en soient privées. C’est cela qui force l’entreprise à se remettre en cause en permanence, à innover. C’est aussi cela qui fait qu’il n’est pas réellement dangereux pour l'économie qu’une entreprise soit en monopole. Et si, paradoxalement, les concurrents directs d’une entreprise n'étaient pas ses ennemis, mais ses alliés ? Le libraire a intérêt à ce que nous continuions à lire des livres. Pour cela ils doivent être promus par des acteurs puissants.

Compléments :
  • Joseph A. SCHUMPETER, Capitalism, Socialism, and Democracy, Harper Perennial, 3ème edition, 1962.