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dimanche 3 juin 2012

Les racines catholiques de l’Europe

Vendredi, j’entendais Elie Barnavi dire à France Culture qu’il regrettait que l’Europe n’ait pas reconnu ses racines catholiques. En effet, la religion catholique serait à l’origine de beaucoup de choses qui nous sont chères, comme les droits de l’homme. En conséquence de quoi, il n’y a pas de place pour la Turquie chez nous.

Ce type d’argument me surprend. Pourquoi ne pas parler aussi de la Rome des origines, qui nous a fort influencés, sans être chrétienne (cf. César, conquérant de la Gaule). Quid des autres peuples qui ont occupé l’Europe, et leurs cultures ?...

D’ailleurs, à l'opposé, et si l’Europe s’était faite contre la religion catholique ? Le protestantisme d’abord, les Lumières ensuite ? Et si c’était, justement, les valeurs des Lumières qui étaient le fondement de l’Europe ? C’est, du moins, ce que pense Tzvetan Todorov : Les Lumières et l’identité de l’Europe.

samedi 20 décembre 2008

Élie Barnavi et l’Europe

Pierre Assouline (L'Europe, combien de divisions ?) commente un livre d’Élie Barnavi sur l’Europe. 2 idées m’interpellent.
  1. Élie Barnavi aurait aimé que les racines chrétiennes de l’Europe soient rappelées dans le préambule de sa constitution.
    Tocqueville et Chateaubriand l’auraient sûrement approuvé, eux qui comptaient sur la religion chrétienne pour adoucir un « libéralisme » barbare.
    Quant à moi, l’évocation de ces racines chrétiennes m’a choqué. Probablement question de culture. 1) Je suis finalement un fanatique de la laïcité, qui, dans mon panthéon personnel, s’est constituée contre l’Église ; 2) la foi chrétienne, au moins au sud de l’Europe, est fortement influencée par un paganisme antérieur (cf. ribambelle des saints) – si l’on veut de la racine, pourquoi s’arrêter en chemin ? ; 3) c’est au nom de la religion chrétienne que les peuples européens se sont entre-égorgés, que la France a connu ses plus grandes guerres civiles, et s’est vidée d’une partie de sa population, qu’on a brûlé de l’hérétique, que l’on en a décousu avec le slave ou l’infidèle… ; 4) et, l’Europe, justement, a été créée pour mettre un terme à ces guerres.
    L’Europe, comme la France moderne (celle de « liberté, égalité, fraternité »), comme les USA (refuge contre l’intolérance religieuse anglaise), s’est construite pour la plus grande gloire de valeurs idéales. En réaction à un passé terriblement douloureux. J’ai vécu le retour des racines chrétiennes comme une tentative de révisionnistes revanchards.
  2. Élie Barnavi s’oppose à l’entrée de la Turquie dans l’Europe, au motif qu’elle n’a rien en commun avec nous ; que ceux qui la poussent dans nos bras veulent faire de l’Union Européenne un espace sans foi ni loi, autrement dit un marché.
    Argument faible. L’Europe, c’est un projet. Pourquoi une nation en serait-elle exclue au nom de son passé ?
    D’ailleurs, l’Europe n’est pas, comme je l’ai cru, seulement une vaste zone de libre échange. Mais un formidable mécanisme pour faire rendre gorge aux nationalismes.

Sur Tocqueville et Chateaubriand : MANENT, Pierre, Histoire intellectuelle du libéralisme, Hachette Littérature, 1997.
L’Europe est-elle une communauté ?