Affichage des articles dont le libellé est Tocqueville. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Tocqueville. Afficher tous les articles

vendredi 14 juin 2013

La fin de l’avantage concurrentiel

Il est temps de dépasser le concept même d’avantage concurrentiel durable. A sa place, les organisations doivent se forger un nouveau chemin vers la victoire : capturer rapidement des opportunités, les exploiter de manière décisive, et passer à autre chose avant même qu’elles soient épuisées. 
Harvard Business School Press annonce une de ses nouvelles publications. Comme d’habitude, à la manière d’un film hollywoodien. Comme d’habitude, le livre « montre comment quelques-unes des entreprises qui réussissent le mieux utilisent cette méthode pour se battre et gagner ».

Nouveau, vraiment ? Voici ce que dit Tocqueville du commerce maritime américain.
Le navigateur européen ne s’aventure qu’avec prudence sur les mers, il ne part que quand le temps l’y convie, s’il survient un accident imprévu, il rentre au port, la nuit il serre une partie de ses voiles et lorsqu’il voit l’Océan blanchir à l’approche des terres, il ralentit sa course et interroge le soleil. L’Américain néglige ces précautions et brave ces dangers. Il part tandis que la tempête gronde encore la nuit comme le jour, il abandonne au vent toutes ses voiles, il répare en marchant son navire fatigué par l’orage et lorsqu’il approche enfin du terme de sa course, il continue à voler vers le rivage comme si déjà il apercevait le port. L’Américain fait souvent naufrage mais il n y a pas de navigateur qui traverse les mers aussi rapidement que lui. Faisant les mêmes choses qu’un autre en moins de temps, il peut les faire à moins de frais.  
(...) Le navigateur américain part de Boston pour aller acheter du thé à la Chine. Il arrive à Canton y reste quelques jours et revient. Il a parcouru en moins de deux ans la circonférence entière du globe et il n'a vu la terre qu’une seule fois. Durant une traversée de huit ou dix mois, il a bu de l’eau saumâtre et a vécu de viande salée, il a lutté sans cesse contre la mer, contre la maladie, contre l’ennui, mais à son retour il peut vendre la livre de thé un sou de moins que le marchand anglais, le but est atteint.
Et n’est-ce pas comme cela que les entreprises ont été conduites ces derniers temps ? N’est-ce pas pour cela qu’elles ont détruit leur avantage concurrentiel ? Et si la règle du jeu était, au contraire, de construire de nouveaux avantages concurrentiels, en cherchant à exploiter au mieux ce que l’on sait, encore, mieux faire que les autres ? 

vendredi 17 mai 2013

Le marché n’est pas la solution, mais le problème : vive le politique ?

Ce blog a fini par comprendre ce qui était écrit dans les journaux anglo-saxons ! (Et ce qui m’avait été seriné en MBA.) On a voulu réinventer la société sur le modèle du marché. Donc faire de l’homme une chose. La crise résulte de cette utopie. Nous courrons maintenant le danger que la contre-utopie du dirigisme bureaucratique remplace le chaos du marché.

Y a-t-il une solution intermédiaire ? Une universitaire amie, que ses recherches amènent dans ma direction, me dit qu’il faut réinstaurer le politique. Elle retrouve la conclusion de Pierre Manent dans son Cours familier de philosophie politique (Gallimard, 2004). Mais comment y parvenir ? Lui dis-je. La démocratie, ça ne s’impose pas ! Peut-être y a-t-il des conditions qui lui sont favorables ?

Je n’ai pas d’idée très claire à proposer. Juste des pistes. Notre société possède quelque-chose de fantastique. C’est l’énorme quantité de gens éduqués, armés pour penser. La France a réussi un de ses grands changements ! En outre ces gens sont farcis de bons sentiments. Certes, ils en font généralement un mauvais usage : nous sommes massivement hypocrites. Mais c’est par manque de sens pratique que nous pavons l’enfer de bonnes intentions. Tocqueville l’a bien dit. Donc, il n’en faudrait pas beaucoup pour transformer le monde en mieux. Juste quelques techniques. Mon expérience me le répète.

Alors comportons nous comme si nous étions dans une démocratie, débattons du sort de la nation, et recherchons les méthodes pratiques de mise en œuvre de nos idées ? 

jeudi 25 avril 2013

Facebook : déjà fini ?

Les enfants quitteraient Facebook, dit be Angels. Raison ? Big parents are watching you. Ils fuient le regard parental. Plusieurs idées me sont venues en lisant ce billet :
  • Les parents vont suivre les enfants sur les réseaux sociaux qu’ils ont choisis : ce qui n’est bon ni pour eux, ni pour Facebook.
  • Ces mêmes parents ne devraient-ils pas s’interroger sur la nature du lien qu’ils ont avec leurs enfants ? Se demander ce que cette relation augure de l’avenir ? Et s’il ne serait pas possible de faire du plus solide et plus sain ?
  • Enfin, une pensée pour l’inusable Tocqueville. Déjà, en son temps lointain, il notait que l’entreprise américaine (en l’occurrence navale) tendait à n’être qu’un feu de paille. En sera-t-il une fois de plus ainsi de Facebook ? Take the money and run ?

vendredi 5 avril 2013

Utopie : mal occidental ?

Et si la caractéristique de nos changements, de notre histoire même était l’utopie, me suis-je demandé récemment. Du coup, j’ai lu Voyages en Utopie, de Georges Jean (Découvertes Gallimard, 1994), livre qu’un collègue m’a offert il y a vingt ans. (Ce qui en dit long sur ce qu’il pensait de moi.)
Qu’est-ce qu’une utopie ? La description d’une organisation sociale idéale.L’histoire de l’utopie commence avec Hippodamos de Millet, à l’époque de Périclès, qui veut construire une cité idéale. Dès le départ, et jusqu’à nos jours, l’urbanisme et l’architecture feront chemin commun avec l’utopie. Puis vient Platon. C’est Thomas More qui donnera à l’utopie son nom (nulle part), et qui va lancer la tradition moderne. L’utopie est, initialement, une critique de la société, qui vise à l’améliorer. Mais, progressivement, elle devient réalité. Un genre littéraire apparaît, la critique de l’utopie (cf. 1984), autre nom du totalitarisme.

Ce livre m’a-t-il amené bien loin ? Tocqueville voyait la Révolution comme la tentative de réaliser une utopie. Il n’en est pas question. De même qu’il n’est pas question de l’Union soviétique, ou de l’Allemagne nazie et de sa pensée völkisch. « Tous pensent qu’il convient de substituer des règles simples et élémentaires, puisées dans la raison et dans la loi naturelle, aux coutumes compliquées et traditionnelles qui régissent la société de leur temps » disait Tocqueville des penseurs des Lumières. Utopie, maladie de la raison ?

vendredi 22 février 2013

Sociologie contre philosophie ?

Il y a quelques temps j’ai entendu Bruno Karsenti dans La suite dans les idées de France Culture.

Première révolution. La philosophie traditionnelle Socrate / Platon serait une réaction à la corruption du langage opérée par les Sophistes. Seconde révolution. Avec la sociologie post révolutionnaire, la dimension sociale de l’existence surgit. La philosophie l’avait manquée, elle qui croyait à la totale liberté du sujet et à une politique uniquement faite par les puissants.

Comme souvent, il est difficile de savoir si j’ai compris quoi que ce soit à ce qu’il a dit. Mais quelque chose m'a rappelé mes réflexions du moment. Et si la philosophie traditionnelle représentait la façon dont notre élite, individualiste, se représente le monde ? Et si la sociologie avait émergé avec la découverte qu'elle n'était pas la seule à compter ?

Cela expliquerait-il pourquoi des gens comme Tocqueville et Hannah Arendt semblent avoir été effrayés par la prise du pouvoir par le peuple ? N'allait-il pas étouffer de ce qu'il y a de beau et de noble dans l'Homme ? Le peuple ne représente-t-il pas sa dimension bestiale ? Dictature du besoin physiologique sur l'intellect ?

samedi 16 février 2013

Le siècle des utopies ?

Je lis Thatcher and sons, les réformes thatchériennes en Angleterre, et relis l’étude sur le totalitarisme de Hannah Arendt. Parallèles imprévus. Et inquiétants.

Nazisme, communisme et libéralisme, même combat ?
La théorie d’Hannah Arendt est que nazisme et communisme ont voulu réaliser une utopie. Ils ont cru que tout était possible. Pour réaliser ce qui n’est pas possible, ils ont détruit les conditions qui rendent l’homme humain. Comment ? Par le changement pour le changement. (Ce qui ne peut me laisser indifférent !)
Le plus surprenant dans Thatcher and sons, est que l’on y découvre que ce n’est pas Thatcher qui a appliqué le Thatchérisme, mais ses opposants, et surtout le reste de l’Europe. Même nous : les réformes du précédent quinquennat semblent un décalque des réformes anglaises ! Inattendu. Mais surtout, le Thatchérisme était une utopie. Il voulait remplacer la culture du service publique et de la démocratie, corrompus par le socialisme, par celle de l’entreprise. Mais, par « entreprise » il n’entendait pas PME, mais cabinets de conseil ! En 10 ans le gouvernement britannique a dépensé 70md£ en conseil ! Et ces cabinets voulaient installer le marché dans tout ce qu’ils touchaient. Pour cela, ils prônaient le changement pour le changement…

Tocqueville avait-il raison ?
Cela m’a rappelé Tocqueville, qui voyait la révolution française comme la tentative de réalisation d’une utopie. L’illusion d’un monde construit sur la raison. Sommes-nous victimes des illusions de la raison ?

Ou Polanyi ?
Mais il y a un autre livre qui modélise encore mieux à notre situation. C’est La grande transformation de Polanyi. Selon lui, l’histoire récente du monde s’explique par sa réaction à une utopie. Celle du marché. L’utopie du marché veut que tout soit échangeable, comme un produit, de l’homme (marché du travail), à la terre (marché de l’immobilier). Ce qui demande standardisation (tout homme doit être comparable), et mobilité totale (pas de lien social, pas de famille en particulier) : le produit doit aller au plus offrant. D’après Polanyi, les totalitarismes, le colonialisme… seraient des tentatives de rejeter cette utopie de chez-soi, parce qu’elle est invivable, vers les faibles.

Crises de folie de la raison ?
Peut-on construire une théorie du phénomène ? Et si nos crises étaient des sortes de crises d’adolescence de la raison ? Depuis les Lumières l’individu a pris le dessus sur la société. En conséquence, il peut être logique qu’il veuille reconstruire le monde selon ce que lui dicte son cerveau. Celui-ci étant extraordinairement limité, cela le conduit à des désastres.
Surtout, le Surindividu étant le boutiquier anglo-saxon, il est peut-être normal que le degré zéro de l’intelligence, la fiction du tout produit, se soit imposée. Et qu’elle cherche à nous contraindre par sa poigne de fer invisible.
Comment permettre la dimension individuelle de l’existence et éviter ses crises de folie sans aliénation sociale de l’individu ? La raison, qui nous a rendu de bien mauvais services, peut-elle nous indiquer le chemin ? 

mardi 22 janvier 2013

Qu’est-ce qu’aimer ?

Le fil de ma réflexion sur ce qu’apprend l’école au Français me conduit à une idée bizarre. « Aimer » aurait deux acceptions.  Ma discussion de communication et changement va d’ailleurs dans le même sens.

L’acception française, d’abord. Elle est basée sur la certitude. Aimer, c’est imposer aux autres ce que nous pensons bien pour eux. Déjà, l’Ancien régime voulait enrichir le paysan par la force, disait Tocqueville !
L’acception que je préfère, et qui est en contradiction totale avec la précédente, part du doute. Elle demande de comprendre l’autre. Aimer, c'est avant tout reconnaître que l'autre est un être complexe. Donc, digne d'intérêt et d'étude. Et ensuite ? Je ne sais pas trop. Il faut chercher...

mercredi 5 décembre 2012

Attali, la Maginite et l’économie sociale

Pourquoi parle-t-on des 600 personnes de Florange, qui ont un salaire, dont beaucoup sont proches de la retraite et à qui l’on pourrait, de toute manière, payer une reconversion, et pas des 50.000 nouveaux chômeurs mensuels ? disait Jacques Attali, ce matin, à France Culture. Pire, pour conserver ces emplois il est question de centaines de millions d’euros ! On pourrait payer beaucoup de monde avec tout cet argent !
Pourquoi la France s’entête-t-elle a refuser le changement ? Pourquoi ne reconnaît-elle pas que certains métiers disparaissent ? Qu’il faut aider ceux qui les faisaient à trouver un nouvel emploi en leur donnant les moyens d’acquérir la formation nécessaire ? (Flexisécurité.)

Serais-je d’accord avec Jacques Attali ? Si l’automobile, par exemple, est à l’article de la mort, c’est parce qu’elle n’a pas pris les bonnes décisions au bon moment. Si elle l’avait fait, il n’est pas dit qu’elle n’emploierait pas plus de monde aujourd’hui, qu’hier… Maintenant, il est trop tard. Toute résistance est vaine. C’est parce que la France refuse le changement, qu’elle en est victime. Elle est paralysée par le syndrome de la ligne Maginot, ou de l’autruche.

Le noeud du problème est peut-être bien notre conception du rôle de l’Etat. Du despotisme éclairé que décrit Tocqueville, dirigiste, bureaucratique, taylorien, il doit passer à la République, autre nom de l'économie sociale. Autrement dit, il ne doit plus nous imposer une ligne de conduite rigide, mais être le donneur d’aide de l’initiative individuelle.

Je suis à peu près certain que le petit peuple est prêt pour cette grande transformation. C’est dans la tête des grands fauves qui nous gouvernent que doit se faire le changement. Pour la première fois depuis Louis XIV, un gouvernant doit admettre qu’il n’est pas omniscient. Jacques Attali, ingénieur des Mines et inspecteur des finances, sera-t-il l’hirondelle qui fait le printemps ? 

vendredi 9 novembre 2012

Gallois et Tocqueville

Même un polytechnicien n’arrive pas à bien comprendre le rapport Gallois.

En fait, si l’on en croit Elie Cohen, ce rapport est un exemple de notre génie national. Il dit de manière effroyablement compliquée une chose très simple. A savoir que le mal de la France est que ses entreprises produisent trop cher du milieu de gamme. Elles doivent s’orienter vers le haut de gamme. Cette idée fait consensus parmi nos élites.

Pourquoi ne pas envisager d’autres directions, direz-vous ? (Par exemple, une ouverture sur les marchés étrangers, qui, par effet d’échelle, réduirait les coûts ?) Nos élites seraient-elles victimes d’une nouvelle lubie, comme au temps des 35h ? Ceci est une autre histoire.

D'autres auraient demandé aux entreprises ce dont elles avaient besoin. Peut-être auraient-elles eu des idées intelligentes, et bon marché ? Pas question. Comme le disait Tocqueville, notre gouvernement doit faire notre bonheur, y compris contre notre volonté.

Dans cette logique, le rapport conclut que « des actions de longue haleine doivent être menées en matière de formation, de recherche, de gouvernance, d’exportation, de solidarité entre grandes et petites entreprises et de refondation du contrat social ». Mais c’est du long terme et l’entreprise est en perdition ! On rajoute donc « un transfert immédiat et inconditionnel des charges sociales non contributives (…) vers un impôt universel à assiette large ». Mais ces prélèvements vont accentuer la crise ! Certes, mais, la France est sous la menace d’une intervention extérieure (UE, FMI, marchés), pas question de transiger ! Alors, on prend les dites mesures, tout en en différant l’action ! « le gouvernement change de direction et reconnaît que la priorité est à la baisse de la dépense publique et à la restauration des marges des entreprises. Ce message devrait être entendu par le FMI, les marchés et l’UE. »

Curieusement, alors que d’une question simple, le gouvernement a tiré des mesures d’une rare complexité, il a totalement omis de se pencher sur le détail de leur mise en œuvre : « les 10 milliards de baisse de dépenses publiques ne sont guère détaillés alors qu’il faudra sans doute s’engager dans la réforme du mille-feuille territorial, des dépenses de santé et des multiples organismes publics qui ont proliféré » et plus loin « Le dispositif de transferts de charges est illisible et comporte des incertitudes majeures. »

Amateurs pris de panique ?
L'Ancien Régime et la Révolution.
Ou les conséquences imprévues de  la réforme à la française.

lundi 18 juin 2012

Europe : match France Allemagne ?

A quoi tient l'avenir de la zone euro ? La France veut une solidarité financière, sans perdre sa souveraineté. L'Allemagne estime que cela est impossible. Il faut un gouvernement européen qui impose des règles communes et qui empêche un pays de se laisser aller à la débauche financière. Cela va de pair avec un réel contrôle démocratique.

Conséquences ? Même âge de la retraite partout, dépenses publiques uniformisées... (Zone euro : ce que veut Berlin - Coulisses de Bruxelles.)

Cela est-il aussi simple que cela ? Non, car si le modèle de la pensée Merkélienne sont les USA, ses Etats ne fonctionnent pas ainsi. En particulier, ils semblent avoir une forte autonomie (certains possèdent la peine de mort, pas d'autres, par exemple), et la capacité à la faillite. Il n'y a pas de discipline financière commune, à mon avis, mais quelques mécanismes d'ajustement, et une bonne volonté partagée. (Relisons Tocqueville.)

Autrement dit, je soupçonne qu'on est en face d'un affrontement d'idéologies : d'un côté un modèle germanique, de l'autre une vision française du dirigisme d'Etat.

Ce n'est pas comme cela que l'on négocie. Il faut passer du comment au pourquoi. Sans quoi on s'étripe sans se comprendre. Une fois que l'on est d'accord sur les principes, alors on peut discuter posément et efficacement de mise en oeuvre. En outre, il faut simuler le changement en entrant dans son détail. Sans quoi ses vices de forme nous éclateront, une nouvelle fois, à la figure. Et il faudra aller de crise en crise. Chacune pouvant être fatale.

mercredi 25 avril 2012

L’erreur du neocon ?

Sigmund Warburg, fameux banquier, a une phrase qui me frappe : ce n’étaient pas les révolutionnaires de 17 qui étaient les vrais révolutionnaires, mais ceux qui ont défendu les valeurs de l’Ouest contre leur barbarie.

Tocqueville devait se sentir un révolutionnaire, lui aussi, lorsqu’il considérait les atrocités et l’irrationalité post 89. Idem pour le néoconservateur : il est une réaction à 68.

Ils ont tous eu raison de dénoncer ces crises de folie. Mais ils ont commis une erreur colossale : on n’oppose pas la barbarie à la barbarie. Il n’y a pas deux options : révolutionnaires et contre révolutionnaires. Il y a, au milieu, l’énorme majorité des gens honnêtes.

Un programme politique doit servir cette immense majorité, non être une réaction aux idées d'une poignée de fous-furieux, même s’ils ont le pouvoir.

Compléments :

dimanche 17 juillet 2011

Le Français invente les lois

À répétition cette semaine on m’a parlé de grossières violations de la loi par le Français. Police, Éducation nationale, patrons, administrateurs d’association… tout y a passé, en seulement quelques jours.

Mon père, qui était juriste, disait que « le Français invente la loi ».

Explication ? La législation sur l’amiante ouvre peut-être une voie à explorer :

Les entreprises ont longtemps ignoré les risques de l’amiante et les injonctions du législateur. Du coup celui-ci a durci la loi. Elle est devenue virtuellement inapplicable (l’entreprise est supposée coupable par défaut).

Le mieux est-il l’ennemi du bien ? Et s’il fallait que nous fassions des lois moins ambitieuses, mais dont nous-nous donnons les moyens de l’application ?

Compléments :
  • Il y a une histoire de ce genre dans l’Ancien régime et la révolution de Tocqueville. La réglementation par l’Ancien régime du droit d’expression était effroyable. On risquait sa tête pour un mot de travers. Mais elle n'était – presque - jamais appliquée. (Malheureusement ce « presque » fait de notre pays une nation de l’arbitraire, ce que n'avait pas vu Tocqueville, me semble-t-il.)
  • L’opinion d’Aristote.
  • D’ailleurs le Français ne respecte pas plus ce qu’il a appris à l’école. Probablement pour les mêmes raisons : l’école n’est pas très sérieuse. Mais il suit tout de même des règles. Les siennes. On peut les déduire de son comportement. C’est l’enseignement central du cours que je donne.

samedi 18 juin 2011

Angleterre et France : principes constitutifs

L’Angleterre donne son élite en spectacle (Oxford contre Cambridge, aussi bien qu’Any questions de la BBC). Elle indique au peuple qu’avoir de l’ambition c’est rejoindre cette élite.

Ce faisant, elle s’est maintenue inchangée quasiment depuis le Moyen-âge. Elle a pu être une société d’héritiers qui permet toujours aux grands propriétaires de ne pas diviser l’héritage.

Depuis Tocqueville, au moins, une partie de l’élite française s’émerveille de ce miracle, et se désole de ne pouvoir l’imiter. En France, le puissant est soupçonné d’être malhonnête et incompétent. Fils à papa, pistonné ou petit copain ?

J’entendais l’autre jour Abdelwahab Meddeb opposer démocratie anglaise et République française. Il y a peut-être du vrai là-dedans. Au fond, les Anglais sont les détenteurs de la démocratie.  La démocratie anglaise, comme la grecque, est une société de classes. La classe supérieure est libre, n’obéit à presque rien, se cultive et s’épanouit, la classe inférieure lit The Sun, et vit de petits boulots. La République place les représentants du peuple au dessus de tous. Ce régime est égalitariste, uniformisateur des cultures immigrées et peu libre.

Compléments :
  • L’Anglo-saxon depuis toujours reproche à la France sa mesquinerie.
  • Histoire de l’Angleterre.
  • Quant à l’Amérique elle a échappé à la classification anglaise par la largeur des « opportunités » qu’elle offrait à son peuple. Elle permettait ainsi à la classe supérieure d’être vite renouvelée. Aujourd’hui le critère d’entrée dans la sphère haute est social : ce sont les études (cf. le CV des milliardaires d’Internet, ou de la nouvelle élite des « working rich ») que seuls les riches peuvent faire.

dimanche 27 mars 2011

Contestation sans leaders

Le peuple égyptien a renversé son gouvernement, spontanément, mais faute d’organisation, il ne peut pas aller plus loin. (Egypt’s Facebook revolution faces identity crisis - The Washington Post.)

Tocqueville (Souvenirs) raconte une histoire similaire concernant la révolution de 1848. Le peuple français est le plus fort, mais ne peut prendre le pouvoir, car il ne sait pas gouverner.Gouverner est un métier, il faut y avoir été préparé.

Le seul moyen pour que le Moyen-Orient ne sombre pas dans le chaos serait-il qu'un parti formé pour gouverner se débrouille pour ne pas susciter l’opposition spontanée de la population ? Forte incitation à diviser pour régner ? 

vendredi 3 décembre 2010

Instabilité de la démocratie ?

Jusqu’à très peu j’estimais la démocratie comme un bien absolu. Petit à petit je me suis mis à douter.
  • La démocratie grecque d’Aristote est éminemment inégalitaire. Elle a besoin pour se nourrir d’une masse d’esclaves. Il en a été de même de l’Angleterre, fondement de la démocratie moderne.
  • Il me semble maintenant que notre amour de la démocratie est le résultat d’un lavage de cerveau, fait des élites anglo-saxonnes. (Il n’y a que les Français pour penser qu’ils ont inventé la démocratie !). La démocratie bénéficie massivement à celles-ci, intellectuels ou barons de l’économie. Si les leaders d’opinion anglo-saxons ont fait de tels bogeymen de Mao, Staline ou de Gaulle, n’est-ce pas parce qu’ils défendaient une vision non démocratique du monde, favorable au peuple (cf. les purges d’intellectuels des deux premiers) ?
  • Dès que les oppositions aux démocraties se sont effondrées, celles-ci ont été emportées, comme la démocratie romaine, dans une lutte fratricide pour se partager leurs richesses. D’où dislocation et dictature. La chute de l’URSS a eu un effet curieusement similaire sur l’Amérique (Le développement durable contre les pauvres). La démocratie future pourrait ne pas être aussi aimable que celle que nous avons connue...
Tocqueville disait que chaque régime avait un vice, par construction, et que le rôle du législateur était d’en prendre le contre-pied…

lundi 11 octobre 2010

Brutalité du changement : causes

Depuis que je suis sorti de l’ennui de l’éducation nationale, on m’a toujours reproché de trop travailler. C’était vrai quand j’étudiais en Angleterre, quand j’étais manager, et même maintenant. Mes clients me trouvent, semble t’il, sympathique et aimeraient que je perde du temps avec eux. Mais je ne peux supporter de gaspiller leur argent.

J’en viens à penser, comme Galbraith (après Veblen), qu’une vie de dirigeant, ou de membre de la classe supérieure anglo-saxonne, est une vie de loisirs. Ce qui m’amène à la thèse de Tocqueville selon laquelle lorsque l’on n’a aucune expérience pratique, on est inapte à la conduite du changement. On croit que le monde est guidé par la (notre) raison pure. On pense que l’individu inférieur doit suivre le diktat de cette raison et faire ses quatre volontés.

Le récalcitrant est alors justiciable de la troupe. Ce qui est effectivement l’acception la plus répandue de « conduite du changement ». 

mercredi 29 septembre 2010

Des primaires

Les partis politiques français, toujours innovants, désirent choisir leurs candidats par des primaires, comme les Anglo-saxons. Mais est-ce judicieux ? Les travaillistes ne semblent pas avoir choisi le candidat le plus éligible. Idem pour les Républicains en ce qui concerne les prochaines sénatoriales.

D'ailleurs, pourquoi s'en étonner ? Les idées des fans d’un parti ne sont elles pas fatalement différentes de celles de la majorité du peuple ? Pire, ceux qui votent ne sont-ils pas les plus motivés (les candidats sénateurs américains sont choisis par quelques milliers de personnes, le leader du parti travailliste par un peu plus de 200.000 votants) ? Avec un avantage décisif aux minorités bien organisées (Tea Party aux USA, Syndicats en Angleterre) ?

Le système des primaires semble donc donner un candidat susceptible de plaire à la majorité de la population si le parti est relativement uni et ses membres pensent avant tout à son intérêt. S’il est divisé en factions, les chances de la victoire d’un extrémiste isolé sont sérieuses. Il dirigera le pays si l’opinion rejette son adversaire.

Compléments :

dimanche 30 mai 2010

BBC 4

Les mauvaises nouvelles de la radio d’Etat m’usent. J’écoute, quand la météo le permet, BBC 4.

BBC 4 ne change pas. Toujours les mêmes émissions. Desert Island Disks, You and Yours, Any Questions, The Archers, feuilleton qui a commencé dans les années 50... et les tests matches de cricket (monde mystérieux et fascinant de termes incompréhensibles : LBW, Off stump, leg off...), grands drames d'émotion...

Même la société ne semble pas bouger, depuis quelques temps j’entends parler d’un nouveau « Jack l’éventreur », qui aurait assassiné plusieurs prostituées (quand il ne tuait pas il écrivait une thèse de criminologie, semble-t-il). Comme à l’époque de Victoria. Hier un ministre lib-dem était accusé d’avoir fait payer à l’État le loyer de son amant, dont il voulait taire l’existence (pour vivre avec lui il le faisait passer pour son logeur), lui-même ayant un foyer officiel, tout à fait respectable…La classe supérieure anglaise demeurera éternellement au dessus des règles de la société.

Tocqueville admirait l’Angleterre, et cette classe supérieure, d’avoir su ne pas changer. Il avait certainement raison. Elle s'est adaptée aux temps pour ne pas avoir à toucher à ce qui comptait réellement pour elle. On lui appartient de parent en enfant. En fait, plus qu’une différence de fortunes, pourtant colossale, ce qui sépare riches et pauvres est une différence de cultures.

Compléments :
  • Le ministre (David Laws) ci-dessus a démissionné presque immédiatement après l'annonce.


samedi 17 avril 2010

Tea Party (fin ?)


Défaite d’une de mes théories : celle d’un mouvement par nature sans direction, qui réagirait spontanément à toute agression contre certaines valeurs sociales ?

En écrivant ce billet j’avais pensé aux observations de Tocqueville sur la révolution de 48 : le peuple avait défait l’armée et la bourgeoisie, mais n'avait pu prendre le pouvoir faute de cadres. Il se pourrait qu’il en soit de même avec le Tea Party.

Mais n'existe-t-il  pas des exemples de fronde populaire spontanée, manifestations françaises ou révoltes chinoises ? Peut-être qu’elles diffèrent avec le Tea Party en ce qu’elles ont un objectif clair (condamner une réforme ou un membre du parti corrompu), alors que le Tea Party semblait, comme 1848, plutôt le désir d’une société « meilleure », sans que l’on sache trop comment la faire fonctionner.

Pour que le changement réussisse il faut que la raison finisse par l'emporter sur l’émotion ? 

lundi 29 mars 2010

Changement chez les dinosaures

Le changement biologique :
L'ordre ancien est détruit. Il y a une période de confusion. Alors un nouvel écosystème émerge, qui ressemble de manière surprenante à l’ancien, mais avec des acteurs différents.
Easy come, easy go.

Compléments :
  • Les révolutions procèdent de même dit l'article. Tocqueville aurait approuvé (L'Ancien régime et la Révolution).