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jeudi 21 avril 2022

Individualisme et raison

J'ai découvert la "raison" en lisant l'histoire des Lumières. En ces temps on rêvait à un monde de raison. Depuis elle est passée de mode. On ne sait même plus ce qu'elle signifie. 

Au fond, la raison marche bien. Ce blog constatait que ce qui se disait était idiot, et, effectivement, on s'en rend compte aujourd'hui. 

Malheureusement, la raison n'intéresse pas notre société. Depuis l'après guerre, on parle de post modernisme. L'intellectuel, qui aurait dû être la raison incarnée, a suivi les théories d'un certain Edouard Saïd, lui même inspiré par un certain Gramsci. Il fallait détourner la raison, pour conduire le changement. Ce qui a produit un phénomène curieux : la parole d'autorité est désormais celle du charlatan. 

En fait, la raison est peut-être le propre de l'Occident, individualiste. En effet, l'individu en suivant son intérêt, comme nos intellectuels, produit des désastres. Il a besoin d'un contre-poids que ne lui donne pas la pression sociale : la raison. 

Les Lumières constataient qu'une ère de raison, celle des Grecs, avait été suivie d'âges de ténèbres. Elles pensaient que, cette fois, la lumière nous éclairait définitivement. Malheureusement, elles n'avaient pas prévu de mécanisme raisonnable d'apprentissage de la raison. Et que l'apprentissage par défaut soit la crise, et, peut-être, les ténèbres... 

samedi 1 janvier 2022

2022 : la démocratie ?

Quel est le rôle d'un gouvernement selon les Lumières ? Formuler la "volonté générale" et l'appliquer. Les travaux modernes sur le changement ne disent pas autre chose : le "leader" fait émerger ce que désire le groupe, et propose une façon de le réaliser, reposant sur la collaboration de chacun.

Le manifeste de M.Macron parle aussi de lumières. C'est lui qui nous les apporte. Il partage en cela une idée devenue dominante ces dernières décennies. Celle d'un "leader" bon pasteur qui conduit le troupeau bêlant. 

Cela explique peut-être pourquoi, systématiquement, l'électeur a cherché à imposer un contre-pouvoir au pasteur : pour qu'il soit obligé d'écouter le peuple. 

Les choses vont elles changer en 2022 ?

(Il y a bien une "volonté générale", en dépit du fait qu'un groupe peut contenir des millions d'individus : cela tient à ce que le groupe est une entité en tant que telle, dont l'intérêt est la condition nécessaire de l'intérêt particulier - la condition suffisante de cet intérêt particulier se nommant "justice".)

vendredi 31 décembre 2021

2022 : retour à la raison ?

Les Lumières pensaient que le "progrès", c'était la raison. Parvenue à la raison, l'humanité serait heureuse. 

Curieusement, cette idée a été oubliée. On ne se préoccupe plus de raison. Une forme de pragmatisme a envahi le monde. Il vit au jour le jour. Degré zéro de la pensée ?

Le virus nous rappelle peut-être à l'ordre. Que signifie la pandémie, sinon que nous allons de crise en crise ? Et, pourquoi cela ? Parce que nous sommes pris de coups de folies. Nous croyons pouvoir marcher sur l'eau. Comme le dit Denis Meadows, un des rédacteurs du rapport du Club de Rome, l'humanité va de bulle spéculative en bulle spéculative. 

Et si la raison c'était, simplement, cela ? L'anti bulle. Ne plus avoir besoin de crise pour réagir à temps. Comme le "sauvage" dans sa forêt, garder en permanence en tête les dangers de son environnement, et être sur ses gardes ? La raison, une humanité mondialisée redevenue sauvage ?

jeudi 25 novembre 2021

Société de raison

Les Lumières pensaient que l'humanité serait un jour gouvernée par la "raison". Alors, elle serait sage et heureuse. Cette raison était un fait individuel. La société des Lumières était une société d'individus libres. 

Les Lumières se sont-elles mis le doigt dans l'oeil ? On sort d'une phase de grand individualisme, et notre sagesse, individuelle et collective, ne semble pas y avoir beaucoup gagné. 

Je soupçonne que la raison est une question de "milieu". Les problèmes que nous posent la société sont trop complexes pour une tête isolée. Que penser du "bio hacking", des vaccins à ARN messager ou autre, du recyclage de la batterie électrique, des centrales nucléaires, de la politique du gouvernement... ? Seulement, ils deviennent beaucoup plus simples dès que l'on peut penser à plusieurs. Surtout si chacun a un bout de spécialisation. C'est la logique du "cluster", dont parle beaucoup ce blog. Mais c'est aussi celle de Maslow, lorsqu'il s'intéresse à la "réalisation" du potentiel individuel. 

Et s'il fallait à la société créer les conditions locales qui rendent l'individu capable d'une rationalité parfaite, c'est à dire, de pouvoir étudier et tirer des conclusions pertinentes de toutes les questions qui se posent à cette société ? 

lundi 11 octobre 2021

La raison et la donnée

La gouvernante de Proust raconte ses souvenirs. Quelques temps plus tard, j'entends une comédienne lire ses paroles. Rien à voir. Tout le drame a disparu. 

C'est la question de l'interprétation. Avec le même texte, avec les mêmes notes de musique, on peut faire des choses complètement différentes. 

Pourtant, ce n'est pas ce que nous ont dit les scientifiques et les ingénieurs. Pour eux, les données, c'était tout. Il est curieux que l'humanité entière puisse gober de telles sottises. Sera-ce toujours le cas, ou les philosophes des Lumières auront-ils le dernier mot ?

vendredi 27 août 2021

Ténébreuse gauche ?

Emission sur la gauche "anti lumières". Cette gauche particulièrement influente accuse les idées des Lumières de tous les maux. Problème : la gauche, traditionnellement, était le parti du "progrès". Or, ces thèses l'amènent à reprendre des idées de la philosophie allemande, compromise avec le nazisme (aussi anti Lumières), à s'aligner sur l'extrême droite réactionnaire, et à refuser la révolution, donc à donner raison à l'Ancien régime ! 

Tout ceci semble être une réaction à la guerre. En fait, j'en ai identifié plusieurs autres :

  • Un courant lié à la systémique, pense que ce qui compromet notre avenir est une science fondée sur la croyance en l'individu, dont le triomphe est la physique, et qui détruit la société, qu'elle ignore. Il faut créer une science de la société, des systèmes et de la complexité (cf. Edgar Morin). 
  • Un autre courant (H. Arendt, A. Camus...) pense que le mal est le "nihilisme", qui provient de la croyance (de l'intellectuel, en particulier) en des absolus. Sa conséquence est le totalitarisme. 
  • Un troisième courant, dominant, a estimé que la guerre avait une origine économique, la crise de 29, due à un manque de réglementation. D'où les accords de Bretton Woods.
Et si tous ces gens voyaient midi à leur porte ? Et s'il était dommage qu'ils n'aient pas pensé à parler entre eux ? Et si les lumières, c'était le dialogue ?

lundi 15 mars 2021

Pensons-nous ou sommes nous pensés ?

Ce qui m'a surpris en m'installant en banlieue est de retrouver dans toutes les communes le même type de politique, de la zone industrielle à la police municipale, la SNCF en panne et de l'avion en rase-motte les laissant indifférentes. Chaque maire pense certainement être original, mais sa pensée est conditionnée par les opinions du moment. D'ailleurs a-t-il le temps de penser ?

Pensons-nous réellement, ou est-ce la société qui pense pour nous ? Même les virtuoses de la pensée que sont les philosophes sont des gens de leur temps. Ils mettent en mot ce que pense tout ou partie de la société ?

Comment réaliser le rêve des Lumières ? Celui d'une société d'individus qui pensent par eux-mêmes ? Peut-être en commençant par considérer ce que nous croyons penser par nous-même d'un oeil critique ? 

vendredi 15 janvier 2021

Progrès

Qu'est-ce que le progrès ? Pour les Lumières, c'était celui de la "raison". L'humanité allait devenir "sage" grâce au bon usage, ou au développement de quelque-chose qui se nomme la "raison". Qu'est-ce que cela signifie ? Peut-être que nous éviterions ce que nous considérons, avec le recul, comme des drames humanitaires, dûs à notre aveuglement. 

Curieusement, le travail sur la "raison" que cela signifiait a été abandonné, et "progrès" a changé de sens.

Ces mécanismes de changement de sens mériteraient d'être étudiés. En fait, on ne cherche jamais la signification d'un terme, on la déduit de son contexte. Comme le contexte change, le mot change. Il y a peut-être aussi des mécanismes plus volontaires : pour faire de la publicité on s'approprie un mot que la population aime bien, et on l'associe à ce que l'on fait. 

Ce qui a peut être perdu les philosophes de Lumières, c'est qu'ils n'en sont pas restés au problème. S'ils nous avaient laissé une question, façon tables de la loi, peut-être que nous nous chercherions encore à la résoudre. Alors qu'ils ont cherché à nous laisser des solutions. Et le sort des solutions est de dériver et de se transformer, radicalement. 

samedi 2 janvier 2021

Jacques le fataliste

Image illustrative de l’article Jacques le Fataliste et son maître

Par Denis Diderot — Denis Diderot, Jacques le fataliste et son maître. A Paris, Chez Gueffier jeune, imprimeur-libraire, rue Gît-le-Cœur, n°. 16. Knappen fils, à la maison de commission en tous genres, rue Saint-André-des-Arts, n°. 46. An cinquième (1797 v. st), Domaine public, Lien

Imaginez-vous ? Un temps où l'on comprenait ce que disaient les philosophes ! 

Peut-être était-ce ce qu'ils voulaient, d'ailleurs. Méfiez-vous des idées ; ne perdez jamais de vue la réalité ? 

Jacques le fataliste fait penser à Candide. Mais il est aussi influencé, c'est dit, par Tristram Shandy. Une oeuvre est toujours de son temps. Comme lui, "il va du coq à l'âne". Les digressions sont incessantes. Les histoires sont interrompues, sans cesse. L'auteur intervient. Il parle au lecteur, et aux personnages. Et, pour finir, l'éditeur prend la parole. 

Une leçon ? Le monde est à l'image du livre ? Sans rime ni raison ? Mais pas "de bruit et de fureur". Car tout est joyeux ici, et même gentiment coquin. Gaulois ? En tout cas, la morale y passe un mauvais moment. Plus exactement, chacun y a sa morale.

Comme dans Candide, on critique des théories philosophiques. Le maître de Jacques croit au libre arbitre : il ne fait que ce qu'il veut. Et pourtant, Jacques le manipule, et il a des gestes mécaniques. D'ailleurs, qui est le maître, qui est le serviteur ? Quant à Jacques, il est "fataliste". Il croit que tout est écrit. C'est, indirectement, un disciple de Spinoza. Voilà une théorie bien difficile à démontrer, car elle est "infalsifiable", dirait-on en anglais. A moins que ce ne soit pas la philosophie qui fasse le philosophe ? Serait-il un philosophe à la Socrate, un philosophe sorti du rang ? N'est-il pas mu par sa conscience ? Son fatalisme n'est-il pas, simplement, la force tranquille de celui qui fait son devoir ?... 

La philosophie des Lumières serait-elle à l'opposé de la philosophie allemande : la simplicité qui masque la complexité ?

vendredi 4 décembre 2020

Hegel, c'est simple ?

Hegel a la réputation d'être tellement incompréhensible que je n'ai jamais tenté de le lire. Pourtant, je me demande parfois s'il n'y a pas quelque-chose d'évident à l'origine de toute cette complexité. 

A son époque (les Lumières) la grande histoire de l'Europe était celle de la liberté et de la raison : "la raison apporte la liberté". En conséquence tous les philosophes d'alors se demandaient comment libérer l'humanité par la raison. C'était à qui trouverait le premier la réponse à cette question.

Et si c'était cela la "chose évidente" ? Ce que fait Hegel, ce n'est pas de démontrer cette assertion, car elle est supposée juste, par tous ! C'est de partir d'elle pour en tirer des conséquences logiques ?

Concrètement, comment aurait procédé cet hypothétique Hegel ? "Nous serons un jour libres et raisonnables" signifie que nous ne le sommes pas. Point. Tout le raisonnement vient de là, il est purement formel ! Il suffit de tirer le fil :

Le contraire de "libre" est "aliéné". Le rôle de la "raison" est (donc) de nous libérer de "l'aliénation". Or, depuis les Grecs, la "dialectique", un raisonnement qui procède par contradictions, est la marche que suit la raison pour parvenir à la "vérité". Puisqu'il est libéré par la raison, l'homme est "aliéné", parce que ce qu'il croit "vrai" est "faux". Donc, il sera libre le jour où il verra la "vérité". Autrement dit, il est libre, mais il ne le sait pas, faute de disposer d'une raison en état de marche ! C'est cette raison imparfaite qui le conduit à la servitude !

La raison parfaite, celle, donc, qui libère, a peut-être quelque-chose à voir avec la société. Nous tendons à croire que la société est un "super être" qui transforme ses constituants (les hommes) en rouages. Ce pourrait être une erreur de raisonnement. Comment cela peut-il être possible ? La société à sa dernière étape de développement pourrait être à l'image de notre corps. Imaginons que notre corps ne soit pas une machine, mais un ensemble d'êtres doués de libre arbitre et qui nous permettent d'être ce que nous sommes, en étant ce qu'ils sont, sans contrainte, comme un orchestre sans chef d'orchestre. Nous sommes intelligents, et nous apportons à ces êtres (les cellules) ce qu'ils n'auraient pas pu obtenir d'eux-mêmes, Internet et ce blog, en particulier. Ce serait cela la société "à sa dernière étape de développement", et donc le résultat de la "raison parfaite". 

Oui. Mais ce raisonnement, purement formel, a-t-il le moindre intérêt ? Je mets des guillemets à certains mots ("vérité"...), parce que ces mots n'ont aucun sens a priori (surtout pas celui qu'on leur donne dans la vie courante). Ce sont des "inconnues", dont on trouve la valeur en appliquant le modèle à la réalité. C'est vrai, en particulier, pour "libre" et "raison" ! Voilà ce qui fait l'intérêt de ce travail : 

Quand il applique ce modèle formel au passé, mon hypothétique Hegel a l'espoir de trouver la valeur des "inconnues" "vérité", "liberté" ou "raison". Et comment se manifeste la "dialectique". 

Illustration ? Que signifie "liberté" ? Ce serait la "société à sa dernière étape de développement". Cette société nous donnerait des possibilités inconcevables aujourd'hui. Etre libre ne serait donc pas "pouvoir nous agiter dans tous les sens", façon 68, mais profiter des capacités (inconcevables aujourd'hui) d'un "sur être", de même que nos cellules participent à ce qui fait notre vie, Internet et ce blog, en particulier.

Bien sûr ce n'est qu'une hypothèse concernant la pensée de Hegel. Mais il me semble que la démarche décrite ici pourrait être le véritable travail du philosophe. Le philosophe ne doit pas "démontrer", c'est impossible. Il doit partir d'hypothèses sur la nature du monde et chercher leurs conséquences logiques. Il n'affirme pas "le monde est comme ci ou comme ça". A la rigueur, il peut dire : "si nous suivons cette route, voici ce qui peut en résulter, êtes vous prêt à vous y engager ?". Serait-ce le travail de la raison ?

samedi 17 octobre 2020

Universalisme et nationalisme

La caractéristique des Lumières est l'universalisme, disait un professeur de philosophie à Etienne Klein, la semaine dernière. 

Cela ne m'était pas venu à l'esprit. Et pourtant c'est peut-être évident. Mais que signifie "universalisme" ? Que, parmi les hommes, il n'y en a pas qui soient inférieurs et supérieurs ? Egaux, parce que différents ?... 

Je me suis rappelé cette question en écoutant des nouvelles du Nagorny-Karabakh. Dans ces contrées on s'entretue au nom du nationalisme. Cela parait idiot. Et cela parait peut être idiot parce que nous avons fini par avoir "l'universalisme" dans le sang. Nous faisons de l'universalisme sans le savoir ! 

Mais cela signifie aussi que le "particulariste", qu'il soit nationaliste ou croyant à n'importe quoi, y compris son génie personnel, a un atout extraordinaire vis-à-vis de nous. Ses manoeuvre nous sont incompréhensibles. Nous sommes sans défense. Est-ce ce qui explique que la France ait été balayée en quelques semaines en 40 ?

mercredi 29 avril 2020

L'affaire Dreyfus et la vérité

Ce qui se joue aujourd'hui en Chine, dans le corps médical ou ailleurs, ressemble peut-être à ce qui s'est passé lors de l'affaire Dreyfus.

Il y avait d'un côté le camp de la vérité, et de l'autre celui qui pensait qu'il y avait plus important que la vérité. Que cette vérité remettait en cause ce qu'il était, et que c'était inacceptable. Et ce même si cela signifiait qu'il protégeait un espion, et donc qu'il mettait en danger la sécurité de la nation !

Curieusement, comme le montre le cas du colonel Picard, ou une étude faite par Serge Delwasse sur l'école polytechnique, l'armée était probablement partagée, exactement comme le pays. D'un côté elle était le pilier de "l'ancien régime", de l'autre elle était à la pointe du progrès et des idées nouvelles.

Ce que révèle le coronavirus est probablement un conflit de ce type. D'un côté l'appareil refuse toute critique, comme une menace existentielle, de l'autre, si l'on veut éviter le pire, il faut que l'on comprenne ce qui s'est passé.

lundi 9 décembre 2019

Bien décoder

Les "décodeurs" du Monde ont pour objet de démêler le vrai du faux dans l'information que nous recevons. Curieusement, à chaque fois que je lis un de ces articles, il me semble qu'il est passé à côté de quelque-chose, ou masquer une hypothèse implicite, qui, elle, mériterait d'être examinée. Comment "bien penser" ?

La psychologie parait dire que la pensée tend à être un réflexe. Un événement est décodé instantanément et produit une réaction. Si le décodage est incorrect, on réagit mal, et on échoue, d'où dépression.

Pour beaucoup de philosophes, "liberté" signifie "penser juste". Et le moyen pour ce faire est la "critique", au sens où l'emploie Kant. Il me semble que la logique de "critique", qu'il faut entendre au sens positif, est celle que la pensée juste vient de la contradiction. Je vois deux sources de contradiction :
  • La contradiction dans sa propre pensée, l'hypocrisie. Par exemple, je suis un écolo, qui passe sa vie dans un avion. 
  • La dialectique. Hegel observe que la pensée évolue par contradictions. Ce qui amène au procédé pratique suivant : je pense quelque-chose, j'examine la thèse inverse, et cela me donne l'intuition de la "bonne solution". C'est le procédé de la justice. 
Sans contradiction, pas de pensée ?

On entre alors dans un procédé de pensée lent. C'est celui de la justice, ou de la thèse universitaire. C'est le temps de l'enquête, qui demande, avant tout, de collecter de l'information. Et de le faire, jusqu'à ce que l'on arrive à une "conviction".

Penser c'est, d'abord, mettre en cause les certitudes que l'on nous a léguées, pour construire ses, propres, convictions ? C'est ainsi que l'on construit des déclencheurs fiables, qui nous permettent de réagir instantanément à la nouvelle ?

Reprocherais-je au Monde de ne pas avoir fait ce travail ?

vendredi 18 janvier 2019

Lumières

Les philosophes des Lumières ont accusé l'Ancien régime d'obscurantisme. Les traditions étaient l'opium du peuple. La vérité se trouvait dans sa tête.

Ce qui était une croyance, pas mieux fondée que la première. Ils ont remplacé un obscurantisme par un autre. Pour autant, ils ont été à l'origine d'un renouveau de la société occidentale sans précédent, une révolution.

Le coeur a des raisons que la raison ne comprend pas ? Ce sont les raisons du coeur qui changent le monde ?

mercredi 16 janvier 2019

Sens du progrès

Kant semble avoir pensé que le "progrès" était celui de la raison. Le jour où l'homme serait en pleine possession de sa raison, il serait sage.

Lorsque l'on regarde la marche de l'histoire, notamment le Goulag, on peut se demander si Kant n'a pas confondu cause et conséquence. Le propre de l'homme semble le "crime contre l'humanité", il s'en prend à sa propre nature. Et il le fait pour de "bonnes raisons", avec les encouragements des plus hautes autorités de la "philosophie".

mardi 14 août 2018

Les lettres persanes

Montesquieu mérite-t-il sa réputation ? me suis-je demandé. Ici, Montesquieu joue les anthropologues. C'est un extraterrestre, un Persan, qui juge la haute société parisienne. C'est, certainement, avant tout, un manifeste des "lumières". L'esprit éclairé voit juste. Contrairement à celui qui est égaré par les illusions des croyances.

Montesquieu n'aime pas les dogmes religieux, qu'il tourne en ridicule. Il n'aime pas, non plus, la société française de son temps. Le parasite vit aux dépens de l'honnête homme. Les régimes du sud de l'Europe produits par le catholicisme sont viciés. Il admire les sociétés libérales, anglaises et hollandaises. Curieusement, il critique la colonisation quand elle vient du sud, mais pas lorsqu'elle est du nord.

Ce livre est une leçon. Car Montesquieu raisonne comme nous raisonnons aujourd'hui. Or, lorsqu'il sort de l'observation et se met à la prospective, par exemple lorsqu'il parle du dépeuplement de la terre, il se trompe. Comme chez Voltaire, l'art de la polémique, son talent et son esprit, se substituerait-il au raisonnement rigoureux ? Il critique, au mauvais sens du terme, sans chercher à comprendre ? C'est, probablement, la recette des guerres de religion. Montesquieu, libre penseur ?

jeudi 1 février 2018

Critique

La France aurait perdu le sens critique, dont elle était dépositaire depuis le temps des Lumières. Un chercheur me disait que c'était l'opinion de l'université américaine.

Comme souvent, le mot "critique" a plusieurs sens, et il a dérivé du mauvais côté. Le sens critique est ce qui permet de penser bien, de juger correctement. D'où le titre des ouvrages de Kant : "critique de...". On l'entend maintenant comme un doute systématique. Cette dérive frappe les professionnels de la philosophie. Ils censurent. Si bien que la philosophie devient un art de salon, vain, qui fait du sur place, une forme de nihilisme.

Il y a aussi la critique agressive. C'est celle qui tire d'une critique juste, une conclusion fausse. Typiquement, la gauche dit : la droite a tort, donc j'ai raison. Et inversement. Mais, sii la gauche et la droite ont tort, aucune n'a raison.

Y a-t-il une bonne critique ? Celle qui montre la pensée paresseuse, et ce qui est, probablement, utile ; et qui mène à l'action.

(Une analyse de la pensée des Lumières.)

dimanche 17 décembre 2017

Anti Clint

Le film de Clint Eastwood dit toujours la même chose. Rien n'est assez fort pour faire plier la volonté de l'homme, seul. Tout problème a une solution.

L'affaire Weinstein est un moment anti Clint. On y entend des actrices extrêmement riches dire : Harvey Weinstein nous a contraintes à faire ce que nous ne voulions pas. Mais que risquaient-elles à ne pas obéir à ses volontés ? Le sort de Causette ? Et encore, Causette n'aurait probablement balancé personne. C'est plutôt un personnage pour Clint Eastwood.

Paradoxalement Harvey Weinstein était au coeur du dispositif démocrate. Visiblement, ses agissements étaient des secrets de polichinelle. Pourquoi le scandale survient-il justement chez les forces de la morale, qui prônent la liberté, les droits de l'homme, l'égalité des sexes, comme valeurs absolues ?

dimanche 27 août 2017

Mensonge

Voilà ce que dit M.Bergeret, héros d'Anatole France. 
Le mensonge (...) a des ressources merveilleuses. Il est ductile, il est plastique. Et, de plus (ne craignons point de le dire), il est naturel et moral. Il est naturel comme le produit ordinaire du mécanisme des sens, source et réservoir d’illusions ; il est moral en ce qu’il s’accorde avec les habitudes des hommes qui, vivant en commun, ont fondé leur idée du bien et du mal, leurs lois divines et humaines, sur les interprétations les plus anciennes, les plus saintes, les plus absurdes, les plus augustes, les plus barbares et les plus fausses des phénomènes naturels. Le mensonge est le principe de toute vertu et de toute beauté chez les hommes. Aussi voit-on que des figures ailées et des images surnaturelles embellissent leurs jardins, leurs palais et leurs temples. Ils n’écoutent volontiers que les mensonges des poètes. Qui vous pousse à chasser le mensonge, à rechercher la vérité ? Une telle entreprise ne peut être inspirée que par une curiosité de décadents, par une coupable témérité d’intellectuels. C’est un attentat à la nature morale de l’homme et à l’ordre de la société. C’est une offense aux amours comme aux vertus des peuples. Le progrès de ce mal serait funeste, s’il pouvait être hâté. Il ruinerait tout. Mais nous voyons que, dans le fait, il est très petit et très lent et que jamais la vérité n’entame beaucoup le mensonge.
Révolution ou statu quo ?
Que la société soit fondée sur le mensonge est posé en principe par les révolutionnaires de 1789. D'où leur idée : bâtir la société sur la "raison". Ce à quoi l'Angleterre, avec Burke, a répondu que la société était le fruit d'une lente mise au point que la raison ne pouvait comprendre. Vive le statu quo et l'Ancien régime. Cependant, l'argument révolutionnaire revient régulièrement, surtout chez les Anglo-saxons. C'est ainsi que Michael Hammer, le théoricien d'une des modes de management qui a fait le plus de bruit, a affirmé qu'il fallait reconstruire les entreprises de zéro, à partir des nouvelles technologies de son époque. Tout ce que l'on entend sur le "changement de culture" de l'entreprise, mais aussi sur la "démocratisation" du monde, post 1989, ressortit probablement au discours révolutionnaire.

Entre Burke et les révolutionnaires, il existe une troisième voie. Celle de Kant et des anthropologues. La société est un "système" complexe. Le re concevoir de zéro est au delà de la raison. Mais le statu quo est, lui aussi, impossible. Notamment parce que le dit système doit se "consommer" pour se maintenir. Une autre raison, qui exige l'évolution, est que, comme le pensaient Hammer et les révolutionnaires, la société est aux mains des intérêts particuliers, qui cherchent à lui imposer un statu quo qui les arrange, et qui, donc, se met en travers du mouvement naturel de changement. Le rôle de l'être humain est, peut-être, de naviguer entre toutes ces forces pour faire évoluer la société, sans révolution. En respectant ses principes constitutifs, et ses aspirations. 

samedi 15 avril 2017

Charlie

Charlie Hebdo n'est-il pas une résurgence d'une forme d'esprit des Lumières ? A cette époque ceux qui s'appelaient des "philosophes" croyaient que ce que montrait la science de leur temps était la vérité.

Depuis, cette même science a découvert que le monde était "complexe". En particulier, derrière les religions et les coutumes difficiles à saisir, il y a des mécanismes de régulation subtiles et bénéfiques. La science des Lumières, elle-même, n'y échappe pas. Poussée à l'absurde elle suscite le "nihilisme" : à l'endroit de l'amour elle voit des hormones. Mais le néant a du bon ! L'homme réagit, découvre. Destruction créatrice. Changement. C'est la thèse de Hegel.

(Le nihilisme peut aussi produire le terrorisme, ou le chaos. Bien sûr.)