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vendredi 26 février 2010

L’invention d’Israël

Pierre Assouline fait état d’une thèse selon laquelle, si j’ai bien compris, le peuple juif actuel ne résulterait pas d’une migration venue de Palestine mais de la conversion de multiples populations. Les juifs des origines seraient restés sur place, et se seraient convertis aux religions dominantes.

La thèse officielle aurait été inventée au 19ème siècle pour justifier le droit des juifs à faire d’Israël leur pays.

Ces travaux, qui semblent fort discutés, peuvent-ils remettre en cause la légitimité d’Israël ?

Le 19ème siècle a vu « l’invention » de la notion de nation, en Europe. C’est à cette période que nous avons décidé que nous descendions des Gaulois. Que ce mythe soit maintenant tourné en ridicule n’a pas pour autant déséquilibré le pays. Et qui croit encore à la pureté génétique des nations ?

Et si le but de ces travaux était, plutôt, de montrer que les peuples qui vivent en Palestine n’ont pas de raison de s’affronter ?

Compléments :

  • THIESSE Anne-Marie, La création des identités nationales, Seuil, 2001.

mardi 23 décembre 2008

Ronsard, l’hérétique

Dans Ronsard mis en examen pour “discrimination” Pierre Assouline parle d’un dernier rapport de la HALDE concernant les manuels scolaires. On y apprend qu’ils véhiculent une vision du monde qui ne correspond pas à notre sensibilité moderne. Et que Ronsard ne serait guère recommandable.
la HALDE juge que le poème de Ronsard “Mignonne, allons voir si la rose…”“véhicule une image somme toute négative des seniors” (p.181).
La Halde nous dit ce que nous devons penser. C’est le biais de l’expert, qui sait, et qui ne comprend pas pourquoi les autres ne pensent pas comme lui. Et qui veut leur imposer sa pensée, sans autre mode de procès. C’est l’essence du fondamentalisme. Et du totalitarisme : imposer à l’individu une pensée qui lui est étrangère.

Comment éviter le biais de l’expert ? Qu’il nous explique pourquoi il pense ce qu’il pense, et qu’il nous laisse penser à partir de là. Mais, de grâce, qu’il ne nous dise pas ce qui est bien ou mal.

Compléments :
  • La Halde croit peut-être, comme les néoconservateurs (Neocon), qu’il y a une bonne façon de penser. Il semble plutôt que la chose soit relative : chaque société à des règles qui la maintiennent en équilibre (Si Dieu n’existait pas…). Ces règles lui sont propres. Juger Ronsard de notre point de vue est ridicule, de même que l’inverse.
  • Autre exemple de relativisme : Black swan.

samedi 20 décembre 2008

Élie Barnavi et l’Europe

Pierre Assouline (L'Europe, combien de divisions ?) commente un livre d’Élie Barnavi sur l’Europe. 2 idées m’interpellent.
  1. Élie Barnavi aurait aimé que les racines chrétiennes de l’Europe soient rappelées dans le préambule de sa constitution.
    Tocqueville et Chateaubriand l’auraient sûrement approuvé, eux qui comptaient sur la religion chrétienne pour adoucir un « libéralisme » barbare.
    Quant à moi, l’évocation de ces racines chrétiennes m’a choqué. Probablement question de culture. 1) Je suis finalement un fanatique de la laïcité, qui, dans mon panthéon personnel, s’est constituée contre l’Église ; 2) la foi chrétienne, au moins au sud de l’Europe, est fortement influencée par un paganisme antérieur (cf. ribambelle des saints) – si l’on veut de la racine, pourquoi s’arrêter en chemin ? ; 3) c’est au nom de la religion chrétienne que les peuples européens se sont entre-égorgés, que la France a connu ses plus grandes guerres civiles, et s’est vidée d’une partie de sa population, qu’on a brûlé de l’hérétique, que l’on en a décousu avec le slave ou l’infidèle… ; 4) et, l’Europe, justement, a été créée pour mettre un terme à ces guerres.
    L’Europe, comme la France moderne (celle de « liberté, égalité, fraternité »), comme les USA (refuge contre l’intolérance religieuse anglaise), s’est construite pour la plus grande gloire de valeurs idéales. En réaction à un passé terriblement douloureux. J’ai vécu le retour des racines chrétiennes comme une tentative de révisionnistes revanchards.
  2. Élie Barnavi s’oppose à l’entrée de la Turquie dans l’Europe, au motif qu’elle n’a rien en commun avec nous ; que ceux qui la poussent dans nos bras veulent faire de l’Union Européenne un espace sans foi ni loi, autrement dit un marché.
    Argument faible. L’Europe, c’est un projet. Pourquoi une nation en serait-elle exclue au nom de son passé ?
    D’ailleurs, l’Europe n’est pas, comme je l’ai cru, seulement une vaste zone de libre échange. Mais un formidable mécanisme pour faire rendre gorge aux nationalismes.

Sur Tocqueville et Chateaubriand : MANENT, Pierre, Histoire intellectuelle du libéralisme, Hachette Littérature, 1997.
L’Europe est-elle une communauté ?

samedi 6 décembre 2008

À mort la culture générale

Pierre Assouline fulmine :
Ça a mis le temps mais c’est là et ça éclate même en lettres de néon dans Le Figaro de ce matin par la voix d’André Santini, secrétaire d’État à la Fonction publique : la culture générale va être chassée des concours administratifs.
La culture générale ne sert à rien et elle est un facteur de discrimination à l’égard des classes défavorisées qui n’y ont pas accès. En outre, l’élève Nicolas Sarkozy aurait été victime de la Princesse de Clèves, et voudrait achever le travail de la révolution. On comprend mieux son amour du désert culturel américain. Au moins, là, c’est du simple. Du Rambo.

Le gouvernement poursuit l’œuvre réformatrice des soixanthuitards : je n’aime pas, donc ce n’est pas bien. Intentions pleines de bons sentiments. Curieux tournant de l’histoire humaine. Les sociologues disent qu’un des piliers de l’édifice social est la « validation sociale » : nous tendons à être des moutons de panurge. Apparemment pas nos gouvernants. Comme le Neocon américain, ils ont la certitude de détenir la vérité. Au diable les ringards qui les ont précédés ! Grande innovation sociale : l’individualisme.

Oui, mais Corneille, Madame de Lafayette, Platon et Socrate, c’est quand même sacrément dépassé ! Le moyen pour quelques sadiques frustrés de faire souffrir l’enfance.

Pour comprendre Madame de Lafayette, le duc de Saint Simon, ou Platon, il faut se mettre dans leurs baskets. Décodage, reconstruction de leur époque, de leurs repères intellectuels. Ce travail d’exégèse est le fondement de toute religion : les textes religieux doivent être traduits pour chaque génération. Alors, ils nous parlent de notre vie. Et ils nous disent des choses formidablement intéressantes.

La culture a un rôle : nous préparer à exister. Erin Brokowitch, c’est l’individu solitaire qui fait triompher les valeurs sociales (le bien) de l’égoïsme individualiste (le mal – ici représenté par une multinationale). Le Cid, c’est le conflit entre l’aspiration individuelle et l’obligation sociale, et sa résolution. Tartuffe, les médecins de Molière, c’est l’hypocrisie et ses tactiques perverses (mais brillantes !), ce sont les Bobos, les consultants, les scientifiques du management. La vie est un éternel recommencement. La culture est là non seulement pour nous donner les solutions que nos ancêtres ont trouvées à nos problèmes, mais aussi pour nous entraîner à les appliquer. Regarder un film, c’est vivre la vie de ses personnages, et apprendre de leur expérience. Les feuilletons américains suintent de bons sentiments.

Notre gouvernement n’élimine pas la culture. Il la remplace. Il brûle les livres pour couper les ponts avec une culture qu'il juge dangereuse.

Compléments :

lundi 6 octobre 2008

Réforme du Français

Pierre Assouline (dans son blog : la République des livres, Du dur doute du dico, 3 Octobre 2008) constate que le Petit Robert propose 2 orthographes pour 6000 mots. Le Français serait-il en train de changer ? Je n’avais pas envisagé qu’il le fasse dans ce sens. Exercice de conduite du changement : comment rationaliser l’orthographe française ?

Je suis très en faveur d’une réforme. J’utilise beaucoup « rationnel » et tout ce qui va avec. Et je ne sais jamais comment les écrire : rationalité, rationnel, irrationnel, irrationalité, raisonnement, raisonnable, déraisonnable… pourquoi autant de variations de « n ». Le Français est probablement une langue phonétique, mais sa prononciation s’est éloignée de l’écrit. Monsieur ne rime plus avec beurre.

Michel Rocard avait tenté de rationaliser l’orthographe. Mais il a échoué. J’imagine qu’il a dû rencontrer une forte résistance au changement. Au moment de la réforme, Bernard Pivot avait cité une remarque de Jean Drucker (alors patron de M6), me semble-t-il, qui disait que si l’on enlevait son ph à éléphant, on attaquait son imaginaire (ma mémoire est approximative). Voilà pourquoi la résistance au changement est aussi efficace : elle a des racines profondes.

Alors, comment réformer ?
  • La solution du Petit Robert : plus d’orthographe. Chacun a la sienne. Plus de résistance.
  • Faire revenir notre langue à ses origines : la prononcer comme elle est écrite. Pour cela on pourrait déclencher une « épidémie sociale », en utilisant des leaders d’opinion qui contamineraient la société. Les rappeurs par exemple. Cela ne leur plairait-il pas de parler comme Louis XIV ? Je suis sûr qu’ils recevraient l’appui de l’Académie française, le retour au passé étant probablement le seul changement qu'elle puisse accepter.
Compléments :

lundi 22 septembre 2008

Attali ne fait pas boum

Je tombe sur une critique de Pierre Assouline (la République des livres – Une affaire d’assurances) d’une pièce de théâtre de Jacques Attali. Salle remplie d’hommes politiques : c’était l’endroit où se montrer. L’argument est bizarre. Au lendemain de la nuit de Cristal, le pouvoir nazi découvre que les victimes étaient assurées. Les assurances doivent-elles acquitter leurs engagements (ce qui sera ruineux) ? Le sens de l’ordre, de la rigueur et de l’éthique allemands aura le dernier mot.

Alors que l’on aurait pu attendre une réflexion sur la complexité insondable et effrayante de l’âme humaine, on a droit, semble-t-il, à une lourde caricature, bien appuyée, bien hurlante, bien scolaire, de l’ignoble nazi. Couronnée par une douteuse tentative de réécriture de l’histoire.

Cette critique m’a rappelé une réflexion que m’inspire régulièrement Jacques Attali. Il accumule énormément de connaissances, mais sans rien leur apporter. C'est l'anti effet de levier.
Exemple. La commission qu’il dirigeait il y a quelques temps a émis une liste interminable de recommandations. Par contraste Charles Wyplosz et Jacques Delpla n’avaient fait qu’une seule proposition : éliminer les privilèges français. Comment ? En les achetant.

Compléments :
  • Sur Jacques Delpla et Charles Wyplosz : Jacques Delpla et la Commission Attali.
  • Pour quelqu’un qui n’est pas tombé dans la caricature, en dépit de la charge émotive que représentait son sujet, et de la proximité des faits : ARENDT, Hannah, Le système totalitaire : Les origines du totalitarisme, Seuil, 2005.