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mardi 6 septembre 2022

CNR : de machin à ordinateur social ?

Comment bâtir un CNR. Suite. 

Le CNR de la résistance. La situation était à la fois pire et meilleure qu'aujourd'hui. Pire, parce que résistants et collaborateurs, dénonciateurs et déportés, militaires putschistes et intellectuels révolutionnaires (après avoir été pacifistes !), communistes 5ème colonne de Staline (30% du vote populaire et syndicats d'un pays industriel) et rouleau compresseur "atlantiste" (Roosevelt voulait rayer la France, trouble à l'ordre public, de la carte !)... Meilleur, parce qu'après la guerre, il y aurait la lumière. On avait compris les raisons de la crise économique cause du nazisme ; il fallait reconstruire ; et surtout le progrès scientifique, phénoménal et sans précédent, promettait le paradis sur terre. Aujourd'hui, nous ne savons pas où nous allons. Les crises succèdent aux crises. Et c'est peut-être cela notre avenir. 

Donc, nous avons besoin de résilience pour absorber ces crises. Ce qui veut dire : solidarité. Effectivement, l'Etat est devenu un "fonds de solidarité". Seulement, il faut l'alimenter. Et là, bonne nouvelle : comme le rappelle ce blog, notre pays a un potentiel gigantesque. Seulement, pour le "réaliser", il faut, une fois de plus, de la solidarité, de la "chasse en meute". 

A ce point du diagnostic, ce qui manque est un "stretch goal", une phrase qui donne l'esprit du changement. Comme "progrès" le fut durant les 30 glorieuses. Comment la trouve-t-on ? La "méthode navette". 

La méthode navette consiste à identifier les "personnes clés" du changement et à leur demander comment elles voient la situation du pays ; que faire, en pratique, pour résoudre les problèmes soulevés. Après quelques navettes, il émerge une base commune et une série "d'alternatives". Tous sont d'accord sur les fondations du problème, mais proposent des moyens différents de le résoudre. C'est à ce moment qu'apparaît la "petite phrase". On est d'accord sur l'avenir. Mais pas encore sur la voie à adopter pour y parvenir. 

On passe alors en "mode projet". On présente ce sur quoi les participants sont d'accord (surprise !), et les questions à résoudre, sous la forme d'un problème mathématique (X propose telle option : analysons ce que signifie sa mise en oeuvre). Le groupe a pour but de le résoudre. On découvre alors qu'il y a beaucoup moins d'écart entre chacun qu'on ne le pensait. Mais aussi que certains sont intraitables sur certaines questions. Mais que cela ne coûte quasiment rien de ne pas les frustrer. Au bout de quelques essais, on a un plan approuvé de tous. Il est probable que c'est comme cela que se faisait la planification d'après guerre

Le principal résultat du mode projet n'est pas tant un plan d'action qu'une "équipe", des personnes qui se comprennent à demi mot, et qui vont désormais réagir "en équipe". En particulier aux crises...

lundi 5 septembre 2022

CNR

CNR (Conseil National de Refondation). Depuis ses débuts, M.Macron semble féru de démocratie participative. Seulement, ses tentatives se soldent par des échecs. 

L'analyse est bonne. Nous avons besoin, comme pendant la résistance, d'un CNR (Conseil National de la Résistance). Plus exactement nous avons besoin d'un projet commun, et il doit faire consensus. 

Seulement, la façon dont le gouvernement s'y prend prouve qu'il ne lit pas ce blog. Car le CNR est son sujet principal. Et ce bien avant sa création. 

Le CNR est un exemple "d'ordinateur social". Depuis la nuit des temps, quand un groupe humain veut faire des changements, il réunit des "personnes clés" pour sa mise en oeuvre et leur demande comment s'y prendre. 

Ces personnes clés sont de trois types : des "meneurs", qui ont la capacité d'entraîner leurs semblables ; des "trésors vivants", qui ont compris les ressorts du problème ; des "pouvoirs de nuisance", qui peuvent bloquer le changement. 

Pour qu'elles mènent leur travail à bien, il leur faut une méthode, et un dispositif d'animation. 

Le CNR de M.Macron manque de la plupart de ces ingrédients. En particulier les "personnes clés" qu'il a réunies appartiennent à la catégorie "pouvoir de nuisance". Or, et surtout, un tel dispositif ne peut réussir sans une impulsion. D'où peut-elle venir ? Pas de M.Macron, qui est juge et partie, et dont on se méfie. (A suivre, demain même heure.)

mardi 24 septembre 2013

Les conséquences imprévues de l’action humaine

Nos actions donnent l’inverse de leurs intentions ! Cela semble avoir été le cas des heures supplémentaires de Nicolas Sarkozy. Cela semble aussi le cas des projets du Conseil National de la Résistance que j’ai étudiés récemment. Le CNR, et tous les gouvernements de l’époque voulaient créer un monde dans lequel l’homme pourrait donner le meilleur de lui-même. Qu’ont-ils obtenu ? Le soixanthuitard, qui pense que la société à une dette envers lui, et le néoconservateur, qui veut jouir de son héritage. Des êtres dominés par leur physiologie. Le degré zéro de l’humanité.

Comment agir, si notre action doit avoir de tels résultats, alors ? Il me semble que ce qui échoue est le dirigisme. L’action efficace consiste d’abord à placer l’homme dans des conditions favorables au comportement que l'on veut encourager. Par exemple, la création de l’euro nous a mis dans une situation (quasi désespérée) dont une des rares issues est de s’entendre entre Européens. Mais ce n’est pas tout. Il y a le risque d'une réponse lâche, d'une tricherie. Il faut aussi qu’un mécanisme nous force à bien faire notre travail. Une sorte de Socrate ? Une conscience qui ne nous lâche que lorsque l’on est prêt à périr pour les choix que l’on a faits ? (Et il faut peut-être aussi être d'accord pour se placer dans les conditions qui vont induire le bon comportement... cf. ce qui n'a pas été fait pour l'euro.)

samedi 14 septembre 2013

Libéralisme et barbarie

Après guerre, les pauvres ont pris le pouvoir, alors ils ont imposé les riches. Aujourd'hui, les riches ont repris le dessus, alors ils se sont débarrassés des impôts. Voici une thèse que je retrouve régulièrement dans The Economist. Autrement dit, l'homme est dirigé par son intérêt financier.

Je ne suis pas sûr que ce soit la seule hypothèse possible. Notre "Etat providence" a été conçu pendant la guerre, dans la clandestinité. A son origine est le Conseil National de la Résistance. Quelle est sa motivation ? Mettre un terme à la guerre et à la barbarie. Et il estime que, justement, ce sont en grande partie les conditions économiques qui l'ont causée. Autrement dit la façon de penser de The Economist a des conséquences imprévues. Pour que l'homme n'ait plus la tentation d'agir en animal, il faut une libération économique. Apparemment cette idée est partagée par la grande majorité de l'opinion publique, à l'exception d'une petite frange, à droite, qui s'en dégagera après guerre. Et ce programme sera appliqué par le général de Gaulle. (Le programme du CNR, une interview de Claire Andrieu sur le sujet.)

Question extraordinairement importante, qu'il aurait peut-être été bon de se poser avant de lancer des réformes libérales : peuvent-elles affecter la condition d'être humain ? Accessoirement, le libéralisme économique ne ferait-il pas, en tout ou partie, cause commune avec ceux qui ont lutté contre la résistance ?

En lisant ce que disait Wikipedia du sujet, je suis tombé sur une citation (de 2007) qui m'a plongé dans un abîme de perplexité.
Denis Kessler, ancien vice-président du MEDEF utilise lui aussi « le programme du CNR » pour désigner l'ensemble des réformes de 1945 : « Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s'y emploie. Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d'importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme... A y regarder de plus près, on constate qu'il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C'est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s'agit aujourd'hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! »