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vendredi 3 mars 2017

Socrate

Résumé d'une introduction à l'existentialisme. Il y est dit, notamment, que Socrate est le premier existentialiste. Ce qui me frappe, depuis toujours, chez lui c'est la différence entre ses élèves. Je ne pense pas que Socrate ait été tel que Platon le décrit. Pour moi, son but était de faire que chaque homme qu'il croisait trouve ce en quoi il croyait, et soit honnête avec lui-même. Eh bien c'est cela l'existentialisme. Découvrir ce en quoi l'on croit, et y être fidèle. 

Hannah Arendt explique que Socrate pensait que la santé d'une société était d'autant meilleure que des points de vus différents s'y affrontaient. Rien de plus important, donc, que ses citoyens trouvent leur originalité, leur être. Mais comment une société peut-elle résister au conflit ? Par le lien supérieur de l'amitié.

Là, il a connu un raté. Il lui a coûté la vie. Le résumé précise, effectivement, que les existentialistes ne sont pas à l'aise avec la notion de société.

lundi 31 octobre 2016

La méthode socratique

Socrate faisait découvrir à son interlocuteur qu'il avait, au fond de lui, la vérité. D'après les témoignages que l'on donne de sa technique, il paraît qu'il pouvait faire aboutir son interlocuteur à tout et son contraire.

On dirait aujourd'hui que la méthode socratique fait émerger notre "connaissance tacite". Cette connaissance n'a probablement rien d'une vérité divine. C'est plutôt ce que notre expérience nous a permis d'accumuler, inconsciemment. Certaines choses nous paraissent "évidentes", alors qu'elles sont incompréhensibles pour le reste du monde. Socrate nous permet de les exprimer et donc de les partager.

La technique de Socrate est utile. Mais comment éviter la manipulation ? Technique Clémenceau ? "La guerre est une affaire trop grave pour la confier à des militaires." Il s'agit de ramener l'univers que l'on ne connaît pas (statistiques ou art militaire) à ce que l'on connaît. Alors, on sait tester la cohérence du propos. Si vous découvrez que ce que Socrate vous dit conduit, dans votre monde, à une impossibilité, c'est que Socrate se trompe !

jeudi 17 juillet 2014

Socrate en chamane

J'entendais l'émission des racines du ciel se demander si Socrate était un chamane. Etre un chamane, c'est faire disjoncter la raison, afin de laisser parler l'inconscient. 

Ce qui semble fort possible. En effet, les Grecs (Platon, notamment) semblaient croire que c'était lorsque l'on était confronté à l'absurde (i.e. que sa raison faisait face à une contradiction), que l'on avait accès à la vérité. 

Il me semble aussi que ce qui "pense" est l'inconscient. Le rôle premier de la raison, du conscient, est la communication (à très vaste échelle), pas la réflexion. Or, il est souvent utilisé pour nous manipuler. En particulier maintenant, où nous faisons l'objet d'un lavage de cerveau sans beaucoup de précédents. D'où, peut-être, le besoin de méditation et autres exercices du même type, qui nous permettent de déconnecter notre conscient. Et d'avoir accès à notre être réel ? 

mardi 22 octobre 2013

Sommes-nous murés dans nos certitudes ?

Une présentation de mon expérience à un échantillon de notre "élite" nationale. Les participants me disent (poliment) qu’ils sont fermement opposés à mes propos. Mais, en creusant, lors du déjeuner qui suit, nous découvrons que nous sommes d'accord. En fait, ils ont interprété mes paroles, sans se demander si leur interprétation était correcte

Il y a beaucoup de choses qui sont liées à ce phénomène ou qu’il peut expliquer. 
  • Comment se fait-il que mes missions ou mes conférences ne rencontrent aucune difficulté alors que mes livres ne sont pas compris, sauf d’universitaires ? 
  • C’est aussi le problème, fondamental du jugement. C’est ce problème sur lequel travaillait Hannah Arendt quand elle est morte. Elle avait conclu de ses études sur le totalitarisme qu’il ne pouvait s’installer que parce que les leaders de la cité, les intellectuels, compromettaient leurs idéaux selon la logique du "moindre mal", c'est-à-dire en absorbant progressivement l’idéologie totalitaire au nom du pragmatisme. Le contre poison ? La démocratie. Un débat entre égaux. Mais des égaux qui sont devenus des hommes parce qu’ils se sont dégagés des contingences matérielles. En particulier, ils ont appris à juger par eux-mêmes (i.e. à se dégager du diktat des exigences physiologiques).
Et si elle avait vu juste ? Et si le problème de notre époque était d'apprendre à juger ? Mais comment y parvenir ?

Il semblerait qu’une partie au moins de la solution ait été trouvée par les Grecs.
  • La première étape est « l’absurde ». L’absurde est ce qui arrive lorsque l’on se rend compte que ce à quoi l’on croyait est faux. (Par exemple les syndicalistes ne sont pas des démons, l’entreprise n’est pas le mal...)
  • On parvient alors à la « vérité » par le dialogue (la dialectique).
  • En outre, on sait que l’on est arrivé à quelque chose de solide, lorsque l’on en est si convaincu que l’on pourrait, figurativement ?, mourir pour lui. Socrate semble avoir dit qu’il était un "accoucheur" parce que, à son époque, l’accoucheur mettait l’enfant dans l’eau froide pour tester sa résistance. (D’ailleurs, lui-même a accouché de Xénophon, Aristote et Platon, qui avaient des théories diamétralement opposées. Ce qui me laisse penser qu’il cherchait plus à construire des hommes qu' à imposer son idéologie.)

mardi 24 septembre 2013

Les conséquences imprévues de l’action humaine

Nos actions donnent l’inverse de leurs intentions ! Cela semble avoir été le cas des heures supplémentaires de Nicolas Sarkozy. Cela semble aussi le cas des projets du Conseil National de la Résistance que j’ai étudiés récemment. Le CNR, et tous les gouvernements de l’époque voulaient créer un monde dans lequel l’homme pourrait donner le meilleur de lui-même. Qu’ont-ils obtenu ? Le soixanthuitard, qui pense que la société à une dette envers lui, et le néoconservateur, qui veut jouir de son héritage. Des êtres dominés par leur physiologie. Le degré zéro de l’humanité.

Comment agir, si notre action doit avoir de tels résultats, alors ? Il me semble que ce qui échoue est le dirigisme. L’action efficace consiste d’abord à placer l’homme dans des conditions favorables au comportement que l'on veut encourager. Par exemple, la création de l’euro nous a mis dans une situation (quasi désespérée) dont une des rares issues est de s’entendre entre Européens. Mais ce n’est pas tout. Il y a le risque d'une réponse lâche, d'une tricherie. Il faut aussi qu’un mécanisme nous force à bien faire notre travail. Une sorte de Socrate ? Une conscience qui ne nous lâche que lorsque l’on est prêt à périr pour les choix que l’on a faits ? (Et il faut peut-être aussi être d'accord pour se placer dans les conditions qui vont induire le bon comportement... cf. ce qui n'a pas été fait pour l'euro.)

dimanche 18 août 2013

L'Anabase

Livre de Xénophon, Flammarion, 1997.

Fin des guerres du Péloponnèse. Une armée de mercenaires grecs vient se joindre aux troupes de Cyrus, qui veut renverser son frère, roi de Perse. Mais Cyrus se fait tuer bêtement. Les Grecs doivent revenir chez eux, alors qu’ils sont perdus en territoire ennemi, sans guide. Pour comble de malchance, leurs généraux se font attirer dans un piège, et massacrer. L’Anabase est l’histoire de leur retour. C’est aussi une parabole. Voilà ce que doit faire la Grèce, si elle veut être invincible.

L’armée grecque est peu nombreuse, mais elle se révèle redoutable. Pour rentrer chez elle, elle va proposer ses services à des alliés de passage, qui lui font franchir à chaque fois une nouvelle étape. Sa force, c’est la démocratie, la raison, et l’union. Les généraux sont élus. Ce qui permet de les remplacer quand ils meurent. C'est ainsi que Xénophon devient général. Chaque décision est débattue. Et Xénophon veut démontrer qu’un sain jugement remporte l’adhésion générale. Mais cette armée de citoyens est aussi puissante parce que chacun est, en quelque sorte, un professionnel qui se bat pour ses intérêts. Les armées informes de mercenaires ou de villageois qu’elle rencontre, bien que beaucoup plus nombreuses, ne font pas le poids. D’ailleurs, elle sait apprendre de ses revers. Plus elle combat, meilleure elle devient. Les exploits d’Alexandre sont déjà dans l’Anabase.

Mais sa force est aussi sa faiblesse. Dès que le danger se dissipe, les divisions et l’indiscipline renaissent. Et la défaite n’est pas loin. 

Le banquet
Le livre contient aussi « le banquet ». Ce serait une réponse par Xénophon au banquet de Platon. On y voit un Socrate, brave homme, prôner le bonheur de vivre, droitement, entre honnêtes gens. Le Socrate de Xénophon n’a rien à voir avec celui de Platon. Je soupçonne d’ailleurs que l’Anabase est une illustration de son enseignement. C’est une leçon de raison pratique, de décision dans l’action. On y voit aussi que Socrate était partisan des sacrifices. D’ailleurs, à chaque décision, et il y en a beaucoup, on consulte les augures et on égorge des animaux.

Pierre Chambry, traducteur, pense que le vrai Socrate ressemblait à celui de Xénophon. Pour ma part, je me suis demandé si le vrai Socrate n’était pas plutôt une sorte de révélateur. N’amenait-il pas ceux qu’il rencontrait à découvrir leur nature ? Cette découverte faite, peut-être croyaient-ils que Socrate pensait comme eux ? Alors que lui voulait qu’ils pensent par eux-mêmes ?

mercredi 20 mars 2013

Voyage à l’Olympe

Je me demande si ma vie récente n’est pas une expérience grecque. Certains philosophes pensaient la conception d’idées comme un voyage à l’Olympe, suivi d’un retour parmi les hommes, afin de leur expliquer ce que l’on avait vu chez les dieux. J’ai eu un parcours de ce type. Il y a un peu plus d’une décennie, j’ai écrit les idées qui résultaient de mon expérience. Qu’ai-je trouvé en revenant de l’Olympe ? D’abord des universitaires. Ils m’ont reconnu immédiatement comme l’un des leurs. Ce qui était flatteur. Mais ils n’avaient pas envie de redescendre parmi les mortels. J’ai continué mon chemin. Où en suis-je ?

J’ai découvert, en rencontrant des journalistes, que mes idées ne passaient pas. Pourquoi ne suis-je pas compris ? me suis-je demandé. Trois pistes possibles :
  1. Changement a une connotation sulfureuse. C’était le cri de guerre que lançaient les forces du marché à la société qu’elles voulaient réformer. « Changez ou périssez : tout ce qui n’est pas production est paresse. »
  2. Le Français voit la vie comme un rapport de forces, et le changement comme un conflit. Il y a des bons et des mauvais. Et ces derniers doivent disparaître.
  3. Le changement des forces du marché ou du Français se fait lors d’un Grand soir. Apocalypse.
Arriverais-je à faire passer mon idée qu’il n’y a ni bons ni mauvais, mais des êtres complexes, et respectables ? Que le changement est une question de technique, pas de miracle ? Que tout le monde peut y trouver son compte ?

Qu’aurait fait le Grec dans ces conditions ? Il aurait appliqué ses idées. Et, comme Socrate, aurait eu une fin qui les aurait illustrées. C’est là où s’arrête la comparaison.

vendredi 22 février 2013

Sociologie contre philosophie ?

Il y a quelques temps j’ai entendu Bruno Karsenti dans La suite dans les idées de France Culture.

Première révolution. La philosophie traditionnelle Socrate / Platon serait une réaction à la corruption du langage opérée par les Sophistes. Seconde révolution. Avec la sociologie post révolutionnaire, la dimension sociale de l’existence surgit. La philosophie l’avait manquée, elle qui croyait à la totale liberté du sujet et à une politique uniquement faite par les puissants.

Comme souvent, il est difficile de savoir si j’ai compris quoi que ce soit à ce qu’il a dit. Mais quelque chose m'a rappelé mes réflexions du moment. Et si la philosophie traditionnelle représentait la façon dont notre élite, individualiste, se représente le monde ? Et si la sociologie avait émergé avec la découverte qu'elle n'était pas la seule à compter ?

Cela expliquerait-il pourquoi des gens comme Tocqueville et Hannah Arendt semblent avoir été effrayés par la prise du pouvoir par le peuple ? N'allait-il pas étouffer de ce qu'il y a de beau et de noble dans l'Homme ? Le peuple ne représente-t-il pas sa dimension bestiale ? Dictature du besoin physiologique sur l'intellect ?

lundi 29 octobre 2012

Qu’est-ce que la philosophie ?

Qu’est-ce que la philosophie ? Dimanche dernier Les racines du ciel de France Culture recevaient Roger-Pol Droit. Intéressante conversation dans laquelle Roger-Pol Droit a pris un but, en contre, de Leili Anvar.
Il expliquait pourquoi il était opposé au clonage humain. L’homme est fruit du hasard, pas le clone. Mais pourquoi cela serait-il un argument définitif ? Sur quoi on parle d’Epicure, pour qui la philosophie, c’est faire ce qui est bon et honnête. Mais que signifie bon et honnête ?
C’est le piège de la loi naturelle, au nom de laquelle on s’entre-égorge.
Est-il résistant?
Dans mon métier, j’ennuie mes clients tant qu’ils ne semblent pas sûrs de leur décision. J’en suis arrivé à penser que ce que je leur apportais était ce questionnement. Et s’il en était de même de la philosophie ? Cette même émission disait que Socrate se comparait à sa mère sage-femme, pas tant du fait de son pouvoir d’extraction, que parce qu’à l’époque la sage-femme plongeait le nouveau né dans l’eau glacée, pour tester sa résistance. Alors, la philosophie, c’est secouer une argumentation, jusqu’à arriver à quelque-chose qui « semble » solide ? C’est se demander ce qui est « bon » et « honnête » ? Ou encore, ce que signifie « amour » et « sagesse » (philosophie) ? Et si le rôle de la philosophie était d’orienter notre vie, en lui fixant des destinations inatteignables, vers lesquelles nous louvoyons par l’interrogation ?

samedi 11 février 2012

L’existentialisme pour les nuls

FLYNN, Thomas R., Existentialism A very short introduction, Oxford University Press, 2006.

L’existentialisme appartient à une très ancienne tradition, qui remonte à Socrate. Nietzsche et Kierkegaard sont des précurseurs du mouvement moderne (Sartre, de Beauvoir, Camus, Merleau-Ponty et Heidegger, sur une voie différente). C’est une philosophie de la liberté (individuelle).

Tout homme est bâti sur un choix initial, qui définit ses valeurs et auquel sa vie doit être fidèle (authenticité). Ce choix est au-delà de la raison. Il se découvre en cherchant la logique implicite du parcours suivi par l'individu. Il se révèle aussi lors de crises (nausée, angoisse existentielle) : l’homme confronté au néant, découvre ce qui compte réellement pour lui. C’est un acte de foi. C'est une forme de naissance : il ne sera un homme à proprement parler que s’il refuse le cours qui semble lui être imposé, s’il transcende son sort. Il se construira, par ses décisions et son action, en conformité à son choix fondateur (l’existence précède l’essence : on devient ce que l’on doit être, par l’engagement).

Cette liberté a beaucoup d’ennemis : la faiblesse de l’homme, qui a peur des conséquences de ses choix existentiels, le conformisme, le déterminisme (Freud) qui la nie, la pensée abstraite (Marxisme, religions) qui exige l’obéissance…

L’œuvre des existentialistes ne s’adresse pas à la raison, trop limitée. Pour transmettre leur enseignement, ils utilisent l’eidétique de Husserl, qui communique une expérience par une série d’exemples. D’où la place de l’art (engagé) dans leurs travaux.

Et leur théorie semble avoir découvert tardivement la société, qui y occupe une situation un peu inconfortable.

Remarque personnelle. Curieusement leur pensée ressemble à celle des protestants : l’homme (l’élu ?) a une vocation, son rôle sur terre est de l’accomplir. 

mercredi 17 février 2010

Vague socratique

Hier, émission de radio avec André Tubeuf. Constatant que les artistes ne savaient pas répondre à ses questions, il leur disait ce qu’il pensait qu’ils auraient dû lui dire ; et si ceux-ci l’approuvaient, il retranscrivait leurs propos, enfin intelligents. N’était-ce pas le procédé de Socrate ?

Ne sommes-nous pas tous de plus en plus socratiques ? À commencer par nos gouvernants. Ne nous font-ils pas aussi découvrir, par une suite de questions judicieuses, les lois naturelles ? Par exemple que les dirigeants doivent être honteusement payés ?

mardi 29 septembre 2009

Roman Polanski

J’entends beaucoup parler de l’extradition de Roman Polanski. Une affaire qui lui pendait au nez depuis une trentaine d’années. L’indignation de France culture et, si j’ai bien compris, des Ministres de la culture et des affaires étrangères est grande.

Plusieurs choses me semblent quand même bizarres. Pour nos gouvernants l’affaire est claire et évidente, avec bon et mauvais. Moi, je la trouve un peu plus embrouillée :

  • L’extradition est légale. La critique des représentants de la France signifie-t-il que la France met en cause la loi américaine ? Les lois sont elles relatives ? Qu’est-ce qu’un monde sans lois ?
  • Une interprétation des aventures de R.Polanski est la suivante : des quadragénaires tendent un piège à une enfant de 13 ans, la droguent et la violent. L’un d’entre eux, un immigré, pour échapper à la justice, prend la fuite. Imaginons qu’un tel fait divers, ainsi formulé, survienne en France, à des gens ordinaires. L’opinion ne demanderait-elle pas vengeance, et le gouvernement ne s’exécuterait-il pas immédiatement en durcissant le régime carcéral et en exigeant bruyamment l’extradition du contrevenant ?
  • Les hommes de culture disent que Roman Polanski a derrière lui une œuvre admirable, ce qui lui donne des circonstances atténuantes. La loi n’est-elle la même pour tous ? Qu’en pense Socrate ?

Compléments :

  • Remarque sans rapport : je ne range pas Polanski parmi les grands réalisateurs. Plutôt parmi ceux qui ont su habilement utiliser les règles de l’art de leur temps, provoquer un peu parfois, mais non apporter quelque chose de vraiment nouveau au monde.

mercredi 25 février 2009

Blogger : pour une fin digne

Finir sa vie avec élégance, et même faire de sa fin le symbole de sa vie, a été une préoccupation des élites des grandes civilisations passées. On avait un peu oublié cette préoccupation. J’en suis un exemple : mon travail sur le changement refuse obstinément d’envisager la fin de l’entreprise. Et pourtant, en période de crise, qui sait s’il verra l’aube suivante ?

Heureusement, Hervé Kabla rappelle cette tradition (anxiété de survie) et explique comment la respecter (anxiété d’apprentissage). Quelques bonnes pratiques : Rédiger son dernier billet sur un blog d’entreprise.

Complément :
  • La tradition grecque a fait de la fin des philosophes le symbole de leur vie (JERPHAGNON, Lucien, Histoire de la pensée, tome 1, Tallandier, 1989). En particulier pour Socrate, dont le procès est à l’image de son combat, ses trois accusateurs représentant les trois maux de la cité (CHÂTELET, François, Platon, Gallimard, 1965).

vendredi 26 décembre 2008

Heidegger pour les nuls


Je rencontre Heidegger, par hasard, au cours de mon exploration de la pensée d’Europe centrale.
J'ai trouvé un livre remarquable sur lui (Martin Heidegger, par George Steiner, The University of Chicago Press, 1987). Ce qui ne corrige pas mon inculture philosophique. Elle s’exprime dans la suite. Qu’ai-je retenu ?

Qu’Heidegger semble avoir eu une énorme influence sur ses contemporains. Les œuvres de Sartre et Camus sont-elles autre chose qu’illustration ? (infidèle, selon Heidegger.) Ensuite qu’il s’en est pris à la pensée occidentale, celle de Socrate et de ses successeurs. Effectivement, nos idées paraissent avoir étonnamment peu évolué. Nous sommes sur des rails.

Question : qu’est-ce qu’être ? Pourquoi pas le néant ? Notre pensée a fait fausse route depuis deux millénaires et demi. Nous avons cherché la réponse (ou avons-nous évité une confrontation inquiétante ?) dans la raison, dans l’abstraction. Ce qui nous a amené à la science, à la technologie, à un monde artificiel, qui détruit le monde réel, et nous avec. Au contraire, la réponse, ou ses éléments, est en nous. En fait, vivre c’est chercher cette réponse, la construire. Réponse que l’on n’obtiendra jamais. La recherche est la réponse. De ce fait philosopher équivaut à vivre. On procède en spirale, en partant d’une première approximation, scientifique (probablement parce qu’on n’a pas mieux, initialement), puis en progressant par étapes : les aléas de la vie, si l’on sait leur être attentif, et exploiter les interrogations auxquelles ils nous soumettent, permettent de se rapprocher de plus en plus de l’essentiel. Moment important : la confrontation avec le néant, qui montre la vacuité de l’existence artificielle, et, du coup, laisse entrapercevoir la réelle nature de l’être.

Heidegger pensait que les Grecs présocratiques avaient été au plus proche de cette vérité. Que leur langue était le langage de l’être. Il a essayé de recréer un Allemand qui reproduirait cette langue originelle (d’où une œuvre difficile). Il croyait aussi que le seul langage capable d’exprimer l’être était la poésie.

Peut-être parce que le nazisme était une tentative de revenir aux origines du monde, une confrontation avec le néant, Heidegger y aurait cru, au moins un moment. Il n’a jamais renié cet engagement.

Pourtant, il ne me semble pas évident que la pensée nazie, pour le peu que j’en sais, soit en accord avec la pensée d’Heidegger, pour le peu que j’en ai compris. Le nazisme n’est-il pas une négation de l’individu ? La philosophie d’Heidegger n’est-elle pas le paroxysme de l’individualisme ? Ne parle-t-il pas, d’ailleurs, de l’aliénation de l’homme dans le groupe ? À moins qu’il y ait un point de rencontre ? La recherche d’un « être » universel, commun à tous. Peut-être voyait-il dans le nazisme une sorte d’opportunité scientifique qui pouvait amener le monde là où il devait aller ? (De même que, pour Adam Smith, la recherche de l’intérêt individuel conduit au bien universel.)
Tout cela me semble compliqué. Mais aussi à George Steiner, qui note qu’il n’est pas certain qu’Heidegger se soit réellement évadé de la pensée dominante. Que ses idées ont une traduction immédiate à la fois en termes de philosophie socratique et de pensée chrétienne. Heidegger disait être trahi par un langage qu’il n’avait pas pu épurer suffisamment des connotations de la pensée traditionnelle. Je me demande aussi s’il est bien raisonnable de démontrer par la raison que la raison est inefficace, qu’il faut la dépasser…

Finalement, que cherchais-je dans ce livre ? La description d’une culture d’un groupe d’hommes qui aurait eu des descendants modernes. Des idées qui expliqueraient des comportements actuels.
Beaucoup d’intellectuels se sont reconnus dans cette pensée. L’absurde a eu un gros succès dans la littérature d’après guerre. Mais n’était-ce pas parce que la guerre avait été le comble de l’absurdité ? La mise en cause dévastatrice de notre vision idyllique du progrès, fruit de la raison ? Une sorte de gigantesque gueule de bois ?

Quant aux Allemands, confrontés quelques années au néant, y ont-ils vu grand-chose d’intéressant ? Ou le néant ? La guerre n’a-t-elle pas démontré que si le chemin que nous suivions était dangereux, ou contre nature, nous étions incapables d’en trouver un autre ? Les idées d’Heidegger ne conduisent-elles pas, comme le Bouddhisme, à un rôle effacé de leurs disciples dans l’histoire ? Les gens qui agissent pensent peut-être mal, mais ce sont les seuls qui m’intéressent.

Compléments :