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lundi 11 mai 2009

De l’utilité de l’Etat

L'héritage de Mme Thatcher et quelques autres billets m’amènent à me demander si John Galbraith n’a pas tiré contre son camp. En narguant les économistes classiques, en leur révélant que le monde était sous l’emprise d’une forme de socialisme, non seulement il leur a fait voir rouge, mais encore il leur a montré les faiblesses du dispositif.

Et ces faiblesses sont les ressources de l’Etat. D’où les tire-t-il ? Des impôts et des taxes (TVA). Il suffit de convaincre le peuple que l’Etat est inefficace, que le prélèvement c’est le vol, et l’affaire est dans le sac.

En fait, comme souvent, l’argumentation anglo-saxonne à l’endroit de l’Etat ressortit au sophisme. Elle prend l’exemple de l’Union soviétique et en déduit que l’Etat, dirigé par la volonté d’un homme, ne peut qu’être inefficace puisque l’homme ne peut prévoir l’avenir (cf. travaux de Hayek). Alors, il ne reste que le marché. Car il n’y a que le choix entre le marché et la dictature.

Oui, mais l’Etat n’est pas là pour nous imposer la volonté de tel ou tel, mais pour mettre en œuvre la volonté générale. Actuellement celle-ci consiste à relancer l’économie et à contrôler les excès du marché et des organismes financiers. Pour mettre en œuvre de tels plans d’ensemble, il faut coordonner la nation. Rôle de l’Etat.

Quant au marché, sa fonction est de déplacer et d’échanger des biens. Il ne sait pas mieux prévoir que l’homme, il n’est pas innovant, pas plus qu’il n’investit dans l’amélioration du meilleur actif que nous possédions : l’homme et la société. Et il a besoin d’être fermement contrôlé.

D’ailleurs, la stimulation financière a-t-elle la moindre efficacité ? Si je reprends l’histoire de ces dernières décennies, que vois-je ? On parle de gloire du marché, de récompense pécuniaire de l’effort (« travailler plus pour gagner plus »). Mais si ça avait été vrai, tout le monde anglo-saxon, stimulé par l’argent, aurait dû travailler plus et mieux, et s’enrichir. Or, seule l'élite s'est enrichie (d’ailleurs a-t-elle plus travaillé ?). Tout le reste a été délocalisé. Même dans l’entreprise, la soif du lucre est peu efficace.

Complément :
  • CALDWELL, Bruce, Hayek's Challenge: An Intellectual Biography of F.A. Hayek, University of Chicago Press, 2005.

jeudi 22 janvier 2009

Rationalité et crise

Leigh Caldwell (Models of bounded rationality and the credit environment, 21 janvier, www.voxeu.org) observe que les modèles économiques classiques qui supposent l’homme « rationnel » (et qui servent à dicter leurs décisions aux gouvernants) ne marchent pas, particulièrement dans la période actuelle.

L'économie doit découvrir la psychologie humaine.

En particulier, il semblerait qu’il y ait des effets de seuil. Ce qui pourrait expliquer, par exemple, le comportement actuel des banques, c’est qu’elles sont tétanisées par la peur provoquée par le dépassement de seuils psychologiques. Pour les en sortir, il faut un choc qui leur fasse perdre leurs repères, et les force à remettre en marche leur raison. 

jeudi 8 janvier 2009

L’illusion de l’économiste

Dans un article de www.voxeu.com, Jon Danielsson explique que la crise actuelle vient en grande partie de ce que certains ont cru que le risque financier était calculable. Et ils persistent dans leur erreur.

Il me semble qu'il fait une erreur qui explique celle de ses collègues. Il pense que nous connaissons les lois de la nature et que c’est pour cela que nous pouvons construire des avions qui résistent aux hasards. L’économiste a cru imiter l’ingénieur. Mais les lois de la finance ne sont pas celles de la physique.

Eh bien si, les lois de la finance et celles de la physique ont beaucoup en commun, à commencer par le fait qu’elles ne prédisent rien avec certitude. Tous les ouvrages faits par l’homme sont susceptibles à l’accident, non par seule erreur humaine, mais parce que même la mécanique classique est victime du « chaos ».

Hayek s’est battu toute sa vie pour montrer à l’économiste l'illusion d'un positivisme béat. Flop.

Compléments :

  • Sur ce sujet : Les matheux à la lanterne, Crise : la culpabilité des geeks.
  • CALDWELL, Bruce, Hayek's Challenge: An Intellectual Biography of F.A. Hayek, University of Chicago Press, 2005.
  • Cet article dit aussi que les outils de mesure du risque devraient jouer un rôle clé dans le futur système de régulation. Il se pourrait donc que nous n’ayons pas beaucoup de temps pour répondre à la question du billet précédent…

mercredi 27 août 2008

Faisons danser les dinosaures

Deux notes de ce blog se contredisent :
  1. Dans l’une (Mesurer la capacité au changement d’une entreprise), utilisant la théorie des leaders / managers de John Kotter, j’explique que l’adaptabilité se mesure au nombre de « leaders ».
  2. Dans l’autre (Entreprise, bien commun), je dis que l’entreprise tend à s’auto-organiser. Pas besoin de leaders. Peut-être d’une cellule d’animation du changement, verticale.

La contradiction n’est qu’apparente. L’organisation de l’entreprise française et américaine est dite « bureaucratique ». Ce n’est pas une insulte. C’est un type de fonctionnement qui consiste à décider en haut, et à exécuter en bas. La bureaucratie a été vue comme ce que le progrès avait de mieux à proposer au monde au 19ème et à plusieurs moments du 20ème siècle. Notamment pendant quelques décennies de l’après guerre. La bureaucratie, c’est la raison qui éclaire l'humanité.

Ce modèle demande à avoir une tête capable de voir loin, et d’en déduire un plan optimal exécuté par ceux dont c’est le rôle.

Les scientifiques ont constaté il y a longtemps que l’avenir était imprévisible (c’est notamment la théorie du chaos). Mais les économistes et les hommes d’affaires ne les croyaient pas. Jusqu’aux années 70.

On a donc dû faire évoluer des bureaucraties, des populations de personnes qui se considéraient comme des exécutants. Et c’est un travail de titan. Et c’est pour cela que l’on est content lorsque l’on rencontre un « leader », qui sait rendre flexible une portion, au moins, de ce mammouth. C’est de là, je soupçonne, que vient la théorie de John Kotter. Mon expérience me fait l’approuver.

Cependant, souvent lors d’un changement, les « exécutants » découvrent que leur management apprécie l'initiative. Ils constatent qu’ils peuvent sérieusement améliorer l'agrément de leur travail. En éliminer les dysfonctionnements. On les félicite : c’était de là que venaient les difficultés de l’entreprise.

Du coup, ils apprennent à « s’auto-organiser ». Degré ultime de l’adaptation au changement ?

Considérations annexes :

  • Sur la bureaucratie comme principe d'organisation de la société française : CROZIER, Michel, Le phénomène bureaucratique, Seuil, 1971.
  • Sur la théorie du chaos, un petit livre : EKELAND, Ivar, Le chaos, Flammarion, 2002.
  • L'intuition que la raison peut nous conduire de manière imparable trouvait un fort appui dans la mécanique newtonienne. Or, Poincaré a montré il y a plus d'un siècle que celle-ci demandait une connaissance de conditions initiales parfaites. Les petits écarts sont susceptibles d'amplifications quasi infinies. Conséquence concrète : impossible de savoir si le système solaire n'éjectera pas une de ses planètes d'ici quelques centaines de millions d'années. PETERSON, Ivars, Le chaos dans le système solaire, Pour la Science, 1995.
  • Friederich von Hayek voulait convaincre les économistes du désespoir de leur quête positiviste. Faible réussite. CALDWELL, Bruce, Hayek's Challenge: An Intellectual Biography of F.A. Hayek, University of Chicago Press, 2005.