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jeudi 30 avril 2009

Pourquoi crée-ton une entreprise ?

Vincent Giolito me disait avoir été frappé, dans son début de carrière de journaliste, par ses rencontres d’entrepreneurs qui avaient transformé leurs passions en métier, comme ce pilote d’hélicoptère qui vendait des photos aériennes des propriétés qu’il survolait.

Je me demande s’il n’y a pas là un cas général : d’abord il y a la passion, puis on essaie de lui trouver une rentabilité. Parmi les entrepreneurs que je connais, tous suivent ce schéma. Une exception peut-être est celle des avocats, ou publicitaires, des professions dans lesquelles la formation initiale tend naturellement à pousser à l’indépendance. Mais ce sont quand même des professions que l’on choisit.

Ce modèle donne une entreprise très efficace, parce qu’elle est construite autour des compétences uniques d’un homme. Mais, pour la même raison, elle a du mal à grossir.

Si le cas est général, c'est un général français, cependant. Les entrepreneurs américains que je connais, eux, ont pour motivation première de gagner le plus d’argent possible. Pour ce faire, ils choisissent celui de leurs talents qui est le plus efficace, même s’il n’est pas leur préféré.

Par exemple, les fondateurs d’Aprimo, des anciens d’IBM, ont cherché la dernière fonction de l’entreprise qui n’avait pas son ERP. Je ne suis pas sûr qu’ils aient eu une tendresse particulière pour les ERP. De même William Johnston voulait faire fortune, il s’est demandé le moyen le plus efficace pour cela, compte tenu de ce qu’il savait faire. Résultat : vendre de l’immobilier. Il a alors décidé d’apprendre son nouveau métier.

Ce modèle là privilégie l’efficacité économique . L’entreprise ainsi constituée n’ayant pas un très gros avantage concurrentiel doit le trouver dans sa taille : elle doit arriver le plus vite possible à un quasi monopole ?

Explication de l'hostilité de l'Américain à l’impôt : son plaisir quasiment unique est de gagner de l’argent, pas d’exercer son métier - qui lui est peut-être même désagréable ?

vendredi 5 décembre 2008

L’entreprise n’appartient pas à l’entrepreneur

Souvenir d’une discussion avec William Johnston, entrepreneur américain installé en France. Il reproche à notre pays sa législation. Il ne peut pas licencier. Il n’est pas libre de faire ce qu’il veut de ce qu’il a créé.

Et nos enfants ? Ils ne demandaient rien, nous les avons créés, nourris, logés, éduqués… Pourquoi n’en ferions nous pas ce que nous en voulons ? Par exemple en les transformant en réserves de pièces détachées pour nos vieux jours ? Ce n’est pas pareil ? Le droit français pense que si : l’entreprise est un être. Et la science semble lui donner raison. Mais c’est théorique.

L’entrepreneur n’a-t-il pas sacrifié sa vie pour notre bien ? Je n’en suis pas sûr. Ceux que je connais étaient incapables d’obéir aux lois d’une entreprise, ils ont créé la leur.

D’ailleurs, comme l’observait Schumpeter, l’entrepreneur combine des ressources existantes, il ne crée pas à proprement parler. Il utilise habilement ce que la société lui a donné, à commencer par une éducation et un réseau relationnel. Pensez-vous qu’il soit très difficile d’être entrepreneur, en Angleterre, quand on a fréquenté Eton et que l’on connaît tout ce que le pays compte de puissants ?

Et Bill Gates : il a accès aux premiers ordinateurs durant sa formation (il faudra attendre des années pour que la préférence française pour l’industrie nationale offre au mieux aux étudiants français les cartes perforées et les bugs des machines Bull), il fait des études à Harvard, sa mère siégeait dans un conseil d’administration où se trouvait un dirigeant d’IBM (qui sera important pour le développement de Microsoft), ses très riches parents lui offrent une maison, alors que Microsoft est déjà une belle entreprise. Quel risque a-t-il couru ?

L’entrepreneur a sûrement droit au respect. Il est la clé de voûte du capitalisme. Mais, de ce fait, il fait parti d’un mécanisme social, auquel il doit le respect. Servant leader disent les anglo-saxons. En tout cas, rien ne semble justifier une rémunération excessive (du type de celle de Bill Gates) : ni le risque qu’il prend (comme veut nous le faire croire la théorie économique), ni la motivation qu’elle est supposée apporter (Bill Gates aurait été motivé à 10.000 fois moins !).

Complément :
  • Les théories sur le profit se répartissent en 2 : celles qui l’attribuent à une position monopolistique, celles qui en font la rémunération de l’incertitude. Je crois qu’il y a un mélange des deux. Schumpeter explique que l’entreprise doit faire face à la destruction créatrice : elle doit s’adapter en permanence, et donc garder des réserves pour cela (la crise actuelle le démontre). Le cas Bill Gates prouve que ce n’est pas tout.
  • Sur les théories du profit : KNIGHT, Franck H., Risk uncertainty and profit, Dover, 2006.
  • SCHUMPETER, Joseph A., Capitalism, Socialism, and Democracy, Harper Perennial, 3ème edition, 1962.
  • Sur les enfants comme pièces détachées : Conte de Noël.
  • Du droit français : Idéologie et théorie économique.
  • Et William Johnston : William Johnston: Master class en conduite du changement.

mardi 22 janvier 2008

William Johnston: Master class en conduite du changement

Ma réflexion sur la transformation de la France me ramène à William Johnston, qui a rendu visite l’an dernier au Club économie. William Johnston passe quelques années de son enfance en France. Il en tombe amoureux et décide d’y revenir. Mais il veut aussi faire fortune. Objectifs incompatibles. La passion l’emporte sur la raison. Il interrompt une carrière prometteuse, et s'installe en France.
  • Premier enseignement : la conduite du changement à l’américaine. Même s’il est victime de coups de cœur, l’Américain ne perd jamais le contact avec la rationalité économique. William Johnston procède par étapes. D’abord, il s’inscrit à l’Insead, ce qui lui permet d’être à pied d’œuvre, en France. Il s’interroge alors sur comment y faire fortune. Il cherche un moyen qui soit compatible avec ses compétences. Il en arrive, après pas mal de réflexions, à la vente d’immobilier. C’est un métier qu’il ne connaît pas. Il se fait embaucher par le meilleur spécialiste du secteur, et y « étudie » pendant 8 ans. C’est alors qu’il abandonne cette situation solide, et se jette à l’eau. Il s’est entouré des meilleurs avocats, experts…, un investissement incompréhensible pour un Français, mais qui lui semble d’un intérêt évident. Il investit, en fonds propres, sur de gros projets immobiliers. Mais soit qu’il avait mal estimé le marché, soit qu’il ait été victime d’un dédit, il n’arrive pas à placer ces affaires. La peur ne le paralyse pas, au contraire elle semble le stimuler. Par exemple, il comprend qu’il faut équiper un appartement qu’il a acheté. Et ça marche. Et il finit par réussir. Plus tard, la crise immobilière ne le touche pas : il sait prendre des risques calculés, ce qui n’était pas le cas de ses collègues français qui ont joué au tout ou rien. Intéressante étude ethnologique. L’Américain calcule mieux ses risques que le Français, il sait évaluer les moyens dont il a besoin, et investir ce qu’il faut, notamment le temps, pour se les donner. Nous en sommes incapables. La transformation actuelle de la France va-t-elle amener nos descendants à acquérir quelques-uns des talents de William Johnston ?
  • Deuxième enseignement : le potentiel de la France. Dans l’annonce de l’événement, j’avais laissé entendre que la France était un Eldorado. Publicité mensongère ! s’exclame un participant. Pas du tout répond William Johnston : aux USA, il y a une telle concurrence que le moindre avantage concurrentiel est balayé immédiatement. La France est d’une irrationalité culturelle (et réglementaire) irritante, mais une fois que l’on y a un petit avantage on le garde longtemps, sans grands efforts. La France de demain sera-t-elle plus rationnelle ?