mercredi 24 octobre 2018
Start up : Manuel du nouvel employé
Une partie de ma vie professionnelle est consacrée aux start up. La start up conduit à une transformation accélérée du tissu humain. Les compétences exigées changent avec le temps, mais très vite. Si bien que tout le monde ne peut, ou, probablement plus souvent, ne veut, suivre. Ceux qui le font doivent se "réinventer". Et il n'y a rien de plus douloureux dans la vie. Et cela commence par le fondateur. Pauvre homme.
Bill Gates était un tyranneau totalitaire, qui allait jusqu'à réécrire la nuit ce qu'avaient programmé ses employés le jour. Mais, fait rare, d'autant qu'il était extrêmement jeune et n'avait aucune expérience de management, il a compris qu'il était le goulot d'étranglement de son entreprise. Alors, il s'est déchargé de la direction de Microsoft et s'est consacré à ce pour quoi il se pensait le meilleur.
L'étape la plus critique de ce changement ne concerne pas les hommes, cependant. C'est le moment où les joueurs deviennent une équipe. Tant que le lien social n'est pas construit, l'entreprise est inefficace et fragile. Elle est le terrain de la lutte de l'homme contre l'homme. Peut-être parce que l'individu ne peut vivre en état d'anomie, rapidement viennent des tentatives de socialisation partielles. Des alliances se nouent. Danger paradoxal. En effet, des individus qui s'affrontent s'annihilent. Mais un groupe organisé est fort. Il défend ses intérêts contre ceux du "tout". Parfois, façon Révoltés du Bounty.
Voilà à quoi a échappé Paul Allen.
jeudi 8 octobre 2015
Microsoft : le retour ?
lundi 9 janvier 2012
Le changement vu par Bill GATES ou comment Microsoft micro sauve la planète!
Apporter à la population mondiale des innovations en matière de santé et d’acquisition des connaissancesBill GATES aurait doté sa fondation de 95 % de sa fortune personnelle (environ 35 milliards de dollars). Ses dons annuels seraient supérieurs aux dépenses de l’OMS ! Bigre !
Consacrer sa fortune pour éduquer et soigner est sans aucun doute, la plus noble et la plus louable des missions. Cependant, en janvier 2007, le Los Angeles Times, dans un article sévère, écorne sérieusement cette belle image.
Le quotidien s’interroge alors sur les investissements du fond de la fondation, confiés à des financiers sans instruction autre que la diversification et la rémunération. L’efficacité semble irréprochable car la fondation aurait distribué plus de 10 milliards de dollars.
L’enquête du Los Angeles Times relayée dernièrement par un documentaire sur France 2, pose la question de la nature de ces investissements qui paraissent bien incompatibles, voir en contradiction avec le but des actions menées. Ainsi les effets d’une campagne de vaccination dans le delta du NIGER ne sont-ils pas balayés par les agissements des compagnies pétrolières présentes, dont la fondation est actionnaire, qui dégraderaient quotidiennement l’écosystème des populations autochtones ?
L’amalgame entre un soutien des OGM par la fondation et ses partenariats et investissements dans une entreprise sulfureuse comme MONSANTO, n’est-il pas insoutenable ?
Pourquoi la fondation n’utilise-t-elle pas sa puissance financière pour faire évoluer le comportement des sociétés dans lesquelles elle investit ?
A quoi bon vacciner des bambins contre la polyo s’ils doivent être ensuite victimes de la détérioration de leur écosystème ?
Le projet de ladite fondation, qui paraissait si louable à première vue, finit par provoquer un certain malaise. L’objectif de la fondation ne serait-il pas finalement diabolique ? Rendre la population dépendante des monstres de l’agroalimentaire tout en les « microsoftant » ?
Le projet paraîtrait ainsi bien huilé car aucune autorité ne serait en mesure, en capacité ou en droit de réguler les choix et les actions de la fondation.
Que confirme-t il ?
Les Etats ont bien renoncé à leur rôle de protecteur et de garant de la justice sociale, englués dans le remboursement de leur célèbre dette, ils laissent libres les plus riches de la planète, tout puissants, de s’approprier la solidarité et décider, seuls et pour tout le monde, comment l’organiser, bien à l’abri dans leur belle fondation.
jeudi 6 octobre 2011
Pauvre Jobs
Et alors vinrent les Google et autres Facebook, qui ont exploité leur position de goulot d’étranglement pour rançonner la planète.
- Ce blog s’est longtemps demandé si Apple survivrait à Steve Jobs. iPhone 4S (et non 5) = réponse ?
dimanche 8 mai 2011
Lamentable dirigeant ?
mercredi 2 février 2011
Aide aux pays pauvres
Depuis lors la fondation (de Bill Gates) a donné 1,4md$ de subvention aux fermiers du tiers monde, son programme est maintenant comparable à celui de l’Amérique.
mercredi 13 octobre 2010
Google investit dans le vent
- Veblen parlait de « trained incompetence » pour qualifier les résultats de l’éducation.
vendredi 25 juin 2010
Capitalisme au grand coeur
mardi 26 janvier 2010
Sarkozy et les salaires
Un extrait, entendu sur France Culture, des propos qu’a tenus N.Sarkozy hier soir. Si je comprends bien il justifie le salaire de H.Proglio par le fait que, comme Bill Gates, il crée des emplois. L’alternative est « l’Union soviétique ». Par contre, il trouve honteux le salaire des joueurs de football. Intéressante question théorique :
- M.Sarkozy s’arrête-il aux footballers, aux sportifs, aux artistes... ? Quid des héritiers ? Et de sa belle famille ?
- Confusions. Bill Gates est un entrepreneur, il a créé son entreprise ; Henri Proglio est un manager professionnel, un gestionnaire. De même la France de De Gaulle n’était pas l’Union soviétique et pourtant elle ne rémunérait pas autant que la nôtre ses P-DG.
- Si la création d’emplois fixe la rémunération du dirigeant, comment expliquer que depuis que nous payons cher nos dirigeants l’emploi ne progresse pas en France, au contraire ? D’ailleurs, un footballer ne crée-t-il pas des emplois ? Le B A BA du marketing c’est le leader d’opinion : le bon sportif qui porte les couleurs d’une entreprise fait vendre. Et, contrairement au P-DG, il ne restera pas longtemps en place s’il n’est pas en permanence au sommet de sa forme, ou même de la morale, comme l’a démontré le malheur récent de Tiger Woods.
Compléments :
- La théorie économique classique justifie le revenu de l’entrepreneur (plutôt que du manager) par le fait qu’il joue le rôle d’assurance pour son entreprise.
- L’inflation récente du salaire de la classe financière (manager, banquier…) semble expliquée par la théorie de la « capture » : une partie de la population à utilisé sa position sociale pour servir ses intérêts personnels (cf. les oligarques).
lundi 9 février 2009
Les paradoxes de l’individualisme
Jean-Paul Brighelli (La France de Dickens?) pense que la raison des réformes de la France est de donner à son capitalisme la main d’œuvre, illettrée et sans défense, dont il a besoin.
Le parallèle (toutes proportions, provisoirement, gardées) entre les résultats des réformes post 68, et l’Angleterre de la Révolution industrielle est frappante. Dans les deux cas les individus ont été ramenés à leurs seules défenses. Mais, il n’est pas sûr qu’il y ait eu volonté de nuire. Il suffisait qu’il y ait juste un vent de liberté individuelle.
Une fois l’homme sans carapace sociale, il devient un loup pour l’homme, les minorités exploitent les majorités, le moindre avantage est massivement amplifié, les malchances passagères conduisent à l’exclusion (J’irai dormir à Hollywood). Monde de Bill Gates et de SDF.
Alors qu’il a voulu ce monde à la gloire de son génie, l’homme y est impossible à distinguer de son prochain. C’est un moyen de production manipulé par l’offre et la demande.
Paradoxalement, c’est la structure sociale qui permet à l’individualité de se révéler. Comme dans l’exemple des formes initiales de syndicalisme, la société fonctionne comme un corps : elle réagit immédiatement aux signaux qui viennent des ses membres. Ses structures dirigeantes ne sont pas là pour imposer leurs caprices, mais pour coordonner une action de tous au profit que ceux qui en ont besoin.
Complément :
- Sur la théorie de l’homme rationnel hors société : The logic of collective action.
- Hier, RFI parlait de Madagascar et d’une population qui ne comprend pas pourquoi elle demeure pauvre alors que les réformes de son gouvernement produisent une croissance de 7% l’an. Un lien avec ce qui précède ?
samedi 27 décembre 2008
Sarkozy plus fort que de Gaulle ?
De Gaulle s’était donné un pouvoir qui n’était pas sans rappeler celui de Louis XIV, pourtant mai 68 l’a vaincu. Le Président Sarkozy peut-il mieux faire ?
Lui aussi semble s’inspirer de Louis XIV. Louis XIV constitue une garde rapprochée de roturiers fidèles (les intendants), qui lui permettent de contrôler de dangereux puissants (les nobles). Cette technique est reprise par la France révolutionnaire, et par l’Union soviétique : elles mettent à côté de chaque détenteur du pouvoir un représentant du peuple (c’est la mission de l’ex KGB). Nicolas Sarkozy posséderait un cabinet ministériel fantôme, à l’Élysée, qui contrôlerait le premier. L’UMP étant un autre système de contrôle.
Risque de dérive dictatoriale ? Des contre-pouvoirs se dessineraient (par exemple, le groupe UMP de l’assemblée). Mais surtout, le Président de la République veut réformer le monde. Or, c’est difficile de le faire quand on est un dictateur :
- Toutes les entreprises semblent suivre la route suivante. Dans un premier temps, le dirigeant y contrôle tout. Plus l’entreprise grossit, plus sa tâche devient difficile. Il a alors le choix entre arrêter de croitre, ce qu’il fait souvent, ou abandonner le pouvoir, ce qu'a fait Bill Gates.
- Le mode d’organisation qui vient alors : la bureaucratie. Mais, attention, dès que les membres de l’organisation ne voient plus le chemin suivi, ils s'inventent des objectifs qui leur sont propres, ils sanctifient le moyen, le rite, « le règlement, c’est le règlement » (« déplacement de but » du sociologue Merton). Le comble de l’inefficacité bureaucratique est le modèle totalitaire, qui exige régulièrement d’épurer les organes de contrôle (cf. modèle Hitlérien / Stalinien). Comme pour la PME, il conduit au repli peureux.
Il me semble donc que Nicolas Sarkozy va devoir inventer des techniques de conduite du changement qui sortent de ces modèles. Si on en juge par sa détermination, il devrait y réussir. Du moins si sa santé résiste au rythme qu’il s’est imposé.
Compléments :
- LACOUTURE, Jean, De Gaulle, Seuil, 1985.
- MERTON, Robert K., Social Theory and Social Structure, Free Press, 1968. Chapitre : Bureaucratic structure and personality.
- WALLACE, James, ERICKSON, James, Hard Drive: Bill Gates and the Making of the Microsoft Empire, Collins, 2005.
- TOCQUEVILLE (de), Alexis, L'Ancien régime et la Révolution, Flammarion, 1985.
- ARENDT, Hannah, Le système totalitaire : Les origines du totalitarisme, Seuil, 2005.
- Le principe du KGB et À la poursuite d’Octobre rouge : Sean Connery est un capitaine de sous-marin russe qui veut passer à l’ennemi ; un membre du KGB, caché dans l’équipage, cherche à l’en empêcher.
vendredi 12 décembre 2008
De Bull et du bon usage du protectionnisme
Probablement une différence d’état d’esprit. L’Américain, s’il est entrepreneur, veut se « réaliser », faire quelque chose de grand. Il vise le KO. Il tire parti de tout financement pour atteindre son objectif. L’allemand a probablement une sorte d’idéal d’excellence : construire une belle entreprise pour sa communauté.
Quant au Français, il me semble que son ambition est limitée : selon la mode de l’Ancien régime, il recherche un bénéfice, une terre qu’il exploitera selon son « bon plaisir ». Il se satisfait magnifiquement de la médiocrité. D’une médiocrité dont il est le roi.
Voici ce qui me fait avoir cette idée. Dans Entretien avec Guy Schwartz : Edith Cresson ou l’autopsie d’un naufrage, un article sur les invraisemblables et piteuses aventures d’un premier ministre, on voit qu’un de ses conseillers (Claude Hirel, le P.-D.G. de CDF-Chimie) a l’ambition de devenir patron de Bull, à la place du patron de Bull. Et voilà la motivation de ceux dont dépend le sort de notre économie : se tailler une petite baronnie. Et comment ils y arrivent : par des minables manigances politiques. Pour ceux-là, les subventions sont gaspillées.
Compléments :
- Sur le « bon plaisir » du Français : Le bon plaisir de Michel Crozier, Métamorphose du dirigeant français ?
- De même, la défense française a toujours eu de petits avions, parce que Dassault s’est vu imposer des moteurs français, qui étaient peu puissants. CARLIER, Claude, Marcel Dassault, la légende d’un siècle, Perrin, 1992.
jeudi 11 décembre 2008
Le succès est un don que nous fait la société
Malcolm Gladwell, un des auteurs américains les plus lus (The Tipping Point), publie un nouveau livre. Il met en cause l’idéal américain du « self made man ». (Ce qui semblerait lui valoir des inimitiés, selon Matthew Yglesias.) Il y montre que le succès est essentiellement un héritage social.
“It is not the brightest who succeed,” Gladwell writes. “Nor is success simply the sum of the decisions and efforts we make on our own behalf. It is, rather, a gift. Outliers are those who have been given opportunities — and who have had the strength and presence of mind to seize them.”Comme moi, dans un billet précédent (L’entreprise n’appartient pas à l’entrepreneur), il s’est intéressé au cas de Bill Gates. Mêmes conclusions, mais avec des informations que je n’avais pas. Il a demandé à Bill Gates combien d’adolescents avaient une connaissance comparable à la sienne de l’informatique, à son époque. Réponse : pas plus d’une cinquantaine.
vendredi 5 décembre 2008
L’entreprise n’appartient pas à l’entrepreneur
Et nos enfants ? Ils ne demandaient rien, nous les avons créés, nourris, logés, éduqués… Pourquoi n’en ferions nous pas ce que nous en voulons ? Par exemple en les transformant en réserves de pièces détachées pour nos vieux jours ? Ce n’est pas pareil ? Le droit français pense que si : l’entreprise est un être. Et la science semble lui donner raison. Mais c’est théorique.
L’entrepreneur n’a-t-il pas sacrifié sa vie pour notre bien ? Je n’en suis pas sûr. Ceux que je connais étaient incapables d’obéir aux lois d’une entreprise, ils ont créé la leur.
D’ailleurs, comme l’observait Schumpeter, l’entrepreneur combine des ressources existantes, il ne crée pas à proprement parler. Il utilise habilement ce que la société lui a donné, à commencer par une éducation et un réseau relationnel. Pensez-vous qu’il soit très difficile d’être entrepreneur, en Angleterre, quand on a fréquenté Eton et que l’on connaît tout ce que le pays compte de puissants ?
Et Bill Gates : il a accès aux premiers ordinateurs durant sa formation (il faudra attendre des années pour que la préférence française pour l’industrie nationale offre au mieux aux étudiants français les cartes perforées et les bugs des machines Bull), il fait des études à Harvard, sa mère siégeait dans un conseil d’administration où se trouvait un dirigeant d’IBM (qui sera important pour le développement de Microsoft), ses très riches parents lui offrent une maison, alors que Microsoft est déjà une belle entreprise. Quel risque a-t-il couru ?
L’entrepreneur a sûrement droit au respect. Il est la clé de voûte du capitalisme. Mais, de ce fait, il fait parti d’un mécanisme social, auquel il doit le respect. Servant leader disent les anglo-saxons. En tout cas, rien ne semble justifier une rémunération excessive (du type de celle de Bill Gates) : ni le risque qu’il prend (comme veut nous le faire croire la théorie économique), ni la motivation qu’elle est supposée apporter (Bill Gates aurait été motivé à 10.000 fois moins !).
Complément :
- Les théories sur le profit se répartissent en 2 : celles qui l’attribuent à une position monopolistique, celles qui en font la rémunération de l’incertitude. Je crois qu’il y a un mélange des deux. Schumpeter explique que l’entreprise doit faire face à la destruction créatrice : elle doit s’adapter en permanence, et donc garder des réserves pour cela (la crise actuelle le démontre). Le cas Bill Gates prouve que ce n’est pas tout.
- Sur les théories du profit : KNIGHT, Franck H., Risk uncertainty and profit, Dover, 2006.
- SCHUMPETER, Joseph A., Capitalism, Socialism, and Democracy, Harper Perennial, 3ème edition, 1962.
- Sur les enfants comme pièces détachées : Conte de Noël.
- Du droit français : Idéologie et théorie économique.
- Et William Johnston : William Johnston: Master class en conduite du changement.
mardi 2 septembre 2008
Google et Microsoft
- C’est fou ce que Google prend de place dans ma vie. Moteur de recherche, c'est évident. Puis une tentative avortée d’utilisation d’outils collaboratifs. Puis remplacement de ma page Internet par défaut (avant c’était Yahoo). Puis, voulant faire un blog « quick and dirty », je trouve par hasard Blogger. Le blog devenant sérieux, je commence à m’intéresser de plus près aux fonctionnalités qui l’entourent : Internet m’envahit de plus en plus et le maître d’Internet est Google.
- Microsoft a eu une volonté maladive de domination du monde. Et la peur comme de la peste du plus petit nouvel entrant. Peur de quoi ? Subir le sort infligé à IBM.
- Ce qui définit aussi Microsoft c’est d’avoir souvent eu tort, mais de ne pas avoir persévéré dans l'erreur. Et, conséquence du point 2, de balayer, sans ménagement, ceux qui avaient eu raison avant lui. Avec Google, Microsoft semble avoir perdu la partie. Bill Gates ne devait plus avoir la niaque sur ses dernières années.
D’ailleurs, que reste-t-il de lui ? Edgar Schein observe que le comportement d'une entreprise est inconsciemment guidé par son interprétation de ce qui explique le succès de son fondateur. Qu’a retenu Microsoft ? Qu’il faut anéantir ses concurrents ? Faire taire la voix discordante ? Et la capacité à la remise en cause de Bill Gates ?
Sur ces sujets :
- D’autres notes sur Bill Gates : Bill Gates au secours des pauvres, Bill Gates : nettoyage à sec.
- Les premières années de Microsoft (dont je tire la plupart de mes idées) : WALLACE, James, ERICKSON, James, Hard Drive: Bill Gates and the Making of the Microsoft Empire, Collins, 2005 (premier tirage en 1992).
- La remarque d’Edgar Schein vient de : SCHEIN, Edgar H., Organizational Culture and Leadership, Jossey-Bass, 2004.
- Développer une grosse capacité d'adaptation est une tactique des plus efficaces face à un environnement incertain (Se diriger dans l’incertain). À l’époque de sa grandeur, l’industrie japonaise avait construit sa conquête du monde sur sa capacité d'adaptation : une fois un marché prouvé par un innovateur, ce dernier était écrasé sous une puissance de feu supérieure, et le marché systématiquement exploité.
mardi 26 août 2008
Bill Gates au secours des pauvres
L’origine de l’idée.
Bill Gates est à la tête d’un fond caritatif colossal. Pourtant ça ne suffit pas pour guérir les misères de la terre. Le problème : le monde invente beaucoup de belles choses mais elles vont où il y a de l’argent. Or ce n’est pas forcément là que l’on en a le plus besoin (cf. les vaccins). Solution : les multinationales mondiales doivent concevoir une offre adaptée aux conditions économiques des pays pauvres. Comment les convaincre de s'intéresser aux besoins des pauvres ? Les gens veulent un sens à leur vie, les consommateurs aiment les causes nobles : les entreprises qui le suivront attireront les meilleurs employés, et feront de meilleures affaires que les autres, qui devront les imiter. Pour discuter du sujet, il a créé un blog où quelques économistes et le public débattent de l'idée. De cette discussion va être tiré un livre.
0 - Un problème mal posé ?
Bill Gates s’inscrit dans la culture philanthropique anglo-saxonne. Une culture qui veut que celui qui a réussi ait une responsabilité sociale. Distribuer la quasi intégralité de sa fortune est fréquent (ce fut le cas de Carnegie au début du siècle dernier). L’intuition de Bill Gates selon laquelle le capitalisme n’est pas que maximisation à court terme paraît juste : l’homme est un mouton de Panurge (ou « animal social »). Mais attaque-t-il le problème correctement ? Il ne le pose pas, il part d’une solution « le capitalisme créatif ». Il demande son avis à une petite communauté de personnes, qui se connaissent toutes, ont fait les mêmes études, appartiennent à la même culture. À l’époque où j’organisais des focus groups créatifs, mes panels étaient infiniment plus diversifiés que le sien. Et les problèmes que j’avais à résoudre étaient, comparativement, modestes. Ma contribution :
I - Suggestions pour le panel d’un prochain livre
Première idée : un peu de diversité.
- Des disciplines scientifiques autres que l’économie. Par exemple des ethnologues, des sociologues, ou des historiens (au moins pour s’assurer que ce que l’on tente n’a pas échoué dans le passé).
- Des cultures qui ne partagent pas le point de vue occidental (le Marxisme, par exemple, a énormément en commun avec les théories économiques les plus classiques).
- Les ressortissants des communautés auxquelles s’intéresse Bill Gates, afin de connaître leur point de vue sur leurs besoins, et sur ce qu’ils aimeraient en termes d’aide.
Mais, sans attendre l ces gens, les notes précédentes de ce blog ont des choses à dire à Bill Gates :
II – Un problème bien posé est à moitié résolu
- Faut-il qualifier les populations décrites par les ethnologues (ou les explorateurs) de « pauvres »? Elles semblent souvent plus heureuses que nous, avoir moins de problèmes, de « complexes » au sens psychanalytique du terme. La pauvreté des nations serait-elle une déchéance récente ? Cette déchéance serait-elle la disparition du lien social ? Sont-elles devenues individualistes, comme nous, mais sans avoir eu le temps de développer le cocon qui nous protège ?
- La « Tragedy of the commons » (Governing the commons) explique peut-être cette dissolution. Nous avons imposé nos usages à des communautés qui en suivaient d’autres. Résultat : elles ont perdu les leurs sans comprendre les nôtres. Plus de règles, plus de communauté, sur-exploitation des ressources qui les faisaient vivre, misère. Donc, attention Bill Gates : les communautés pauvres doivent reconstituer leur « auto-organisation », toute intervention externe est potentiellement un danger (pas obligatoirement).
- Herbert Simon observe que l’apprentissage de l’homme est souvent une répétition accélérée du chemin parcouru par l’histoire. Que peuvent tirer les pays pauvres de notre histoire ? Notre entrée dans le capitalisme s’est faite par étapes. Nous avons construit des infrastructures (notamment de transport), formé nos populations, construit des industries, à l’abri de barrières protectionnistes (ce qu’Adam Smith appelait « mercantilisme » voir aussi OMC et Responsabilité de la Presse). Puis, une fois sûrs que notre avantage était sans égal, nous avons commercé sans barrières. Les pays pauvres doivent probablement refaire ce chemin, au sprint.
- Problème signalé par Norbert Elias : une organisation à l’occidental demande que les populations se reconnaissent dans une « nation », alors qu’elles sont fidèles à des « clans ».
Remarque : ces observations tendent à montrer que la Grameen Bank de Muhammad Yunus est bien pensée. Elle aide une communauté « pauvre » à assimiler les concepts du capitalisme à son rythme, et selon ses moyens, à construire ses règles de gestion à sa guise, à apprendre à s'auto-administrer (Governing the commons).
Pour terminer. Les belles idées ne sont rien si l'on ne sait pas les mettre en oeuvre (thème majeur de ce blog) :
III - Le succès est dans l'exécution
Ce que me dit mon expérience :
- On n’impose pas à une population le changement, on part de son besoin perçu. On n’intervient que si elle en exprime le besoin, et on l’aide jusqu’à ce qu’elle s’estime satisfaite (Process consultation d’Edgar Schein).
- A moins d'y être contraint, on n’attaque pas un changement de manière frontale. Mais par un « projet périphérique ». C’est ce que j’appelle la « technique du vaccin ». On part d’un petit problème à la fois préoccupant et représentatif du problème global (par exemple une petite communauté et une question bien délimitée - épidémie de malaria, manque d'eau, etc.). Une fois résolu, on sait attaquer le cas général (Nettoyer le Gange).
Je crois que pour Bill Gates le principal intérêt de procéder par vaccin serait de l’amener à comprendre la nature réelle du sujet à traiter. Il pourrait alors mettre en œuvre ses formidables talents pour convaincre le reste de la planète de faire ce qu’elle doit.
Quelques références :
- SIMON, Herbert A., The Sciences of the Artificial, MIT Press, 1996.
- SCHEIN, Edgar H., Process Consultation Revisited: Building the Helping Relationship, Prentice Hall, 1999.
- Les étapes de développement du capitalisme, et l'importance du protectionnisme : LIST, Friedrich, Système national d'économie politique, Gallimard, 1998.
- Les complexes des sauvages : MALINOWSKI, Bronislaw, Sex and Repression in Savage Society, Routledge, 2001
vendredi 4 juillet 2008
Bill Gates : nettoyage à sec
- Tocqueville pensait que le commerce, donc la marine, seraient l’avenir du monde. Pourquoi la marine américaine était elle aussi puissante ? Les Américains construisaient rapidement des bateaux peu solides, et, en les poussant à leurs limites, en couvraient la planète. Ce que produit l’Amérique est peu optimisé, peu durable. Sa force est la vitesse : son économie repère très vite une opportunité et l’exploite tout aussi rapidement. Lorsqu’il partait, le pionnier de l’Ouest faisait brûler sa maison pour en retirer les clous.
- Bill Gates a été le Tiger Woods de cet art. Un génie presque inconcevable. Pendant trois décennies, il a avancé en marche forcée. Sa conception de la qualité ? Un « quick and dirty » ni fait ni à faire. Aidé par un art du bluff exceptionnel, il a pu ainsi battre à la course tous ses concurrents. Et dominer le monde. Que reste-t-il ? Une sorte de no man’s land sans talent et sans intérêt.
Références :
- Sur l’époque où Bill Gates vivait encore : WALLACE, James, ERICKSON, James, Hard Drive: Bill Gates and the Making of the Microsoft Empire, Collins, 2005 (premier tirage en 1992).
- TOCQUEVILLE (de), Alexis, De la démocratie en Amérique, Flammarion, 1999.
- Un autre zombie américain : Service rendu à IBM