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mardi 27 février 2018

Parole d'entrepreneur



Quelle a été votre pire expérience ?
J'essaie de répondre. Brièvement.

(Et j'en viens à me demander si "pire expérience" n'est pas la définition même de mon métier.)

mardi 23 février 2016

Clients, méfiez-vous des vendeurs

J'en suis arrivé à la conclusion que je ne pouvais pas me vendre. Je devais être acheté. Je crois que cela explique le succès de mes missions. Pourquoi ? 

Mon métier est de travailler avec un patron à la conception d’une stratégie et de sa mise en œuvre. J’interviens lorsqu’il y a (gros) risque. Mes missions sont, paradoxalement, courtes, et, évidemment, délicates. 

Me « vendre »  instaure une relation, avec mon client, qui est antinomique avec le concept même de changement. En effet, il croit que, parce que je lui demande de l’argent, je lui suis redevable, et que j'ai une obligation de résultat. Or, c'est son entreprise, et souvent sa carrière, qui sont en jeu. S'il n'a aucune anxiété de survie, s'il est passif, la mission est vouée à l'échec. 

 Pour ces raisons, je ne prospecte pas, et je ne travaille qu’avec des gens qui viennent me chercher.

vendredi 22 janvier 2016

La lecture comme enquête

Hervé Kabla, il y a quelques temps, était surpris de l'aspect éclectique de mes lectures. C'est d'ailleurs ce qui frappe les lecteurs de mon dernier livre. 

Ces lectures correspondent à une enquête. Je vais de question en question. Et j'interroge les livres. Ce sont des concentrés de savoir. Je comprends maintenant que j'ai toujours fait ainsi. Et que c'est peut-être un atavisme : mon père procédait de cette façon, sans que personne ne s'en soit rendu compte.

Initialement, il s'agissait de sujets techniques, par exemple quel algorithme pour régler tel problème. Y a-t-il un marché pour tel produit ? Depuis que j'écris sur le changement, je me suis mis à enquêter sur les transformations du monde. Curieusement, je justifie a posteriori, mes constatations. "Tu ne me chercherais pas si tu ne m'avais pas déjà trouvé ?" (Phrase attribuée à beaucoup de monde.)

mercredi 20 janvier 2016

Réservé aux esprits ouverts

Connaissez-vous les Cinq à Sept de Jean-Philippe Déranlot ? Réservés aux esprits ouverts ? J’étais leur invité jeudi dernier. J’y ai présenté mon livre. Il y avait beaucoup de monde. J’aurais été curieux de savoir ce qui avait suscité l’intérêt des participants. Mais je n’ai pas eu le temps de leur poser la question. Voici, pour autant que je m’en souvienne, les grandes lignes de ma présentation.

Paradoxe du changement
Si ça ne marche pas...« Ça ne marche pas », comment cela se manifeste-t-il ? C’est l’énantiodromie. On obtient le contraire de ce que l’on veut. L’amour conduit au divorce. Les 35h ne réduisent pas le chômage mais produisent un gain de productivité. M.Sarkozy fait l’envers des 35h : il ne réduit pas le chômage, mais la productivité. La médecine moderne tue… C’est le paradoxe du changement.

L’acteur et le système
Et tout cela a une raison. Notre pensée est linéaire : travailler plus, cela fait gagner plus. Or, Bill Gates me vaut un million de fois. A-t-il travaillé un million de fois plus que moi ? Non. La vie, c’est l’ordre. Qui dit ordre, dit maintien de l’ordre. Le monde ne fait pas n’importe quoi. Il est « un système ». Et le système trompe la logique de l’Education nationale.

La vie, c’est le Far West
Attention. Constatation fondamentale. Les mots que nous employons sous-entendent leur mise en œuvre. Et cette mise en œuvre nous fait rater. Comment se dépatouiller de ces mots faux ? C’est une bataille au corps à corps, qui fonctionne par paradoxe. Le livre s’intéresse à la question du changement. Il regarde dix causes d’échec du changement. A l’origine, il y a dix concepts dont l’interprétation nous fait un croche-pied. Voici deux exemples.
  • Changement. Implicitement, nous pensons que changer c’est construire un monde nouveau. Et si l'existant avait la possibilité de se transformer de manière inconcevable ? C’est le changement d’ordre deux. Nous avons en nous des potentialités inconnues. Un dinosaure peut devenir un oiseau. Un bourgeois, Proust. Une PME, ou nous, irremplaçables.
  • Avenir. « No future » me dit-on. Déprime. Mais il n’y a pas de futur ! Après la guerre, on nous a fait croire à la fin du risque, défait par la technocratie. Or, l’avenir est imprévisible. Il est fait de crises. Mais c’est cela qui donne son sens à la vie ! Regardez le navigateur, il vit de tempêtes. Le monde c’est le Far West, dangereux mais plein de potentiel, pour celui qui a un désir, une envie, et qui est bien armé. Etre armé, c’est être libre, et pouvoir compter sur un réseau de confiance.
Que trouverez-vous dans mon livre ?
On construit, à coup de petits trucs, une méthode de conduite du changement. Redécouverte de Kurt Lewin et surtout du pragmatisme. Il n’y a pas d’absolu, de grand soir. Le monde peut être amélioré. Batailler avec la réalité permet de faire des hypothèses sur son fonctionnement. Si l’expérience montre qu’elles conduisent à un comportement « qui marche » elles sont emmagasinées dans notre boîte à outils. Rien de neuf ? Mais si on l’avait oublié, cela ne valait-il pas la peine d’y revenir ? Eh puis, comme me l’a fait remarquer un participant, une même chose signifie-t-elle la même chose dans un monde différent ?

Mes premiers lecteurs m’ont dit que mon livre était ce qu’on appelle en anglais « a page turner ». Ce n’était pas son objectif. J’aurais aimé qu’il les incite à faire leur propre enquête. Cette enquête c’est le plus long chemin de soi à soi. C’est l’enquête de Socrate, ou la recherche de la voie par les Chinois anciens : c’est la quête de la liberté. 

jeudi 31 décembre 2015

Une vie (professionnelle)

En cette fin d'année, je regarde vers le passé pour comprendre ce qui me pousse... D'où un texte à la Confucius !

A vingt ans, j'ai fait un stage ouvrier. Entreprise peu efficace à cause de conflits irrationnels. D'où malaise social. (Modeste, alors. Il n'a fait que grandir depuis.) Mais les résoudre était facile. Il m'a fallu vingt ans, et pas mal d'expériences de ce type, pour prendre conscience de cela et le formuler dans un livre. 

La Vallée de la mort
Puis, il m'a fallu dix ans pour comprendre que je prêchais dans le désert. Mes idées passent vite et bien en tête à tête, surtout avec les gens en difficulté, mais pas avec les foules. Bien sûr, j'ai cherché toujours plus d'exemples et d'arguments scientifiques. Je n'ai pas été plus convaincant, mais plus amusant dans mes conférences, et je me suis instruit. Et j'ai changé ma façon de voir le monde, et de me voir. Et j'ai découvert que mon sujet n'était pas marginal, mais fondamental : le cogito ergo sum de Bergson est qu'il n'y a qu'une seule chose qui existe : le changement. Au passage, mon intérêt s'est étendu aux changements des nations, des sociétés, des familles et des individus.

Et j'ai fini par comprendre que le monde obéit au Yin et Yang. Il y a des moments Yin où l'humanité veut l'efficacité et la paix. Changement signifie alors l'union fait la force. Et il y a des périodes Yang pendant lesquelles on veut en découdre. Alors, le changement, c'est la loi du plus fort. Aujourd'hui, c'est Yang et je suis hors sujet. Mais je ressens, depuis un an, de nouvelles aspirations. En particulier chez de jeunes consultants. Yin ?

La science n'a plus d'autorité
Finalement, cette histoire est une nouvelle illustration de ce que j'ai toujours tort. Je n'ai pas compris que la science n'a plus d'autorité dans notre société. Alors que je croyais trouver un appui chez les scientifiques, c'était le contraire qui se passait. Les universitaires entendaient leurs idées chez moi. Ils pensaient que j'étais l'hirondelle du retour du printemps de la science. 

vendredi 18 décembre 2015

Je dédicace mon dernier livre

Skill and Service organise une séance de dédicace de mon livre. Le 2 février 2016, 18h, au bistrot Favart, 1 rue Favart, Métro Richelieu Drouot.

De quoi parle mon livre ? Cliquer ici.

Pour s'inscrire ? C'est gratuit et c'est ici.



jeudi 19 novembre 2015

Mon métier

Que fais-je ? Il est parfois utile de se poser cette question. Il me semble que cela peut permettre de s’améliorer. Exercice :

A l’origine de mes missions : un problème de pérennité d’une entreprise, grande ou petite. Ce qui le rend difficile à résoudre, c’est que le dirigeant en est une partie… D’une part, il a la solution en lui, mais il ne le sait pas. D’autre part, il y a plusieurs façons de transformer l’entreprise. Mais seule celle qui lui convient peut réussir. Or, il n’a pas idée de ce qui lui va. Pire, ce qu’il en dit est le résultat de l’influence sociale (« transformation numérique »), mais pas de ses convictions propres. C’est d’ailleurs pour cela qu’il n’arrive pas à résoudre son problème.
Mon rôle est de créer les conditions qui lui permettront de se tirer d’affaire.
Ce qui ne va pas de soi. Car mon arrivée complique la question ! En effet, nous sommes tous les deux en face de la même difficulté. Nous ne savons pas ce que nous savons et qui pourrait être utile à l’autre ! Brouillard total. Depuis toujours, je dis que ma seule certitude est que ce que je crois est faux.
Dans ce brouillard, il n’y a pas de méthode mais quelques repères.

Aveugle et paralytique
Tout d’abord expliquer ce qui précède. Cela a une conséquence très importante : pour réussir, dirigeant et consultant doivent se considérer comme une équipe. Chacun a quelque-chose dont l’autre à besoin. Mais l’aide de l’autre est nécessaire pour le trouver.
Le fil conducteur de la mission, c’est faire parler le dirigeant de la stratégie de l’entreprise et de la sienne propre. Si possible en partant de ce qui le motive : ses frustrations. On passe du conscient à l’inconscient en exploitant les « paradoxes » de son discours. Ces paradoxes signifient que je ne le comprends pas. Il y a quelque-chose qui lui paraît tellement évident qu’il n’a pas pensé à me le dire. Votre entreprise semble avoir telle ou telle force, pourquoi ne l’exploitez-vous pas pour faire ceci ? Au fur et à mesure qu’il répond à de telles questions, ma vision de la situation se transforme. Généralement radicalement. (La technique du paradoxe marche dans les deux sens.)
Parallèlement, il y a un travail à faire sur les mots, dont il faut se méfier. Surtout des plus ordinaires. Il est rare qu’ils aient le même sens pour vous et pour moi. Qu’entendez-vous par « stratégie » ? Prendre des exemples permet de clarifier les choses.
Finalement, une fois que l’on a trouvé ce qui manque au dirigeant, il faut qu’il l’acquière rapidement. Il n’y a pas mieux que l’expérience. La théorie n’est pas efficace, il faut qu’il se fasse sa propre conviction. D’où question : comment accélérer le processus ?

Qu’est-ce que j’apporte ? Deux choses, d’après ce que l’on m’a dit. En premier lieu quelqu’un avec qui discuter. Ensuite une quantité d’exemples et leurs techniques associées. Ce que vous me dîtes me fait penser à telle mission, on a utilisé telle technique… 

dimanche 20 septembre 2015

Qui a écrit mon livre ?

Mon dernier livre. Voici une synthèse de ce que l'on m'a dit : 

Ce qui frappe : « addictif » !  « Passionnant, lu d’une traite » « D'habitude je peux laisser passer des jours avant de reprendre ma lecture, mais là, chaque paragraphe apporte un intérêt nouveau. » « fascinant », « dévoré », « scotché », « vrai plaisir de lire ».

Un lecteur me dit même qu'il a lu le livre trop vite, il aurait aimé qu'il soit plus long ! (Il l'a lu durant un voyage en avion.)

Ce qui plaît : 
  1. Culture éclectique « votre grande culture et surtout éclectique. » « Il y a une telle puissance dans la réflexion et dans la richesse des connaissances. » (Ce qui est passionnant :) « part dans tous les sens » « spectre culturel ». 
  2. Beau petit livre, qui donne l’impression que la lecture sera facile « C'est un ouvrage de grande qualité. » « Le format est pratique pour l’emmener partout. La division en chapitres courts avec des couleurs repères est également très utile. Bref j’adore il me suit partout. » « maquette super simple, donne l’impression que c’est super simple » 
  3. Le découpage « Structuration d’un sujet complexe par les commandements et le tableau de synthèse, excellent. » « La rédaction me parait très claire et accessible même si chaque paragraphe est un condensé. Le découpage des chapitres est également bien pensé notamment avec l’astuce d’éviter une liste de références en annexes que l’on ne lit pas… L’astuce des 10 commandements est également une excellente idée cela donne des repères et non une recette c’est donc anti énantiodromie… » 
Que retire-ton du livre ? Un plaisir de lecture. Et, cela suffit à la majorité. Mais, tout de même, pour me consoler ?, en mineur, l’envie de changer le monde… « Finalement il donne envie de mener le changement qui est l’essence de la vie, la seule loi fixe. » « Il me suit au quotidien comme un repère ! » Il peut donner, aussi, envie de m'imiter : écrire un livre amusant sur son combat. En fait, il semble qu’il soit perçu comme un livre de philosophie. Humanisme de l’entreprise ? Sans précédent ? Un moyen d’en faire la promotion ? « école de management », « bouquin sur la nature humaine dans l’entreprise », « philosophie dans l’entreprise ».

Auteur comblé mais surpris
Je suis, bien sûr, heureux de cette réception. Ecrire un livre est un travail extraordinairement ingrat, qui ne rapporte rien. Que l'ouvrage soit incompris est le comble de l'injustice. C'est perdre des années de sa vie pour rien. Car écrire un livre, à ma façon, cela prend des années. Mais ce qui me frappe surtout c'est le côté inattendu de ces réactions. D'autant qu'elles expriment un sentiment commun chez des gens très différents. Sans m'en rendre compte il semble que j'ai écrit un livre radicalement différent des précédents. Mais lequel ? Que m'est-il arrivé ? 

mercredi 16 septembre 2015

Le son de Christophe Faurie

Une émission, maintenant disparue, de France Culture demandait aux artistes branchés, ses invités, "d'apporter un son". C'est à dire de faire entendre un bruit qui les avait marqués. Cela peut sembler une idée de cultureux vain, mais je la trouve bonne : c'est par ce genre de détail que l'on révèle sa personnalité, me semble-t-il. Malheureusement, le peu que j'ai entendu ne trahissait pas grand chose, sinon un conformisme déprimant : les sons étaient consensuels (Rolling stones and co). 

Je me suis demandé ce que j'aurais répondu. Voici mon son : la fin du Retour de Martin Guerre. J'ai vu ce film il y a plus de trente ans, alors que j'étais en Angleterre. Souvenir flou. Mais ce qui compte est ce que j'en retiens. Moyen-âge. Un jeune mari s'engage dans l'armée. Des années plus tard, un homme revient (Depardieu), sa femme (Nathalie Baye) le reconnait. Le village est heureux. Pas pour longtemps, car le revenant se met à réclamer les terres qu'on lui a prises. Alors survient un misérable, qui prétend être Martin Guerre. Un procès s'ensuit. Au moment où tout semble gagné, Martin Guerre fait une erreur fatale. Il comprend qu'il est perdu. Et il a la présence d'esprit de disculper son épouse. Il sera pendu. Tarentelle. Pour moi la Tarentelle est à l'image de toutes les musiques populaires : un rythme diabolique, pied de nez au sort. Mais cette tarentelle est associée à autre chose. Il est dit en peu de mots que l'histoire a été racontée par celui qui a jugé l'affaire. Et que ce juge a été pendu pendant les guerres de religion. Cette extraordinaire histoire d'amour a ébranlé ses préjugés de classe, et il est mort pour ses idées. Voilà le type d'homme que j'ai toujours admiré : il n'est rien, il est broyé par le sort, mais il tient droit. 

mardi 1 septembre 2015

Comment les livres s'écrivent-ils ?

Vous croyez qu'un livre porte un message ? Qu'il est le résultat d'une longue réflexion, voire d'un projet machiavélique ? Faux. Un livre, c'est le hasard. Le comment et pas le pourquoi. Au mieux, l'inconscient est aux commandes. C'est un exemple de comment procède le changement. On pense que l'on doit faire quelque chose, mais on ne sait pas pourquoi. Voici, pour autant que je m'en souvienne, comment mon dernier livre est sorti de terre. 

Premier épisode. Appel d'Hervé Kabla. Une fois de plus, il est à l'origine d'un bouleversement de ma vie. Il a lu mes articles du JDN, il se demande si je ne voudrais pas écrire pour sa collection. Je ne sais pas dire non. Il se trouve que j'ai un livre en chantier. Un recueil de cas. Prise de contact avec Henri Kaufman, directeur de collection. On se rencontre, on sympathise. Mais, entre-temps, j'ai décidé de ne pas publier mon livre. Je veux pouvoir utiliser son contenu pour mes cours. Henri est déçu. Je lui promets, lâchement, de l'appeler lorsque j'aurai une autre idée. 

Mais cette rencontre m'influence. Depuis quelques temps, je réalise des interviews en vidéo, et je ne suis pas satisfait du résultat. La vidéo est un art à inventer. Or, Henri publie, chaque semaine, une "vidéo du succès". 7 questions en 7 minutes. C'est amusant à regarder, et pourtant instructif. Pourquoi ne ferais-je pas pareil me dis-je ? En y réfléchissant, je me rends compte que depuis longtemps mes formations au changement sont en dix points, justement. Les dix commandements ?

Autre hasard, il se trouve qu'un client m'a demandé une intervention originale. Comme souvent il me fait venir pour animer son séminaire de management annuel. Il pensait faire appel à un philosophe. Car cet événement est une occasion, d'ordinaire, de sortir l'organisation de ses préoccupations. Mais, cette fois, il aimerait bien, aussi, aborder le changement qui stresse l'entreprise. Si possible pour en éliminer les déchets toxiques. Alors, j'ai l'idée de faire un cours de systémique, avant d'arriver à ses conséquences pratiques, et à la façon de bien déployer un ERP, le nom du changement en cours... 

Ce n'est pas fini. Depuis que j'écris, je répète que le changement n'est pas une question de règles à suivre, mais d'erreurs à éviter. Or, il se trouve que c'est aussi l'idée de Nassim Taleb, l'auteur de Black Swan et d'Antifragile. Or, en creusant mes dix chapitres, je découvre qu'à l'origine de ces dix questions, il y a des interprétations fautives de dix concepts essentiels ! Étrangement, faire le contraire de ce que l'on pense donne des conseils hyper puissants pour bien faire. 

Je tire de tout cela une présentation en 4 transparents. Je la teste sur une association d'experts du lean. Ils sont médusés. Il se trouve aussi qu'alors je travaille avec la Fondation Condorcet de Francis Mer. Francis Mer vient de publier une note sur l'état du monde. J'ai l'idée d'en faire un "indignez-vous". J'en parle à Henri Kaufman. Mais, je ne peux pas lui présenter ce seul projet. Alors je lui propose de transformer mes transparents en un livre. Il est enthousiasmé ! Et me voilà devoir écrire un livre pour septembre (on est en avril). Où vais-je trouver le temps nécessaire ? 

Mais j'abandonne la Fondation Condorcet et Indignez-vous, et je tombe malade. Deux mois d'inactivité combinés à une surdité partielle, c'est idéal pour écrire. Ce qui pourrait bien avoir empiré le mal. Je rédige donc. Mais, comme je suis fatigué, et un peu groggy, les chapitres sont courts, et j'élimine une dernière partie d'application, lourdement didactique, comme j'en ai le secret. Résultat : un livre léger et qui s'adresse beaucoup moins à l'entreprise qu'à vous et moi, et aux problèmes qui nous pourrissent la vie. C'est peut-être un changement. Jusque-là mon style était anglo-saxon. Serait-il devenu français ? Je l'espère. 

mercredi 5 août 2015

J'ai pensé à tout... et pourtant ça ne marche pas... mon cinquième livre est paru !


Mon cinquième livre est sorti. Pour en savoir plus, cliquer ici.

Le fil conducteur du livre est le suivant. Pourquoi avons-nous le sentiment que plus rien ne marche ? Et ce qu'il s'agisse de notre vie, avec ses petits et ses grands tracas, de l'entreprise, de la nation, de l'évolution du monde... 

La réponse est dans notre tête. Les mots que nous utilisons (changement, avenir, être humain, diriger, etc.) sous-entendent leur mise en oeuvre. C'est cela qui nous fait échouer. Quand on pense faux, on agit mal. En adoptant une nouvelle interprétation, évidente a posteriori, d'une poignée de concepts, la vie ne semble plus la même...

J'en profite au passage pour remercier Henri Kaufman. Il dirige la collection qui m'édite. C'est un homme surprenant. A une heure où nous sommes tous devenus des bonnets de nuit, lui est resté étonnamment jeune. A soixante-dix ans. Il est d'une rare fantaisie, et pourtant d'un grand sérieux. C'est aussi quelqu'un qui a été enthousiasmé par mon projet, et, cela n'allait pas de soi, par le livre qui en a résulté. Enthousiasme que j'avais perdu. Cela m'a fait immensément de bien de le retrouver. 

(Et une pensée amicale pour Hervé Kabla, qui est à l'origine de la rencontre...)

vendredi 14 juin 2013

Le changement, ça s'apprend

Mon quatrième livre est sorti...

C'est le résultat de dix ans d'enseignement et de multiples révisions de supports de formation ou d'intervention, de présentations, de cas, d'exercices, et de la combinaison finale de tout ceci... Sa quatrième de couverture est fidèle à mes intentions - modestes, et extraordinairement ambitieuses. 
En trente ans, le monde s’est métamorphosé. Et nous, avons-nous changé ? « Le changement nous à pris à la gorge », selon l’expression de Churchill. Les causes de la crise sont là.
Nous devons « changer pour ne pas changer » dit ce livre. Nous devons saisir les occasions de faire triompher ce qui compte pour nous. Et changer n’est qu’une question de techniques. C’est du travail, pas un miracle. Le changement, ça s’apprend !
Très pédagogique, cet ouvrage est destiné au manager ou à l’étudiant. Il présente les fondamentaux de la conduite du changement, des outils pratiques et des conseils mais aussi de nombreux exercices d’application et des cas tirés de situations réelles.
(Acheter chez Studyrama ou Amazon...)

Pour en savoir plus...

DEUX PARTIES
  1. Une introduction aux grandes questions que soulève la conduite du changement : le sujet en bref, exercices de familiarisation et références d'approfondissement. 
  2. Cas d'application (réels).
GRANDS THÈMES
  • Comment préparer un changement ? En quelques questions. 
  • Qu’est-ce que le changement ? Définitions et conséquences. 
  • Psychologie et changement : deuil, injonction paradoxale, irrationalité et résistance au changement. 
  • De l'importance d'une pensée systémique pour bien aborder le changement. 
  • L’animation ou le contrôle du changement. 
  • L'anthropologie, science, par excellence, du changement. 
  • La communication dans le changement. 
  • Décoder une organisation : le paradoxe. 
  • Aborder un changement, et conseils pratiques. En particulier, rattraper un changement mal parti.

mercredi 11 avril 2012

Darwin et Lorenz en ont rêvé, la FSE l'a fait!

50, 17 et 2!
Tiercé gagnant? non bien mieux!

50 car c'est dans ma cinquantième année que je connais l'aboutissement d'une évolution d'espèce unique, l'expert.
17 c'est le nombre d'années d'observation de cette évolution
2 c'est le temps d'une métamorphose éphémère ou éternelle.

La semaine dernière se déroulait l'assemblée générale de la jeune Fédération des Sociétés d'Expertise (FSE) au cours de laquelle la charte RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) a été approuvée à l'unanimité, puis ratifiée par l'AG ordinaire.

Cette charte est née en mars 2010, d'une feuille de route simple : "les assureurs ont défini une charte du développement durable, comment devenir un interlocuteur utile de nos donneurs d'ordre sur ce sujet tendance?".

Après moins de deux ans de réflexion, conception, conviction, la charte est donc acceptée avec motivation par "les vieux sages du bureau".
Son originalité, un mélange de simplicité et de profondeur. Elle définit la place et le rôle de l'expert dans la Société et propose des axes pour conduire le changement (merci Christophe) et pour que l'expert puisse jouer ce rôle central unique avec l'ensemble de ses parties prenantes.

Même s'il a fallu une chercheuse universitaire, N. RAVIDAT, le spécialiste de la conduite du changement, C. FAURIE, et le pape des médias sociaux, H KABLA, pour convaincre les Anciens du bureau, leur évolution est remarquable à plus d'un titre :
- En premier lieu, depuis 17 ans, j'observe ces Anciens (m'sai africain) qui sont tous à la tête d'une organisation qui représente l'évolution d'une profession à l'origine libérale, respectée et libre.
Poussée par les assureurs, cette profession s'est structurée, hiérarchisée pour survivre au sens de DARWIN.
Ces individus solitaires se sont adaptés pour évoluer en organisations multi-métiers adaptées à leur nouvel environnement.
Paradoxalement, elle reste en danger!
- En second lieu, ces Anciens sont en fin de carrière - réussie - et ne semblent plus avoir grand chose à prouver, ni à craindre.
- Cependant, leur instinct qui a fait leur réussite, fonctionne toujours avec discernement, et ils sentent ce monde qui ne cesse de se modifier plus vite plus fort, et qui veut leur échapper...
Le projet de charte RSE comme un catalyseur diffus est venu titiller cet instinct animal endormi.
La démarche intellectuelle suivie par ces meneurs d'hommes en 2 ans est remarquable.
Ces Anciens sont passés du sourire condescendant devant ce sujet hochet : le développement durable, à une motivation, qui même contenue, mérite le respect.
Ils ont su voir "Le" projet qui permettra à la profession de répondre à ses défis pour prendre sa place centrale dans son écosystème.
Mais, à y regarder de près, quel intérêt avaient-ils à s'engager dans la démarche que propose une telle charte novatrice, qui impose de conduire le changement avec des parties prenantes aussi puissantes et malvoyantes que les assureurs?
La réponse reste à construire!
J'ose y discerner un message très fort à la génération qui suit :

Nous, les Anciens forts de notre riche expérience, avons pétri ce projet d'avenir. A vous jeunes générations de vous engager sur cette trajectoire. Devenez acteurs de la transformation de notre profession et responsables de notre avenir collectif.
Ce projet ambitieux propose donc, ni plus ni moins, de faire évoluer l'écosystème des experts basé sur le rapport défensif, brutal et destructeur entre capitalisme et éthique vers un modèle de coopération, d'échange, de partage d'intérêts, de co-conception qui s'inscrit dans la durée... comme tout écosystème naturel.

Alors, chapeau les Anciens!
Je ne connais pas d'espèce capable de ce genre de preuve d'amour filial, conscient...!
Je suis donc fier d'avoir vécu cette expérience unique.

Mais désormais le challenge est dans les mains de cette génération suivante. Sera-t-elle à la hauteur de ce projet unique et (ré) volutionnaire? 
« Le plus beau métier est d’unir les hommes » Antoine de St Exupéry

mardi 3 avril 2012

La dialectique de l’expert

Connaissez-vous le métier d’expert auprès des assurances ? Je vais vous l’expliquer en un cas, comme à Harvard. Vous y verrez qu’il n’a rien à envier au Juge Ti, selon Christophe FAURIE.

Tout commence par l’appel du service sinistre d’un assureur. L’entretien est bref. L’expert repose le combiné. Il relit ses notes. Il a tiré un dossier explosif.

Le dossier
Les parties prenantes du sinistre :
l'assuré : un sous traitant d'un fabriquant de produits pharmaceutiques étranger
le tiers : le laboratoire pharmaceutique
l'assureur à deux têtes : le siège et l'agent local
et l'expert en Responsabilité Civile

Le résultat de l'expertise initiale :
L’origine du sinistre est rapidement connue, acceptée et assumée : une contamination bactérienne sur un lot sur lequel le sous-traitant est intervenu
la relation contractuelle entre les deux partenaires étant clairement établie, la prestation définie, le prix convenu, la responsabilité du sous traitant est donc évidente.

Ça se complique
Reste la définition de l'indemnité à verser au tiers.

L'expert découvre un accord contractuel entre les deux partenaires. Il définit les modalités d'indemnisation en cas de litige. Cet accord a été respecté et le fabricant indemnisé. Pour ce dernier le dossier est clos.
L'expert indique que cet accord n'engage pas l'assureur du sous traitant et qu'il souhaite donc en connaître la teneur pour évaluer l'indemnité due.

Le fabricant ayant déjà été indemnisé et voulant protéger ses secrets de fabrication filtre ses informations à l'expert. Celui-ci doit calculer alors avec impartialité une indemnité sur la base des informations connues et de l’état de l’art du métier. Résultat : le sous-traitant serait remboursé du tiers de l’indemnisation qu’il a payée.

Et ça devient explosif
  • l'assuré (le sous traitant) est furieux et menace de ne plus livrer son donneur d’ordre.
  • l'agent d’assurance prend peur : le contrat vendu à son assuré (le sous traitant) était-il inadapté?
  • le fabriquant se braque : pas question de livrer les modalités de calcul de ses prix de revient
La dialectique de l’expert
Et voilà, on est revenu au début du cas : l’assureur appelle un nouvel expert pour démêler la pelote.
Le dit expert interroge les protagonistes de l’affaire. Voici ce qu’il apprend :
  1. L'agent redoute de perdre son client, et sa réputation. Il critique le premier expert.
  2. Le fabricant, première rencontre : êtes vous sûr d'être bien protégé par votre accord contractuel pour tout sinistre???
  3. L'assuré (le sous traitant) : je veux travailler avec le fabricant mais pas avec un accord inadapté.
  4. Le fabricant, deuxième rencontre. L’entreprise utilise un procédé très particulier qui consiste à travailler avec des souches bactériennes vivantes. Ce travail sur le vivant impose de la souplesse au mode de fonctionnement du fabricant.
Résultat :
L’expert réalise alors que le contrat auquel s’accroche le fabricant n’est pas dans son intérêt. Soit le sinistre porte sur des petites quantités, et l'accord contractuel est pénalisant pour le sous traitant et le fabricant peut être attaqué (enrichissement sans cause). Soit le sinistre est important, et le fabricant est très mal protégé.

Curieusement, on trouve alors une solution mutuellement satisfaisante.
Le fabricant renonce à son accord type, et accepte que l’indemnisation se fasse « à dire d'expert selon la réalité du sinistre » (c'est-à-dire en utilisant le calcul initial fait par l’expert). Ce faisant, il est soulagé de s’être tiré d’un contrat dangereux.
L'assuré est ravi, il peut reprendre sa collaboration sur des bases certaines et justes.
L'agent a pu démontrer à son client qu’il était efficace et son contrat adapté.
Le siège de l'assureur est soulagé d’avoir évité une crise.
Le premier expert est heureux que sa compétence ait été reconnue.

Et voilà, les mérites de la dialectique ont été à nouveau démontrés, se dit le second expert. N’est-ce pas comme cela que l’on construira un monde durable ?
Mais le dossier explosif menace l’expert, comme l’insecticide l’abeille… sa vie est une vigilance sans fin.

jeudi 11 février 2010

Christophe Faurie

Il y a quelques mois Thomas Blard a fait de moi une interview. Je ne me souvenais pas de ce que j'avais dit, l’entretien n’ayant pas été préparé, et moi ayant répondu sans beaucoup de réflexion aux questions posées, un peu surprenantes. Y avait-il un thème à ressortir de mes propos ? me suis-je demandé. J'ai donc regardé la vidéo de l'interview.

En fait, je n’en sais toujours rien. Je ne me suis pas vraiment écouté. J’étais tout au spectacle. C’est extraordinaire à quel point Thomas passe bien. On ne s’invente pas journaliste. Quant à moi, je me trouve beaucoup mieux que ce que j'attendais. Un peu savant nimbus, certes, mais s’il fallait refaire cet entretien, je ne suis pas sûr que je répondrais aussi bien. Suis-je le seul à en comprendre le sens ? Je finis par croire, comme le groupe Anvil, que dans certains cas on n'a de responsabilité que vis-à-vis de soi...


Trouble shooter par DECIDEURS TV