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samedi 25 janvier 2014

Maurice Godelier et Lévi-Strauss

Dédicace du livre que Maurice Godelier consacre à Claude Lévi-Strauss. Organisée par Eric Minnaert  (de qui Maurice Godelier attend le même service que celui qu’il a rendu à Claude Lévi-Strauss) et la librairie des Abbesses (que je découvre et recommande, au passage). Tous autour du maître, qui nous raconte son projet. Il n’aime pas Claude Lévi-Strauss, avec qui il a passé de longues années. Son travail porte sur l’œuvre, il en montre les forces et les « failles ». Ce n’est pas une critique, mais, selon moi, une réflexion sur ce qu’est un scientifique. Une leçon de vie. Claude Lévi-Strauss a fait un travail immense, surhumain ?, mais il n’a pas pu éviter certains écueils. Et c’est là que je vois la leçon. Prenons garde à ce que ce second aspect ne nous fasse pas oublier le premier. Et que l’apprenti scientifique s’engage dans la carrière avec l’humilité qu’il doit à un géant. 

Pour ma part, je n’ai pas trouvé le Lévi-Strauss que j’avais entraperçu. Don Quichotte et Rousseau. Un de nos plus grands écrivains. Et un homme à la poursuite d’un rêve insensé. Celui du bonheur premier, celui qu’aurait connu l’homme avant qu’il soit victime de la société. En fait, Maurice Godelier m’a réconcilié avec le Lévi-Strauss scientifique, pour l’œuvre de qui je n’avais pas suffisamment de considération.

Curieusement peut-être Maurice Godelier semblait moins intéressé de nous parler de ses travaux que de sa vie. Celle d’un jeune philosophe qui en arrive à l’anthropologie par des chemins intellectuels, et détournés. La rencontre avec les Papous et leurs missionnaires protestants. La vie du professeur et du gourou de l’anthropologie française, qui fréquente présidents de la République et politiques. Il est sans doute flatté de les côtoyer, mais leurs rites lui sont impénétrables.

Quant à moi, cela m’a permis d’observer les anthropologues dans leur habitat. Leurs lois de la parenté différent, je crois, de celles du reste de la société. En particulier, en termes de prohibitions. On y vit en vase clos, avec ses élèves et ses petits élèves. Et on s’y marrie entre soi. Peut-être est-ce comme cela dans les sociétés organisées par le principe du charisme ?

lundi 14 janvier 2013

Changement : une étude de marché

Depuis mon dernier livre, j’ai creusé la question du changement, en allant au-delà de la technique et en regardant les changements qui modèlent notre histoire, et la conception qu’en avaient les différentes civilisations. J’ai découvert que le changement, au sens de ma définition, était une problématique centrale à la fois de la pensée humaine et de la science. Maurice Godelier en fait même le propre de notre espèce (modifier les règles qui gouvernent nos comportements collectifs).

J’espérais ainsi avoir des arguments pour convaincre la France de se pencher sur le sujet. Mais j’ai surtout compris qu’il y avait chez nous un blocage vis-à-vis de tout ce qui concerne l’entreprise. Et surtout qu'un groupe influent proche de l'ancien gouvernement avait conçu « changement » comme une application littérale des méthodes Thatcher. Or, leur rôle est de détruire « l’ennemi » (conçu comme forces rétrogrades, malheureusement nous sommes tous « rétrogrades » par certains côtés). Pas de régénérer la société.

Bref, changement à une connotation effroyable ! Et ma vision humaniste (mais scientifique) de la question n’a pas de marché en France. (Ou un marché étroit.)

mardi 8 novembre 2011

Au fondement des sociétés humaines

Livre de Maurice Godelier, Flammarion 2010.

« Les hommes produisent de la société pour vivre. » Qu’est-ce qu’une société ? « des rapports sociaux (qui) ne sont ni les rapports de parenté, ni les rapports économiques, mais ceux qu’en Occident on qualifie de politico-religieux ».

Ce sont eux qui font de l’individu, masse de cellules, un homme. « Ce que (les parents) fabriquent ensemble, ce sont des fœtus que des agents plus puissants que les humains, des ancêtres, des dieux, Dieu transforment en enfant en les dotant d’un souffle et d’une ou plusieurs âmes. »

Et, l’homme est instrumentalisé pour la reproduction de la société. « Un être qui doit produire de la société pour continuer à vivre nécessite pour toute société de subordonner la sexualité aux conditions de sa production et de sa reproduction. »

Pour respecter les rapports sociaux, il a besoin de représentations (mythe). Ces explications, curieusement, lui masquent la réalité.

L’originalité de l’Occident et de sa science aurait-il été « la liberté de prendre distance par rapport aux principes et aux valeurs de sa propre société » ? (Désenchantement du monde de Max Weber ?)

mardi 20 septembre 2011

Le propre de l’homme : le changement

L’homme n’est pas qu’un animal politique (ou social). Sa particularité est de pouvoir modifier les règles qui guident son comportement collectif, dit Maurice Godelier.

Le propre de l’homme serait-il le changement, au sens où l’entend ce blog ?

GODELIER, Maurice, Au fondement des sociétés humaines, Albin Michel, 2007.