Affichage des articles dont le libellé est Weber. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Weber. Afficher tous les articles

jeudi 30 janvier 2014

Entreprise : les secrets du succès ?

Une étude statistique, dont je viens de retrouver la trace dans mes notes, semble montrer que le succès de l’entreprise est fortement corrélé à deux caractéristiques :
  • Une vision optimiste de l’avenir.
  • Une vision pessimiste du présent, comme étant incontrôlable. 
Cette analyse, qui ressemble aux conclusions que tire Martin Seligman de ses travaux sur l'homme, revient, selon moi, à celle d’Edgar Schein qui montre que les forces qui entrent en jeu dans le changement sont :
  • L’anxiété d’apprentissage : la peur de l’obstacle (vision pessimiste de l’avenir), qui doit être abaissée. 
  • L’anxiété de survie : l’énergie nécessaire au changement (vision pessimiste du présent), qui doit être maintenue élevée. 
(SUTCLIFFE, Kathleen M., WEBER, Klaus, The High Cost of Accurate Knowledge, Harvard Business Review, mai 2003.)

lundi 6 janvier 2014

68, réaction contre la rationalisation du monde ?

En lisant le livre de Dirk Kaesler (billet précédent), je me suis demandé si l’ère de la planification, les trente glorieuses, n’a pas été l’aboutissement du mouvement de rationalisation décrit par Max Weber. Le monde entier s’est mis à poursuivre un objectif. Et nous avons été instrumentalisés pour permettre son atteinte. Je me suis posé une double question :
  • 68 n’a-t-il pas été une réaction, naturelle, contre un mouvement qui était en passe d’aliéner nos libertés ?
  • Comme le dit Max Weber, le capitalisme n'a-t-il pas aussi été menacé par la bureaucratisation ? N'a-t-il pas réagi pour s'en débarrasser ? Mais, ce faisant, il s'est rabattu sur une de ses composantes (mineures ?), le "marché". Cette composante a pour caractéristique d'être, comme 68, libertaire. Hasard ? Mais le marché, c'est la négation de l'Etat et de la confiance. Or, sans eux, pas de capitalisme. 
Prochaine étape ?  Cela ressemble à la dialectique de Hegel. Les constituants du dispositif entrent en contradiction les uns avec les autres. Il se régénère en la transcendant. Plus de capitalisme ou un capitalisme rénové ? Nous ne sommes guère avancés... 

Max Weber

Sa vie, son œuvre, son influence. Par Dirk Kaesler, Fayard, 1996.

Max Weber est parfois facilement compréhensible (par moi), d’autres fois moins. J’espérais que ce livre m’éclairerait. Echec, au moins partiel. Ce travail semble issu d’un cours. Il réserve relativement peu de place à chaque sujet. Et il fait d’amples citations de Max Weber. De ce fait, il utilise des formulations mystérieuses sans en donner une définition précise. On y parle de « médiation », « d’intersubjectivité », de « compte de capital », « d’ensemble significatif », on y trouve des phrases telles que « (…) individus humains, car seuls ceux-ci sont pour nous des agents compréhensibles d’actions orientées de façon significative ». Ce qui est rassurant, malgré tout, est que les propos de Weber n’aient pas été très bien compris par ses contemporains (« nombreux malentendus et réductions »).

Qu’ai-je cru lire ? D'abord que Max Weber eut des accès de dépression (fut-il écrasé par l'ambition de ses recherches ?). Et que sa notoriété est relativement récente. Elle est en partie due à Raymond Aron. Et ensuite :

La rationalisation

Son sujet est la rationalisation, dont une conséquence est le capitalisme. Pourquoi le monde occidental s'est-il mis à poursuivre des objectifs, alors que jusque-là l'espèce humaine respectait des traditions ? Pour cela, il cherche des phénomènes qui se seraient produits en Occident, de notre temps, et pas ailleurs ou plus tôt. Parmi ceux-ci, il y a la ville, la constitution d'une bourgeoisie solidaire, un cadre législatif produit par une bureaucratie, l'éthique du protestantisme, qui affirme qu'il faut produire pour produire (c'est une forme d'ascétisme) et qui fait de la profession une vocation, le signe de l'élection de l'individu par Dieu. « Le gain est devenu le but de la vie. » Ces phénomènes et ces idées ont eu des conséquences qui les ont dépassés, et qui peuvent même les anéantir. Weber se demandait d'ailleurs si le capitalisme ne pourrait pas être étouffé par la bureaucratie, de même que son ancêtre grec l'avait été par la politique.

La sociologie

Au fond, chaque culture semble avoir sa forme de rationalité. Pour l'Occident, c'est l'exploitation systématique (rationnelle) du monde. Pour la Chine ancienne, c'est la recherche rationnelle d'un accord avec lui. En Inde, il semblerait qu'aussi bien les castes que le Bouddhisme résultent du désir d'une classe dominante de maintenir un statu quo qui lui est favorable. Et ainsi de suite.
Ce type de remarque permet peut-être de comprendre quel a été l'objectif que Weber a donné à la sociologie, science dont il est un des fondateurs. La sociologie doit nous permettre de comprendre un fait social. Pour ce faire, il s'agit de trouver une explication significativement et causalement adéquate. Elle doit nous parler (significativement) et être corrélée (causalement) avec le phénomène à comprendre. Sa méthode de travail, illustrée par la célèbre technique de « l’idéal type », consiste à approximer un comportement collectif (fait social) par une modélisation qui fait l’hypothèse que le dit comportement est le résultat d’une volonté. Exemple ? Tout se passe comme si l'Occident voulait exploiter systématiquement le monde (planète et êtres vivants).

L'action sociale

L 'objet de la sociologie de Weber est l'action sociale. Si je comprends bien, il s'agit d'une action humaine qui a pour but (intention attribuée par un observateur) d'influencer le comportement d'un autre individu. Un thème apparemment important est la « domination ». Pourquoi obéit-on ?
La sociologie de Weber semble avoir pour principe l'action individuelle, une action intentionnelle, au moins parce qu'elle semble l'être. Et ce parce que ça serait la seule que l'on pourrait comprendre (!?).

Un combat

Weber s’est battu pour une sociologie, scientifique, qui ne soit pas influencée par l’idéologie du chercheur. Tout en reconnaissant l’importance des valeurs qui sont propres à chacun d’entre-nous. Ce sont elles qui donnent un sens à un monde qui n’en aurait pas sinon. Ce sont elles qui indiquent à la science les problèmes à étudier, parce qu'ils nous intéressent. Et ce sont elles qui disent quelles conclusions, en termes d’action, il faut tirer d’un résultat scientifique.

Prédiction auto réalisatrice ?

Une remarque personnelle. Weber n'aurait-il pas été victime de ce qu'il dénonce chez les autres ? Ne construit-il pas ses travaux sur l'hypothèse de la rationalité, c'est à dire d'un monde dont le principe est la lutte de l'homme contre l'homme ? Or, la société et l'homme pourraient très bien être mus par des forces sociales, qui ne sont pas plus incompréhensibles que les forces naturelles. N'est-ce pas parce que Weber suppose l'homme rationnel, qu'il voit de la rationalité partout ? Mieux, peut-on qualifier de sociologue un homme qui ne voit pas plus loin que l'individu ?

Quelques citations

L'une qui semble parler de la classe des affaires moderne : « spécialiste sans esprit, jouisseur sans cœur : ce néant se figure avoir gravi un degré d'humanité jamais atteint auparavant » ; et l'autre que la dite classe semble avoir oubliée « la confiance, c'est à dire la base de tout rapport d'affaires ».

mercredi 1 janvier 2014

Gravity, le film de l'année ?

Hier matin j'entendais France Culture commenter les hausses d'impôts de début d'année. Nombreuses, incohérentes et contreproductives. Consternant.

Explication ? Max Weber parle de deux éthiques. L'éthique de conviction, c'est suivre de nobles principes. L'éthique de responsabilité, généralement attribuée au politique, la fin prime tout. Je me demande si notre gouvernement n'obéit pas à l'éthique de conviction. Il est incapable de prévoir les conséquences pratiques de ses décisions. Gouvernement d'illuminés ? Tentera-t-il de revenir sur terre en 2014 ?

(C'est mal parti ? Plutôt que d'apprendre à conduire l'auto, les membres du gouvernement semblent se battre pour prendre le volant...)

mardi 15 octobre 2013

L'informatique, moyen d'exploitation de l'homme par l'homme ?

« Vous pouvez voir partout que nous sommes à l’âge de l’ordinateur, sauf dans les statistiques. » dit Robert Solow, le prix Nobel d’économie qui a étudié la croissance économique et ses causes. L'informatique ne participe pas à la croissance. Mais The Economist dépasse Solow. Internet a remplacé l’emploi traditionnel par un emploi précaire, peu productif. « Les auto-entrepreneurs (40% de la création d’emploi en Angleterre) travaillent plus longtemps – 6 % de plus que les employés – mais leurs revenus horaires moyens sont moins de la moitié de ceux des employés. » Crime capital pour The Economist. Internet conduit à une baisse de productivité. C'est une anti innovation. C'est anti capitaliste.

Et si l'informatique n'avait été qu'un moyen de modifier le rapport de force au sein de la société, afin de transférer de l'argent d'une partie de la population à une autre ? Et si c'était pour cela que la société a la forme d'un sablier ? Pas de place pour la classe moyenne. Le nouveau monde n'accepte que ceux qui dirigent et ceux qui exécutent ?

Il y a une autre façon de lire cette constatation. Le marché ne correspond pas à une organisation efficace du travail collectif. L'efficacité économique demande une organisation bureaucratique. C'est ce que pensait Max Weber, qui voyait la « bureaucratie » comme l'aboutissement de la rationalité économique.

jeudi 1 août 2013

Y aurait-il deux rationalités?

En relisant des notes, je tombe sur une curieuse histoire. Au début, un dirigeant veut transformer une société. Ses collaborateurs s'opposent à son projet. Ils avancent des arguments très cohérents pour justifier leur point de vue. Le changement réussit. Tout le monde est maintenant pour. Mais personne n'a le sentiment d'avoir perdu la face. Ce qui est un phénomène que j'ai souvent rencontré. Je me demande si ce paradoxe ne s'explique pas par deux types de raisonnement.
  • Le faux raisonnement. C'est en fait une rationalisation. Avant l'arrivée du dirigeant, l'entreprise était paralysée, subissant restructuration sur restructuration. Elle avait inventé une raison pour son impuissance : les pays émergents allaient faire disparaître son marché. Il n'y avait rien à faire. Son raisonnement semblait étayé. Mais ne tenait pas à l'analyse. Le faux raisonnement justifie le statu quo. Mais c'est aussi un aveu de faiblesse et un appel à l'aide.
  • Le vrai raisonnement. Il fonctionne à l'envers du faux. Il part d'une intuition, et il la justifie par la raison. C'est d'ailleurs comme cela que fonctionnent les mathématiques. Elles ne vont pas en ligne droite vers la seule bonne solution. Elles ont l'intuition de cette solution, et la démontrent à reculons. On retrouve là la différence que Weber fait entre le savant et le politique. Le politique a l'intuition, et le savant lui dit comment la réaliser. 
Cela reflète probablement le fonctionnement du cerveau. Sa partie primitive, irrationnelle, est celle de l'intuition. Sa partie plus récente est celle de la justification.

mercredi 28 novembre 2012

Sauvetage à la grecque

La Grèce ne peut pas payer ses dettes. Mais l’Europe veut qu’elle le fasse. Alors elle en modifie les termes, ce qui les allège de 20% du PIB grec (au nez et à la barbe du contribuable européen ?), et repousse de possibles nouvelles difficultés au-delà des élections allemandes. L’art du politique est l’impossible. Max Weber aurait parlé d’éthique de la responsabilité.
Le Grec a-t-il jamais eu les moyens de ses ambitions ?

vendredi 2 novembre 2012

Pour qui voter : Obama ou Romney ?

Dans quelques jours l’Amérique vote. Quel est le bon choix, dirait VGE ?
Obama, c’est la continuité. Un président froid, hautain, méprisant, dont les belles intentions ont lâché à la première escarmouche. Et qui a jugé indigne de lui de se salir pour les défendre.
Quant au programme de Romney, c’est le retour, sans complexe, à Thatcher et Reagan. En mieux. Si le libéralisme a connu la crise, c’est parce qu’il n’a pas été assez loin.
Mais ce n’est qu’un programme. Car « la fin justifie les moyens » définit Romney. Toute sa carrière d’investisseur, que l’honnêteté n’étouffe pas, puis de candidat président, qui renie son passé de gouverneur, le répète. Est-ce pour cela qu’il se préoccupe peu de connaître ses dossiers ? Le moyen étant secondaire, son étude l’est aussi ?
Mais quelle fin poursuit-il ? Son intellect apparemment approximatif lui fera-t-il prendre des décisions dangereuses pour la planète ? Romney, c’est l’incertitude.
Pourtant, il a un atout. Le grand problème actuel de l’Amérique, c’est la paralysie de son système politique. Démocrates et Républicains se haïssent. Or sans accord, il y a Armageddon fiscal. Et si le pragmatique Romney pouvait amener son camp, celui des faucons, à transiger ?
Mais, cela est-il dans notre intérêt ? Ne serait-il pas bon pour notre santé que l’Amérique et ses idéologies prennent un bouillon ?
Comme le dit Max Weber (Le savant et le politique), la science est incapable de nous dicter nos décisions (mais elle peut dire comment les réaliser). L’avenir est imprévisible. Il appartient à ceux qui ont un projet. L’art du politique est l’éthique de la responsabilité, qui justifie le moyen par la fin (Romney), plus que l’éthique de la conviction, l’éthique des valeurs (Obama). 

mercredi 29 février 2012

Pour que l’individualisme ne soit pas un parasitisme

Si ce blog a fait changer quelque-chose chez moi, c’est ma vision de l’individualisme.

Jusque-là je l’assimilais à un égoïsme destructeur de la société. Le mal ne peut pas faire le bien, contrairement à ce que dit Adam Smith.

Ce qui m’a amené à m’intéresser à la sociologie, la science des sociétés ; et à découvrir que sa terre natale était l’Allemagne du 19 et du début du 20ème siècle ; et à constater que j’étais proche de la vision de ses intellectuels, qui contrastaient « culture » (dimension sociale dominante) et « civilisation » (individu laissé à ses vices).

Mon  travail sur la RSE me fait voir les choses, et la pensée de Hayek, d’une nouvelle façon :
  • Pour que l’individu puisse être libre sans être un danger public, il doit être « responsable ». Cette responsabilité a un sens concret : c’est l’éthique, comportement fidèle aux prescriptions de valeurs partagées par l’humanité.
  • C’est ce que n’a pas compris Hayek. Confronté à la menace du totalitarisme d’État, il a voulu en revenir à l’individualisme honnête des origines. Il pensait y parvenir par quelques règles explicites. Mais il avait mal lu Max Weber : ce qui a fait le capitalisme digne, c’est le protestantisme, une doctrine sociale, une culture, non l’abjection ramenée au primaire.
Que faire ? Être libre en suivant des règles n’est pas un paradoxe, si l’individu est venu de lui-même à ces règles. Par conséquent, nous avons besoin d’un débat pour savoir à quelles valeurs nous désirons adhérer. En ce sens N.Sarkozy a probablement raison. Par contre, il se trompe lorsqu’il pense que nos valeurs sont néoconservatrices. Le néoconservatisme a certainement une place dans la société française mais pas comme principe fondateur.

Compléments :
  • HAYEK (von) Friedrich A., The Road to Serfdom, University of Chicago Press, 1994.
  • WEBER, Max, L'Ethique protestante et l'esprit du capitalisme, Pocket, 1989.

mercredi 9 novembre 2011

La défaite des instituteurs

Pourquoi la nation moderne, à qui l’instituteur a formé l’esprit, n’a pas conservé ses valeurs ?

Cela met-il en défaut la théorie d’Edgar Schein, qui dit que l’on retrouve dans la culture de l’entreprise, la pensée de ses fondateurs (ou plutôt l’interprétation qui a été faite de cette pensée) ?

Comme souvent, leur action a eu des effets imprévus. La science qui devait libérer l’esprit a fait triompher une « société d’abondance ». La victoire du matérialisme a endormi l’esprit. Mais la victoire a-t-elle été totale ou les valeurs initiales ne demandent-elles qu'à se réveiller ?

Compléments :
  • SCHEIN, Edgar H., Organizational Culture and Leadership, Jossey-Bass, 2004.
  • Cela ressemble à l’histoire du protestantisme et du capitalisme. WEBER, Max, L'Ethique protestante et l'esprit du capitalisme, Pocket, 1989.

mardi 8 novembre 2011

Au fondement des sociétés humaines

Livre de Maurice Godelier, Flammarion 2010.

« Les hommes produisent de la société pour vivre. » Qu’est-ce qu’une société ? « des rapports sociaux (qui) ne sont ni les rapports de parenté, ni les rapports économiques, mais ceux qu’en Occident on qualifie de politico-religieux ».

Ce sont eux qui font de l’individu, masse de cellules, un homme. « Ce que (les parents) fabriquent ensemble, ce sont des fœtus que des agents plus puissants que les humains, des ancêtres, des dieux, Dieu transforment en enfant en les dotant d’un souffle et d’une ou plusieurs âmes. »

Et, l’homme est instrumentalisé pour la reproduction de la société. « Un être qui doit produire de la société pour continuer à vivre nécessite pour toute société de subordonner la sexualité aux conditions de sa production et de sa reproduction. »

Pour respecter les rapports sociaux, il a besoin de représentations (mythe). Ces explications, curieusement, lui masquent la réalité.

L’originalité de l’Occident et de sa science aurait-il été « la liberté de prendre distance par rapport aux principes et aux valeurs de sa propre société » ? (Désenchantement du monde de Max Weber ?)

samedi 6 novembre 2010

Chine et christianisme

Reportage de la BBC : le protestantisme serait bienvenu en Chine. (Du moins tant qu’il accepte l’organisation actuelle du pays).

Il semblerait que les dirigeants chinois aient lu Max Weber et pensent que le protestantisme est bon pour le capitalisme. En particulier le Chrétien serait responsable. 

dimanche 5 septembre 2010

Amérique fondamentaliste

L’Amérique est une anomalie : seul pays riche ultrareligieux. (Religious Outlier.)  Tentatives d’explication :
  • Bronislaw Malinovski. Sa théorie : le rôle de la religion est d’aider l’homme à faire des choix qui correspondent aux intérêts de la société. Contrairement aux autres pays « développés » l’Amérique est ultra-individualiste. En Europe, au Japon… l’homme est encadré de près par les lois explicites de la société, pris en charge par elle. Pas aux USA.
  • Max Weber. Le fondement du capitalisme c’est le protestantisme. L’essence du modèle américain est religieux ? Sans religion l’individualisme ambiant disloque l’édifice ? (WEBER, Max, L'Ethique protestante et l'esprit du capitalisme, Pocket, 1989.)
  • Un billet récent observe que l’homme a commencé à penser que le monde était rationnel, à partir du moment où il a construit une société qui lui a permis d’éliminer l’incertitude de sa vie. Jusque-là ses religions lui disaient qu’il ne fallait pas en demander trop au monde. Le faible niveau de structure sociale américain introduit-il une haute dose d’imprévisibilité dans l’existence individuelle, qui a besoin d’aide pour supporter son sort ? 

vendredi 21 mai 2010

Erreurs de Galbraith

Galbraith s’étonnait, dans les années 50, que l’économie soit restée la « dismal science » du 19ème siècle : le monde n’avait-il pas trouvé le secret de l’opulence ? Or la science économique qu’il condamnait est celle que nous utilisons aujourd’hui. Et elle semble avoir eu les conséquences prévues.

Je me demande s’il ne commettait pas une erreur. Cette science économique n’était pas une tentative scientifique, mais la rationalisation de l’humeur individualiste du moment. C’était une tentative, qui a réussi, d’influencer les « codes de loi » implicites qui guident notre comportement.

Si j’en crois Max Weber, le rôle du savant est non d’entrer dans le débat idéologique (comme le font Paul Krugman et la plupart des économistes), mais d’indiquer ce que l’idéologie a d’objectivement inefficace. Cependant, la science aurait-elle pu s’opposer à la transformation désirée par tous ? Peut-être aurait-elle dû l’orienter, de façon à en réduire les effets négatifs ?

Compléments :
  • Sur le mécanisme de changement de la société qui fait que nous modifions ce que nous croyons avant de transformer notre comportement : Norbert Elias.

vendredi 14 mai 2010

Qu’est-ce qu’un expert ?

Je suis entouré de gens que je qualifie « d’experts », et ce pour une particularité de leur comportement : ils « savent », ils émettent mais ne reçoivent pas. C’est au monde de s’adapter à leurs idées, pas l’inverse. Surtout, ils ne peuvent faire quelque chose que dans un ordre donné, et ne peuvent concevoir qu’on le fasse autrement.

Ce qui m’a fait penser à une modélisation de Max Weber, qui appelle ce type de comportement « ritualiste », et à ce que disaient les anciens Chinois : « celui qui ne connaît pas les rites est un barbare ». Pour l’expert, celui qui ne connaît pas le rite, effectivement, ne mérite pas de vivre.

L’inverse du ritualisme est la rationalité. Être rationnel est poursuivre une fin (le rite étant la glorification du moyen, dont on ne connaît pas la fin).

Une classification de Robert Merton identifie deux types de rationalités. La rationalité innovante, pour laquelle la fin justifie le moyen (arriver à l’heure à un rendez-vous autorise à rouler en sens interdit), et la rationalité conforme, qui sait atteindre un objectif en respectant les règles acceptées (les rites). 

vendredi 19 février 2010

Impasse européenne ?

Le fonctionnement de l’Europe ne semble pas être inspiré par la rigueur : les entorses grecques sont connues depuis longtemps, mais personne n’a sévi, car chacun à quelque chose à cacher. Conclusion :

C'est le péché originel de l'UE et de la zone euro : un système de confiance mutuelle, sans garde-fou, sans instances de surveillance, sans l'autorité d'arbitre dont bénéficie le Fonds monétaire international (FMI) pour remettre au carré la comptabilité des pays.
Mais les Européens accepteraient-ils de se doter d'une telle instance qui vienne se mêler de leurs affaires statistiques ? L'interventionnisme n'est pas tout à fait du goût de cette vieille maison, l'Union européenne, où l'on aime tant les petits arrangements entre amis.

Curieusement, il semblerait que l’Allemagne soit loin d’être au dessus de tout soupçon. Elle dissimulerait un système financier malsain ; le probable futur président de la BCE serait en partie coupable de ce triste état de faits, mais il aurait l’intention d’imposer à la zone euro la rigueur dont il n'a pas été capable dans ses affaires - pour le plus grand dommage de celle-ci :

More broadly, Germany and Mr. Weber have been central in building a version of the Bretton Woods fixed exchange rate system within Europe. The entire burden of adjustment is placed on deficit countries (talk to Greece); it is considered beyond the pale to even suggest that German fiscal policy may be too tight, that Germany needs to expand domestic demand, or – heaven forbid – that Germany’s intention to export its way back to growth (with a current account surplus, in their view) is not exactly a model of enlightened economic leadership.
On top of this, and unlike Bretton Woods, there is no mechanism for adjusting exchange rates within the currency union. Given what we have learned in the past two years, is this still such a bright idea?

Nos dirigeants semblent pris dans leurs contradictions. Peuvent-ils s’en sortir ? Et, nous, que devons-nous faire ? Cultiver notre jardin ?

vendredi 10 juillet 2009

Mécanique d’Obama

Un article d’un Jeffrey Sachs quelque peu inquiet explique que l’action de B.Obama obéit à des constantes :
  1. Laisser-faire pré paramétré. Il suffit de donner au marché les bons coûts pour que de lui-même il s’occupe de nos affaires (cf. marché des droits à polluer).
  2. Laisser-faire démocratique. Le congrès met au point un plan environnemental sans contrôle, ce qui aboutit à un fouillis inapplicable.
Or, le marché seul ne financera jamais les innovations nécessaires à la transformation de l’industrie mondiale ; et le changement, au congrès comme ailleurs, demande une « animation » de la part du gouvernement. L’administration Obama doit comprendre l’importance urgente de la planification. 

Weber aurait dit que M.Obama, contrairement à l’homme politique ordinaire, obéit à l’éthique des valeurs (Obama est plus un idéaliste qu’un politique), et qu’il doit apprendre l’éthique de la responsabilité.

Compléments :

mercredi 6 mai 2009

Droits de la femme et poudrière afghane

Atonio Giustozz parle des Talibans :
En 1998, les Talibans étaient à deux doigts d'expulser les "Arabes" d'Afghanistan. Mais autour de 2000-2001, leurs relations se resserrent. Que s'est-il passé ? Cette radicalisation peut s'expliquer par l'échec de leur tentative pour s'ouvrir au monde. Les Talibans avaient fait des gestes. Ils avaient, par exemple, interdit la culture de l'opium. Ils pensaient que la stabilité retrouvée de l'Afghanistan sous leur égide, ajoutée à la prohibition de l'opium, les rendraient acceptables aux yeux des Américains. Ils se sont trompés. Ils ont négligé un point fondamental : les droits des femmes. Ils n'imaginaient pas que l'Occident en ferait une affaire importante, justifiant des sanctions. Cet échec a discrédité les modérés, conforté les radicaux. Ben Laden a bien profité de cette tentative avortée d'ouverture.
Cette citation me remémore 2 choses:
  1. La déclaration d’un expert américain (Obama et l’Afghanistan) selon laquelle Barak Obama faisait une erreur fatale en mettant au centre de sa politique afghane les droits de la femme. C'était incompatible avec l'organisation sociale de l'Afghanistan.
  2. Max Weber et sa distinction entre éthique de valeurs et éthique de responsabilité. La première insiste sur le moyen, et se désintéresse des conséquences. L’autre fait l’inverse. Selon Weber, c’est l’éthique du politique. Obama, lui, semble plutôt un homme de valeurs.

dimanche 19 avril 2009

Le savant et le politique de Max Weber

Le savant et le politique : une nouvelle traduction - Max WEBERUn livre court et facile à lire, ce qui n’est pas la caractéristique de l’œuvre de Weber (question de traduction ?). Surtout, c’est une plongée inattendue dans des idées oubliées, grâce auxquelles l’histoire européenne prend un sens.

L’esprit du temps
On y entraperçoit l’Allemagne du début du 20ème siècle, une Allemagne romantique, convaincue de son destin tragique. L’angoisse existentielle la parcourt, une angoisse de fin de millénaire : plus de certitudes, « désenchantement du monde ». On a compris que ni la science ni la religion ne peuvent montrer le sens de la vie. En parallèle on assiste à la montée irrésistible d’une bureaucratie déshumanisée de fonctionnaires rationalistes.
Mais la « jeunesse » pense avoir trouvé la réelle source de certitude. C’est dans la vie, dans l'être, qu'est la vérité (non dans les idées). Elle croit qu’elle va la découvrir par une « expérience vécue », une expérience exceptionnelle vécue en « communauté » sous la direction d’un chef visionnaire et providentiel. On demande au professeur d’être ce chef.
Weber n’est pas d’accord. C’est à chacun de chercher son dieu, sa vocation. Au mieux la communauté se transformera en secte. Mais il ne se distingue de la jeunesse que dans la nuance. Il pense que, au moins, quelques-uns ont reçu un destin, un don, une « vocation », qu’ils doivent assumer. En particulier le « chef », figure centrale du livre, possède charisme et vision dont a besoin la bureaucratie pour trouver une âme.

(Surprenant. N’a-t-on pas dans les thèses de la jeunesse celles du nazisme ? La guerre n’aurait-elle pas été « l’expérience vécue » par la communauté dirigée par un chef visionnaire, dans laquelle chacun devait découvrir la vérité ultime ? N’est-ce pas aussi une explication des thèses d’Heidegger, qui demande à la philosophie de chercher sa vérité dans l’expérience humaine ? Mais, il me semble parler d’expérience individuelle.)

Nationalisme
La traductrice soulève un autre problème fondamental pour l’histoire des idées. Celui du nationalisme.
Pour Weber, les grandes nations ne peuvent être que des bureaucraties, elles sont trop grosses pour être des démocraties. Par contre, c’est de l’affrontement de leurs cultures que naîtra la culture mondiale. Elles ont donc l’écrasante responsabilité de défendre au mieux leurs valeurs.

(Bizarrement, on retrouve cette théorie chez de Gaulle, ce qui laisse penser qu’elle était largement partagée.
La guerre aurait-elle été vue comme une sorte de jugement de Dieu, devant créer la culture mondiale, à partir des cultures les plus valeureuses, comme dans la mythologie germanique ? Cette civilisation avait un ennemi : le monde slave. Le texte ne dit pas pourquoi.)

Le scientifique et le politique
Le thème du livre, brièvement.
  1. La science fournit des solutions à des problèmes bien posés, elle parle de moyens, pas de fins. C’est à l’homme de trouver ce qui doit le guider. Une fois qu’il l’aura trouvé, la science lui dira comment l’atteindre.
  2. La question du politique c’est l’Etat, qui est un « groupement de domination », qui a « le monopole de la violence ». D’où le problème éthique du politique : son moyen d’action est la violence. Deux modèles possibles : une démocratie avec chef ou sans chef. La première est inspirée par un dirigeant « charismatique », la seconde est purement mécanique. Pour être un « chef » (donc un homme politique), il faut avoir de la volonté, savoir parler au peuple, posséder une « cause », et le sens des responsabilités par rapport à cette cause, mais aussi une capacité de recul et de prise de décision judicieuse. Il faut aussi combiner éthique de la conviction, l’éthique des valeurs, qui pave l’enfer de bonnes intentions, et éthique de la responsabilité, qui est naturelle au politique et qui justifie le moyen par la fin. Enfin, le « chef », le « héros », doit pouvoir « supporter l’échec de toutes les espérances ».
Comment voyait-il l’avenir, en 1918 ? « d’abord une nuit polaire »…

Max Weber, Le savant et le politique, La Découverte, 2003.

Compléments :

lundi 16 mars 2009

Changement : textes de référence

On me demande des références sur le sujet du changement, pour une thèse. Quelques idées reflétant l’état actuel de mes connaissances.

Tout d'abord la recherche anglo-saxonne, telle qu'on l'enseigne en MBA :

  • la science des organisations utilisée par le consultant anglo-saxon descend directement du management scientifique de Taylor.
  • courant issu des sciences humaines, illustré par John Kotter (Leading change).
  • une tendance minoritaire provient de la systémique, tendance ingénieur, travaux de Jay Forrester régénérés par Peter Senge (The 5th discipline).
  • On parle aussi de la théorie de la complexité, une redécouverte de la sociologie par les sciences dures. Institut de Santa Fé.

En plus solide :

  • Toujours dans le domaine américain : Edgar Schein a appliqué les sciences humaines à l'organisation (voir Corporate culture et Process consultation).
  • Voir la théorie des organisations de l'économiste Herbert Simon et de James March.
  • Le sociologue Merton me semble aussi très important.
  • Plus généralement, la sociologie des origines, et surtout l'ethnologie, donne des outils utiles pour comprendre la société actuelle et ce qui la met en mouvement. La sociologie étant l'invention principale de la science allemande, il faut regarder du côté de Kant et Hegel en premier, des sociologues ensuite - Weber, etc., les économistes pas loin derrière, - List, Schumpeter... 
  • Pour comprendre la culture française, Montesquieu, Tocqueville, Crozier et d'Iribarne me semblent utiles.
  • La conduite du changement en Chine: le Discours de la Tortue parle du livre des changements, fondement de la pensée chinoise. Je ne suis pas un grand expert de la Chine, mais je pense que pour comprendre sa pensée, il faut se familiariser avec son histoire et sa littérature: voir par exemple le livre de Jacques Gernet et le roman des 3 royaumes.
Pour plus de détails sur ce qui précède, faire des recherches par mots clés dans ce blog, ou lire Conduire le changement: transformer les organisations, sans bouleverser les hommes, j'y ai utilisé ces travaux pour résoudre les problèmes de changement quotidiens.