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jeudi 22 mars 2012

Les sources du nazisme

Le hasard fait bien les choses ? Lancé par notre discussion sur K.Lorenz sur la piste des courants de pensée qui ont inspiré le nazisme (Konrad Lorenz ou l’âge de ténèbres ?), je suis tombé nez à nez, lors d’une attente de RER, avec un hors série de Philosophie (février – mars) dont le sujet est « les philosophes et le nazisme ».

Une forme de système

Le nazisme est sorti d’un courant de pensée profond et relativement homogène. Aucun penseur allemand n’aurait été fier d’un disciple comme Hitler, cependant les thèmes du nazisme lui auraient été familiers. Ce qui peut expliquer que tant de monde ait pu s’y retrouver, ou même penser l’influencer (Heidegger et Carl Schmidt ?).

La pensée allemande a été une réaction à la brutale transformation de la société amenée par la Révolution industrielle. De ce fait, elle s’est bâtie contre les causes de cette transformation : les Lumières et le progrès. Elle a trouvé le salut dans une forme de fondamentalisme. Une vision fantasmée de son passé, mélange d’influences multiples dont certaines remontent à très loin. L’Allemand appartiendrait à une race élue et persécutée qui doit régénérer le monde. Sa langue, d’ailleurs, est celle des origines (une idée que l’on retrouve chez Heidegger).

D’une certaine façon, une sorte de régression se serait jouée au moment de la transition entre Kant et Hegel. Hegel rejette la raison de Kant et en revient à la métaphysique (il suffit de suivre son cœur pour faire le bien). Quant à Nietzche, il est tellement provoquant qu'il est aisé de se méprendre sur ses propos.

Lorenz et les thèmes du nazisme

À l’individu, universel, et à la raison des Lumières, la pensée allemande oppose donc l’espèce et une forme de mission divine, et la croyance que « la force seule crée le droit ». à noter que qui dit race, dit amélioration de la race (au sens troupeau du terme), i.e. biologie et eugénisme.

Curieusement, comme dans la théorie de l’agressivité de Lorenz, cette société est « anti », français, révolutionnaire, libéral, sémite…

Que Konrad Lorenz semble aussi marqué par un courant de pensée qui a mené au cataclysme, signifie-t-il que l’on doive condamner ses travaux ? Jacques Taminiaux parlant d’Heidegger : « tous les grands noms de la pensée européenne se sont confrontés à Heidegger. Leur œuvre est née dans cette confrontation. » Une idée à reprendre concernant la pensée de Konrad Lorenz : utile comme stimulant, mais non comme fin ?

Compléments :
  • Billet inspiré notamment par : Une histoire allemande de Georges Bensoussan (fondements de la pensée allemande d’avant guerre) ; Nietzsche le dynamiteur de Yannis Constantides ; Pensée juive et pensée allemande de Luc Ferry (Hegel) ; Jacques Terminiaux : La philosophe est-elle soluble dans le nazisme ?
  • Tout ceci est assez cohérent avec les conclusions que j’avais atteintes jusqu’ici. Sur ce blog, revues de livres : Heidegger pour les nuls, Kant pour les nuls, Kant et les lumières, Nietzsche, Troisième Reich (George Mosse et le mouvement völkisch), Le savant et le politique (Max Weber). 

samedi 11 octobre 2008

Aprimo : rêve des sciences de gestion ?

Master Class Momentum effect organisée par l’Association des anciens de l’Insead.

L’événement tombait à pic (malheureusement). L’économie mondiale est au sol. Jean-Claude Larréché nous a dit comment donner à l’entreprise une inertie que rien n’arrête. Bill Godfrey, ex IBMer, fondateur d’Aprimo, était venu des USA pour lui servir de business case. Aprimo est le leader des ERP marketing. 60m$ de chiffre d’affaires, et une forte croissance.

Heureusement que Bill Godfrey ne souffre pas de jet lag. Il a eu besoin de toutes ses facultés. Placer quelques mots au milieu de l’exposé magistral relevait de l’exploit. D’ailleurs ces mots étaient surprenants, venant d’un marketer américain de ce calibre. On s’attendait à ce qu’il nous dise qu’Aprimo illustrait les travaux du professeur Larréché. Fort modestement, il nous a expliqué que son logiciel rend possible leur application. C’est parce qu’il permet aux équipes de marketing de se dégager des tâches ancillaires qui les usent, qu’elles peuvent faire ce qu’elles rêvent de faire : comprendre leur marché, et construire des offres qui enchantent tellement le client qu’il en devient le meilleur vendeur.

Que fait le logiciel d’Aprimo ? Les multinationales (Nestlé, L’Oréal…) ont un budget marketing énorme (peut dépasser le md€). Il est consommé par une invraisemblable quantité de médias, qui vont en direction du marché, de la distribution, des fournisseurs (agences de pub, etc.). Les coûteux surdiplômés qui peuplent les directions marketing sont transformés en agents administratifs. Ce budget, ainsi saupoudré, est totalement incontrôlable : les investissements sont reconduits d’une année sur l’autre sans que l’on se souvienne trop de leur raison initiale.

Ce logiciel est probablement complexe, mais je crois que son intérêt est simple : il montre au dirigeant où va son argent. Il lui permet d’éliminer ce qui ne sert à rien. Accessoirement, il dégage ses collaborateurs de tâches idiotes. C’est la réalisation du Graal des sciences du management : optimiser l’emploi des « ressources » de l’entreprise. C’est le rêve de Taylor. Jean-Pierre Schmitt, qui était dans la salle, a dû être heureux d’une application aussi élégante des principes qu’il enseigne depuis quelques décennies.

C’est pour atteindre ce Graal que l’on a inventé les ERP (Entreprise Resource Planner). Mais on a eu les yeux plus gros que le ventre : une entreprise (des milliers d’hommes) ne peut pas être gérée mécaniquement. Par contre une direction du marketing fonctionne simplement : elle alloue des budgets à des médias. Ce qui se prête parfaitement à l’optimisation. La meilleure application des ERP a été vue en dernier ?

Regret postume. Pourquoi n’ai-je pas parlé de cet événement à Henri Bouquin et ses collègues de Dauphine ?

Compléments :