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lundi 29 août 2022

Fin de l'histoire

Hegel parle de "fin de l'histoire". Mon interprétation :

Raisonnement systémique, avant que le terme soit inventé. 

Le changement, dans le monde de la systémique, fait que le système change en son opposé (mécanisme dit "dialectique"), mais qu'il obéit toujours au même principe. Il change pour ne pas changer, comme il est dit dans Le guépard. (La voiture, qui tournait dans un sens, tourne dans l'autre, mais c'est toujours une voiture.)

L'histoire s'arrête le jour où il n'y a plus de système, donc plus de principe. Hegel appelle l'état historique dans lequel nous sommes : "l'aliénation". 

Et quel est le principe qui nous "aliène" ? L'individualisme. Croire que nous avons des personnalités propres, alors que nous faisons partie d'un tout. 

Juste ? Je me demande si le "principe" n'est pas, en fait, la raison. Justement le sujet qu'étudie Hegel. "Logos" grec, à la fois langage et raison. Propre de l'homme. La "raison d'être" de cette raison est de nous permettre de communiquer entre nous. Seulement, son effet inattendu a été de nous faire croire que nous "pensions" donc nous "étions". Et nous a amenés à être des loups pour l'homme. 

Il est possible que cette raison soit rusée et qu'en nous faisant mal penser elle nous emmène où elle le veut : une fusion de l'espèce humaine. L'Histoire aura été celle de ce "plus long chemin de soi à soi".

lundi 2 août 2021

Aristote et Hegel juges de notre temps ?

Hegel aurait-il vu juste ? L'histoire récente de l'humanité semble être "dialectique" :

Après guerre, il y a eu l'ère technocratique. On savait ce qu'était le "bien", la société était organisée, de manière hiérarchique, pour le réaliser. Nous avions tous une marche à suivre. Pas question de s'en écarter. C'était le véhicule autonome avant la lettre. Ce modèle est arrivé en buttée, dans les années 70, 80. Puis, après un moment de flottement, avec l'effondrement de l'URSS, tout ce qui entravait le mouvement libertaire qui avait secoué le monde en 68 a disparu, et l'économie de marché a triomphé. Après la rigidité technocratique, le "nanny state", c'était, à proprement parler, l'anarchie, l'extrême inverse ! Plus de règles, des volontés s'entrechoquant feraient le meilleur des mondes, lisait-on. Le monde des brutes. Il y avait, tout de même, un point commun entre les deux opposés : l'hypothèse implicite d'un être décervelé. 

Le virus a sonné la fin du marché. Qu'est-ce qui va le remplacer ? Il semble qu'il faille en appeler à Aristote, pour répondre à cette question. Entre les "extrêmes", il y a le "juste milieu", l'endroit de la sagesse, dit Aristote.

Entre les extrêmes, technocratie et anarchie, il y a la société, ce que l'on appelle aussi la "liberté positive" : le juste nécessaires de culture collective qui stimule l'intelligence individuelle. 

Voilà, probablement, ce qui pourrait être le plan de route des nouvelles générations : trouver ce que tout ceci signifie, concrètement, et le mettre en oeuvre. Parviendrons-nous alors à la "fin de l'histoire", entrevue par Hegel ? L'homme sortira-t-il de son "aliénation", qui l'amène à se taper sur la gueule ? Aura-t-il la révélation de la "fraternité" ? 

Mais cela, c'est peut-être une autre histoire. 

vendredi 4 décembre 2020

Hegel, c'est simple ?

Hegel a la réputation d'être tellement incompréhensible que je n'ai jamais tenté de le lire. Pourtant, je me demande parfois s'il n'y a pas quelque-chose d'évident à l'origine de toute cette complexité. 

A son époque (les Lumières) la grande histoire de l'Europe était celle de la liberté et de la raison : "la raison apporte la liberté". En conséquence tous les philosophes d'alors se demandaient comment libérer l'humanité par la raison. C'était à qui trouverait le premier la réponse à cette question.

Et si c'était cela la "chose évidente" ? Ce que fait Hegel, ce n'est pas de démontrer cette assertion, car elle est supposée juste, par tous ! C'est de partir d'elle pour en tirer des conséquences logiques ?

Concrètement, comment aurait procédé cet hypothétique Hegel ? "Nous serons un jour libres et raisonnables" signifie que nous ne le sommes pas. Point. Tout le raisonnement vient de là, il est purement formel ! Il suffit de tirer le fil :

Le contraire de "libre" est "aliéné". Le rôle de la "raison" est (donc) de nous libérer de "l'aliénation". Or, depuis les Grecs, la "dialectique", un raisonnement qui procède par contradictions, est la marche que suit la raison pour parvenir à la "vérité". Puisqu'il est libéré par la raison, l'homme est "aliéné", parce que ce qu'il croit "vrai" est "faux". Donc, il sera libre le jour où il verra la "vérité". Autrement dit, il est libre, mais il ne le sait pas, faute de disposer d'une raison en état de marche ! C'est cette raison imparfaite qui le conduit à la servitude !

La raison parfaite, celle, donc, qui libère, a peut-être quelque-chose à voir avec la société. Nous tendons à croire que la société est un "super être" qui transforme ses constituants (les hommes) en rouages. Ce pourrait être une erreur de raisonnement. Comment cela peut-il être possible ? La société à sa dernière étape de développement pourrait être à l'image de notre corps. Imaginons que notre corps ne soit pas une machine, mais un ensemble d'êtres doués de libre arbitre et qui nous permettent d'être ce que nous sommes, en étant ce qu'ils sont, sans contrainte, comme un orchestre sans chef d'orchestre. Nous sommes intelligents, et nous apportons à ces êtres (les cellules) ce qu'ils n'auraient pas pu obtenir d'eux-mêmes, Internet et ce blog, en particulier. Ce serait cela la société "à sa dernière étape de développement", et donc le résultat de la "raison parfaite". 

Oui. Mais ce raisonnement, purement formel, a-t-il le moindre intérêt ? Je mets des guillemets à certains mots ("vérité"...), parce que ces mots n'ont aucun sens a priori (surtout pas celui qu'on leur donne dans la vie courante). Ce sont des "inconnues", dont on trouve la valeur en appliquant le modèle à la réalité. C'est vrai, en particulier, pour "libre" et "raison" ! Voilà ce qui fait l'intérêt de ce travail : 

Quand il applique ce modèle formel au passé, mon hypothétique Hegel a l'espoir de trouver la valeur des "inconnues" "vérité", "liberté" ou "raison". Et comment se manifeste la "dialectique". 

Illustration ? Que signifie "liberté" ? Ce serait la "société à sa dernière étape de développement". Cette société nous donnerait des possibilités inconcevables aujourd'hui. Etre libre ne serait donc pas "pouvoir nous agiter dans tous les sens", façon 68, mais profiter des capacités (inconcevables aujourd'hui) d'un "sur être", de même que nos cellules participent à ce qui fait notre vie, Internet et ce blog, en particulier.

Bien sûr ce n'est qu'une hypothèse concernant la pensée de Hegel. Mais il me semble que la démarche décrite ici pourrait être le véritable travail du philosophe. Le philosophe ne doit pas "démontrer", c'est impossible. Il doit partir d'hypothèses sur la nature du monde et chercher leurs conséquences logiques. Il n'affirme pas "le monde est comme ci ou comme ça". A la rigueur, il peut dire : "si nous suivons cette route, voici ce qui peut en résulter, êtes vous prêt à vous y engager ?". Serait-ce le travail de la raison ?

samedi 14 novembre 2020

Aliénation et déraison

Je m'interroge régulièrement sur ce que signifie "aliénation" pour Hegel. Pour lui, la "fin de l'histoire" sera le jour où l'humanité sortira de cette aliénation. 

Hegel est issu de la pensée des Lumières. Une première interprétation en découle : alors règnera la "raison". Je me demande s'il ne faut pas prendre la question à l'envers : l'aliénation, c'est la déraison. Elle est produite par le fait qu'un être humain est l'esclave d'une idée fixe qui l'aveugle. Il ne pense plus. Exemple : l'Europe en 36, le triste spectacle que nous donnent les USA, aujourd'hui, ou ces fanatiques qui ne rêvent que de mourir en martyr en trucidant leur prochain ?  

samedi 16 novembre 2019

Hegel, par un nul

Même les spécialistes de Hegel trouvent une grande partie de ses propos incompréhensible. Voilà qui devrait fournir un sujet d'étude au savant : pourquoi écrit-on de manière incompréhensible ?  Mais, il se pourrait qu'il ait, simplement, voulu montrer que son petit confort pépère de bourgeois de province était l'aboutissement de l'histoire. Et même qu'ayant été le premier à découvrir cette vérité éternelle, il était le premier homme digne de ce nom. Ses élèves "de gauche" ont pensé que la montagne avait accouché d'une souris.

Le meilleur moyen de rendre Hegel compréhensible est de le replonger dans son temps. Il cherchait une solution aux problèmes de l'époque, c'est tout. Hegel et Kant, c'est un peu Spinoza et Descartes. Cette fois aussi, il y a un grand mouvement d'enthousiasme collectif. On pense que l'on émerge des ténèbres, que Kant a trouvé le fin mot de l'histoire. Puis, le temps passant, qu'il a raté l'essentiel. Kant sépare la raison de la passion, et explique que l'on ne peut pas aller comprendre la nature "de l'intérieur". Pour les contemporains de Hegel, c'est inacceptable.

Hegel voit l'histoire de l'humanité comme un éveil. L'humanité va de la passivité bovine à la liberté. Cette liberté est une liberté de l'erreur, de la contrainte, des pulsions, des coutumes... de tout ce qui fait que l'on ne peut penser correctement. L'homme se libère grâce à la raison, qui lui fait découvrir la "vérité absolue", que Kant pensait inaccessible. Mais la raison ne peut s'exercer que si la société ne l'entrave pas par ses erreurs. Le processus de progrès est donc collectif. La société finale, l'Etat, matérialise le droit naturel, universel, le droit rationnel. Et la première erreur dont la société doit se débarrasser, c'est la croyance que l'individu est autonome, alors qu'il n'est qu'une partie d'un tout, d'un "esprit" collectif. L'homme doit comprendre que les idéaux qu'il croit hors d'atteinte sont, en fait, en lui (au sens collectif, non individuel). Hegel se dit "idéaliste absolu" : il n'y a pas de matière, que des idées, et notre esprit en est une partie. La vérité absolue, c'est l'esprit prenant conscience de lui-même.

Contrairement à ce qu'ont cru la Révolution et Kant, on ne peut pas créer un monde rationnel de rien, dit-il, cela aboutit à la Terreur. La liberté doit émerger par étapes successives, qui suivent un mécanisme "dialectique" : chaque phase finit en contradiction, qui produit un opposé, etc. Jusqu'à convergence vers la vérité absolue, liberté, etc. Ce mécanisme est illustré par l'histoire et la succession des civilisations, mais aussi par les étapes qui permettent à l'esprit humain de prendre conscience de lui-même. Le changement est le propre de ce processus d'éveil. L'homme se découvre en changeant le monde. (Autrement dit, la recherche de la vérité ne passe pas par la transcendance, comme dans la religion, ni par l'introspection, mais par la mise au jour de l'âme commune, par un effort collectif.)

Notes du lecteur
La force de Hegel est que son modèle correspond de manière troublante à la réalité, et qu'il est non "falsifiable". Car, selon la pratique du philosophe, les termes ne sont pas définis. En conséquence, comme l'a fait Hegel, on peut dire que, puisque nous sommes à la fin de l'histoire, nous sommes rationnels. Et donc que la définition de "raison" est ce que nous sommes. Surtout, Hegel aurait vu juste si nous parvenions à construire une société dans laquelle l'individu peut immédiatement satisfaire ses besoins, comme il sait où trouver ce dont il a besoin dans sa maison. (Ce qui correspond à la définition de la "rationalité limitée", plutôt qu'à celle de "rationalité" - omniscience.)

En tout cas, l'oeuvre qui croyait justifier le statu quo a peut-être provoqué les pires cataclysmes. Ce qui, au fond, est compatible avec ses prévisions...

mardi 19 juin 2018

Le grand homme et l'aventurier

Apparemment Hegel distingue le grand homme de l'aventurier. Le grand homme est celui qui fait se réaliser le désir du peuple. L'aventurier va contre le peuple.

Ce qui a des implications curieuses. Napoléon, Hitler et Staline seraient des grands hommes. Et cela ne contredit pas Hegel : ils ont poussé à l'absurde les valeurs de leur peuple, ce qui a sorti l'humanité de sa torpeur et l'a forcée à réagir pour ne pas disparaître. En quelque-sorte, les valeurs du peuple des grands hommes ont laissé une trace par la réaction qu'elles ont produites.

Quant à l'aventurier, c'est, tout aussi curieusement, ce qu'une partie de la littérature du management anglo-saxonne appelle un "entrepreneur". C'est une personne qui veut asservir le peuple à ses idées. Pour cela, il joue sur ses forces et sur nos lâchetés. Ce qui semble ressortir à une autre théorie de Hegel : la dialectique du maître et de l'esclave (ou serviteur). Le courage ou l'inconscience permettent d'asservir l'autre. Mais l'homme asservi se transforme, et prend le dessus.

Y aurait-il là deux mécanismes qui permettent au monde de se transformer ?

mardi 27 mars 2018

Hegel

Voici ce que j'ai compris (ce qui n'est pas une grande garantie). Le projet de Hegel c'est d'achever la philosophie. La philosophie ? Apporter "à l'homme la sagesse (...) c'est à dire la possibilité de se conduire d'une façon telle qu'il soit possible d'être à la fois libre et raisonnable". La philosophie fait l'hypothèse fondamentale de la raison. Et Hegel pousse cette hypothèse à sa conclusion logique.

En quelque sorte il rejoint mon expérience de ce qui bloque le changement : on a tout en main, mais pas dans le bon ordre. Il reprend donc les idées qui ont émergé dans l'histoire, depuis Platon jusqu'aux Lumières, et il les remet en ordre. Comment ? Par un coup de génie. Ce qui semble s'opposer, comme l'être et le néant, ne sont que des étapes dans un processus de transformation qui aboutit à un être de raison, libre. Ce mécanisme, c'est la dialectique. On vit, puis on prend conscience que l'on vit, et, finalement, on apprend à faire ce que l'on veut de sa vie. C'est la raison qui le permet. L'homme doué de raison obtient exactement ce qu'il désire. Ce qui est la définition de la liberté. Ce processus n'est, d'ailleurs, pas individuel. C'est l'évolution de la société, mondiale, qui apporte à l'homme les conditions nécessaires de sa transformation. Cette évolution, c'est l'histoire. Une fois les nations fusionnées et l'humanité correctement organisée, et l'homme devenu rationnel et donc libre, ce sera la fin de l'histoire. Nous n'en sommes pas loin.

mercredi 7 mars 2018

Dialectique

1) Je suis déprimé. 2) J'en prends conscience. 3) J'adopte une contre-mesure qui rectifie mon comportement. Je me vois de l'extérieur et agis sur moi comme si j'étais quelqu'un d'autre. Il se pourrait qu'il y ait là ce qu'Hegel appelle la "dialectique". C'est en trois temps :
  1. "En soi" : je me comporte d'une certaine façon, sans en être conscient. 
  2. "Pour soi" : je prends conscience.
  3. "En soi et pour soi" : j'agis, en connaissance de cause. 
SNCF. Je prends des décisions qui semblent ressortir à ma mission. Je réalise que je cours à la faillite. J'en comprends le mécanisme, et j'agis. C'est surtout un procédé d'analyse du changement. Exemple. Les combattants de l'effet de serre ont concentré leur action sur la prise de conscience. Mais ils n'ont pas cherché à comprendre les mécanismes d'un changement social, ce qui les rend impuissants.

Ce procédé n'est pas utile qu'au traitement des pathologies de l'existence : en découvrant son potentiel, on peut aussi vouloir en tirer parti.

mercredi 28 août 2013

Histoire et changement

Marx, Hegel et les néoconservateurs pensaient qu’il y aurait une fin de l’histoire (la Nouvelle économie des années 90, pour ces derniers). C’est une curieuse idée. Cela signifie en fait que l’homme est maître de son sort. Une fois qu’il aura adopté le « bon modèle », il vivra en paix, au paradis.

Or, ce n’est pas l’homme qui fait le monde. Il est façonné par des forces indépendantes de lui. D’ailleurs même lorsqu’il est en grande partie responsable de son sort, il transforme ce qui est nécessaire à la bonne marche de la société, de ce fait la société elle-même. Le paradis n’est pas une solution stable.

La destruction créatrice est probablement un meilleur modèle du sort de l’homme. Notre société est confrontée à des mécanismes qui menacent de la disloquer, mais qui, en même temps, lui permettent d'évoluer. Elle doit se réinventer en permanence. 

vendredi 2 août 2013

L'histoire peut elle avoir une fin ?

Les Anglo-saxons ont proclamé "la fin de l'histoire". Leur modèle culturel avait gagné pensaient-ils. Au fond, il n'y a rien de nouveau. Beaucoup de religions annoncent leur victoire définitive, et l'arrivée de Dieu sur terre. Hegel et Marx avaient probablement une idée de ce type là en tête. Ainsi que les Nazis. L'utopie doit être une pathologie sociale.

Pour sa part Kant prévoit une fédération mondiale de cultures qui se stimuleraient les unes les autres. C'est plus malin. La terre deviendrait une sorte d'écosystème de cultures, qui se complètent et évitent aux unes et aux autres de croire à la fin de l'histoire ? Mais n'est-ce pas aussi une fin de l'histoire ? Pas forcément. Il me semble que Schumpeter a vu juste quant il a parlé de destruction créatrice. Mais à condition de ne pas la limiter au capitalisme. Nous sommes soumis à des bouleversements permanents. Ils nous demandent de nous adapter. De nous transformer. De ce fait, l'histoire ne peut pas finir. En attendant, il serait bien que l'on se méfie des utopies...

dimanche 26 mai 2013

Hannah Arendt

Je me suis interrogé sur Hannah Arendt : haïssait-elle le monde ? Je ne pouvais pas plus me tromper. Sa devise était « amour du monde » ! Hannah Arendt m’a certainement donné une grande leçon. Une leçon qui est peut-être au centre de sa pensée. Mon erreur n’était pas dans l’interprétation de son livre, mais dans celle de ses intentions. Voilà ce qui arrive lorsque l’on est intellectuellement paresseux. La paresse intellectuelle est le mal banal qui nous entraîne sur la pente douce du mal absolu.
Le plus étrange est qu’à mesure que je lisais la vie d’Hannah Arendt, je découvrais qu’elle a écrit ce blog. Apparemment, à probablement pas grand-chose près, nous avons les mêmes obsessions. Toujours est-il que la pensée d’Hannah Arendt est étonnamment explosive. Elle contredit tout le prêt à penser moderne. Elle a révélé à la société de son temps ses petits arrangements coupables. Comme moi, celle-ci a réagi brutalement.

Eichmann et la banalité du mal
Il n’est pas étonnant que les déclarations d’Hannah Arendt sur Eichmann aient été mal reçues ! Ce n’est pas ce qu’elle écrit d’Eichmann qui compte. (Eichmann est un pauvre type qui n’avait pas les capacités de comprendre ce qu’il faisait.) Mais c’est son opinion sur l’attitude de la communauté juive. Hannah Arendt dit d’elle ce que l’on dit de la France : son élite dirigeante a facilité le travail des nazis. Et cela en pensant faire le bien, ou un « moindre mal ». Or cette élite dirige Israël ! Et le procès Eichmann est une manœuvre politique de Ben Gourion, qui par ailleurs a des accords avec l’Allemagne (qui lui livre des armes).
On entre de plein pied dans la théorie d’Hannah Arendt. L’homme est conditionné par sa communauté. Les nazis ont réalisé le mal absolu en détruisant les conditions qui font de l’homme un homme digne de ce nom. C’est pour cela que tous les peuples ont réagi de la même façon à leur influence. Le seul antidote au mal est la pensée et le jugement. C’est à la fois le doute quotidien, le refus du prêt à penser et des bons sentiments. Mais aussi chercher, contrairement à ce qu’a fait le monde d’après guerre, à comprendre pourquoi nous avons basculé dans le mal absolu. Tant que nous ne connaîtrons pas les causes du totalitarisme, il nous menacera.

La société contre le politique
J’avais correctement compris que la grande affaire d’Hannah Arendt est la lutte entre la société et le politique. Le politique doit s’entendre au sens grec du terme. C’est le débat dont émergent les directions que doit suivre la cité. C’est ce débat permanent entre égaux qui fait l’homme. L’homme a donc besoin d’une « pluralité » d’hommes pour se constituer. Il ne peut devenir lui-même que par « l’action » au sein d’une collectivité. Le droit de l’homme premier est donc d'être membre d'une communauté.
L’évolution historique de la société la montre occupée à détruire le politique, afin de faire de l’homme une chose gouvernée par ses besoins physiologiques. Exemples ? La glorification du travail par Marx, travail qui jusque-là était l’apanage des animaux ; l’égalité des femmes, qui si elle ne s’inscrit pas dans un combat politique servira une forme d’asservissement. (Autre exemple : l’attaque récente contre l’Etat et les politiques, au nom du marché ?)

Science du politique
Hannah Arendt voulait établir une science du politique. Je ne sais pas si elle a réussi. En tout cas, voici quelques idées que j’ai retenues.
Comme Kant, et contrairement à Hegel, elle pense qu’il n’y a ni fatalisme, ni détermination. L’histoire n’est pas écrite, c’est l’action quotidienne qui la fait. Comme Kant, elle est contre la raison pure, et pour la raison pratique. Elle oppose la « vérité des faits », à la raison. La raison nous enthousiasme pour des idées abstraites, coupées du sens commun qui se construit par la discussion. C’est au nom de ces idéologies que l’homme détruit l’homme. En revanche, les hommes ou les sociétés possèdent au fond d’eux une richesse qui leur est particulière (par exemple l’idée du politique chez les Grecs ?). C’est elle qu’il faut préserver. C’est l’interaction de ces « richesses » humaines qui permet la créativité du débat politique.
Le totalitarisme commence par une combinaison élite / masse. L’élite pense de manière mécanique. Elle suit une idéologie. La masse, si je comprends bien, diffère du peuple en ce qu’elle est faite d’individus indistincts, il n’y a plus de communautés. Elite et masse ont en commun, donc, de ne pas penser, de ne pas être capables de juger. Juger ne demande ni un haut intellect, ni une connaissance des sciences de la morale. Mais un questionnement systématique, une conversation permanente avec soi-même, et la volonté de prendre des décisions avec lesquelles ont pourra vivre. De manière plus technique, Hannah Arendt pense que juger, c’est se vider (de ses préjugés). On voit alors le bien et le mal, comme on voit le beau et le laid en art. (D’où référence aux travaux de Kant sur l’esthétique.)
L’éducation est un sujet important. De même que chaque action est une renaissance et une réinvention de la société, l’enfant est la source ultime d’innovation. Il ne doit donc pas être endoctriné. Ses différences, sa connaissance de la culture à laquelle il appartient et sa capacité à raisonner doivent être développées (idées de Herder).
La reconnaissance de l’importance du groupe comme condition nécessaire de l’être humain pose un problème curieux. Elle contredit la prééminence des droits de l’homme, puisque ceux-ci sous-entendent que l’individu est une sorte d’électron libre. En outre, pas de droits de l’homme (ou de la femme !) sans communauté pour les faire appliquer. Elle semble dire qu’une société est un assemblage de communautés. Les communautés sont des êtres moraux qui ont leurs droits. Aucune ne doit dominer les autres (comme l’UE, au fond). L’assimilation par une communauté supérieure de communautés subalternes (les Juifs en Allemagne d’avant guerre, les noirs aux USA) doit être combattue.
Autres idées curieuses. L’ambiguïté. Lorsqu’aucune solution proposée n’est satisfaisante (assimilation ou sionisme dans le cas d’Hannah Arendt), il faut naviguer entre les deux. Pensée systémique ? La non-violence, aussi. Hannah Arendt pensait que la violence était une manifestation d'impuissance. Qu'en cas de difficultés, il fallait sonder les ressources de la non-violence en premier.

Hannah Arendt le néoconservatisme et la pensée française
On finit dans l’anecdote. Contrairement à ce que je pensais, Hannah Arendt était anti-neocon. Mouvement dont elle a rencontré les fondateurs en Allemagne (Leo Strauss). Pour elle, les néoconservateurs combattaient le totalitarisme par le totalitarisme. Plus exactement, ils faisaient de la démocratie un concept totalitaire.
Hannah Arendt connaissait très bien la France, pour y avoir vécu. Elle a soutenu Daniel Cohn-Bendit, dont les parents avaient été ses amis. Elle pensait qu’en voulant secouer la rigidité des règles administratives de son université, il avait failli faire tomber un Etat étrangement fragile. Pour elle, le plus grand penseur français était Camus. Quant à Sartre c’était une sorte de néant. Une pensée pseudo hégélienne incohérente, qui s’était raccrochée au Marxisme, avec lequel elle n’avait rien à voir, pour pouvoir dire quelque chose.

mardi 29 mai 2012

Aliénation

J'entendais, dimanche matin, Pierre Rabhi parler d'aliénation à France Culture. Ce qui m'a fait penser, qu'il y a eu une mode chez les philosophes post hégéliens de l’aliénation. Aliénation ? Un terme technique qui signifie que l’homme a perdu sa liberté, et surtout qu'une chose s'en est emparée, la religion, par exemple.

Au fond cela n’a rien d’une considération abstraite. Il suffit d’ouvrir la radio pour entendre un économiste nous dire qu’il faut absolument améliorer la compétitivité de notre économie. Autrement dit, les intérêts de l’économie sont premiers. Le bonheur de l’homme est supposé être assuré par la main invisible du marché, selon l'expression élégante d'Adam Smith. Marx nomme ceci « aliénation économique ».

Mais l’économiste n’est pas le seul à en vouloir à notre liberté. Marx n’a-t-il pas aussi désiré pour nous la dictature du « prolétariat », une abstraction sans réalité tangible ? Et que dire de l’écolo, qui aimerait faire obéir l'homme à la « nature » (encore une abstraction) ?

Je me suis longtemps demandé pourquoi tout ce monde, qui se dit amoureux de la liberté, accepte d'être asservi. (Je pense en particulier aux Américains.) J’en suis arrivé à croire que ces théories s’appliquent à nous, mais pas à lui, qui tire nos ficelles. L’homme, le vrai, est libre. 

jeudi 22 mars 2012

Les sources du nazisme

Le hasard fait bien les choses ? Lancé par notre discussion sur K.Lorenz sur la piste des courants de pensée qui ont inspiré le nazisme (Konrad Lorenz ou l’âge de ténèbres ?), je suis tombé nez à nez, lors d’une attente de RER, avec un hors série de Philosophie (février – mars) dont le sujet est « les philosophes et le nazisme ».

Une forme de système

Le nazisme est sorti d’un courant de pensée profond et relativement homogène. Aucun penseur allemand n’aurait été fier d’un disciple comme Hitler, cependant les thèmes du nazisme lui auraient été familiers. Ce qui peut expliquer que tant de monde ait pu s’y retrouver, ou même penser l’influencer (Heidegger et Carl Schmidt ?).

La pensée allemande a été une réaction à la brutale transformation de la société amenée par la Révolution industrielle. De ce fait, elle s’est bâtie contre les causes de cette transformation : les Lumières et le progrès. Elle a trouvé le salut dans une forme de fondamentalisme. Une vision fantasmée de son passé, mélange d’influences multiples dont certaines remontent à très loin. L’Allemand appartiendrait à une race élue et persécutée qui doit régénérer le monde. Sa langue, d’ailleurs, est celle des origines (une idée que l’on retrouve chez Heidegger).

D’une certaine façon, une sorte de régression se serait jouée au moment de la transition entre Kant et Hegel. Hegel rejette la raison de Kant et en revient à la métaphysique (il suffit de suivre son cœur pour faire le bien). Quant à Nietzche, il est tellement provoquant qu'il est aisé de se méprendre sur ses propos.

Lorenz et les thèmes du nazisme

À l’individu, universel, et à la raison des Lumières, la pensée allemande oppose donc l’espèce et une forme de mission divine, et la croyance que « la force seule crée le droit ». à noter que qui dit race, dit amélioration de la race (au sens troupeau du terme), i.e. biologie et eugénisme.

Curieusement, comme dans la théorie de l’agressivité de Lorenz, cette société est « anti », français, révolutionnaire, libéral, sémite…

Que Konrad Lorenz semble aussi marqué par un courant de pensée qui a mené au cataclysme, signifie-t-il que l’on doive condamner ses travaux ? Jacques Taminiaux parlant d’Heidegger : « tous les grands noms de la pensée européenne se sont confrontés à Heidegger. Leur œuvre est née dans cette confrontation. » Une idée à reprendre concernant la pensée de Konrad Lorenz : utile comme stimulant, mais non comme fin ?

Compléments :
  • Billet inspiré notamment par : Une histoire allemande de Georges Bensoussan (fondements de la pensée allemande d’avant guerre) ; Nietzsche le dynamiteur de Yannis Constantides ; Pensée juive et pensée allemande de Luc Ferry (Hegel) ; Jacques Terminiaux : La philosophe est-elle soluble dans le nazisme ?
  • Tout ceci est assez cohérent avec les conclusions que j’avais atteintes jusqu’ici. Sur ce blog, revues de livres : Heidegger pour les nuls, Kant pour les nuls, Kant et les lumières, Nietzsche, Troisième Reich (George Mosse et le mouvement völkisch), Le savant et le politique (Max Weber). 

mardi 14 février 2012

Du néoconservateur et de la dialectique de Hegel

Le néoconservateur (cf. Neocon) rejette le relativisme de gauche, en affirmant qu’il existe des civilisations supérieures (la sienne).

Bizarrement, Kant et les Lumières semblent avoir donné une solution à cette question il y a deux siècles : le fédéralisme. Le monde doit être construit sur des cultures différentes, qui se stimulent mutuellement, du fait de leur différence. (Kant parle de « paix armée ».)

Et les USA montrent comment des religions naturellement en conflit peuvent cohabiter sans s’affronter. Le tout est de penser que l’union vaut mieux que la guerre, et que, pour le reste, il y a toujours un moyen de s’arranger.

Curieuse illustration de la dialectique de Hegel : thèse (relativisme), antithèse (supériorité des civilisations), synthèse (fédéralisme, il faut de tout pour faire un monde).

Compléments :

dimanche 12 février 2012

Y a-t-il des civilisations supérieures ?

M.Guéant affirme qu’il existe des civilisations supérieures. Question de « bon sens ». Le mien ne s’y retrouve pas. Qu’est-ce qu’une civilisation ? Comment classifier des civilisations ?

mardi 23 février 2010

Logique de la gauche

Un tortueux enchaînement de pensées m’a amené à me demander si la gauche n’est pas une machine à nous imposer de beaux principes théoriques. Mais y a-t-il une logique derrière ces principes ?

L’insistance sur le droit des immigrés signifie probablement que la gauche pourrait en avoir contre la notion de citoyen, donc de nation. « Droits de l’homme » signifiant l’impossibilité de tout édifice social ? Idéal d’Hegel et de Marx d’une fin de l’histoire où tous les hommes seraient frères ? Mais pourquoi alors cette insistance sur la culture, concept social par excellence ? La gauche penserait-elle qu’il y a une culture unique, qui serait celle de la société finale ?

À creuser

Compléments :

lundi 23 novembre 2009

Karl Marx (suite)

Quelques réflexions suscitées par le billet précédent :

  • Je pense que ce que disent la sociologie, l’ethnologie, la théorie de la complexité et mon expérience, c’est que vivre en société c’est suivre des règles, règles qui ont une logique d’ensemble (par exemple « main invisible » de l’économie, ou religion). Dans ce sens, nous aliénons notre liberté. Dans un autre sens, sans règles nous sommes des pantins dont on a coupé les ficelles.
  • Ces règles que nous suivons avec bonne volonté ont pour rôle de faire le bonheur collectif. La liberté, c’est donc suivre des règles acceptées. De ce fait, nous sommes généralement libres et nous réalisons naturellement l’idéal de Marx, Hegel et Kant.
  • En fait, la transformation de notre environnement, notamment du fait de notre action, et nos mutations internes (innovation), font que les règles du groupe évoluent et doivent évoluer sans fin (c’est le « changement »). Par contre il est possible qu’un jour ce mécanisme de création de règles ne soit pas assez adaptable pour résister à la sélection naturelle, et nous disparaîtront. Ça sera le terme de notre histoire.
  • Le danger qui nous menace est soit une erreur humaine malencontreuse, une innovation qui tourne mal et qui détruit l’humanité sans l’intention de lui nuire, soit un acte de parasitisme qui attaque la société au bénéfice du seul parasite. Le parasitisme est probablement la seule menace à notre liberté.
  • Notre raison, notre capacité à distinguer et à modifier les règles que nous suivons, nous sert donc à améliorer les règles du groupe quand il est en difficulté (changement), et à nous garantir des parasites.

Karl Marx

SINGER, Peter, Marx, a very short introduction, Oxford University Press, 2000, semble dire que l’œuvre de Marx s’explique simplement.

Elle est bâtie sur celle de Hegel, qui voit l’histoire comme la découverte par l’homme que son esprit fait partie d’un esprit universel. Tant qu’il ne le sait pas il se heurte à ses semblables, qu’il croit différents de lui, ce qui limite ses possibilités et sa liberté. Le jour où il comprendra son erreur, il sera libre et efficace, en faisant ce dont il a envie, il fera le bien commun.
Puis arrivent Bauer et Feuerbach. Reprenant le même type de raisonnement, ils expliquent que l’homme a affublé Dieu de ses talents, de ce fait s’en privant, se les aliénant. Il faut se débarrasser de Dieu, du coup l’homme retrouvera ce qu’il a donné à la religion.
Marx fait de même mais avec l’économie. Le propre de l’homme c’est de produire. Or, le système productif aliène la production de l’homme qui en devient esclave. Il semble aussi prendre l’argument de Hegel à l’envers : ce ne sont pas les idées, l’esprit, qui guident l’homme, mais la production qui forme l’esprit. Mais la marche de l’histoire est la même chez Marx que chez Hegel : le capitalisme produit la division des tâches, qui fait que l’homme perd de vue l'unité de sa production ; or tout système productif est dépassé par sa propre logique qui crée un autre système ; jusqu’à ce que l’homme voit clair, c'est le « communisme ». Il n'est plus esclave de la production ; fin de la division des tâches, l’homme travaille comme il l’entend ; non seulement il y gagne sa vie, mais encore il fait le bien commun.
Si cette interprétation est correcte, l’analyse que fait Marx du capitalisme et de ses maux est d’une importance secondaire. Elle cherche seulement à montrer que l’on est bien dans le mouvement qu’il prévoit. De même, il ne sert à rien de décrire ce qu’est le communisme (ce que ne fait pas Marx), puisque c’est un aboutissement nécessaire. C’est une sorte de démonstration mathématique, par laquelle on prouve qu’il existe une solution unique, sans pour autant dire laquelle.
Compléments

samedi 3 octobre 2009

60 ans de République populaire de Chine

Cet anniversaire me ramène à l’héritage de Mao. Ses intentions me paraissent différentes de celles qu’on lui prête :

Le projet de Mao : réinventer la culture chinoise

D’une certaine façon il aurait voulu transformer la culture chinoise. Culture étant à prendre au sens ethnologique, c'est-à-dire de règles guidant le comportement collectif. Qu’il ait échoué ou réussi est presque secondaire par rapport à ce qu’il a été capable de faire. Tout seul, il a mis en mouvement des centaines de millions de personnes dans un extraordinaire exercice d’apprentissage collectif, la création de nouvelles règles culturelles.

  • Le grand bond en avant, c’était montrer qu’il ne tenait qu’à la volonté du peuple uni d’atteindre les performances du meilleur des capitalismes.
  • La révolution culturelle porte bien son nom. Mao parvient à faire que le peuple dise ce qu’il a sur la conscience, à partir de là, il procède à une « rectification ». Il fait « rééduquer » ceux qui pensent mal, selon lui.

Mao, souverain confucianiste

L’efficacité du procédé est bluffante. Un exemple. Il décide d’éliminer les hirondelles, le fléau des récoltes paysannes. Il faut empêcher que les hirondelles se reposent. Pendant plusieurs semaines les Chinois se lèvent la nuit pour effrayer les hirondelles. Réussite totale. (Des conséquences imprévues ont montré alors que l’hirondelle était utile, mais c’est une autre histoire.)

C’est une illustration extraordinaire des principes confucianistes, du rôle et du pouvoir du « bon » souverain dans une société bien organisée. Quasiment sans rien faire, de sa chambre, Mao mettait chaque année tout un peuple en furie, puis le renvoyait chez lui.

Pourquoi avoir voulu tuer le Confucianisme, pensée supérieure ?

Et pourtant, Mao a voulu éliminer la pensée confucianisme qu’il pensait coupable de l’arriération chinoise. Je me suis longtemps demandé s’il avait raison, tant la pensée confucianiste semble remarquable. Deux exemples :

  1. Si on veut la comparer à quelque chose d'occidental, c’est probablement à la « raison pratique » de Kant (les Chinois condamnant bien plus vigoureusement que Kant, la « raison pure » occidentale, et ne voulant, même, pas en entendre parler). Or la philosophie de Kant est le système philosophique dont a besoin la mécanique classique. Alors que nos autres philosophes ont généralement cherché à construire un système qui justifiait la société qui leur plaisait (la bureaucratie prussienne pour Hegel, le monde des boutiquiers pour Smith, la communauté villageoise pour Rousseau).
  2. Pour la pensée chinoise l’équivalence masse énergie est évidente depuis quelques millénaires. En effet, dans un monde qui passe du vide à la matière et retour, il y a fatalement un principe de continuité, l’énergie.

Tuer le confucianisme pour mieux le réinventer ?

Mais, avec le temps, j’ai fini par penser qu’une pensée trop parfaite devait finir par se suffire à elle-même et empêcher toute remise en cause. Le Confucianisme était bien un handicap.

Mais, pour autant, la remise en cause devait elle prendre la forme que lui a donnée la Chine ?

Je l'ai critiquée parce qu’elle nous caricaturait. De la recherche du principe des choses et du non agir, elle est passée à la croyance aveugle dans la force, dans le massacre de la nature pour la plier aux désirs de l’homme. Mais, me suis-je dit récemment, l'apprentissage n'est-il pas toujours maladroit, au début ? Ne va-t-il pas devenir bien vite plus malin ? Finalement, la Chine ne parviendra-t-elle pas, en un temps record, à s'approprier, au sens confucianiste du terme, notre culture, à en faire une seconde nature ?

Peut-être que Mao a eu raison : ce qui faisait la faiblesse de son pays était un manque d’ego, de volonté d’imposer son empreinte au monde. Elle devait s’extraire du confucianisme. S’extraire pour mieux le réinventer.

Compléments :

  • Mes idées sur les projets de Mao pour la Chine viennent de : SHORT, Philip, Mao: A Life, Owl Books, 2003.
  • Sur la pensée chinoise en général, et sur la pensée confucianiste en particulier : Pensée chinoise / Cheng
  • Un livre cité dans un précédent billet (La pensée (actuelle) en Chine / Cheng) dit que la pensée chinoise est une « pensée pragmatique » plus exactement que pratique.
  • Si je me suis intéressé (mollement) à la pensée chinoise, c’est qu’en écrivant la conclusion de mon premier livre je me suis rendu compte que je répétais quelque chose que j’avais vu quelque part. Après recherche, il s’agissait d’un fondement de la pensée chinoise (le LI). Cette réflexion sur la correspondance entre mon expérience et ce que je comprends de la pensée chinoise (Changement et pensée chinoise) m’a conduit à l’idée du dernier paragraphe de ce billet.
  • Imposer son empreinte au monde est le principe fondateur de notre pensée occidentale. Par conséquent, il est probable que Mao ait bien trouvé le germe qui manquait à la civilisation chinoise pour répondre au défi que lui lançait la nôtre.

lundi 16 mars 2009

Changement : textes de référence

On me demande des références sur le sujet du changement, pour une thèse. Quelques idées reflétant l’état actuel de mes connaissances.

Tout d'abord la recherche anglo-saxonne, telle qu'on l'enseigne en MBA :

  • la science des organisations utilisée par le consultant anglo-saxon descend directement du management scientifique de Taylor.
  • courant issu des sciences humaines, illustré par John Kotter (Leading change).
  • une tendance minoritaire provient de la systémique, tendance ingénieur, travaux de Jay Forrester régénérés par Peter Senge (The 5th discipline).
  • On parle aussi de la théorie de la complexité, une redécouverte de la sociologie par les sciences dures. Institut de Santa Fé.

En plus solide :

  • Toujours dans le domaine américain : Edgar Schein a appliqué les sciences humaines à l'organisation (voir Corporate culture et Process consultation).
  • Voir la théorie des organisations de l'économiste Herbert Simon et de James March.
  • Le sociologue Merton me semble aussi très important.
  • Plus généralement, la sociologie des origines, et surtout l'ethnologie, donne des outils utiles pour comprendre la société actuelle et ce qui la met en mouvement. La sociologie étant l'invention principale de la science allemande, il faut regarder du côté de Kant et Hegel en premier, des sociologues ensuite - Weber, etc., les économistes pas loin derrière, - List, Schumpeter... 
  • Pour comprendre la culture française, Montesquieu, Tocqueville, Crozier et d'Iribarne me semblent utiles.
  • La conduite du changement en Chine: le Discours de la Tortue parle du livre des changements, fondement de la pensée chinoise. Je ne suis pas un grand expert de la Chine, mais je pense que pour comprendre sa pensée, il faut se familiariser avec son histoire et sa littérature: voir par exemple le livre de Jacques Gernet et le roman des 3 royaumes.
Pour plus de détails sur ce qui précède, faire des recherches par mots clés dans ce blog, ou lire Conduire le changement: transformer les organisations, sans bouleverser les hommes, j'y ai utilisé ces travaux pour résoudre les problèmes de changement quotidiens.