Lorsque quelqu'un veut vous apprendre à faire votre métier, c'est qu'il est incompétent dans le sien. Voici une conclusion que j'ai tirée de mon expérience.
Hervé Kabla semble en avoir trouvé une illustration : Luc Ferry. Le philosophe Ferry se demande à quoi servent les mathématiques. Il n'en a jamais fait usage.
Platon lui répond : "que nul n'entre ici s'il n'est géomètre". Les mathématiques sont nécessaires à la pensée. Un philosophe sans rigueur intellectuelle porte d'ailleurs un nom grec : un sophiste.
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samedi 17 février 2018
vendredi 9 août 2013
Clémenceau
« Homme d’affrontement,
qui n’est lui-même que dans le conflit », Clémenceau ressemble à ces
anarchistes ou ces révolutionnaires qui passèrent leur vie à défier la société. Il
connaît la prison très jeune, il est toujours endetté, il va de combat en
combat, c’est d’ailleurs un duelliste redouté, et un tribun sans égal. Et il ne
cherche pas le pouvoir. Pendant longtemps il est celui qui fait tomber les ministères.
Il n’arrive au gouvernement qu’âgé. Il s’est fait énormément d’ennemis. Mais
lui n’a de rancœur vis-à-vis de personne. Il n’en veut qu’aux idées, pas aux
hommes. Et il fait passer l’intérêt général avant tout.
C’est l’homme de l’affaire Dreyfus. Il est ministre de l’intérieur,
« premier flic de France »,
à un moment où le « pays (est) en
proie à l’agitation sociale et à la menace de désagrégation ». Car c’est
alors que « l’unification (de la
gauche socialiste) se produit sur la base radicale de la lutte des classes », qui légitime la violence comme moyen d'action. Puis il est « le père la victoire »,
en 17 au moment où la France et l’Etat major sont saisis par le défaitisme. Sa
vie est aussi faite de revers. Pendant la Commune, il tente une conciliation. Il
ne parvient ni à empêcher la peine de mort, ni à faire renoncer la France au
colonialisme. Et les accords qu’il fait signer après guerre ne seront pas
respectés.
Surtout, il semble avoir été pris dans une guerre
fratricide. Lui-même va être le fléau de Gambetta et de Ferry, « conservateur déguisé en républicain ».
Avant d’être pris à parti par Jaurès. « Le plus grand faux pas de la carrière de Clémenceau » aura été
de ne pas parvenir à s’entendre avec le parti socialiste.
Ce qui conduit « les socialistes (à
prendre) le monopole de la revendication sociale, alors même que leur ligne
révolutionnaire les éloignait du pouvoir ». « La gauche radicale n’a guère le sens social. »
« Déjà s’amorce l’évolution qui fera
du radicalisme le représentant attitré des classes moyennes, des petites villes
et des villages mêmes. »
A quoi croyait-il ? à la liberté individuelle. Elle a
pour condition la République, et le progrès (« confiance irrésistible dans l’idéal de la raison et des Lumières »).
Son idéal ? Individualiste farouche « contempteur de l’autorité », « il veut la République, toute la République,
la République de Clémenceau c’est d’abord la liberté. » Liberté ?
« (Ce qu’il veut faire dans ses
écrits) : c’est chanter la vie, c’est magnifier l’action, c’est exalter la
joie d’être, contre les philosophies et les religions de la misère et de la
chute. » « La parole ne
peut être que vain bruit, sans action. »
Sa stratégie ? « lutter contre les monopoles, les privilèges patronaux (…) préparer l’abolition
graduelle du prolétariat (…) vieil idéal de la Révolution, celui du petit
propriétaire libre. »
Le moyen ? « Le salut passait à ses yeux par la ville, l’instruction, les études » : « Ouvrir l’enfant aux sensations de vérité, de bonté, à la pitié des êtres, aux sentiments de compassion humaine, d’où jaillit le noble élan de secours. » « Délivrer l’homme de l’ignorance, l’affranchir du despotisme religieux, politique, économique et l’ayant affranchi, régler par la seule justice la liberté de son initiative, seconder par tous les moyens possibles le magnifique essor de ses facultés, accroître l’homme en un mot, en l’élevant toujours plus haut. » Le service militaire est « le prolongement de l’école ».
Ses combats en découlent : « défenseur de l’individu, de l’entreprise
individuelle, il ne peut accepter le triomphe de l’individualisme. Car l’individu
fait partie d’un corps social (...) en même temps, il ne peut accepter le
communisme (…) l’individualisme absolu, expression de la barbarie, le
socialisme collectiviste est un déni de l’individu, mais les responsabilités de
l’Etat social doivent être reconnues. » « Il n’a d’ennemis que ceux qui violent la loi. »
Il croit au « droit
des peuples ». Il aime la France parce qu’elle porte son idéal, c’est
un « grand peuple, celui qui avait allumé pour le monde entier la torche de
la liberté. » « La France,
autrefois soldat de Dieu, aujourd’hui soldat de la liberté, toujours soldat de l’idéal. »
Le livre : WINOCK, Michel, Clémenceau, Librairie Académique Perrin, 2011.
vendredi 18 mai 2012
Promotion Jules Ferry ?
Le nouveau gouvernement est-il né sous le signe de la
redistribution ? On y gagne moins que dans la précédente édition, mais on
y est très nombreux.
J’entendais hier un journaliste de France Culture dire qu’il
représentait les 28% qui avaient voté Hollande au premier tour.
Signe distinctif ? Tous des intello. Certains
descendent même d’intellectuels éminents (Moscovici, Touraine). Ils sont très
diplômés (Normale sup, Sciences Po, ENA, beaucoup d’enseignants…), mais de
formations qui préparent à servir l’État. Promotion Jules Ferry ?
Jules Ferry était un radical : « le cœur à gauche,
le portefeuille à droite ». (Un Bobo avant l'heure ?) Formule pour
gagner les élections législatives ?
jeudi 22 mars 2012
Les sources du nazisme
Le hasard fait bien les choses ? Lancé par notre
discussion sur K.Lorenz sur la piste des courants de pensée qui ont inspiré le
nazisme (Konrad
Lorenz ou l’âge de ténèbres ?), je suis tombé nez à nez, lors d’une attente
de RER, avec un hors série de Philosophie
(février – mars) dont le sujet est « les
philosophes et le nazisme ».
Une forme de système
Le nazisme est sorti d’un courant de pensée profond et
relativement homogène. Aucun penseur allemand n’aurait été fier d’un disciple
comme Hitler, cependant les thèmes du nazisme lui auraient été familiers. Ce
qui peut expliquer que tant de monde ait pu s’y retrouver, ou même penser
l’influencer (Heidegger et Carl Schmidt ?).
La pensée allemande a été une réaction à la brutale
transformation de la société amenée par la Révolution industrielle. De ce fait,
elle s’est bâtie contre les causes de cette transformation : les Lumières
et le progrès. Elle a trouvé le salut dans une forme de fondamentalisme. Une vision
fantasmée de son passé, mélange d’influences multiples dont certaines remontent
à très loin. L’Allemand appartiendrait à une race élue et persécutée qui doit
régénérer le monde. Sa langue, d’ailleurs, est celle des origines (une idée que
l’on retrouve chez Heidegger).
D’une certaine façon, une sorte de régression se serait jouée
au moment de la transition entre Kant et Hegel. Hegel rejette la raison de Kant
et en revient à la métaphysique (il suffit de suivre son cœur pour faire le
bien). Quant à Nietzche, il est tellement provoquant qu'il est aisé de se méprendre sur ses propos.
Lorenz et les thèmes
du nazisme
À l’individu, universel, et à la raison des Lumières, la
pensée allemande oppose donc l’espèce et une forme de mission divine, et la
croyance que « la force seule crée
le droit ». à noter que
qui dit race, dit amélioration de la race (au sens troupeau du terme), i.e.
biologie et eugénisme.
Curieusement, comme dans la théorie de l’agressivité de
Lorenz, cette société est « anti », français, révolutionnaire,
libéral, sémite…
Que Konrad Lorenz semble aussi marqué par un courant de
pensée qui a mené au cataclysme, signifie-t-il que l’on doive condamner ses
travaux ? Jacques Taminiaux parlant d’Heidegger : « tous les grands noms de la pensée européenne
se sont confrontés à Heidegger. Leur œuvre est née dans cette confrontation. »
Une idée à reprendre concernant la pensée de Konrad Lorenz : utile comme stimulant,
mais non comme fin ?
Compléments :
- Billet inspiré notamment par : Une histoire allemande de Georges Bensoussan (fondements de la pensée allemande d’avant guerre) ; Nietzsche le dynamiteur de Yannis Constantides ; Pensée juive et pensée allemande de Luc Ferry (Hegel) ; Jacques Terminiaux : La philosophe est-elle soluble dans le nazisme ?
- Tout ceci est assez cohérent avec les conclusions que j’avais atteintes jusqu’ici. Sur ce blog, revues de livres : Heidegger pour les nuls, Kant pour les nuls, Kant et les lumières, Nietzsche, Troisième Reich (George Mosse et le mouvement völkisch), Le savant et le politique (Max Weber).
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