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mercredi 9 septembre 2020

Des joies de la mégalopole

Les mégalopoles sont néfastes à l'environnement, aux pauvres, et aux classes moyennes ! On les disait favorables à l'économie ? Ce qui marche le mieux, ce sont les vieux pays, au maillage urbain raisonnable, comme l'Allemagne. Après une course à la mégalopole, qui nous a valu le "Grand Paris", on commence à en apercevoir les excès.

Ce qui pose la question : à qui profite le crime ? A ceux qui ont gagné, en particulier aux milliardaires du numérique ? L'on parle de "villes entreprises", comme Singapour (un désastre écologique, qui vit aux dépens des ressources naturelles des pays, pauvres, environnants) : la mégalopole serait-elle l'unité constitutive du capitalisme moderne, en remplacement des Etats nations ?
9 des 10 premières sociétés mondiales sont dans le domaine du numérique. Elles développent une pensée libertarienne en dehors du cadre étatique traditionnel. Elles veulent coloniser d’autres planètes plus qu’habiter la nôtre. Il s’agit pour elles, dans l’idéal, de constituer des bases offshore, hors-sol, avec des barges en plein océan où elles ne paieront pas le moindre impôt et pourront se déplacer au gré des projets. C’est la matrice de Singapour et Dubai.
(Idées et citation tirées d'un entretien avec Alain Cluzet.)

Mais en quoi cette forme de capitalisme, façon Blade Runner, a-t-elle besoin d'énormes accumulations de populations ? Surtout de populations pauvres ? La pauvreté en serait-elle une condition nécessaire, voire un produit ?

Comme dans La décennie perdue de Fitzgerald, ne serions-nous pas en train de découvrir le monde dans lequel nous vivons ? Et comment se fait-il que la raison collective puisse être aussi facilement anesthésiée ? Mystère.

lundi 16 mars 2020

Démocratie et virus

Comment Singapour a-t-il arrêté le coronavirus ? D'après une personne qui s'y trouve, il a immédiatement pris des mesures draconiennes : la température de tout le monde était (ou est) prise sans arrêt. Pas question d'entrer dans un bureau si l'on a quelques dixièmes de degrés de trop. C'est le bénéfice de l'enseignement tiré d'une précédente épidémie.

Qu'est-ce qui a dysfonctionné en Europe ? Peut-être que l'efficacité asiatique nous a fait sous-estimer les dangers de l'épidémie. Politico parle de "pandémie de l'incompétence". N'y aurait-il pas, plutôt, une cause culturelle ? Notre culture (au sens anthropologique) est individualiste. Nous tendons à voir d'abord notre intérêt à court terme. Or, c'est justement cela qui facilité la pandémie. Et nous avons un régime, la démocratie, qui convient à cet individualisme. Comme lors des guerres, une telle culture doit se transformer pour réagir aux menaces collectives. Il faut une prise de conscience individuelle, le citoyen doit accepter le dirigisme, avec tout ce que cela signifie de problèmes à résoudre, ne serait-ce que de communication.

Enseignement ? Sachant que la démocratie, dans les situations critiques, tend à cafouiller, ne pourrait-on pas étudier un mécanisme qui permette de corriger ces ratés ?

mercredi 8 avril 2015

Singapour, paradis du capitalisme

-LKY-in-London-1968.jpgAussi bien les dirigeants chinois que le président Obama se rendent en pèlerinage à Singapour. 

Raison ? C'est un miracle économique et "un état policier sans policier", dit The Economist. Les deux faits étant probablement corrélés. 

J'ai compris pourquoi l'Insead s'y était installé : c'est la Mecque du capitalisme. 

Et Singapour a été dirigé pendant plus de 50 ans par un intellect d'élite, Lee Kuan Yew, sur le modèle du philosophe de Platon. Il y a de quoi faire rêver notre propre élite.

D'autant que, le génie étant héréditaire, c'est son fils qui a pris sa suite.

vendredi 20 mars 2009

Besoin d’Oséo ?

Pourquoi Oséo ne s’intéresse-t-il plus aux start up ? J’ai relayé cette interrogation dans deux billets (Oséo se désintéresse des start up ? et Oséo se désintéresse des start up : début d’explication ?). D’après des « sources bien informées », la réponse semble être celle qui m’a été apportée par un commentaire : le gouvernement estime que le marché est mieux armé que l’administration pour aider la jeune entreprise et l’innovation. Est-ce le cas ?

Faits récents

En fait cette question me revient du fait de trois coïncidences.

  • Hier soir un ami me dit que la start up dans laquelle il travaille a trouvé l’argent qu’elle cherchait (9m€) en Allemagne.
  • La semaine d’avant, un autre ami, dont le métier est de lever des fonds, m’expliquait qu’il a en main un très beau dossier, une innovation qui a déjà un marché, qu’il séduit beaucoup de monde, mais qu’il n’entre dans aucune stratégie de fonds d’investissement français (la mode semble au développement durable). Par contre, les Américains qu’il rencontre n’ont pas d’états d’âmes, ils ne voient que la rentabilité de l’affaire. Pour le moment le dirigeant de l’entreprise hésite : il voulait de l’argent français.
  • Semaine d’avant encore, je déjeune avec Amélie Faure, qui a vendu sa société à Dassault Systèmes. C’est le capital risque qui lui a fourni ses premiers fonds. C’est Oséo qui lui a permis une traversée du désert post bulle Internet, désert dont un concurrent américain l’a sortie, avant l’achat par Dassault Systèmes.

Le marché est irrationnel et doit être éduqué

Mon échantillon n’est pas significatif. Mais j’en déduis que pour qu’un marché financier soit efficace, il faut qu’il ait un minimum de culture de l’investissement, et que le nôtre ne l'a pas encore. J’en déduis, par ailleurs, qu’Oséo (qui a aussi financé mon second cas) semble beaucoup moins soumis aux modes et aux aléas que l’investisseur privé.

D’ailleurs, qu’il soit français ou non, l’investisseur privé est irrationnel, comme l’a montré la bulle Internet, que j’ai vécue aux premières loges : les modes y succédaient aux modes, The Economist raillait les entrepreneurs d’alors, dont tout l’art consistait à refondre sans arrêt leurs business plans pour répondre aux derniers fantasmes des investisseurs.

Le marché n’est pas le meilleur moyen de stimuler l’innovation

The Economist publie un dossier spécial sur l’entrepreneuriat. 3 exemples montrent comment il peut réussir dans des cultures différentes (Lands of opportunity). Dans chacun le rôle de l’état est surprenant :

  • Certes Israël profite énormément de ses liens étroits avec les USA, mais ce qui tire son innovation c’est une industrie de l’armement exceptionnellement dynamique, que le pays voit comme son assurance sur la vie dans une situation extrêmement précaire.
  • Etrangement le Danemark et Singapour ne sont peut-être pas dans un état d’esprit très différent de celui d’Israël. L’entrepreneuriat y paraît un moyen de garder sa place (ou de défendre son modèle social – pour le Danemark) dans un contexte de globalisation. L’Etat tente de transformer la culture locale. Il a créé de gros fonds de capital risque publics, des incubateurs énormes, investi massivement dans l’éducation de ses citoyens, acheté à prix d’or à l’étranger les compétences qui lui manquaient, et, plus généralement, favorisé l’établissement de conditions propices à l’entreprise. Mais surtout, il existe une vision nationale des industries dans lesquelles il faut amener les entreprises du pays. Et une mise en œuvre qui me semble quasi militaire.

J’en retire trois idées :

  1. Une possible justification des théories de Galbraith (Société d’abondance) : le marché n’est pas un bon stimulant pour l’innovation.
  2. Dans ces trois exemples l’entrepreneuriat me semble plus poussé par la peur, par le sentiment d’une menace (risque de disparition du pays dans un cas, crainte du pouvoir destructeur du marché global dans l’autre), que par un désir positif d’enrichissement, de bien être, ou, simplement, la curiosité intellectuelle.
  3. Loin d’aller dans le sens des thèses libre-échangistes, les politiques de ces pays illustrent de manière surprenante celles des penseurs initiaux, allemands, du protectionnisme (voir LIST Friedrich, Système national d’économie politique, Gallimard, 1998). Contrairement à ce que l’on croit parfois, le protectionnisme, ce n’est pas le repli sur soi. Le protectionnisme c’est voir l’économie de marché comme une guerre entre nations. Pour la gagner il faut construire des champions nationaux qui, une fois sortis de l’adolescence, pendant laquelle ils sont protégés (d'où le nom), imposeront leurs produits aux autres nations, « à la loyale ».