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jeudi 31 mars 2022

Grandeur et décadence de l'ingénieur

Dans mon enfance, l'ingénieur était élite de la nation. Aujourd'hui, il est une sorte d'espèce protégée. Il a quelques emplois réservés, extérieurement prestigieux, mais sans conséquence. 

C'est peut-être l'histoire des deux sens de logos. Logos voudrait à la fois dire raison et parole. Eh bien, le tout parole a pris le pas sur le tout raison. L'X-Mines a été remplacé par l'inspecteur des finances. "Ingénieur" est à entendre au sens anglais : rustre.

Causes ? Trois hypothèses :

  • Le progrès, et ses grosses usines pestilentielles, a fait son temps. Toute la séduction de l'ingénieur s'est envolée. 
  • On a testé, ça n'a pas marché. L'ingénieur a dirigé notre pays et ses entreprises. Cela leur a été fatal. En le ménageant, on l'a écarté. 
  • Désormais, celui qui veut arriver au sommet doit s'expliquer. Or, l'ingénieur n'a pas été formé pour cela. 

Après l'ère de l'ingénieur autiste nous en sommes arrivés à celle du bonimenteur ? Pas tellement mieux ? Comment le dirait Aristote, il faudrait un "juste milieu" entre ces deux extrêmes. Le logos bien compris. L'homo sapiens ? 

lundi 27 décembre 2021

Dreyfusard de la rigueur intellectuelle

Serais-je le dreyfusard de quelque-chose ? me suis-je demandé en entendant parler de Pierre Vidal-Naquet.

Peut-être de la rigueur intellectuelle. 

La rigueur intellectuelle est la victime de notre temps. Il n'est plus question que de croyance. Même une question aussi importante que la transition climatique n'est pas traitée de manière rigoureuse. Toute critique est interdite. Pour ébranler la doxa (par exemple le mythe de la perfection des laboratoires), il faut quasiment une catastrophe. 

Comment en est-on arrivé à vivre sous la dictature d'idées qui ne semblent pas même avoir été pensées ? Je soupçonne un effet pervers de l'individualisme poussé à l'extrême. Lorsque le lien social se distend, la régulation des membres de la société perd en précision. Paradoxalement, les intellects les plus frustes, peut être parce qu'ils sont les plus résistants, font l'opinion. Comme je le disais dans un billet précédent, l'isolement de l'individu produit un effondrement de l'intelligence collective. 

samedi 14 août 2021

Comment devenir intelligent

Au début de l'histoire de ce blog, une amie, ancienne éminente journaliste, avait trouvé un jeu : elle m'envoyait une nouvelle et, quasi immédiatement, je publiais un billet en réaction. A ce rythme, ce blog produirait probablement une dizaine de billets par jour, et peut-être plus !

Ces dernières décennies, on a entendu dire que l'être intelligent était, en quelque-sorte, sorti de la cuisse de Jupiter. Il pensait seul et n'avait besoin de personne. 

Et s'il était bien plus intelligent de ne pas penser seul, quelle que soit son intelligence, mais, plutôt, de chercher l'environnement qui est le plus apte à vous stimuler ? Et si l'existence d'un tel environnement expliquait pourquoi, par exemple, la France a, au cours de son histoire, parfois eu du génie ? (Et pourquoi elle n'en a plus ?)

jeudi 17 juin 2021

L'intelligence est-elle systémique ?

Petit à petit, étude après étude, on nous explique que nous avons subi des réformes qui ont donné le contraire de ce que l'on en attendait. La dernière en date est la réforme des régions de M.Hollande, qui a augmenté la centralisation, la rigidité bureaucratique, les coûts de fonctionnement de l'Etat... 

L'explication du phénomène s'appelle "pensée simplifiante", selon Edgar Morin. Paradoxalement, les grands esprits qui nous gouvernent ne comprennent pas que nous vivons dans un monde "complexe". Et que la complexité met en déroute leur "bon sens". 

Voilà pourquoi notre élite est l'objet de la risée populaire : elle est bête. L'intelligence serait-elle systémique ? Après tout, c'est ce que disent bien des cultures. Par exemple le Tao, qui est comprendre le "mouvement des choses". Le Wuwei, le non agir, c'est obtenir ce que l'on désire sans effort. 

Le paradoxe de la situation est que tout ceci est la faute de notre Education nationale, qui, comme le dit Edgar Morin, enseigne et sélectionne la pensée simplifiante.

(D'ailleurs le QI est une mesure de pensée simplifiante.)  

vendredi 21 mai 2021

Intelligence et mathématiques

Le hasard m'a amené à regarder la fiche wikepedia d'un criminel, qui a terrorisé l'Amérique, à coups de colis piégés, durant plusieurs décennies. On apprend qu'il a un QI exceptionnel (167), et qu'il a été un mathématicien hors pair. Mais il semble n'avoir jamais réussi à s'adapter à la société. 

Son comportement m'a fait penser à celui d'Alexandre Grothendieck, un mathématicien admiré, et qui, lui aussi, ne semblait pas très bien comprendre la société. Et même paraître particulièrement idiot lorsqu'il exprimait une opinion qui ne concernait pas les mathématiques.

Qu'est-ce qu'être intelligent ? Est-ce comprendre ce que personne ne comprend, mais ne pas comprendre ce que tout le monde comprend ? 

Je me souviens avoir disserté sur la question, dans une sorte de prémisse du "grand oral", en seconde. Alors, j'étais parti de l'idée que l'intelligence était la capacité à comprendre (ce qui est la définition du dictionnaire). Il me semble avoir dit que j'eusse préféré qu'intelligence soit entendue comme capacité à décider, correctement. 

En tout cas, j'avais tenu trente minute sur le sujet, sans que mon professeur ne pense à me rappeler que l'exercice ne devait durer que dix minutes. 

En tout cas, comme pour le terme "mérite", on voit ici le danger de la dérive des mots. Certains mots acquièrent une connotation favorable, puis, ils dérivent jusqu'à faire porter cette connotation à une caractéristique qui ne la mérite pas. Voilà qui explique pourquoi Confucius accordait de l'importance au sens des mots, et que l'on ferait peut-être bien de suivre son exemple ? 

mardi 29 septembre 2020

Qu'est-ce que l'intelligence ?

Qu'est-ce que l'intelligence ? D'ordinaire, on répond "le QI", la capacité à résoudre des équations, la "raison".

Mais n'est-il pas plus intelligent d'être un navigateur au long cours, qui finit par "comprendre" les éléments ? Ou un Pygmée, dans la forêt vierge ? D'ailleurs, la nature n'est-elle pas, elle-aussi, intelligente : car les espèces animales ou végétales font comme le Pygmée : elles semblent comprendre les règles d'un univers hyper complexe (et dangereux) ? Les araignées de ma maison n'ont-elles pas compris comment se rendre invisibles ?

Depuis l'antiquité, on a remarqué que les gens à gros QI ne savaient pas faire ce qui était évident pour les autres. Cela n'est-il pas aussi vrai pour toute la société ? Un excès de raison fait perdre "l'intuition" de la complexité ? Serait-ce la cause de l'impression que notre développement n'est pas durable ?

(Le comble du QI semble Descartes. Pour lui l'animal est une machine, et l'homme façonne la nature, il lui impose ses lois. Descartes est le père de l'intelligence artificielle ?)

mercredi 16 septembre 2020

Intelligence dans la nature

L'intelligence est-elle le propre de l'homme ? Un anthropologue enquête. Il parcourt le monde à la rencontre de témoins, chamans ou scientifiques. Et, en bon anthropologue, il n'a pas peur de payer de sa personne. Il va jusqu'à absorber les drogues hallucinogènes des chamans, histoire d'entrer en communication avec la nature.

Mais qu'est-ce que l'intelligence ? Il tire de son enquête une définition difficilement traduisible : le "chi-sei" japonais. Il semble signifier savoir-faire, c'est à dire savoir résoudre les problèmes que la vie nous pose. Une autre définition est : "comportement adaptatif qui varie au cours de la vie d'un individu". Einstein aurait dit "la mesure de l'intelligence est la capacité à changer".

Longtemps, les scientifiques ont pensé que seul l'homme n'était pas une machine (et encore ?). Mais, preuve d'intelligence ?, ils ont changé d'avis. Seulement, pour cela, ils sont prêts à faire quelques effroyables expériences, sur les insectes, justifiées par des considérations anthropomorphiques.

Plus ou moins bien définie, l'intelligence paraît une propriété de tout ce qui constitue la nature. Seulement, les comportements adaptatifs, en général, n'obéissent pas aux mêmes mécanismes que chez l'homme : pas besoin de cerveau pour être intelligent. D'ailleurs, lorsqu'on lit les exploits mystérieux dont sont capables les plantes (qui "agissent comme un cerveau"), les insectes ou même des êtres unicellulaires, on peut se demander si le cerveau est une aussi bonne affaire qu'on le pense.

Finalement, une question m'est venue en tête. N'y a-t-il pas une forme d'intelligence des écosystèmes ? Voire de l'univers ? C'est à dire que "tout" serait une forme de cerveau. Un système auto adaptatif. Ce qui expliquerait, justement, ce qui paraît mystérieux dans le pouvoir de pénétration de l'intelligence individuelle.

vendredi 3 avril 2020

Zéro d'intelligence collective ?

Ce qu'il y a de surprenant dans cette épidémie, c'est que tout le monde fait la même chose. Par exemple, journaux, assurances, Unicef... envoient à peu près le même type de message, généralement en cherchant à être utile et à consoler. Mais cela fait beaucoup de messages. A tel point que j'ai l'impression que, pour se protéger de l'anxiété, beaucoup de gens se tiennent loin des informations.

Surtout, du gouvernement au sans-grade, tout le monde semble avoir les mêmes idées, le même niveau de réflexion.

L'hôpital semble être parvenu à s'auto organiser (paradoxalement, en éjectant ceux qui étaient supposés le rendre performant !). Mais pas le reste de la société. C'est même le contraire qui s'est passé : en nous renvoyant chacun chez nous, le virus a démantelé ce qui nous rend collectivement intelligents : la société qui nous assigne à chacun une spécialité.

vendredi 2 août 2019

L'intelligence ne peut pas comprendre la vie

Bergson : "L’intelligence est caractérisée par une incompréhension naturelle de la vie." (Emprunté à France Culture.)

L'intelligence crée des "modèles", des règles, et, parce que nous croyons savoir ce qu'est la vie, le moment en cours, la personne en face de nous... nous passons à côté, car la vie est création permanente.

J'ai repéré cette phrase, parce que je venais d'en arriver à cette conclusion. Quand je regarde tout ce à côté de quoi je suis passé, il me semble que la raison en est là. L'événement était unique. Il aurait fallu être capable, non seulement de prendre conscience des idées reçues qui surgissaient à l'instant, mais aussi de les contredire, et d'avoir la présence d'esprit de concevoir une possibilité nouvelle. (Compliqué et jamais certain...)

C'est probablement ce que Bergson pensait trouver chez le mystique.

mercredi 31 juillet 2019

Les secrets de l'intelligence artificielle

Quand on regarde comment fonctionne un réseau neuronal, le cheval de bataille de l'Intelligence artificielle, on constate qu'il cherche une sorte de "signature" du phénomène qu'il étudie. Il veut le ramener à une logique simple.

Cela explique peut-être ce que l'on juge être ses erreurs. En effet, que va percevoir un Allemand de la culture française ? Que c'est l'anarchie, tout est permis. Et un Français de l'Allemagne ? Que l'on y est   piloté par des normes. C'est effectivement juste, ils ont compris l'essentiel des cultures concernées, mais s'ils en restent là, ils en seront exclus brutalement.

En fait, tout ce qui fait l'intelligence d'une société, ou d'un homme, est ce qui est au delà de l'évident. Tout ce qui s'explique par une règle devient bête, ne vaut plus rien. "Aime et fais ce que tu veux" ? Tant que la machine ne saura pas aimer, elle ne sera pas intelligente ?

lundi 22 juillet 2019

Humanité de l'intelligence artificielle

On me racontait l'histoire suivante. Quelque part en Asie, on dresse l'Intelligence artificielle à reconnaître une foule, de façon à ouvrir certaines portes aux bons moments. Or, un jour de grand afflux, dû à un grand événement, les portes restent fermées. On ausculte la machine. On découvre qu'elle a repéré une pendule, et qu'elle a constaté que les foules se présentaient à certaines heures. Du coup elle a appris qu'il fallait ouvrir les portes à ces heures.

Je dois avouer que j'ai pensé que c'était un comportement intelligent...

Mais il se trouve que l'on vient de me raconter une histoire étrangement similaires. Deux chambres de commerce se livraient une guerre fratricide. Pour collecter le maximum de taxe professionnelle, elles se battaient pour attirer les entreprises sur leur territoire. Mais, il ne leur venait pas en tête qu'elles devaient oeuvrer à l'intérêt général. La CCI n'avait qu'un but dans la vie : la taxe professionnelle.

Y aurait-il quelque chose en commun entre l'intelligence artificielle et l'intelligence humaine ? Cela pourrait être la paresse intellectuelle. Le propre de l'homme est la complexité (cf. la notion complexe "d'intérêt général"), mais, dans certaines circonstances, son cerveau tend à se mettre en veille.

L'intelligence artificielle n'aurait-elle encore identifié que cette partie de notre personnalité ?

mercredi 3 juillet 2019

Intelligence artificielle : et si, pour une fois, on était intelligents ?

Il y a un risque fort que l'on enterre l'intelligence artificielle, pour cause de grandes espérances déçues. On l'a déjà fait deux fois.

Ce serait dommage. Car l'intelligence artificielle a beaucoup de conséquences imprévues qui, en elles-mêmes, sont riches d'enseignements. Par exemple, l'intelligence artificielle semble particulièrement douée pour révéler votre hypocrisie. Vous prétendez être une belle entreprise humaniste, il ne faudra pas longtemps à l'IA pour montrer que vos bases de données sont celles d'une culture réactionnaire.

Surtout, comprendre pourquoi l'intelligence artificielle a échoué peut nous faire faire des pas de géants dans la compréhension de ce qui rend l'intelligence intelligente, et qui ne paraît peut-être pas très intelligent.

Il faut apprendre à se tromper, disais-je il y a peu. La recette de l'intelligence ?

mardi 2 juillet 2019

Stupidité artificielle

C'est la stupidité artificielle qui a fait le succès de Siri, dit Luc Julia, son co créateur. Siri était aussi mauvais que ses concurrents. Mais, contrairement à eux, ses créateurs n'ont pas nié cette réalité. Ils en ont tiré parti. Ils ont utilisé les techniques dont se sert un individu qui n'est pas malin. Par exemple faire répéter la question, ou faire des réponses qui font croire que l'on a compris (et qui permettent de récupérer de l'information que l'on finira par comprendre ?).

Après tout cela réussissait très bien à la pythie de Delphes.

Et si la recette de l'intelligence était la stupidité ? C'est à dire le combat contre ses limites, qui fait trouver des idées, de contournement, "intelligentes" ?

mardi 5 février 2019

Les ressorts de la bêtise

Quels mots cherchent-on le plus souvent dans le dictionnaire ?

Les plus compliqués !

Non. On n'emploie pas les mots compliqués, donc on ne cherche pas leur signification. Les définitions les plus consultées sont celles des mots modérément complexes, que l'on utilise un peu mais pas suffisamment pour être sûr de leur sens.

Cela illustre un de mes grands théorèmes : la vérité est évidente a posteriori.

Ce qui explique que nous trouvions les autres idiots. Soit ils en sont restés à la vérité a priori, soit c'est notre cas.

Ce qui explique aussi pourquoi, plus on est certifié intelligent, plus on a de chances d'être idiot : on se croit si fort, que l'on en reste à la vérité a priori.

lundi 10 septembre 2018

Droit et subtilité

M.Obama était l'éditeur de la revue de droit de Harvard, si mes souvenirs sont bons. Ce qui en fait probablement un des esprits les plus subtils que comptent les USA.

C'est curieux que nous n'ayons plus ce type d'études en France. Nous les avons liquidées au profit de formations pour bourins. Explication ? Peut-être notre amour de l'absolu. Heureux les simples d'esprit ?

dimanche 19 août 2018

Test de Turing

Une machine sera "intelligente" le jour où on ne saura pas distinguer entre ses réponses et celles d'un être humain. C'est le Test de Turing. On pense, généralement, que c'est la solution définitive à la question de l'intelligence de la machine. Si l'on creuse un peu, on découvre qu'il y a eu beaucoup de travaux sur le sujet, et que tous ont conclu que c'était un mauvais test. (Wikipedia.) Ce test devrait être une curiosité, alors qu'il est demeuré dans notre esprit comme une vérité.

Dans les années 50, me semble-t-il, on a demandé à une audience de juger si le son qu'elle entendait venait d'un électrophone ou d'un orchestre (qui étaient cachés par un rideau). L'un a été confondu avec l'autre. Il est facile de tromper l'homme.

Pourquoi conçoit-on des tests aussi ridicules ? Pourquoi, en ce qui concerne l'intelligence, ne pas juger la machine sur sa capacité à résoudre les grandes questions auxquelles l'homme se confronte. Par exemple, comme éliminer le chômage, éviter les crises ou un développement non durable ?

mercredi 13 décembre 2017

Compréhension

En relisant un texte écrit il y a longtemps, je l'ai trouvé difficile à comprendre. Il m'a fallu du temps pour retrouver l'esprit de l'époque.

Un mathématicien éminent me disait quelque chose d'approchant. Lorsqu'il lit un livre de maths, même sur un sujet connu, même relativement élémentaire, il a besoin de commencer par parcourir avec beaucoup de soin ses premiers chapitres.

L'écriture ou tout autre jeu de symboles ne semblent pas parler d'eux-mêmes. Ils provoquent des sortes d'associations avec l'expérience. Le haïku, confirmation de cette théorie ?

mardi 12 décembre 2017

Intelligence fragile

Les grosses intelligences tendraient à être instables. C'est ce que semble dire une étude. Le haut QI souffre plus que la moyenne de troubles du comportement. Il réagirait de manière excessive aux aléas de la vie. (Aléas qu'il pourrait être le seul à voir.)

Choisissons des dirigeants pas trop intelligents ?

vendredi 2 décembre 2016

Baisse d'intelligence

Et si l'intelligence des anciens était supérieure à la nôtre ? (Question que me pose ma lecture des dits anciens.)

Nous, nous exigeons des solutions. Des choses bien propres comme la lutte des classes de Marx. Du bien et du mal. Et si, pour les anciens, le progrès avait été dans la complexité ? la découverte d'un nouvel inconnu ? Et si c'était en se confrontant à cette nouvelle limite que leur esprit s'était élevé ? 

Notre école fait dans la masse. Elle est industrielle. Ses ouvriers-enseignants sont des tâcherons. Si elle classe, c'est sur des critères quantitatifs. Elle forme des "geeks", des ploucs de l'intelligence. Et si nos ancêtres avaient eu la capacité de reconnaître et de développer l'intellect de qualité ?

vendredi 3 avril 2015

De l'effet miraculeux des notes

Un phénomène n'arrête pas de m'étonner. Et ce depuis que je l'ai découvert chez mes étudiants. C'est la puissance des notes. Sans note, encéphalogramme plat, ou presque. Aucune compréhension. Et aucun respect ? (Je sens le : "je ne comprends pas, donc c'est idiot".) Avec note. Le miracle. L'étudiant cherche ce qui vous fait plaisir, et vous le ressert. Avec un peu de chances il s'en souviendra un jour. Il commencera alors sans doute par se dire que vos manies étaient fort ridicules. Puis, finalement, pas tant que ça.


Et voilà une théorie. Lorsque l'élève devient homme, il se croit certifié intelligent. C'est dorénavant lui qui juge. Et il juge mal tout ce qu'il ne comprend pas. Parce qu'il n'a pas fait l'effort suffisant pour le comprendre. C'est là qu'être noté lui serait utile. 

Et voilà l'enseignement que je tire de cette édifiante histoire. Le cerveau ne marche pas de lui-même. Il a besoin de conditions favorables pour cela. D'une forte "anxiété de survie". La crise rend intelligent.

(Curieusement, je crois que ma génération n'était pas aussi sensible aux notes que celle des jeunes actuels. Mon expérience, par exemple, me montre que je n'étais pas prêt à tout pour me faire bien voir. J'étais d'ailleurs dans une logique de contestation. Mais, quand je suis né, le chômage n'existait pas. Ça change beaucoup de choses.)