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lundi 1 août 2022

Révolution industrielle

On parle beaucoup de "réindustrialisation". Mais le mot "réindustrialisation" n'est pas correct. Il donne l'impression d'une réaction défensive, d'un rattrapage. Or, le monde vit une nouvelle révolution industrielle. 

Elle est l'antithèse de la précédente : elle est "biosourcée, circuits courts et transitions diverses". Mais elle est aussi industrielle au sens où elle demande d'utiliser des procédures rationnelles, hyper efficaces, de production. Il se pose alors un problème compliqué :

Outre que, comme l'explique N.Dufourcq dans son dernier ouvrage, nous avons perdu notre savoir-faire industriel, ce mouvement est emmené par des "start up". Pour avoir un espoir de ne pas se faire balayer par la concurrence, et nous donner une chance de "souveraineté nationale", elles doivent s'imposer sur le marché mondial. Ce qui signifie souvent construire des infrastructures de production qui valent des centaines de millions d'euros, et ce sans espoir de revenus avant longtemps. On est à des années lumières des problèmes qui se posent aux start up numériques. 

Aujourd'hui, quasiment le seul moyen de ce faire, est, essentiellement à coup de fonds publics (la BPI, et de multiples subventions), puis par passage par la bourse, qui permet d'entrer dans le monde des fonds "à impact", qui n'interviennent qu'à ce niveau. 

Que faire ? Il est difficile d'envisager une autre solution que l'augmentation de l'investissement public, permettant de construire les premières usines. Si l'Etat veut, comme il le dit, construire 100 usines par an, cela signifie un investissement de l'ordre de 10md par an. Ce qui doit correspondre à à peu près 100 fois ce qui est disponible...

(Illustration.)

dimanche 17 juillet 2022

France libérée ?

Depuis trois ans, je mène une enquête. Je cherche les problèmes de l'entreprise, et ceux qui les ont résolus. 

Pas de problème, aussi formidable soit-il, sans solution. Et solution, à coût nul. Décidément, il n'y a pas de fatalité. J'ai trouvé des entreprises dont le marché a été réduit à zéro, du jour au lendemain, par la concurrence de l'Est, ou par une innovation, et qui se sont transformées, sans moyens, en start up ! Des régions entières qui ont pris le contre-pied des délocalisations. Même la question de la filière de formation professionnelle qu'a été incapable de mettre sur pied l'Education nationale, a été résolue vite et bien, avec création de sens en sus, par un groupe d'industriels, en collaboration avec la dite Education nationale. 

Le système D à son meilleur. Seulement, on ne le sait pas. Même la fonction publique, les grandes administrations... sont capables de prodiges, mais elles n'en parlent pas. 

Bref. Tout une masse critique de bonnes idées, mais pas de réaction en chaîne. 

Or, cela pourrait changer. Je constate un démarrage d'actions systémiques. Des associations parcourent la France pour aider les acteurs locaux à attaquer des problèmes cruciaux, avec des méthodes simples et efficaces, et rapides !, relocalisation ou résilience alimentaire.

Ce qui est le plus surprenant est que l'on assiste à une génération spontanée d'initiatives. C'est la "France libérée", façon "entreprise libérée". Chacun s'empare d'un sujet et se met en marche. On peut se demander s'il n'en est pas de même au sein de l'Etat. Ainsi, le SPI, un fonds de la BPI, s'est auto saisi du financement de la réindustrialisation "lourde", déserté par le capital risque - qui ne comprend rien à l'avenir, et à son financement. 

Où cela va-t-il nous mener ? "Il faut bien que je les suive, je suis leur chef", aurait dit La Fayette. C'est un conseil que l'on peut donner au gouvernement. Son rôle est probablement de comprendre ce qui se passe, et, quand il le faut, de donner le coup de pouce qui évite l'erreur. 

On a voulu un Etat stratège, il est possible qu'il soit plus pertinent qu'il soit "jardinier". 

jeudi 14 juillet 2022

Libéral Macron ?

M.Macron fait une "politique industrielle". Autrement dit, l'ère libérale ouverte par M.Giscard d'Estaing, est close. On en revient aux politiques d'après guerre. 

Paradoxalement le "libéralisme" de ses prédécesseurs a conduit à un prélèvement sans précédent des ressources des entreprises. Désertification du tissu économique, dettes nationales et chômage. Le réveil s'est produit sous François Hollande. Cela a été le "redressement productif" de M.Montebourg. Bien sûr, personne n'a compris de quoi il s'agissait. 

M.Macron détricote systématiquement un demi-siècle de politique française. Aujourd'hui, il en est arrivé au seuil des années Pompidou. 

Et c'est pour cela, me semble-t-il, qu'il rencontre une telle opposition. Il est libéral et croit qu'une politique industrielle consiste à libérer les entreprises pour qu'elles soient fortes dans la concurrence mondiale. 

Une politique industrielle ne s'intéresse pas exclusivement à l'entreprise ! Ce qui fait une industrie forte, c'est un peuple mobilisé. Et, surtout, c'est une mobilisation "locale", à l'image des fans d'une équipe de foot, qui la forcent à se transcender. Notre industrie de la mode, le Mittlestand allemand ou la Silicon Valley sont forts parce qu'ils "sont" la culture d'une population, un mode de vie, une fierté, un "contrat social".  

Ce que doit réussir M.Macron, c'est ce qu'il a raté lors de son tour de France des Gilets jaunes : aimer le Français. 

(Fête nationale. Ce blog est parfois capable d'exploiter l'actualité...)

samedi 9 juillet 2022

La France à l'heure de la politique industrielle

Dans "La désindustrialisation de la France", N.Dufourcq me semble raconter l'histoire suivante :

Après guerre, la France a eu une politique industrielle dirigiste. Puis, à la fin des années 70 (V.Giscard d'Estaing), elle a opté pour le laisser-faire libéral. Aujourd'hui, elle constate son erreur : l'Allemagne et la Chine, en particulier, ont, depuis plusieurs décennies, une politique industrielle extraordinairement agressive. Elle a fait leur fortune, et a puissamment contribué à la destruction du tissu économique français, devenu non compétitif. D'où chômage et dettes (et montée des extrêmes). 

L'heure de la politique industrielle a sonné. Mais qu'est-ce  qu'une "politique industrielle" ? N.Dufourcq semble penser que c'est lui. Autrement dit la BPI.

Je soupçonne qu'une politique industrielle est un juste milieu. Entre l'interventionniste gaulliste et le laisser-faire giscardien. Autrement dit, les fonds de la BPI ne sont pas suffisants. Il faut, en plus, une action de catalyse, qui va amener notre tissu économique à en faire bon usage. 

C'est ce que l'on appelle le "nudge". 

Le "nudge" consiste à comprendre les caractéristiques d'une culture, pour donner la juste impulsion, qui amène le système à se transformer. C'est, aussi, le fondement de la pensée chinoise : le "li". Et c'est, d'ailleurs, ce qu'a fort bien utilisé le pouvoir chinois en disant à ses forces vives : enrichissez-vous. 

Quel est le li de la France ? 3 constats et une idée :

  • Nos entrepreneurs n'ont pas conscience de ce qui constitue leur potentiel. Cela ne peut être vu que par un regard extérieur, celui d'autres entrepreneurs. (Pas de la BPI.)
  • Nos entrepreneurs sont de purs entrepreneurs. Ce ne sont pas des managers. Or tout l'art du management est la "valorisation" : tirer le maximum de son "talent" (au sens de la Bible). 
  • Il en est de même de nos tissus économiques locaux : ils possèdent un patrimoine de savoir-faire qui vaut cher, mais ils n'en ont pas conscience, et sont incapables de l'exploiter car ils sont une Tour de Babel d'entreprises solitaires. 
  • Le changement doit venir de l'extérieur : du local. L'élu charismatique a le pouvoir de créer une dynamique de transformation. Du patrimoine commun, il fait émerger un projet collectif. Et la mise en oeuvre de ce projet est l'occasion pour les entreprises du territoire de profiter de ce qu'apporte la BPI pour se moderniser. 

mardi 5 juillet 2022

La désindustrialisation de la France, de Nicolas Dufourcq


La minuscule élite parisienne qui dirige la France n’a pas vu ce qui se passait dans le monde. Et elle a pris des décisions qui allaient, complètement, à l’encontre des intérêts du pays. 

Le phénomène remonte aux années 70, mais un coup fatal a été porté en 2000. 

Il a fallu deux décennies pour que cette élite envisage de changer de politique. Et encore... 

Nicolas Dufourcq veut comprendre ce qui s’est passé. C’est un témoin capital. Il gouverne la BPI, et a été au cœur des changements du pays (il dirigeait déjà Wanadoo à l’époque de la bulle internet, qui a failli être fatale à France Télécom). En outre, il interroge 49 témoins : hommes politiques, économistes, syndicalistes, entrepreneurs.  

C'est l’histoire récente de notre pays qui se dévoile, et la politique de notre gouvernement qui s'explique ? 

Le cercle vicieux 

Tout tient à un mot mystérieux : “demande”.  

Cela commence avec les chocs pétroliers des années 70. Le gouvernement fait une “politique de la demande”. Elle consiste, alors, à prendre de l’argent à l’entreprise pour le donner au consommateur (“la demande”), tout en cherchant à créer de l’emploi en rigidifiant le droit du travail. C’est le début d’un mouvement qui va aller en s’amplifiant. Or, la règle du jeu industriel, surtout au moment où la concurrence devient mondiale et “low cost”, est de s’échapper de la bataille des prix par l’innovation et donc l’investissement. C'est cette capacité à s’échapper qu’attaque le gouvernement. L'entreprise entre dans un cercle vicieux. Cela ne va pas être bon pour l'emploi...  

Seulement, pendant longtemps, le pays n’a pas été significativement différent des autres, d’autant qu’il est protégé de la concurrence internationale et que les largesses gouvernementales sont compensées par des dévaluations. C’est en 2000 que tout change. Notre pays devient une exception. Il “décroche”.  

Notre élite est beaucoup plus sensible à l’influence anglo-saxonne que ses homologues étrangers, dit le livre. A droite, elle s’est convertie au “libéralisme”. A gauche “d’ouvriériste et productiviste”, elle est devenue “compassionnelle”, sous le gouvernement “d’intellectuels” de L. Jospin. Il lui fallait un coupable : l’économie. Elle lui a porté un coup fatal. La loi des 35h. 

Ce qui se passait hors de France était stupéfiant. Les échecs de la réunification allemande emmenaient le pays par le fond. Dans un sursaut sacrificiel, les Allemands adoptent une économie de guerre. Ils réduisent brutalement leurs coûts de production, en acceptant de s’appauvrir ; ils annexent les pays de l’Est, qu’ils transforment en plate-forme de production ; ils s’amarrent à la Chine à laquelle ils livrent leurs machines. Fait libéral, la Chine entre dans l’OMC : plus de barrière douanière. Avec les machines allemandes, et les subventions gouvernementales, elle submerge l’Occident de produits à bas coût. Sa stratégie est systématique : éliminer l'économie étrangère. C’est une Blitzkrieg impeccablement exécutée : en quelques années, des centaines de milliards d’euros passent des perdants aux gagnants.  

Alors que partout l’industrie est aidée, et que la France sort d’années de “désinflation compétitive” pour  entrer dans l’euro, notre élite décide que les efforts sont finis. L’euro et l’économie de marché vont avoir un effet “darwinien” sur l'entreprise. Laissons faire, “l’intendance suivra”. Or, l’Allemagne ayant “dévalué”, l’économie française est prise au piège de l’euro, de même sa PME ne peut s’adapter seule à la nouvelle “organisation mondiale du commerce”. Et ce d’autant que l’Europe est devenue ouverte à tous les vents grâce à l’action remarquablement efficace des Britanniques. Il se trouve que le ministère de l’industrie délègue aux champions nationaux le soin d’entretenir nos filières économiques. Or, ils prennent leurs jambes à leur cou. Ils abandonnent la France, et leurs fournisseurs. (Alors que notre économie est beaucoup plus petite que l’Allemagne, elle emploie maintenant autant de personnes que cette dernière à l’étranger : 6 millions !) Ce qui était produit en France l'est à l’étranger. Le déficit du commerce extérieur devient massif. (Notre pays subventionne l’Allemagne ! Quant aux Allemands, ils sont nationalistes : les délocalisations servent à l’économie nationale.) 

La crise des subprimes est le coup de grâce. Contrairement à l’Allemagne, notre pays n’a pas les moyens du chômage partiel. Ses PME s’effondrent. La France profonde est désertifiée. C’est grâce à la BCE que le phénomène ne s’est pas reproduit en 2020. (Où en serions-nous sans elle ?) 

En fait, les 35h ne sont pas ce que l’on dit. L’Etat a compensé leur impact sur l’entreprise par diverses mesures, financées par la dette. Elles semblent surtout avoir été un message de défi au monde : la France ne veut pas travailler. Pour l’étranger, nous sommes devenus des pestiférés. En France ça a été le “chacun pour soi”. Les “écosystèmes” ont explosé : les entrepreneurs qui n’avaient pas jeté l’éponge ont essayé de sauver leur peau. La loi devait forcer l’entreprise à créer de l’emploi. Elle a eu l’effet inverse.  

A cela s’ajoute un autre phénomène typiquement français : le naufrage de l’Education nationale. Il serait dû à la politique du bac pour tous. L’Education nationale a transformé la filière professionnelle, arme d'élite de l’économie industrielle, en dépotoir.  

Et, enfin, le nucléaire. Il était une sorte de “parrain” de l’industrie. Il avait sur elle un effet d’entraînement considérable. L’arrêt de ce programme a enfoncé un autre clou dans son cercueil.  

La prise de conscience 

Pour notre élite, la France est un pays étranger. C’est lorsque les premiers champions nationaux sont tombés (ils souffraient des mêmes maux que les PME, avec, en plus, des dirigeants peu compétents), puis quand l’automobile a été touchée, que ses certitudes ont commencé à chanceler. En effet, c’est elle qui dirige ces champions. C’est sa source de légitimité. Paradoxalement, le réveil s’est fait sous François Hollande. Une étude a été commandée à Louis Gallois, en 2012, qui a révélé l’ampleur des dégâts. Il fallait faire une politique de “l’offre”. Ce rapport a provoqué une “scission” qui a “paralysé” la présidence Hollande.  

C’est l’origine de la BPI. Il semble que ce soit aussi celle de M.Macron. 

La politique de M.Macron expliquée ? 

Indirectement, cela éclaire ce que fait M.Macron. Il dé tricotte la politique de la demande, pour faire une politique de l’offre. Il cherche à recréer un tissu économique compétitif (ou plutôt n’ayant pas un trop lourd handicap), afin qu’il emploie des Français. Cela explique beaucoup de choses : 

  • Simplification du code du travail, réduction des prélèvements sociaux et des impôts de production, et apprentissage. Conséquence directe de ce qui précède. 
  • ISF. Son effet sur la PME familiale n’a pas été dit. Pour le payer, les actionnaires familiaux ont demandé des dividendes. Or, dans un contexte de concurrence mondiale débridée, la seule issue pour la PME était d’innover au maximum. Elle avait déjà peu de moyens pour cela, l’ISF a été fatal pour l’entreprise familiale. 
  • Taxe professionnelle. Cette taxe était collectée par les collectivités locales. Or, elles en abusaient. D’où un effet de même type que celui de l’ISF. Cela explique probablement pourquoi M.Macron a retiré aux collectivités leur capacité de prélever l’impôt. Mais aussi le dialogue de sourds qu’il y a entre lui et elles : car il semble leur imposer toujours plus de rigueur financière, alors qu’elles sont “désertifiées”.  

Certes, mais tout cela pourrait être une politique “libérale”. Eh bien non : “les grands programmes sont de retour”. Le maître mot est “politique industrielle” : le gouvernement ne veut plus “laisser faire”, mais mettre la main à la pâte.  

En tous cas, c’est ce que pourrait vouloir faire la BPI. Et si, après les champions nationaux, le nouveau ministère de l’industrie, c’était elle ? 

L’avenir : politique industrielle ? 

Les jeux ne sont pas faits. Nous nous engageons dans une “nouvelle bataille”. Mais c’est peut-être bien “la mère de toutes les batailles”. Et les autres pays sont armés jusqu'aux dents et déterminés à la gagner, alors que nous y entrons en mauvais état. Et les forces qui nous ont disloqués ne font que s’amplifier. 

Le terrain perdu l’est définitivement. Il faut déplacer le combat ailleurs. Et il faut réussir ce que nous avons raté : se différencier par l’innovation et la robotisation. Cela va demander de mélanger la start up et l’entreprise traditionnelle. Mais aussi beaucoup de formation, surtout pour le patron.  

Et il faut aussi que les PME prennent la parole. Elles doivent, en grande partie, leurs difficultés à ce qu’elles aient été incapables de s'exprimer  

Mais, surtout, la leçon allemande, c'est la puissance invincible que représente la volonté d’un peuple uni. Cette fois, il faut “embarquer” tout le monde et reconstituer les écosystèmes locaux, à la façon des  “contrats sociaux de territoire” allemands.

A toutes ces questions, grands programmes, financements, formation... la BPI, qui se veut “verticale et horizontale” (les avantages du jacobinisme et de la délégation, sans leurs défauts) a une solution. En particulier, la “French Fab” pourrait être l’organe d’expression de la PME. 

La question qui demeure est : avons-nous réellement appris du passé ? Et remontons-nous, d’ailleurs, suffisamment loin dans ce passé ? Car un des cadavres qui réapparait régulièrement dans le livre est le “plan machine-outil”. Notre faiblesse dans la robotique et notre incapacité à profiter des Chinois, comme le firent les Allemands, vient de là. D’ailleurs, on ne parle même plus du “plan calcul”, tellement nous fûmes ridicules. Nos deux faiblesses majeures sont la conséquence de “grands programmes”, qui ont mal tourné.  

Si notre élite voit, parfois, bien. Sa principale faiblesse est son aptitude à l’exécution. Cela va-t-il changer ?  

(Ce livre semble un succès : il a fallu un mois à Amazon pour me le livrer : je soupçonne une rupture de stock.)

dimanche 10 octobre 2021

Politique industrielle et guerre froide économique

"la guerre froide technologique sino-américaine va sans doute conduire à une verticalisation des chaines de valeur ; c’est du moins le projet explicite des Chinois dans nombre de secteurs évoqués ici. Face à ce risque, l’Europe est la réponse évidente. La responsabilité de l’Allemagne, poids lourd du bloc européen, est dès lors décisive : elle peut conforter la stratégie de l’Union ou céder à la tentation de la stratégie nationale. Les signaux qui nous parviennent dans le spatial comme dans l’aéronautique militaire, dans les composants comme dans les batteries ne sont guère engageants." (Elie Cohen

Et si, le seul moyen de faire plier l'égoïsme allemand était une France forte ? Et si elle devait commencer par se demander comment le devenir, avant de demander l'aide de l'UE ? 

mercredi 22 septembre 2021

La bonne façon de réformer ?

Enquête sur le programme Territoires d'industrie. Son but est de favoriser la réindustrialisation du pays, en partant du terreau industriel local. 

Au lieu d'imposer d'en haut, comme il le fait d'ordinaire, le gouvernement laisse l'initiative à ce que le programme appelle un "binôme élu, industriel" de volontaires. 

Voilà qui change, effectivement, du jacobinisme :

  • L’Etat fait un diagnostic rigoureux et honnête. 
  • Il identifie un potentiel, et le moyen de l’exploiter. 
  • Il n’intervient pas directement, mais met à la disposition de volontaires, dont il a décrit les caractéristiques, la « boîte à outils » dont son analyse montre le besoin (y compris concernant ses propres services, dont il décrit les défauts avec objectivité), ainsi qu’un plan directeur pour guider un projet.
Et quand il y a volonté locale, ça marche, et pour relativement pas cher. 

Problème ? La volonté. Ce type de démarche repose sur l'initiative. Comment réformer le pays, dans son ensemble, dans ces conditions ? 

Par le "nudge". Le gouvernement semble jouer sur des réflexes conditionnés (tout cela s'inscrit dans des "contrats" avec l'Etat, c'est associé à des subventions...). Et ensuite, l'émulation : l'élu va au secours de la victoire. Il suffit de quelques réussites pour que tout le monde suive. 

samedi 27 février 2021

Défiance nationale

Nous avons beaucoup en commun avec l'Allemagne. Quand il s'agit de choisir un fournisseur, nos grandes entreprises préfèrent les entreprises allemandes aux entreprises françaises. 

Cela nous pose un problème gênant : l'entreprise innovante a besoin d'un marché national fort pour lancer ses produits. Notre "défiance nationale" a probablement un coût économique extrêmement élevé. 

D'où vient-elle ?

Je me souviens du temps de mes études où le gouvernement avait imposé à mon école d'acheter français. Du coup nous avions des ordinateurs Bull, qui tombaient sans cesse en panne, et qui se programmaient par  cartes perforées. (Le Macintosh était déjà un succès !) Est-il étonnant, dans ces conditions, que la France ait créé aussi peu de "licornes" ?

Exception ou règle ? Notre "défiance nationale" vient-elle d'une politique industrielle maladroite, qui a donné un marché captif à l'incompétence ? 

La relance commence-t-elle par un pacte de réconciliation ? 

vendredi 26 février 2021

L'industrie disparaît

Temps des bilans. Pourquoi la France s'est-elle autant désindustrialisée ? Un universitaire me disait que c'était dû à un choix de V. Giscard d'Estaing. J'enquête. Je trouve deux articles (Atlantico et France Culture).

Le déclin de l'industrie serait lié à une politique "néo libérale", dont M.Giscard d'Estaing a effectivement le crédit. Elle apparaîtrait quasiment immédiatement après la disparition du général de Gaulle. Il faut laisser faire les lois du marché. 

Paradoxalement, cette politique serait inspirée d'une doctrine allemande, alors que les Allemands ne sont que stratégie collective et industrielle, fort peu libérale. 

Un facteur important dans ce changement serait que "Nos élites ont rêvé d’une industrie sans usine". Or, ces élites ont la double caractéristique de vivre en dehors de la pratique et de la réalité, et d'avoir énormément de pouvoir. 

(Quant au président Giscard d'Estaing, faut-il interpréter le fait que le ministère de l'industrie ait été absorbé par le ministère des finances lorsqu'il le dirigeait comme la mise sous tutelle du corps des mines, qui portait la politique industrielle du pays, et le début de la "financiarisation" de l'économie ? Un règlement de comptes entre polytechniciens ?) 

samedi 7 novembre 2020

Relocaliser ou réindustrialiser ?

Conférence de La Fabrique de l'industrie : délocalisation ou réindustrialisation ? Ce que je retiens :

  • L'Europe commence sa désindustrialisation en 75. En 90, l'Allemagne arrête le mouvement, mais la France continue avec entrain (pourquoi ?). A l'époque, il y avait autant d'ETI en France qu'en Allemagne. L'entreprise industrielle s'installant, pour des raisons de foncier et de coûts salariaux, plutôt à la campagne que dans les métropoles, cela pourrait expliquer la désertification rurale. La France aurait, aussi, perdu beaucoup "d'avantages comparatifs" (de savoir faire uniques), notamment dans la filière alimentaire, par délocalisation. 
  • Il s'agit maintenant de reconquérir ces avantages. Donc, sortir de la logique du coût pour adopter celle de l'innovation, pas de relocalisation, donc. Il faut répondre à une nouvelle demande, avec une "industrie de notre temps" (sans nuisances). L'écologie ouvre de nouveaux marchés. D'autant que les chaînes d'approvisionnement actuelles sont "hyper carbonées". (Taxer ce qui consomme du carbone serait-il protectionnisme élégant ?)
  • Il s'agit aussi de souveraineté, et de se préparer à une tension entre blocs. 
  • La renouveau doit partir des "territoires", de leur "envie". Il faut y constituer des écosystèmes plutôt que des filières : la diversité est créative, en outre elle fournit des carrières et des emplois aux conjoints. Cela demande une gouvernance partagée, entre clubs d'entreprises et personnel politique territorial. L'ETI ou la PME sont, par nature, des entreprises citoyennes, qui s'inscrivent dans le long terme. Et il existe déjà quelques territoires fort dynamiques. 
  • Cela demande aussi des conditions favorables : foncier, formation, couverture mobile, infrastructure publique (cf. hôpitaux, écoles, emplois pour conjoints, gardes d'enfants...), et mise à niveau de la concurrence étrangère des prélèvements fiscaux. 
  • L'Etat ne doit plus être instituteur. Il doit soutenir les initiatives, concentrer les forces de la nation en choisissant quelques objectifs, stimuler par la commande publique. 
  • Tout cela ne peut se faire que sur le temps long. En conséquence, il faut une prise de conscience collective, soutenue par des "mots totems". 

(Publicité :
➡ Retrouvez le replay de la conférence sur notre chaîne Youtube : https://youtu.be/mdbJksIwjR8 
 ➡ Pour aller plus loin, La Fabrique vous propose également un nouveau numéro du Cube sur le même thème : https://www.la-fabrique.fr/fr/publication/reindustrialiser-plutot-que-relocaliser/)

mardi 14 janvier 2020

France, championne de l'attractivité industrielle

Etrangement la France est beaucoup plus attirante pour l'entreprise industrielle que l'Allemagne et l'Angleterre. Comment cela se fait-il ? Ne sommes-nous pas un peuple de grévistes à la fiscalité punitive ?

(Article du Monde.)
L’étude fait ressortir que certaines filières industrielles françaises exportatrices (construction aéronautique et spatiale, construction navale, pharmacie) attirent des sous-traitants et des partenaires, dont « un grand nombre d’entreprises à capitaux étrangers [qui] viennent produire en France » et entrent dans les chaînes d’approvisionnement de groupes comme Airbus, EDF, Danone ou Sanofi.
Nos grandes entreprises attirent des sous-traitants qui, eux-mêmes, probablement, utilisent la sous-traitance locale. Intéressant cercle vertueux qui montre peut-être le danger des délocalisations, et l'intérêt des champions nationaux (à condition qu'ils ne soient pas mal gérés !).

lundi 24 février 2014

Politique industrielle chinoise

C’est curieux, mais personne n’en parle. Qu’ont fait les Chinois ? Ils ont copié Amazon, Goople et les autres, et ils leur ont fermé leurs portes. Du coup, ils se sont construit des champions locaux pour pas cher. (Ce qui, au passage, semble montrer que les originaux n’avaient pas un gros avantage concurrentiel.)

Pourquoi personne n’a-t-il rien dit ? Peut-être que les USA ont pensé que le marché chinois valait un sacrifice. Quant à l’Europe, elle est en morceaux et semble juste bonne à se faire tondre. 

lundi 17 octobre 2011

Énergie solaire

Discussion avec un ex analyste financier spécialiste des clean tech. Pourquoi le solaire n’arrive-t-il pas à produire de l’énergie à un prix concurrentiel ?

Selon lui c’est un problème de politique industrielle : l’industrie a cherché avant tout à capter l’argent de l’État, ce qui lui a fait faire l’inverse de ce qu’elle aurait dû.

The Economist semble d’accord : l’énergie solaire est le type d’énergie qui a le plus d’atouts pour elle, mais, pour qu’elle puisse les utiliser, il faut créer les conditions extérieures qui le permettent (notamment taxe carbone). (Thou orb aloft full-dazzling)